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  • 16 décembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le combat de N’Tiona

    D’après « Histoire militaire des colonies, pays de protectorat et pays sous mandat » – Maurice Eugène Denis – René André Marie Viraud – 1931

     

    Le capitaine Fouque, successeur du capitaine Bablon, ne tarda pas à se rendre compte, d’après l’agitation des indigènes, des événements en préparation.

    Il résolut de pousser une reconnaissance vers N’Tiri, Cette reconnaissance quitta Fort-Pradié le 25 novembre. Des renseignements obtenus en cours de route lui apprirent l’attaque prochaine de Bou Aguila et le déplacement du campement de ce chef. Il pensa pouvoir surprendre les Khouans. Ayant fait venir des renforts de Fort-Pradié, il se porta le 27 avec 70 tirailleurs, 18 spahis et 200 auxiliaires miaïssa sur le puits de Tyné.

    Par suite de l’erreur commise par un guide, le campement de Bou Aguila ne put être rejoint. Le capitaine Fouque revint à Fort-Pradié le 1er décembre avec les spahis et 10 tirailleurs. Il laissait en arrière 60 tirailleurs avec le lieutenant Poupard. Ce détachement devait rentrer à Bir Alali le lendemain. Les auxiliaires miaïssa avaient quitté la colonne pour retourner à leurs campements.

    Le 1er au soir, Poupard vint camper au village de N’Tiona à 12 kilomètres de Fort-Pradié. Le lendemain matin 2 décembre à 5 heures, avant le jour, alors que les tirailleurs allaient reprendre leur marche vers Fort-Pradié, la colonne fut brusquement attaquée par un ennemi paraissant nombreux et qui dirigeait sur elle un feu roulant.

    Ébranlés par la soudaineté de l’attaque, les tirailleurs descendirent la pente très raide de la dune de N’Tiona. Ce n’est que dans le fond très boisé de la cuvette où se trouvent les dattiers et les puits du village que le lieutenant Poupard put reformer sa troupe.

    Du point atteint par le détachement, la cuvette était difficilement franchissable en raison de la végétation intense qui encombrait le fond. D’autre part, des blessés et les bagages avaient été laissés sur la dune. Il fallait essayer de les reprendre ou tout au moins savoir à qui l’on avait affaire.

    Le jour venait. Baïonnette au canon, le détachement remonta les pentes accédant au campement de la nuit. Arrivé sur la crête, le lieutenant se rendit compte qu’une partie seulement de l’ennemi occupait le sommet de la dune et que l’autre, croyant les tirailleurs en retraite, s’était massée au débouché de l’ouadi pour l’accabler au passage.

    Quelques feux de salve balayèrent le terrain du campement et mirent les occupants en déroute.

    Entendant le bruit du combat se livrant sur le plateau, le contingent ennemi, qui coupait la route de retraite dans l’ouadi, quitta sa position.

    Le lieutenant Poupard, faisant alors brusquement face en arrière, fit exécuter quelques feux de flanc sur l’ennemi qui gravissait la pente, et au commandement de « en avant, à la baïonnette », s’engagea au pas de course dans le sentier traversant la cuvette. La crête suivante fut gagnée et l’on se reforma pour permettre aux isolés de rejoindre.

    L’ennemi garnit rapidement avec sa cavalerie toutes les hauteurs au nord et au sud. Toute la troupe rassemblée par Bou Aguila était là, commandée par le chef en personne.

    La colonne alourdie par ses blessés (elle ne disposait d’aucun moyen de transport) se dirigea lentement sur Fort-Pradié, presque entourée par l’ennemi qui exécutait sur elle des feux de salve. L’arrière-garde parvint péniblement à contenir l’adversaire à distance. A 6 kilomètres seulement de Fort-Pradié, la colonne cessa d’être inquiétée.

    Le capitaine Fouque, prévenu par des indigènes, arrivait à ce moment avec le lieutenant Bouret, 20 tirailleurs et le peloton de spahis. Il était 9 heures. Laissant Poupard rentrer au poste, il continua sur N’Tiona pour observer l’ennemi qui s’était rassemblé en ce point. Ne pouvant, en raison de son faible effectif, engager le combat, le capitaine Fouque, après avoir exécuté quelques feux à 1000 mètres, rentra à Fort-Pradié. Le détachement Poupard avait eu 7 tués et 21 blessés.

    Le capitaine Fouque désirait prendre dès le lendemain l’offensive. Il fit battre le rappel des partisans Miaïssa, Toubbou et Kanembou. Mais ces auxiliaires arrivèrent trop tard le 3 décembre pour permettre délivrer une action décisive dans la journée. Dans la soirée, les patrouilles d’auxiliaires envoyées en surveillance apprirent la marche sur Fort-Pradié des contingents ennemis.

