• 23 novembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La capture de l’empereur Inca Atahualpa

     

    La capture de l’empereur Inca Atahualpa
    ou la conquête du Pérou par les Espagnols

    D’après « Les Grands voyages et les grands voyageurs. Découverte de la terre » – 1878

     

    Au moment où les Espagnols débarquèrent pour en faire la conquête, le Pérou bordait l’océan Pacifique sur une longueur de quinze cents milles et s’enfonçait à l’intérieur bien loin de la chaîne imposante des Andes. A l’origine, la population se trouvait divisée en tribus sauvages et barbares, n’ayant aucune idée de la civilisation, vivant continuellement en guerre les unes contre les autres.

    Pendant une longue série de siècles, les choses étaient restées dans le même état, et rien ne faisait présager la venue d’une ère meilleure, lorsque, sur les bords du lac Titicaca, un homme et une femme, qui se prétendaient enfants du soleil, apparurent aux Indiens.

    Ces deux personnages, d’une figure majestueuse, appelés Manco-Capac et Mama-Oello, rassemblèrent, vers le milieu du douzième siècle, suivant Garcilasso de laVega, un grand nombre de tribus errantes et jetèrent les fondements de la ville de Cusco. Manco-Capac avait appris aux hommes l’agriculture et les arts mécaniques, tandis que Mama-Oello enseignait aux femmes l’art de filer et de tisser. Lorsqu’il eut satisfait à ces premières nécessités de toutes les sociétés, Manco-Capac donna des lois à ses sujets et constitua un état politique régulier.

    C’est ainsi que s’était établie la domination de ces Incas ou seigneurs du Pérou.

    Leur empire, d’abord borné aux environs de Cusco, n’avait pas tardé à s’agrandir sous leurs successeurs et à s’étendre depuis le tropique du Capricorne jusqu’à l’île des Perles, sur une longueur de trente degrés. Leur pouvoir était devenu aussi absolu que celui des anciens souverains asiatiques.

    « Aussi, dit Zarate, n’y eut-il peut-être jamais pays au monde où l’obéissance et la soumission des sujets aient été plus loin. Les Incas étaient pour eux des quasi-divinités ; ils n’avaient qu’à mettre un fil tiré de leur bandeau royal entre les mains de quelqu’un pour qu’il fût respecté et obéi partout, jusque-là qu’on avait une déférence si absolue pour les ordres du roi qu’il portait, qu’il pouvait seul et sans aucun secours de soldats exterminer une province entière et y faire périr hommes et femmes, parce qu’à la seule vue de ce fil tiré de la couronne royale, ils s’enraient tous à la mort volontairement et sans aucune résistance. »

    D’ailleurs, les vieux chroniqueurs s’accordent à dire que ce pouvoir sans bornes fut toujours employé par les Incas pour le bonheur de leurs sujets.

    D’une série de douze rois qui se succédèrent sur le trône du Pérou, il n’en est aucun qui n’ait laissé le souvenir d’un prince juste et adoré de ses peuples. Ne chercherait-on pas vainement dans le reste du monde une contrée dont les annales rapportent un fait analogue ? Ne faut-il pas, dès lors, regretter que les Espagnols aient apporté la guerre et ses horreurs, les maladies et les vices d’un autre climat et ce que, dans leur orgueil, ils appelaient la civilisation, chez des peuples heureux et riches, dont les descendants appauvris, abâtardis, n’ont même pas, pour les consoler de leur irrémédiable décadence , le souvenir de leur antique prospérité ?

    « Les Péruviens, dit Michelet dans son admirable Précis d’histoire moderne, transmettaient les principaux faits à la postérité par des nœuds qu’ils faisaient à des cordes. Ils avaient des obélisques, des gnomons réguliers pour marquer les points des équinoxes et des solstices. Leur année était de trois cent soixante-cinq jours. Ils avaient élevé des prodiges d’architecture et taillé des statues avec un art surprenant. C’était la nation la plus policée et la plus industrieuse du nouveau monde ».

    L’Inca Huayna-Capac, père d’Atahualpa sous qui ce vaste empire fut détruit, l’avait beaucoup augmenté et embelli. Cet Inca, qui conquit tout le pays de Quito, avait fait, par les mains de ses soldats et des peuples vaincus, un grand chemin de cinq cents lieues, de Cusco jusqu’à Quito, à travers des précipices comblés et des montagnes aplanies. Des relais d’hommes, établis de demi-lieue en demi-lieue, portaient les ordres du monarque dans tout l’empire.

