• 18 novembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    La bataille d’Espinosa de los Monteros

    D’après « Notice sur la bataille d’Espinosa de los Monteros » – 1808

     

    L’armée de Galice se composait d’un corps de douze mille hommes de troupes de ligne qui se trouvaient à Oporto, qui s’insurgea, et qui se rendit en Galice, en emmenant le général français qui commandait à Oporto.

    Quinze mille hommes de troupes de ligne qui se trouvaient à la Corogne et dans la Galice, se joignirent à ce corps. Six mille hommes tirés du département de la marine du Ferrol, s’y réunirent également.

    Les Anglais, dans le courant du mois d’août, débarquèrent cinq mille hommes prisonniers espagnols. Le Marquis de la Romana y joignit cinq mille hommes qu’il ramena du nord.

    Les levées de la Galice, du royaume de Léon et des Asturies, complétèrent ce corps à quatre-vingt mille hommes.

    Le général Filangieri, capitaine général de la Galice, qui commandait ces troupes, fut massacré par ses soldats et son Chef d’état-major, le Général Blake, fut promu et nommé général en chef. Il se présente à Médina del Rio Seco, le 14 juillet.

    Ce corps n’était, à cette époque, que de quarante mille hommes ; il fut alors battu en détail par le Maréchal Duc d’Istrie. Sa perte en hommes tués, blessés, éparpillés, qui n’ont pu rejoindre par suite de la bataille, peut être portée à vingt-cinq mille hommes.

    Son corps était donc de cinquante-cinq mille hommes lors de l’ouverture de la campagne actuelle.

    Le Général Blake s’était porté avec ce corps sur Bilbao. L’expérience de Médina del Rio Seco, où huit mille hommes en avaient battu quarante mille, lui avait fait comprendre la supériorité de notre tactique, et, dès lors, qu’il ne pouvait tenir en plaine devant une armée française, quelque inférieure qu’elle fût ; il voulut donc se porter dans les montagnes.

    Lorsqu’après les honteuses et inexplicables affaires d’Andalousie, on eut jugé convenable d’adopter, pour les armées françaises en Espagne, un système concentré et définitif, le Général Blake rallia son armée au camp de Colombres : ainsi les levées des Asturies qu’il couvrait, reçurent tous les secours des Anglais par Santander et San Vicente.

    Quand il crut son armée suffisamment organisée, il se présenta sur Bilbao; son avant-garde en fut chassée ; il y revint. Enfin, le 25 octobre, il campa vis-à-vis les hauteurs de Durango avec trente mille hommes. Vingt-cinq mille hommes occupaient les débouchés de Villarcayo, d’Orduña et de Murguia.

    Le Duc de Danzig arriva à l’armée le 11 octobre, et fut placé, avec son corps, sur les hauteurs de Durango pour contenir l’armée de Galice.

    L’intention du Général Blake était évidente ; il voulait de Durango, descendre sur Mondragon, d’où il n’était éloigné que d’une marche. Maître des hauteurs de Mondragon, il se fût trouvé à une journée derrière Vittoria, quartier général de l’armée française, et à trois ou quatre journées derrière l’avant-garde de l’armée.

    Cependant les troupes de la grande armée arrivaient en Espagne, et le Général Blake persistait toujours dans son projet, qui, exécuté brusquement et avec de bonnes troupes, aurait pu avoir de fâcheuses conséquences, mais qui désormais n’avait plus de dangers que pour lui.

    Dans cette situation de choses, le roi d’Espagne, qui avait parfaitement compris que l’Empereur, arrivé, dirigerait lui-même les colonnes de son armée pour cerner et tourner ces cinquante-cinq mille hommes, en suivant les principes de cette tactique à la fois audacieuse et prudente qui lui a si souvent réussi, avait prescrit au Duc de Danzig de se borner à contenir l’ennemi.

    Mais le projet du roi d’Espagne fut déconcerté ; le Duc de Danzig s’indigna de cet état défensif. Les partis du général Blake inquiétaient ses flancs ; il crut les armes françaises humiliées, et donna le signal.

    Les divisions Sébastiani, Villatte et Leval, les deux premières composées de troupes françaises, la troisième, des régiments de la Confédération du Rhin, marchèrent, le 31 à l’ennemi, le culbutèrent, entrèrent le lendemain à Bilbao, et l’attaquèrent quelques jours après à Güeñes.

    Dans ces entrefaites, le corps du Maréchal Duc de Bellune étant arrivé, fut dirigé par Murguia et Amurrio sur Valmaseda, pour tomber sur les flancs de l’ennemi.

    Le 5 novembre, l’Empereur arriva à Vittoria. Il vit avec peine que les affaires étaient engagées moins bien qu’il n’aurait fallu ; il ordonna cependant des dispositions, fit enlever Burgos par le Maréchal Duc de Dalmatie, et aussitôt le dirigea sur Reynosa, fit faire différents mouvements au Duc de Bellune et à sa 3e division, commandée par le général Lapisse.

    Cependant l’ennemi, déjà défait par le Duc de Danzig, résolut de s’approcher de ses magasins et des points de sa retraite : le Duc de Bellune le suivit. Les deux armées se trouvèrent en présence en avant d’Espinosa de los Monteros.

    L’ennemi avait à Reynosa son parc et des magasins immenses. Beaucoup d’objets précieux se trouvaient à Santander, Cumillas et autres villes. Le Général Blake voulut tenter le sort des armes, avec toutes ses forces réunies, dans un terrain qui lui était favorable, ou peut-être il voulait gagner quelques jours pour évacuer tous ses derrières. Il connaissait mal l’ardeur des troupes de la grande armée.

