• 8 décembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le bombardement de Saint Jean d'Ulloa

    Le bombardement de Saint-Jean d’Ulloa

    D’après « Essai sur l’histoire de la tactique navale et des évolutions de mer » – Charles Ernest Lullier – 1867

     

    La France, n’ayant pu obtenir de la république du Mexique le redressement de ses légitimes griefs, se décida à en poursuivre la réparation par les armes.

    Les causes qui amenèrent l’expédition de Saint-Jean-d’Ulloa en 1838 paraissent être les suivantes : le parti clérico-espagnol, las des excès républicains, voulait faire introniser par l’étranger, une monarchie avec un prince de la maison de Bourbon sur le trône. L’Église verrait alors refleurir le catholicisme et conserverait son influence religieuse ; la grande propriété et les vieux Espagnols formeraient une aristocratie investie de tous les privilèges qu’elle comporte. Tels étaient les rêves de ce parti prêtre dont Lucas Alaman fut l’âme, et le ministre Cuevas le soutien. Dans ce but, ce parti mixte poussa à la guerre contre nous, espérant, à force d’intrigues et d’outrages, amener la France à entreprendre la conquête du Mexique. Mais le Gouvernement de Juillet, bien informé et surtout bien avisé, n’eut garde de donner dans le panneau, où on devait tomber avec tant de légèreté vingt-cinq ans plus tard, et se contenta d’exercer des représailles sur le littoral.

    Une escadre, composée des trois frégates la Néréide, la Gloire et l’Iphigénie, de la corvette la Créole, montée par le prince de Joinville, et de 2 bombardes, mouillait devant Sacrificios le 26 octobre 1838.

    Le 27 novembre de la même année, après des pourparlers inutiles, elle ouvrait son feu contre le fort de Saint-Jean-d’Ulloa, dont la chute devait décider de la prise de la Vera-Cruz, le port le plus important du Mexique par sa position et par son commerce.

    Le fort de Saint-Jean-d‘Ulloa est un fort en mer, bastionné régulièrement, revêtu et couvert, du côté du large, par une demi-lune détachée ; une langue de terre, formant glacis et portant une série de batteries basses armées alors de 36 pièces de gros canon, complète ses dehors. De plus, un banc de récifs, ceux de la Gallega, couvrent, à une distance de 1500 mètres, les approches de ce fort, qui était armé alors de 187 pièces de divers calibres.

    Les frégates, remorquées par deux vapeurs, s’embossèrent à 1200 mètres au nord-est du fort, et à 100 mètres seulement des récifs de la Gallega, à faible distance les unes des autres, presque beaupré sur poupe et avec un simple croupiat frappé sur l’ancre. Les bombardes s’embossèrent du même côté, un peu plus au nord et à 1500 mètres de distance.

    Les Mexicains commirent la faute de laisser s’achever tranquillement, sous leurs yeux et sans y mettre obstacle, cette opération délicate qui demanda plus de deux heures. Ils nous permirent même d’ouvrir le feu les premiers à deux heures trente cinq minutes de l’après-midi.

    Dans cette position, l’escadre française, occupant un faible espace, grâce à sa position concentrée, était vue seulement de 19 pièces (de 12, de 16, de 18 et de 24) du fort dont elle battait d’écharpe les batteries. La position était bonne.

    Bientôt la Créole, qui avait doublé les récifs pour essayer de tourner le fort par le sud et prendre à revers les batteries basses des ouvrages avancés, fut obligée de revenir sur ses pas faute de fond ; elle vint prendre aussitôt la tête de la ligne d’embossage.

    Une épaisse fumée, que la brise un peu paresseuse laissait stationner autour des frégates, en dérobait la vue aux Mexicains, qui étaient réduits à tirer d’après leur premier pointage sans pouvoir le rectifier. Aussi, la plupart des boulets ennemis passèrent-ils trop haut ou se perdirent-ils dans la ceinture de rochers qui entourent la Gallega. Il en fut de même pour les projectiles envoyés par le fort de la Conception, situé à grande distance à l’ouest de la ville.

    Près de 100 pièces de canon tirèrent durant plus de trois heures à pleine volée sur le fort. La justesse du tir de nos canonniers fut fort remarquée à cette époque.