    Telle était leur police, et, si l’on veut juger de leur magnificence, il suffit de savoir que le roi était porté dans ses voyages sur un trône d’or qui pesait 25 000 ducats. La litière d’or, sur laquelle était le trône, était soutenue par les premiers personnages de l’État.

     

    A l’époque où les Espagnols parurent pour la première fois sur la côte, en 1526, le douzième Inca venait d’épouser, au mépris de la loi antique du royaume, la fille du roi de Quito, qu’il avait vaincu, et en avait eu un fils, nommé Atahualpa, à qui il laissa ce royaume à sa mort, arrivée vers 1529. Son fils aîné Huascar, dont la mère était du sang des Incas, eut le reste de ses États. Mais ce partage, si contraire aux coutumes établies depuis un temps immémorial, excita à Cusco un tel mécontentement que Huascar, encouragé par ses sujets, se détermina à marcher contre son frère, qui ne voulait pas le reconnaître pour son maître et seigneur.

    Toutefois Atahualpa n’eut pas plus tôt goûté au pouvoir qu’il ne voulut plus l’abandonner. Il s’attacha, par des largesses, la plupart des guerriers qui avaient accompagné son père à la conquête de Quito, et, lorsque les deux armées se rencontrèrent, le sort favorisa l’usurpateur.

    N’est-ce pas une curieuse remarque à faire que, au Pérou aussi bien qu’au Mexique, les Espagnols furent favorisés par des circonstances tout à fait exceptionnelles ?

    Au Mexique, des peuples récemment soumis à la race aztèque, foulés sans merci par leurs vainqueurs, les accueillent comme des libérateurs ; au Pérou, la lutte de deux frères ennemis, acharnés l’un contre l’autre, empêche les Indiens de tourner toutes leurs forces contre les envahisseurs qu’ils auraient facilement écrasés !

    Pizarro, en recevant les envoyés d’Huascar qui venaient lui demander secours contre son frère Atahualpa, qu’il représentait comme un rebelle et un usurpateur, avait aussitôt compris tout le parti qu’il pouvait tirer des circonstances. Il comptait bien qu’en prenant la défense de l’un des compétiteurs, il pourrait plus facilement les opprimer tous les deux. Il s’avança aussitôt dans l’intérieur du pays, à la tête de forces peu considérables, soixante-deux cavaliers et cent vingt fantassins dont une vingtaine seulement étaient armés d’arquebuses et de mousquets, car il avait fallu laisser une partie de ses troupes à la garde de San-Miguel, où Pizarro comptait trouver un refuge en cas d’insuccès et où devaient, en tout cas, débarquer les secours qui pourraient lui arriver.

    Pizarro se dirigea sur Caxamalca, petite ville située à une vingtaine de journées de marche de la côte. Il dut, pour cela, traverser un désert de sables brûlants, sans eau et sans arbres, qui s’étendait sur vingt lieues de long jusqu’à la province de Motupé, et où la moindre attaque d’un ennemi, jointe aux souffrances endurées par sa petite armée, aurait pu d’un seul coup anéantir l’expédition. Puis, il s’enfonça dans les montagnes, et s’engagea dans des défilés étroits où auraient pu l’écraser des forces peu considérables.

    Il reçut pendant cette marche un envoyé d’Atahualpa, lui apportant des souliers peints et des manchettes d’or, qu’il était invité à porter lors de sa prochaine entrevue avec l’Inca.

    Naturellement, Pizarro fut prodigue de promesses d’amitié et de dévouement. Il déclara à l’ambassadeur indien qu’il ne ferait que suivre les ordres du roi son maître en respectant la vie et les biens des habitants. Dès son arrivée à Caxamalca, Pizarro logea prudemment ses troupes dans un temple et un palais de l’Inca, à l’abri de toute surprise. Puis, il envoya un de ses frères avec de Soto et une vingtaine de cavaliers au camp d’Atahualpa, qui n’était éloigné que d’une lieue, pour lui faire connaître son arrivée.

