Restez à jour: Articles | Commentaires

  • 8 décembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille de la Zaatcha

    La prise de Zaatcha

    D’après « Insurrection survenue dans le sud de la province de Constantine en 1849 » – Émile Herbillon – 1863

     

    L’assaut ayant été fixé pour le 26 novembre, le général Herbillon, avant de clore son ordre d’attaque, voulut s’assurer de l’état des brèches et prendre lui-même une connaissance exacte des différents points qui pourraient offrir des difficultés.

    Il était, à cet effet, dans le dernier jardin de l’extrémité de l’attaque de droite, accompagné de son chef d’état-major, le colonel de Brétizel, de son aide de camp et de son officier d’ordonnance. Il se faisait rendre compte par un Arabe du pays de l’emplacement des maisons de Bouzian et du cheik Bou-Azouz. Ces deux maisons avaient des murs très épais et l’aspect de réduits fortifiés.

    Il allait se retirer, lorsque le colonel Canrobert arriva suivi de plusieurs officiers, et lui demanda quelques renseignements sur ces deux maisons restées intactes et dont on n’apercevait qu’une partie. Le général lui dit que ce serait « là où se réfugieraient les plus exaltés, et, par conséquent, la position la plus difficile à emporter ». Le colonel le pria, si toutefois il n’avait encore rien décidé, de lui donner le commandement des troupes désignées pour monter à l’assaut de ce côté.

    Après la reconnaissance des différents points d’attaque, le général rentra au camp, où il trouva les troupes pleines d’ardeur, et comme les préparatifs pour l’assaut avaient été faits et que les précautions étaient prises pour en assurer, autant que possible, le succès, il arrêta ses dispositions.

    L’assaut devant avoir lieu par trois brèches, trois colonnes d’attaque furent formées. Elles se composèrent chacune de 7 à 800 hommes et d’un détachement du génie fort de 30 à 40 sapeurs, divisé en deux sections : l’une des sections avait pour mission d’aplanir les obstacles qui s’opposeraient à la marche des troupes ; et l’autre, aidée par les travailleurs d’infanterie, devait établir un logement au sommet de chaque brèche, si la résistance de la place était trop opiniâtre. Des officiers du génie furent attachés à chacune des colonnes, dont le commandement fut donné aux colonels de Barral et Canrobert, et au lieutenant-colonel de Lourmel.

    Le commandant Bourbaki, ayant sous ses ordres le bataillon indigène, fut chargé de l’investissement provisoire de la place ; il devait se masser à la Zaouïa et en partir au signal qui lui serait donné.

    Le colonel de Mirbeck, prenant le commandement du camp, avait l’ordre de n’y laisser entrer et de n’en laisser sortir aucun Arabe, d’envoyer de forts détachements de cavalerie pour surveiller les oasis, et, dans le cas où il serait forcé de marcher de sa personne, il devait remettre ses fonctions au colonel Jolivet, du 16e de ligne.

    Deux dépôts furent établis dans la tranchée pour les blessés, dont le transport au camp fut assuré par les soins de sous-intendant Bazire.

    Les ordres ayant été communiqués à tous les corps, le général donna ses dernières instructions aux colonels qui devaient conduire les colonnes d’assaut, en leur prescrivant de les diriger sur les maisons de Bouzian et de Bou-Azouz, où elles feraient leur jonction.

    Chacun se retira ensuite dans sa tente avec grande confiance et l’espoir de voir le lendemain tomber Zaatcha, orgueil du Zab-Dahari et centre de tous les mouvements insurrectionnels.

    Le 26 novembre, avant que le jour parût, les officiers du génie disposèrent les têtes de sape pour le passage des troupes, en remplaçant par des caisses à biscuit vides, faciles à renverser, les masques, et, à sept heures et demie du matin, les trois colonnes furent rendues dans les tranchées et les places d’armes où elles avaient ordre de se réunir.

    Au point du jour, l’artillerie avait ouvert un feu très vif sur les brèches, et le commandant Bourbaki s’était porté vers la face ouest du village, pour prendre position dans les jardins entre les extrémités de droite et de gauche des deux attaques. Ce mouvement, ainsi que celui opéré dans le camp, ayant été remarqué des assiégés, ils ne purent douter d’une attaque sérieuse. Aussi, plusieurs groupes sortirent de Zaatcha, les uns pour s’en éloigner au plus vite, les autres pour aller chercher des renforts à Lichana et à Tolga, où ils ne purent parvenir, étant tombés au milieu des tirailleurs indigènes ; ils furent tués.

    Le général s’était placé au cavalier de tranchée, près de la batterie Besse, au centre des attaques, où il attendait que l’investissement fût achevé pour donner le signal de l’assaut.