    Vers 22 heures, ceux-ci occupaient l’oasis à l’est du poste. La nuit était extrêmement noire et l’on entendait devant la face est du poste des bruits de terrassements.

    Le 4 décembre, à 3 heures, l’ennemi ouvrit un feu violent sur le poste. Des cris et des injures accompagnaient la fusillade. Un tam-tam battait. Cependant aucune attaque ne se prononçait.

    Le capitaine, dont la troupe se trouvait protégée par les murs du poste, ne répondit que par quelques feux de salve et quelques obus. L’ennemi entretint son feu jusqu’à 5 heures.

    Ayant pu déterminer le tracé de la ligne occupée, le capitaine Fouque décida de surprendre les Senoussistes à l’aube.

    A 5h10, les dispositions suivantes furent prises : le lieutenant Brouchet se porterait avec 10 hommes directement sur la ligne ennemie ; le lieutenant Bouret et le peloton de spahis à cent mètres d’intervalle, à droite du lieutenant Brouchet, prendrait comme objectif la gauche adverse ; le capitaine Fouque avec 13 hommes contournant le poste par l’ouest, et le nord attaquerait la droite de la ligne. Le lieutenant Poupard avec l’officier interprète Baudin et le reste des tirailleurs assurerait la garde du poste.

    Le mouvement s’exécuta facilement pour le capitaine Fouque qui put arriver sur le travers de la droite ennemie à 70 mètres environ. Cet officier constata alors que la ligne adverse était constituée par une longue tranchée de 150 mètres creusée dans le sable avec parapet en avant et bourrée de monde. Au centre flottait un étendard. L’aube blanchissait.

    Disposant sa fraction perpendiculairement à la ligne, le capitaine Fouque fit ouvrir un feu rapide, puis vigoureusement enleva ses tirailleurs à la baïonnette. 

    Le lieutenant Brouchet, directement exposé au feu adverse, n’avait pu avancer que très lentement. Appelé par le capitaine qui attaquait, il accourut vers lui. De son côté, le lieutenant Bouret se porta en avant et le lieutenant Poupard envoya en renfort les tirailleurs disponibles.

    Après dix minutes d’un combat acharné, la tranchée ennemie tombait entre les mains de la vaillante petite troupe ; tous les défenseurs avaient trouvé la mort.

    Le jour était venu. Dans le fond de l’oasis, les réserves ennemies, fantassins et cavaliers, s’agitaient. Des feux de salve y portèrent le désordre.

    Le lieutenant Bouret et son peloton, soutenus par 40 tirailleurs commandés par le lieutenant Brouchet, s’engagèrent à la poursuite de cette masse qui commençait à fuir. La poursuite fut abandonnée à 7h30.

    Les contingents miaïssa, enfin arrivés, la continuèrent dans la direction de N’Tiona puis de Tyné.

    Du côté ennemi, les pertes étaient considérables : 164 cadavres étaient entassés dans la tranchée ; parmi eux, celui de Mohammed bou Aguila, tué au pied de son étendard ; 50 autres tués restaient sur le terrain. En outre, 124 chameaux capturés et 97 fusils à tir rapide ramassés.

    Les pertes de la 4e compagnie étaient également lourdes : 6 indigènes tués ; le capitaine Fouque (4 blessures dont 3 par coups de sabre et 1 par halle) et le lieutenant Brouchet blessés, ainsi que 27 indigènes.

    Ce combat fut la dernière tentative des Senoussistes pour reprendre Bir Alali. Désormais les Français étaient solidement accrochés au Kanem.

    Toute leur activité allait pouvoir être dirigée vers la pacification des tribus encore dissidentes.

    Ahmed Chérif, chef de la Senoussiya, accepta pour le moment le fait accompli. Dans ses instructions, il interdit l’action offensive mais prescrivit l’application d’une tactique nouvelle : harceler partout « les Chrétiens ». Sous cette appellation, Ahmed Chérif confondait aussi bien les troupes françaises que les populations de religion musulmane soumises. Les Senoussistes s’attaquèrent même plus volontiers à ces dernières dont ils redoutaient moins les coups.

    El Barrani rejoignit Aïn Galakka, au Borkou, poste assigné par Ahmed Chérif. Les Touareg regagnèrent pour la plus grande partie l’Aïr où ils demandèrent l’aman.

    Quelques tribus se réfugièrent au Borkou. Les autres devaient tôt ou tard faire leur soumission malgré les excitations des envoyés de la Senoussiya qui parvinrent à les maintenir encore quelque temps en dissidence. Les Khouans devaient même déterminer en 1903 la désertion des Miaïssa qui se rendirent également au Borkou.

     

     

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