• 23 novembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille d’El Herri

    D’après « Les armées françaises dans la Grande guerre »

     

    Les événements d’Europe de la fin de juillet et du commencement d’août ont en quelques jours profondément modifié la situation sur toute la ligne de contact avec les tribus guerrières du Moyen Atlas, que notre action politique n’avait pas eu encore le temps d’assagir, et que ne tarda pas à exalter l’annonce de la guerre et du retrait de nos troupes.

    L’agitation devient générale chez les Beni M’Guild dissidents et chez les Mrabtines, qui font bloc avec les Zaïan. Ces derniers, en particulier, groupés soit à l’Akellal et à Arrougou (avec Moha ou Hammou), soit près de Kebbab (les gens d’Amaouch), soit sur la rive gauche du Serrou (les Ichkerne), se montrent très vite de plus en plus entreprenants.

    Dès la fin de juillet, les abords immédiats du camp de Khenifra sont soumis aux insultes de l’adversaire, et, le 25, des groupes de dissidents se glissent même par surprise jusqu’à Aguelmous. Le 4 août, un détachement de deux bataillons retirés de Khenifra pour être envoyés en France est assailli au col de Ziar, et perd 15 tués, 63 blessés. Dans la semaine du 5 au 12, la garnison de Khenifra subit à nouveau l’assaut de toutes les hordes qui, par la vallée du Serrou, lui viennent des deux Atlas.

    Se conformant aux décisions prises à la déclaration de guerre, le général Henrys adopte une attitude susceptible de donner l’impression d’une occupation définitive du pays, et s’efforce de prévenir toute agression dirigée contre les postes établis en bordure de l’Oum er Rbia.

    Il prescrit dans ce but de s’arc-bouter sur les points d’appui déjà existants : Khenifra – couverte aux ailes par les garnisons de Mrirt et de Sidi Lamine, étayée au centre par le poste d’Aguelmous – constituera la clef de voûte du dispositif. Entre les pièces de cet échiquier, les deux groupes mobiles des Beni M’Guild (lieutenant-colonel Claudel) et du Tadla (colonel Garnier-Duplessis), concentrés à Ito et à Boujad, exerceront sur tout le front la plus grande activité possible, « de façon à ce qu’ils paraissent et disparaissent continuellement, et préviennent par des menaces toutes tentatives d’attaque ou de rassemblement ».

    Ces deux groupes mobiles comprennent : le premier 19 compagnies, 3 escadrons, 3 batteries, 1 goum ; le second 13 compagnies, 2 escadrons, 2 batteries, 1 goum.

    Choisies de façon à éviter le Guelmous, les voies d’accès permettant d’atteindre Khenifra passent, soit au nord, par l’oued Ifran, Mrirt et le Foum Teguet, soit au sud de ce massif, par la vallée de l’Oum er Rbia et par le haut oued Grou. Elles longent ainsi la dissidence, et sont exposées l’une et l’autre à ses coups, dans les défilés d’El Bordj, d’une part, du Foum Aguennour et du djebel Arrar, d’autre part. La piste de Boujad à Sidi Lamine, qui assurera, pendant toute la guerre, le passage de nombreux convois 2 sur Khenifra, sera en particulier l’objet d’attaques répétées, dans la région de la « Roche Percée », restée célèbre.

    Un premier ravitaillement est effectué en août par le groupe mobile du Tadla, chargé de l’escorte d’un convoi de chameaux formé à Boujad ; la garnison de Khenifra couvrira le passage de la colonne dans le Foum Aguennour, tandis que le groupe du lieutenant-colonel Claudel effectuera en même temps des démonstrations à l’est et à l’ouest du Foum Teguett, sur l’Oum er Rbia, en vue d’attirer sur lui et de retenir dans cette direction les Mrabtines et les gens du Moha ou Hammou.

    Cette première opération donne lieu aux durs combats des djebels Bou Moussa et Bou Arar, dans les journées du 19, du 20 et du 22 août.