    A huit heures du matin, trois notes de clairon vivement répétées lui étant parvenues, il fit sonner la charge. Aussitôt les sapeurs du génie dégagent les passages du fossé, et les trois colonnes, précédées par leurs chefs, s’élancent avec le plus grand enthousiasme sur les brèches au bruit de tous les tambours et clairons de la colonne expéditionnaire.

    A droite, le colonel Canrobert gravit audacieusement les pentes de la brèche. Quatre officiers et quinze zouaves de bonne volonté l’accompagnent en tête de la colonne. Foudroyés par un feu violent, deux officiers et treize hommes sont tués ; ceux qui restent debout sont touchés. Les zouaves qui marchent sur leurs traces se portent en avant, et, gagnant les terrasses, culbutent et tuent les Arabes qui s’y trouvent. Bientôt après, le drapeau français flotte sur un des points les plus élevés de Zaatcha.

    Le colonel de Barral, au centre, après avoir rencontré quelques obstacles, pénètre dans les rues, d’où il refoule les Arabes qui se sauvent cherchant un abri.

    A la gauche, le lieutenant-colonel de Lourmel, ayant son képi au bout de son épée, précède ses troupes, qui, animées par son exemple, franchissent à la course les premiers obstacles, et poursuivent de terrasse en terrasse les assiégés, qui, ne pouvant résister à une telle impétuosité, cherchent, par une fuite précipitée, à se soustraire aux coups de nos baïonnettes.

    De Lourmel, les suivant de près et s’élançant dans la rue, se trouve suspendu un instant à une poutre, à quatre mètres au-dessus du sol. Là, il est blessé par une balle tirée presque à bout portant ; mais, s’étant dégagé, il parvient à descendre, continue sa course, et, peu après, il rallie les deux autres colonnes à la maison de Bouzian.

    A neuf heures, les rues, les places et les terrasses sont occupées par la troupe et les défenseurs, poursuivis à la baïonnette, débusqués des décombres, se réfugient dans les maisons d’où ils font un feu meurtrier sur les assaillants. Pour les en déloger, il faut faire le siège de chacune d’elles.

    Les sapeurs du génie essaient de percer avec la pioche le mur épais et solide du rez-de-chaussée, afin de pouvoir y pénétrer. Mais, à peine un trou est-il fait que des canons de fusil en sortent et tuent ceux qui sont en face. Les obusiers, que l’on ne peut transporter partout, n’ont point une action assez rapide; d’ailleurs, les canonniers sont mis immédiatement hors de combat.

    Il est donc difficile de chasser les Arabes de leur retraite, surtout du rez-de-chaussée, salle vaste et sombre, n’ayant d’entrée qu’une porte fort étroite et basse ; encore est-elle en partie murée. Cependant il faut en finir avec un ennemi aussi opiniâtre. C’est alors que l’on sent vivement l’utilité des sacs de poudre, que les sapeurs avaient déposés tout préparés à côté des brèches. En un instant, ils sont apportés et mis en œuvre.

    On n’entend alors que des détonations de mine ; on ne voit de tous côtés que des maisons qui sautent ou s’écroulent et ensevelissent les malheureux qui s’y étaient retirés.

    Enfin, il n’y a plus qu’une seule maison, celle de Bouzian, qui reste debout sur l’emplacement de Zaatcha. Cette demeure du chef de l’insurrection est solidement construite ; ce dernier est entouré de sa famille et des fanatiques les plus exaltés qui font un feu nourri sur tous ceux qu’ils aperçoivent.

    Les zouaves, sous les ordres du commandant Lavarande, s’élancent pour pénétrer dans ce repaire si opiniâtrement défendu. Trente des leurs tombent sous les balles de cet ennemi invisible, ainsi que les servants d’un obusier de montagne que l’on met en batterie.

    Le général, témoin de cette résistance, ordonne de placer des sacs de poudre contre-buttés par des sacs à terre : deux fois les sapeurs du génie, bravant tout danger, exécutent cet ordre. Les deux premières explosions ne produisent aucun effet, et ce n’est qu’à la troisième qu’un pan de mur, en s’écroulant, fait une large brèche.

    Les zouaves, qui trépignent d’impatience, n’attendent pas que l’éboulement soit complet. Ils se précipitent avec élan au milieu du nuage de poussière causé par l’explosion. Reçus par un feu à bout portant, dix de ces braves paient de leur vie cette attaque vigoureuse ; ceux qui les suivent, plus ardents que jamais, passent pardessus les corps de leurs camarades, franchissent le peu d’espace qui les sépare de l’ennemi, et se heurtent dans l’obscurité contre une masse compacte, résolue à vendre chèrement sa vie.

    Quelques coups de fusil sont encore tirés ; mais les zouaves, se servant de leurs baïonnettes, ne font aucun quartier, et tous les Arabes retirés dans ce sombre réduit tombent en un instant pour ne plus se relever, à l’exception cependant de Bouzian, qui profite de l’obscurité et de la connaissance des lieux pour chercher à s’esquiver. Un zouave, nommé Causse, court sur lui, le saisit par le burnous et l’entraîne malgré sa résistance. Pris les armes à la main, ce fanatique subit la conséquence de son rôle ; il est passé par les armes.

    Pendant cette lutte sanglante, le commandant Bourbaki avait eu un engagement avec les gens de Lichana qui, au bruit sourd des mines et de celui retentissant du canon, étaient sortis de leur village pour venir au secours de leurs frères de Zaatcha. Mais, arrêtés sur tous les points par les tirailleurs indigènes, ils s’étaient retirés après la perte de quelques-uns des leurs. Quant aux habitants de Farfar et de Tolga, intimidés par les nombreuses patrouilles de la cavalerie et des goums, ils n’avaient pas osé s’éloigner de la lisière de leurs oasis, où ils s’étaient rassemblés.

    A midi, Zaatcha n’était plus qu’un monceau de ruines, et cependant, jusqu’à trois heures, des Arabes, cachés dans des trous, blessèrent encore quelques hommes qui traversaient les décombres. Enfin, le plus profond silence finit par régner là, où pendant cinquante et un jours on n’avait entendu, jour et nuit, que le bruit de combats continuels.

    A cinq heures du soir, les troupes rentrent au camp, et le colonel Dumontet vient, avec le 43e de ligne, s’établir sur les ruines encore fumantes de Zaatcha.

    Dans ce siège de maisons, un grand nombre de victimes furent ensevelies sous les décombres; elles leur servirent de tombeaux. On trouva parmi les cadavres le corps de Sidi-Moussa, marabout vagabond, qui était connu par son exaltation et sa persévérance à prêcher la guerre sainte ; il était venu de l’ouest avec une soixantaine de fanatiques qui avaient été frappés à côté de leur maître. Ce ne furent pas les seuls étrangers qui succombèrent.

    Dans la perte de huit cents hommes que les Arabes firent dans cette journée, il n’y eut que trente habitants du village. Les autres appartenaient à des contingents de vingt tribus différentes, plus ou moins éloignées ; des gens de Tunis, du Maroc, de la Mecque même furent trouvés parmi les morts. Tous ces hommes, pour la plupart vigoureusement constitués, avaient été des défenseurs déterminés. Un vieillard et cinq femmes furent seuls épargnés; le général les renvoya dans leurs familles : ces cinq femmes furent les seules qu’on trouva dans Zaatcha.

    Le fils de Bouzian, jeune homme de vingt ans, qui avait été mêlé à toutes les intrigues de son père, et qui était auprès de lui au moment de l’assaut, avait disparu. Le général donnait l’ordre

    de le chercher partout, lorsque Mohamed Skrir, caïd de Biskra, en lui jetant une tête aux pieds, lui dit : « Général, le louveteau ne deviendra pas loup ». Ce jeune Arabe, en fuyant, était tombé au milieu des goums du cheik El-Arab, qui l’avait fait décapiter.

    Cependant les habitants des oasis voisines ne pouvaient croire à l’anéantissement de ce bordj, réputé parmi eux imprenable. Ils étaient, en outre, persuadés que Bouzian et son fils s’étaient sauvés à Tolga. Cette conviction, de leur part, pouvant encore prolonger la lutte, le général crut que le moyen le plus infaillible pour la terminer, était d’exposer à la vue de tous les têtes de Bouzian, de son fils et de Sidi-Moussa. Ce qu’il avait prévu, arriva, car, aussitôt qu’elles furent exposées et que le bruit s’en répandit, tous les grands du Zab-Dahari et des oasis voisines s’empressèrent de se rendre au camp, et de fournir des otages, en faisant de grandes démonstrations de regrets de s’être laissés entraîner.

    Cette journée, où les officiers et soldats firent preuve de la plus grande intrépidité, nous a coûté 43 tués, dont 3 officiers, et 195 blessés, y compris 4 officiers, presque toutes blessures fort graves, reçues à bout portant.

    La plus grande partie de cette perte fut supportée par les zouaves qui, à l’attaque seule de la maison de Bouzian, eurent 40 hommes hors de combat. Le chef de bataillon Lavarande, qui les commandait, fut dans cette occasion, comme dans toutes, admirable d’entrain et de bravoure. Le chef de bataillon de Lorencey, des zouaves, fut blessé. Le commandant Le Bretevillois, du génie, s’est distingué dans ce siège de maisons, par son calme, et son sang-froid au milieu du danger et par la précision de ses ordres.

    Le général ne quitta le camp de Condiat-el Meïda, comme il en avait pris la ferme résolution, qu’après la destruction entière de Zaatcha. Il en partit le 28 novembre, suivi d’un convoi de blessés et de malades, au nombre desquels il y avait encore beaucoup de cholériques ; il emmenait avec lui les otages du Zab-Dahari, des Ouled-Djellal et de Sidi-Kraled.

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso