• 23 novembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La bataille de Morgarten

     

    La bataille de Morgarten

    D’après « Histoire d’Allemagne » – Kolhrausch – 1839

     

    Après la mort d’Albert d’Autriche, les princes allemands, fidèles à leurs principes de ne pas choisir plusieurs empereurs de suite dans la même maison, et prisant au-dessus de tout les vertus chevaleresques, choisirent le comte Henri de Luxembourg, qui était connu pour un vaillant et vigoureux héros et chevalier.

    Il régna trop peu de temps sur l’Allemagne, pour faire beaucoup pour son bien ; cependant l’éclat de sa conduite prouva assez clairement que son courage et la noblesse de ses sentiments étaient dignes de l’ancienne couronne impériale. Il entreprit une campagne en Italie, où aucun empereur n’était entré depuis Conrad IV, et là encore il fit briller son noble esprit de chevalier en réconciliant les Guelfes et les Gibelins. Mais bientôt l’esprit de parti se réveilla et Henri lui-même en périt probablement la victime. Après avoir été couronné à Rome au milieu de la lutte des partis, il mourut tout d’un coup dans une expédition contre Robert, roi de Naples, à Bonconvento, près de Sienne, le 24 août 1313, empoisonné, dit-on.

    Il acquit la Bohême à sa maison et jeta ainsi les fondements de sa grandeur. Il y avait alors en Bohême, comme seul rejeton de l’ancienne famille royale, Elisabeth, petite-fille d’Ottocar. En haine de la maison de Habsbourg, qui avait, après cette jeune princesse, les premiers droits à la Bohême, les états en donnèrent l’héritière pour femme au fils de l’Empereur ; la maison de Luxembourg acquit avec elle la couronne royale de Bohême, et même la couronne impériale lui revint encore plus tard.

    Il y eut une grande division dans les nouvelles élections : l’un des partis, avec l’archevêque de Mayence à sa tête, choisit Louis de Bavière; l’autre, avec l’archevêque de Cologne, choisit le duc Frédéric d’Autriche, surnommé le Beau, à cause de la noblesse de ses traits.

    Alors s’éleva une nouvelle guerre en Allemagne qui se partagea en deux camps acharnés l’un contre l’autre.

    La plus grande partie des villes, particulièrement la Souabe, étaient pour Louis et aussi les Suisses, comme on le suppose facilement ; la noblesse au contraire était presque toute autrichienne.

    Frédéric trouvait encore un puissant secours dans son frère Léopold, qui était un très brave chevalier et bon général. Ce prince avait résolu de venger la maison d’Autriche sur les pâtres de Suisse, et il entra dans leur pays avec une vaillante troupe de chevaliers. Il disait qu’il voulait fouler aux pieds ces paysans, et il portait avec lui des cordes pour attacher leurs chefs ; car il n’imaginait pas quels prodiges un peuple opprimé peut faire pour sa liberté, tout en ignorant même les premières règles de la tactique militaire.

    Le duc partagea son armée en deux corps à l’endroit où commencent les montagnes. La grosse cavalerie toute bardée de fer, qui en était l’orgueil et l’élite, marchait en avant : elle était très nombreuse, car l’héroïsme du duc avait entraîné avec lui toute la noblesse de Habsbourg, Lensbourg et Kibourg ; et au milieu d’eux tous, le gouverneur des Suisses, Landenberg, et la famille de Gessler avide de vengeance.

    Mais rien ne put ébranler la résolution des gens de Schwitz. Sur la nouvelle de l’arrivée des ennemis, ils courent aux armes. Au commencement de la nuit, 400 hommes d’Uri se rendent à Brunnen, sur le territoire de Schwitz, et plus tard 300 arrivent d’Unterwald ; alors ils traversent la prairie et arrivent au village de Schwitz.

    Là, il y avait un vieillard, Rodolphe Reding de Biberegk, si faible à la vérité, qu’il ne pouvait pas se tenir sur ses pieds, mais si sage et si expérimenté dans la guerre, que le peuple écoutait tous ses avis et les suivait scrupuleusement. « Avant tout, leur dit-il, puisque vous êtes en si petit nombre, il faut faire en sorte que le duc ne puisse tirer avantage de sa supériorité ». Puis, il leur montra comment ils devaient se poster dans la hauteur de Morgarten et de la montagne de Sattel, pour épouvanter l’armée du duc dans les passages étroits, la prendre en flanc, la séparer et la diviser.

    Les montagnards fédérés, après s’être jetés à genoux, suivant l’usage de leurs aïeux, pour demander l’assistance de Dieu, partirent au nombre de 1300 et allèrent se placer dans les montagnes de Sattel. Là, ils reçurent un grand secours et bien inattendu de la part de 50 hommes qui avaient été chassés du pays de Schwitz, à cause des dissensions qu’ils y excitaient ; ces hommes connaissant le danger de la patrie, oublièrent leur querelle, arrivèrent à son aide, et se campèrent dans le Morgarten, bien résolus de sacrifier leur vie pour elle.

    Le 15 novembre 1315, dès le point du jour, les premiers rayons du soleil étaient reflétés sur les casques et les harnais de la cavalerie qui arrivait.

    Aussi loin que la vue s’étendait, on apercevait des lances et des épées ; déjà l’avant-garde était dans le passage, et tout l’espace entre les montagnes et l’eau était couvert de cavaliers qui marchaient très serrés. Dans ce moment, nos cinquante braves font rouler des rochers des hauteurs de Morgarten, et lancent des pierres de toute la force de leurs bras sur les rangs de la cavalerie, en poussant de grands cris.

    Quand les 1300 Suisses qui étaient sur le mont Sattel virent le désordre qui était dans cette cavalerie, ils descendirent en bon ordre. Puis, courant tout d’un coup sur l’ennemi, ils se jettent sur son flanc, brisent avec leur massue tous leurs équipages, et avec leurs longues hallebardes, ils leur font de larges blessures.

    Quantité de comtes, de chevaliers et de nobles de l’armée de Léopold y trouvèrent la mort. Deux Gessler furent tués, et Landenberg ne fut pas épargné cette fois. Beaucoup de chevaux, dans cette bataille tout à fait contraire aux règles ordinaires, sur un terrain gelé et glissant, tombèrent dans le lac. Le plus grand nombre revinrent en arrière et foulèrent aux pieds leur propre infanterie.

    Le duc Léopold lui-même ne put échapper qu’avec peine, conduit à travers des sentiers détournés par un homme du pays, et il arriva, dans la plus profonde tristesse, à Wintertur.

    Toute l’armée autrichienne prit la fuite dans le plus grand désordre ; et ainsi, dans l’espace d’une heure et demie, la sagesse des Suisses, réunie à leur grand courage, favorisée aussi par l’imprudence de leurs ennemis, leur valut une victoire complète.

    La patrie reconnaissante pour les cinquante exilés, les reprit dans son sein, et l’empereur Louis confirma par plusieurs lettres la liberté des Suisses.

    Depuis ce temps la confédération s’affermit de plus en plus, et se répandit même dans les lieux voisins.

     

     

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