    Nos troupes subissent des pertes importantes (30 tués, 64 blessés), mais dissocient les harkas groupées par Moha ou Hammou et Ali Amaouch, en vue de s’emparer du convoi et de se jeter ensuite sur la garnison de Khenifra affamée.

    Par contre, renouvelée en octobre, la même opération de ravitaillement réussit sans incident.

    Il semblait donc, que, grâce aux dispositions prises et à la leçon qui lui avait été infligée en août, l’adversaire, contraint d’hiverner dans la montagne, serait contraint de se soumettre dès que la neige, qui faisait déjà son apparition sur les hauteurs, aurait envahi le creux des vallons et chassé les troupeaux devant elle.

    La discorde régnait d’ailleurs au camp des insoumis qui ne disposaient guère de terres cultivables (dans le triangle formé par l’oued Serrou d’une part, l’Oum er Rbia, d’autre part, et que ferment sur la troisième face les premiers contreforts boisés du Moyen Atlas).

    Les petites plaines entourant Andersane étaient en particulier, depuis des années, l’objet des plus âpres compétitions entre Zaïan et Ichkerne : pour les apaiser, Moha ou Hammou avait dû même réunir les douars de ses réguliers auprès d’El Herri, où il avait planté sa tente.

    L’occasion se présentait donc de surprendre ces campements qui se trouvaient à moins d’une étape de Khenifra. Le commandant du territoire aurait voulu la saisir, au début d’octobre, au moment de l’arrivée des deux colonnes mobiles ; mais la situation générale, aussi bien que les résultats locaux déjà obtenus, conseillaient la prudence sur ce front berbère, où il y avait intérêt à maintenir le calme.

    Décidé cependant à agir, le colonel Laverdure tente l’aventure le 13 novembre, avec les moyens réduits dont il dispose. La garnison de Khenifra n’a été en effet composée que pour tenir défensivement cette importante position, et, dans l’esprit du commandement, sa mission ne nécessite, tout au plus, que des opérations à court rayon d’action sur la rive droite de l’Oum er Rbia, dans les environs immédiats de la place, pour faciliter l’arrivée des convois de ravitaillement.

    Il ne laisse à Khenifra qu’une faible garnison sous les ordres du capitaine Croll (1 compagnie, 3 sections de mitrailleuses, 1 section de 80 de position), et organise le gros de ses forces en quatre groupes : trois d’attaque (groupes Durmelat, Hornecker et Fages), un de repli (groupe Colonna de Leca).

    La colonne compte au total 8 compagnies (4 du 5e tirailleurs algériens, 2 du 5e bataillon sénégalais, 2 du 1er bataillon colonial), 1 goum mixte (le 5e), et 1 escadron du 4e spahis, 2 batteries du 4e groupe d’Afrique, soit 1200 hommes, dont 43 officiers.

    Sortie du poste à 3 heures, la colonne arrive en vue des douars (une centaine de tentes) à 6h30, et la cavalerie, jusque là tenue en arrière, s’élance le sabre à la main pour surprendre l’adversaire.

    Mais les guerriers qui composent la majeure partie du campement se ressaisissent très vite, garnissent les crêtes à quelques centaines de mètres au sud du camp, et organisent une résistance telle que, pour pouvoir achever la razzia et soulager nos cavaliers, l’un des groupes d’attaque (groupement Fages) doit pousser au delà des douars pour s’emparer de ces crêtes.

    Quand l’ordre de retour est donné, vers 7h30, les fractions d’infanterie qui ont ainsi franchi l’oued Chubka ont déjà le plus grand mal à se décrocher. Alourdis à leur tour par l’artillerie et par les nombreux blessés qui se sont formés en convoi, les décrochages successifs se font ensuite de plus en plus difficilement en direction de la position tenue, à cinq kilomètres environ au sud de Khenifra, par le groupe de repli.

    Cet échelon est d’ailleurs assailli lui-même de près, quand tous les éléments dispersés de la colonne viennent se mettre sous sa protection.

    Il ne peut dégager en particulier les deux batteries qui, retardées par le convoi de blessés, sont cernées et détruites avant d’entrer dans nos lignes. Le matériel a été mis hors d’usage par les servants avant d’être abandonné.

    Le combat devient dès lors de plus en plus confus. Beaucoup d’officiers sont morts ou blessés ; les troupes en retraite sont complètement mélangées et n’utilisent plus guère que le ruban de la piste, sans se garder sur leurs flancs ; les cartouches manquent. Arrivés ainsi un peu partout au corps à corps, les derniers éléments de la colonne sont finalement submergés par des nuées d’adversaires accourus en moins de trois heures sur le champ de bataille.

    Appelée à 11h20 par le commandant de la colonne, la compagnie laissée au poste arrive dès 12h30 sur les crêtes du Tadla (ondulations à quelques centaines de mètres au sud de Khenifra, et à cheval sur la piste d’El Herri, Kebbab) avec une section de mitrailleuses, mais ne peut guère que libérer le reste du convoi de ses assaillants venus de l’est.

    Le capitaine Croll rentre à Khenifra, à 14 heures, sans être trop inquiété, et en organise la défense, de concert avec le capitaine Herchet qui l’y a précédé. Grâce au feu des mitrailleuses de position, ce dernier a pu empêcher entre temps les Ait bou Haddou, venus de l’ouest, de se jeter sur la tête du convoi et de pénétrer avec lui dans la place. Le reste des masses ennemies semble s’être attardé au pillage des morts, sans chercher à pousser jusqu’à l’enceinte du poste.

    En fin de journée, Khenifra restait donc inviolée. Mais l’affaire nous coûtait 613 tués (dont 33 officiers), et 163 blessés (dont 6 officiers) ; enfin tout le matériel et la plupart des animaux tombés aux mains de l’adversaire.

    En revanche, les pertes de Moha ou Hammou étaient elles-mêmes considérables. Dispersé par nos troupes, son douar avait été pillé par les tribus d’alentour, et les Ich Kern s’en étaient donné à cœur joie aux dépens de leur chef, plus redouté que respecté. Ce dernier n’avait, au surplus, dû son salut qu’à une fuite précipitée.

    Alerté par un télégramme du capitaine Croll, le général Henrys prescrit dans la nuit au colonel Garnier-Duplessis de se porter à marches forcées sur Khenifra. En même temps, il donne au commandant de la subdivision de Meknès l’ordre de réunir à Ito les éléments du groupe Derigoin.

    La colonne Garnier-Duplessis, déjà concentrée à El Graar en vue d’escorter un important convoi de ravitaillement destiné à Khenifra, atteint le 16 novembre ce dernier poste, où elle opère, le 18, sa jonction avec la colonne Derigoin. Toutes deux parcourent ensemble, le 19 et le 20, sous le commandement du général Henrys, le terrain du champ de bataille, vide d’ennemis, puis procèdent les jours suivants au nettoyage de la région. Elles sont disloquées respectivement le 29 novembre à Lias, le 6 décembre à El Graar.

    Ainsi, l’arrivée rapide sur le lieu du combat du 13 novembre d’une colonne de 7000 hommes a permis de refouler les guerriers de Moha ou Hammou jusque dans leurs montagnes, et de rétablir le prestige de nos armes un instant compromis.

    Du point de vue local, l’affaire d’El Herri n’a donc produit, ni chez nos ennemis, ni dans les tribus soumises, l’effet que pouvaient en escompter les berbères de l’Atlas.

    Dès la mise en marche de la colonne Derigoin, les Mrabtines ont même reculé dans la montagne et évacué le Foum Teguett, où ils avaient récemment avancé leurs azibs. Elle n’en a pas moins renforcé jusqu’au paroxysme l’esprit d’indépendance de ces peuplades guerrières et arrêté net toute pensée de soumission de leur part. La place de Khenifra reste bloquée pour de longs mois.

     

     

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