    A quatre heures, un obus faisait sauter un petit magasin à poudre et un parc placé dans la batterie dite San-Miguel. A quatre heures et demie, une bombe fit sauter un autre magasin à poudre sur lequel se trouvait la tour des signaux qui emporta avec elle 72 hommes. A partir de ce moment, le feu de l’ennemi se ralentit considérablement jusqu’à la fin de l’action.

    A six heures, la nuit close étant venue, l’amiral appareilla pour regagner le mouillage de l’île Verte et y attendre le jour.

    Le fort était démantelé, les ravages de notre artillerie y étaient visiblement écrits. Nous avions jeté dans ce combat de trois heures plus de 8000 projectiles sur le fort, et nous n’avions perdu que quelques hommes, éprouvé que quelques avaries insignifiantes.

    Le rapport officiel de l’amiral Baudin porte à 300 bombes, 177 obus et 7771 boulets le nombre de projectiles lancés contre la forteresse, à 4 le nombre de tués et à 29 celui des blessés sur les frégates pendant le combat. (Archives).

    L’aviso à vapeur le Phaéton, qui avait reçu l’ordre de remorquer la frégate amirale la Néréide, vint prendre ses amarres.

    Aux premiers tours de roues, un des deux grelins cassa ; l’autre, mal amarré, fila. Un reste de brise poussait la Néréide sur les roches, la situation était critique. Un seul parti restait à prendre : l’amiral donna l’ordre de mouiller. La frégate demeura donc sur le champ de bataille, en présence de l’ennemi. Cet incident n’a peut-être pas été sans influence sur la détermination que prirent dans la nuit les défenseurs du fort : ils envoyèrent des parlementaires à bord et capitulèrent au matin.

    Suivant MM. Blanchart et Dauzats, témoins oculaires, l’amiral aurait tout préparé pour canonner le lendemain le fort. Suivant le commandant Mengin, dans son rapport officiel au ministre de la guerre, la canonnade du 27 devait précéder une attaque de vive force qui avait été concertée après une reconnaissance de nuit dont l’amiral faisait partie. Cette canonnade, qui décida de la reddition du fort, n’avait d’abord d’autre but que d’intimider l’ennemi et d’endommager les défenses.

    Sans rechercher si l’amiral Baudin pouvait se rapprocher davantage du fort en s’embossant un peu plus bas, dans la direction du sud-ouest, ce que l’hydrographie des lieux semblait permettre, on peut retirer divers enseignements de cet engagement mémorable.

    A cette époque, on admettait qu’une simple batterie de côte de quatre pièces pût lutter avec avantage contre un vaisseau de 100 canons. La mobilité de celui-ci cesse de devenir un avantage s’il s’embosse, ce qui arrive pourtant ordinairement ; son tir était gêné par les mouvements de la mer et ses canonniers incommodés par la fumée. Mais une des meilleures raisons données en faveur de la batterie est la précision de son feu sur un but énorme , tranchant si parfaitement sur l’eau qui l’environne de toutes parts, tandis que l’œil des canonniers marins s’égare et éprouve toujours beaucoup de difficultés à aller chercher quelques pièces perdues et enfouies dans les terres, dont la fumée souvent dénonce seule la présence.

    Il n’en fut pas ainsi sans doute de ce fort de Saint-Jean-d’Ulloa, si parfaitement isolé sur son rocher. Et il est à remarquer que la fumée joua ainsi un rôle avantageux pour les navires, qu’elle servit de manteau aux frégates embossées et les déroba aux coups de l’artillerie ennemie ; aussi, les avaries qu’elles éprouvèrent furent insignifiantes. La direction de la ligne d’embossage fut bonne, car 29 pièces de l’ennemi furent démontées par des coups d’écharpe et de revers. L’amiral pouvait se rapprocher de 200 mètres ; mais il perdait sa direction.

    Quelques jours après, le prince de Joinville se distingua à l’attaque de vive force exécutée sur la Vera-Cruz, et prit de sa main le général mexicain Arista au milieu d’une vive fusillade. L’amiral Baudin, ayant rencontré dans cette entreprise quelque résistance à la caserne où s’était retranchée la garnison que commandait Santa-Anna, donna le signal de la retraite. Sans doute il ne voulait qu’intimider l’ennemi, et il avait reçu des ordres pour ne pas pousser l’attaque à fond ; sa détermination ne peut s’expliquer autrement.

     

     

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