    Les envoyés du gouverneur, reçus avec magnificence, furent émerveillés de la multitude d’ornements, de vases d’or et d’argent qu’ils virent partout dans le camp indien. Ils revinrent avec la promesse qu’Atahualpa viendrait le lendemain faire visite à Pizarro et lui souhaiter la bienvenue dans son royaume. En même temps, ils rendirent compte des richesses merveilleuses qu’ils avaient vues, ce qui confirma Pizarro dans le projet qu’il avait formé de s’emparer par trahison du malheureux Atahualpa et de ses trésors.

    Plusieurs auteurs espagnols et, Zarate notamment, déguisent les faits, qui leur ont sans doute paru trop odieux, et rejettent la trahison sur Atahualpa. Mais on possède aujourd’hui trop de documents pour ne pas être forcé de reconnaître avec Roberston et Prescott toute la perfidie de Pizarro. Il était très important pour lui d’avoir l’Inca en sa possession et d’en user comme d’un instrument, ainsi que Cortès avait fait de Montézuma. Il profita donc de la simplicité et de l’honnêteté d’Atahualpa, qui avait ajouté une entière créance à ses protestations d’amitié et ne se tenait pas sur ses gardes, pour organiser un guet-apens dans lequel ce dernier ne pouvait manquer de tomber. Au reste, pas un scrupule dans l’âme déloyale du conquérant, autant de sang-froid que s’il allait livrer bataille à des ennemis prévenus, et, cependant, cette infâme trahison sera un éternel déshonneur pour sa mémoire.

    Pizarro divisa donc sa cavalerie en trois petits escadrons, laissa en un seul corps toute son infanterie, cacha ses arquebusiers sur le chemin que devait parcourir l’Inca et garda auprès de lui une vingtaine de ses plus déterminés compagnons.

    Atahualpa, voulant donner aux étrangers une haute idée de sa puissance, s’avançait avec toute son armée. Lui-même était porté sur une sorte de lit décoré de plumes, recouvert de plaques d’or et d’argent, orné de pierres précieuses.

    Entouré de baladins et de danseurs, il était accompagné de ses principaux seigneurs, portés comme lui sur les épaules de leurs serviteurs. Une telle marche était plutôt celle d’une procession que celle d’une armée.

    Dès que l’Inca fut arrivé près du quartier des Espagnols, suivant Robertson, le père Vincent Valverde, aumônier de l’expédition, qui reçut plus tard le titre d’évêque en récompense de sa conduite, s’avança le crucifix d’une main et son bréviaire de l’autre. Dans un interminable discours, il exposa au monarque la doctrine de la création, la chute du premier homme, l’incarnation, la passion et la résurrection de Jésus-Christ, le choix que Dieu avait fait de saint Pierre pour être son vicaire sur la terre, le pouvoir de ce dernier transmis aux papes et la donation faite au roi de Castille par le pape Alexandre de toutes les régions du nouveau monde.

    Après avoir développé toute cette doctrine, il somma Atahualpa d’embrasser la religion chrétienne, de reconnaître l’autorité suprême du pape et de se soumettre au roi de Castille comme à son souverain légitime. S’il se soumettait immédiatement, Valverde lui promettait que le roi, son maître, prendrait le Pérou sous sa protection et lui permettrait de continuer d’y régner ; mais il lui déclarait la guerre et le menaçait d’une terrible vengeance, s’il refusait d’obéir et persévérait dans son impiété.

    C’était là, pour le moins, une singulière mise en scène et une étrange harangue, faisant allusion à des faits inconnus des Péruviens et de la vérité desquels un orateur plus habile que Valverde n’aurait pas réussi à les persuader. Si l’on ajoute à cela que l’interprète connaissait si mal l’espagnol qu’il était dans l’impossibilité presque absolue de traduire ce qu’il comprenait à peine lui-même, et que la langue péruvienne devait manquer de mots pour exprimer des idées si étrangères à son génie, on sera peu surpris de savoir que du discours du moine espagnol, Atahualpa ne comprit presque rien.

    Il est certaines phrases, cependant, qui, s’attaquant à son pouvoir, le frappèrent de surprise et d’indignation. Il n’en fut pas moins modéré dans sa réponse. Il dit que, maître de son royaume par droit de succession, il ne comprenait pas qu’on eût pu en disposer sans son consentement ; il ajouta qu’il n’était nullement disposé à renier la religion de ses pères pour en adopter une dont il entendait parler pour la première fois ; à l’égard des autres points du discours, il n’y comprenait rien, c’était chose, pour lui, toute nouvelle, et il serait bien aise de savoir où Valverde avait appris tant de choses merveilleuses.