    Espinosa est l’intersection des trois routes de Santander à Reynosa et Villarcayo ; à Santander, Reynosa et Villarcayo, l’armée de la Galice avait tous ses magasins, ses dépôts, ses hôpitaux.

    L’armée espagnole couronne des montagnes. Par sa gauche, elle couvre Santander ; par sa droite, elle s’appuie à des précipices et à une hauteur où elle avait placé six pièces d’artillerie. En avant, elle occupe un mamelon qui est comme l’avant-garde de toute cette position.

    Le Duc de Bellune étant arrivé devant Espinosa, se décide à emporter le mamelon qu’occupaient les troupes du général la Romana : il ordonne au général Pacthod d’enlever ce mamelon à la baïonnette, avec sa brigade, composée des 94e et 95e régiments d’infanterie de ligne. Il garnit son centre avec le 63e, et place le 27e d’infanterie légère sur sa droite pour surveiller la gauche de l’ennemi qui occupe les hauteurs.

    Le plateau fut enlevé ; et après deux heures de combat, tout ce qui le défendait fut jeté dans les précipices qui l’environnaient. Les deux régiments de Zamora et de la Princesse, qui avaient faussé leur serment prêté sur la Baltique, y trouvèrent la mort et la punition de leur parjure.

    Les six pièces de canon placées sur la hauteur, battaient le plateau à bout portant. L’armée française n’avait pas de canons ; elle n’en pouvait traîner dans ces montagnes. Ceux qu’avait le général Blake venaient de ses derrières.

    Tous les efforts de l’ennemi pour reprendre le plateau furent inutiles ; et l’attaque, qui avait commencé à trois heures après midi, finit à six heures avec le jour.

    Le Duc de Bellune fit relever, dans la nuit, les 94e et 95e régiments par les 9e d’infanterie légère et 24e d’infanterie de ligne, et fit occuper les bois à gauche du mamelon par le 54e aussi de ligne.

    Le lendemain matin, les Espagnols s’étaient groupés au pied du plateau, et y avaient formé un épais bataillon carré.

    Le Duc de Bellune voyant qu’il avait réussi à attirer sur ce point l’attention et les principales forces de l’ennemi, résolut d’attaquer les hauteurs qu’occupait la gauche de celui-ci, et qui étaient la clef de cette position. Il chargea le général Maison, avec sa brigade composée du 16e d’infanterie légère et du 45e d’infanterie de ligne, de gravir ces hauteurs et d’en débusquer l’ennemi. Le général Maison remplit parfaitement son intention : les braves du 16e marchent aux Espagnols, enlèvent la hauteur, coupent toute la gauche ; ce qui fut, pour le centre, où étaient le 63e et la division Ruffin, le signal de marcher.

    Mais l’ennemi, voyant la communication de Santander coupée, se mit dans une épouvantable déroute et ne rendit plus le combat.

    Le 27e d’infanterie légère s’empare de six pièces de canon ; le 16e pousse droit au pont d’Espinosa, où il se fait un massacre horrible ; le bataillon carré est acculé à la rivière, un petit nombre échappe.

    En se sauvant, les fuyards jetaient leurs armes et leurs habits rouges, funeste présent de l’Angleterre, et se couvraient de leurs habits de bure, couleur de capucin, qui est l’habit espagnol.

    Dix jours après la bataille d’Espinosa, on en ramassait encore à vingt lieues du champ de bataille. De ces quarante-cinq mille hommes qui se trouvaient à Espinosa, car dix mille avaient péri depuis la retraite de Durango, onze mille restaient à peine à l’ennemi.

    Le Général Blake espérait se reposer un moment à Reynosa. De belles positions, et surtout soixante pièces de canon qu’il y avait réunies, lui faisaient espérer que les Français, qu’il savait n’avoir aucune artillerie, lui donneraient un peu de relâche. Mais le Duc de Dalmatie, parti de Burgos à marches forcées, était déjà à peu de lieues de Reynosa, où il entra effectivement le 12.

    Les canons, les magasins de vivres, l’arsenal, les magasins d’habillements venus d’Angleterre , tout fut la proie du vainqueur. Le Général Blake se sauva à travers les montagnes.

    Le Duc de Dalmatie, peu de jours après, arriva à Santander, en chassa le furibond évêque. Il vit des bâtiments anglais prendre le large, et obligés de nous laisser maîtres d’une grande quantité de coton, de denrées coloniales, de marchandises anglaises. Et sans donner de relâche à l’ennemi, il le poursuivit à trente lieues de là, traversant toutes les Asturies de Santillane, le força au combat de San Vicente, et ne prit un moment de repos que lorsque l’ennemi, réduit à sept ou huit mille hommes, dut cesser de tenir la campagne devant lui.

    Les quatre-vingt mille hommes qui menaçaient les communications de l’armée française, et qui étaient le produit de l’ancienne force militaire de l’Espagne, des ressources du département de la marine, de tout ce que l’Angleterre leur avait fourni en hommes, en armes et en secours de toute espèce , et enfin des levées de la Vieille Castille, du royaume de Léon, des Asturies, de la Galice, c’est-à-dire, du tiers de la population de l’Espagne ; cette armée, disons-nous, a disparu, et n’est plus rien dans la balance des événements. Et cependant la perte de l’armée française est peu considérable. Aucun homme de marque n’a péri ; elle n’a eu que cinq à six cents hommes hors de combat.

     

     

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