    - Dans ce livre, répondit Valverde, en lui présentant son bréviaire.

    Atahualpa le prit avec empressement, en tourna curieusement quelques feuillets et, l’approchant de son oreille : – Ce que vous me montrez là, dit-il, ne me parle pas et ne me dit rien ! Puis il jeta le livre à terre.

    Ce fut le signal du combat ou plutôt du massacre. Les canons et les mousquets entrèrent en jeu, les cavaliers s’élancèrent, et l’infanterie tomba l’épée à la main sur les Péruviens stupéfaits. En quelques instants, le désordre fut à son comble. Les Indiens s’enfuirent de tous les côtés sans essayer de se défendre. Quant à Atahualpa, bien que ses principaux officiers s’efforçassent, en l’entraînant, de lui faire un rempart de leur corps, Pizarro fondit sur lui, dispersa ou renversa ses gardes, et, le saisissant par sa longue chevelure, le précipita à bas de la litière qui le portait.

    La nuit seule put arrêter le carnage. Quatre mille Indiens étaient tués, un plus grand nombre blessés et trois mille faits prisonniers. Ce qui prouve bien jusqu’à l’évidence qu’il n’y eut pas combat, c’est que, de tous les Espagnols, Pizarro seul fut atteint, et encore le fut-il par un de ses soldats qui voulut trop précipitamment s’emparer de l’Inca.

    Le butin, ramassé sur les morts et dans le camp, dépassa tout ce que les Espagnols avaient pu imaginer. Aussi leur enthousiasme fut-il proportionné à la conquête de tant de richesses.

    Tout d’abord, Atahualpa supporta avec assez de résignation sa captivité, d’autant plus que Pizarro faisait tout pour l’adoucir, en paroles du moins. Mais, ayant bientôt compris quelle était la convoitise effrénée de ses geôliers, il proposa à Pizarro de lui payer rançon et de faire remplir, jusqu’à la hauteur qu’il pouvait atteindre avec la main, une chambre de vingt deux pieds de longueur sur seize de largeur, de vases, d’ustensiles et d’ornements en or. Pizarro y consentit avec empressement, et l’Inca prisonnier expédia aussitôt, dans toutes les provinces, les ordres nécessaires, qui furent exécutés promptement et sans murmures.

    Bien plus, les troupes indiennes furent licenciées, et Pizarro put envoyer Soto et cinq Espagnols à Cusco, ville située à plus de deux cents lieues de Caxamalca, tandis que lui-même soumettait le pays à cent lieues à la ronde.

    Sur ces entrefaites, Almagro débarqua avec deux cents soldats. On mit à part pour lui et pour ses hommes, – avec quels regrets, il est facile de l’imaginer, – cent mille pesos ; on réserva le quint du roi, et il resta encore 1 528 500 pesos à partager entre Pizarro et ses compagnons. Ce produit du pillage et du massacre fut solennellement réparti entre les ayants-droit, le jour de saint Jacques, patron de l’Espagne, après une fervente invocation à la divinité. Déplorable mélange de religion et de profanation, malheureusement trop fréquent en ces temps de superstition et d’avarice !

    Chaque cavalier reçut pour sa part 8000 pesos et chaque fantassin 4000, soit quelque chose comme 40000 et 20000 francs. Il y avait là de quoi satisfaire les plus difficiles, après une campagne qui n’avait été ni longue ni pénible. Aussi, beaucoup de ces aventuriers, désireux de jouir en paix et dans leur patrie d’une fortune inespérée, s’empressèrent-ils de demander leur congé. Pizarro le leur accorda sans peine, car il comprenait que le bruit de leur rapide fortune ne tarderait pas à lui amener de nouvelles recrues.

    Avec son frère Fernand, qui allait en Espagne porter à l’empereur la relation de son triomphe et des présents magnifiques, soixante Espagnols partirent, lourds d’argent, mais légers de remords.

    Aussitôt sa rançon payée, Atahualpa réclama sa liberté. Pizarro, qui ne lui avait conservé la vie que dans le but de se couvrir de l’autorité et du prestige que l’empereur avait gardé sur ses sujets et de ramasser tous les trésors du Pérou, fut bientôt obsédé des réclamations du prisonnier. Il le soupçonnait aussi depuis quelque temps d’avoir ordonné secrètement de lever des troupes dans les pro- vinces éloignées de l’empire. De plus, Atahualpa, s’étant aperçu que Pizarro n’était pas plus instruit que le dernier de ses soldats, en avait conçu pour le gouverneur un mépris qu’il ne sut malheureusement pas dissimuler.

    Tels sont les motifs, bien futiles pour ne pas dire plus, qui déterminèrent Pizarro à faire instruire le procès de l’Inca.

    Rien de plus odieux que ce procès dans lequel Pizarro et Almagro furent à la fois juges et parties. Des chefs d’accusation, les uns sont si ridicules, les autres si absurdes qu’on ne sait vraiment s’il faut le plus s’étonner de l’effronterie ou de l’iniquité de Pizarro, qui soumettait à de telles informations le chef d’un puissant empire sur lequel il n’avait aucune juridiction.

    Atahualpa, déclaré coupable, fut condamné à être brûlé vif ; mais comme il avait fini, pour se débarrasser des obsessions de Valverde, par demander le baptême, on se contenta de l’étrangler. Digne pendant de l’exécution de Guatimozin ! Forfait des plus atroces et des plus odieux qu’aient commis les Espagnols en Amérique, où ils se sont pourtant souillés de tous les crimes imaginables !

    Il y avait encore cependant dans cette tourbe d’aventuriers quelques hommes qui avaient conservé le sentiment de l’honneur et de leur propre dignité. Ils protestèrent hautement au nom de la justice indignement bafouée et vendue ; mais leurs voix généreuses furent étouffées par les déclamations intéressées de Pizarro et de ses dignes acolytes.

    Le gouverneur investit alors de la royauté, sous le nom de Paul Inca, un des fils d’Atahualpa. Mais la guerre entre les deux frères et les événements qui s’étaient passés depuis l’arrivée des Espagnols avaient considérablement relâché les liens qui attachaient les Péruviens à leurs rois, et ce jeune homme, qui devait bientôt périr honteusement, n’eut guère plus d’autorité que Manco-Capac, fils d’Huascar, qui fut reconnu par les peuples de Cusco.

    Bientôt même, quelques-uns des principaux du pays cherchèrent à se tailler des royaumes dans l’empire du Pérou : tel fut Ruminagui, commandant à Quito, qui fit massacrer le frère et les enfants d’Atahualpa, et se déclara indépendant.

    La discorde régnait au camp péruvien. Les Espagnols résolurent d’en profiter.

    Pizarro s’avança rapidement sur Cusco, car, s’il avait jusque-là tardé de le faire, c’est qu’il n’avait sous la main que peu de forces. Maintenant qu’une foule d’aventuriers, alléchés par les trésors rapportés à Panama, se précipitaient à l’envi vers le Pérou, maintenant qu’il pouvait réunir cinq cents hommes, après avoir laissé une garnison importante à San-Miguel sous le commandement de Benalcazar, Pizarro n’avait plus de raisons pour attendre.

    En chemin, quelques combats furent livrés à de gros corps de troupes ; mais ils se terminèrent, comme toujours, par des pertes très sérieuses pour les indigènes et insignifiantes pour les Espagnols.

    Lorsqu’ils entrèrent dans Cusco et qu’ils prirent possession de cette ville, ceux-ci se montrèrent étonnés du peu d’or et de pierres précieuses qu’ils y trouvèrent, bien que cela passât de beaucoup la rançon d’Atahualpa. Est-ce parce qu’ils étaient déjà familiarisés avec les richesses du pays, ou parce qu’ils étaient un plus grand nombre à les partager ?

    Pendant ce temps, Benalcazar, fatigué de son inaction, profitait de l’arrivée d’un renfort, venu de Nicaragua et de Panama, pour se diriger vers Quito, où, selon le dire des Péruviens, Atahualpa avait laissé la plus grande partie de ses trésors. Il se mit à la tête de quatre-vingts cavaliers et de cent vingt fantassins, battit en plusieurs occasions Ruminagui, qui lui barrait la route, et, grâce à sa prudence et à son habileté, put entrer victorieux à Quito ; mais il n’y trouva pas ce qu’il cherchait, c’est-à-dire les trésors d’Atahualpa.

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso