• 3 novembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le combat naval de l’Ile-de-France

    D’après « La France militaire » – Abel Hugo – 1838

     

    Deux vaisseaux anglais, armés à grands frais dans l’Inde, le Centurion et le Diomède, avaient établi vers la fin de 1794 une croisière autour de l’Ile-de-France (maintenant Ile Maurice).

    Cette colonie manquait de vivres, tous ses vaisseaux, armés en course, étaient alors en mer. La croisière anglaise empêchait les subsistances d’arriver, et les corsaires de rentrer au port avec leurs prises.

    Dans cette situation critique, les autorités civiles et militaires tinrent conseil et résolurent unanimement de tout tenter pour débloquer la colonie. On décida que la division française mouillée à Port-Louis, composée de deux frégates, la Prudente et la Cybèle, et du brick le Coureur, attaquerait les deux vaisseaux de ligne anglais, et tâcherait de leur causer assez d’avaries pour qu’ils fussent obligés d’aller au loin chercher un port pour les réparer.

    Malgré l’énorme disproportion qui existe entre des vaisseaux de haut bord et de légères frégates, les marins français reçurent avec joie l’ordre d’aller combattre. Ils avaient pour chef le brave Renaud, excellent officier. On appareilla, le 22 octobre, aux cris de Vive la république ! Mort aux Anglais !

    La petite division rencontra les deux vaisseaux de ligne à huit lieues de la côte ; et aussitôt commença un combat terrible où, pour racheter la faiblesse de leurs bâtiments, les canonniers républicains, sans s’attacher à tuer du monde à l’ennemi, pointaient leurs coups avec adresse, les uns sur les mâts et les vergues, les autres sur le gouvernail ; d’autres sur un même point de la coque, au-dessous de la ligne de flottaison.

    La Prudente s’était placée par le travers du Centurion, et la Cybèle par le travers du Diomède. Le brick, favorisé par sa petitesse même, qui le dérobait mieux aux coups de l’ennemi, allait et venait autour des deux vaisseaux, secondant de son mieux l’effort des deux frégates.

    Après une heure du feu le plus nourri et le mieux dirigé, les frégates, ayant elles-mêmes éprouvé de grandes avaries dans leurs agrès, le chef de la division fit le signal de s’éloigner de l’ennemi. La Cybèle tenta vainement d’obéir à cet ordre ; son grément était en trop mauvais état pour qu’elle pût suivre la Prudente. Restée en arrière, elle eut à soutenir seule, pendant quelque temps, le feu des deux vaisseaux anglais ; mais ceux-ci étaient trop maltraités pour lui donner une longue chasse.

    Le Centurion faisait eau de toutes parts ; il avait perdu son gouvernail et deux de ses mâts. Les avaries du Diomède n’étaient pas moins considérables. La Prudente, qui avait viré de bord pour venir au secours de la Cybèle, la prit à la remorque, et la division triomphante revint à l’Ile-de-France, où son retour fut salué par les acclamations de tous les habitants.

    Le résultat du combat fut, comme on l’avait espéré, la levée du blocus. Les transports chargés de vivres arrivèrent dans l’Ile, et les corsaires y firent leur entrée, amenant des prises richement chargées.

    La reconnaissance des habitants pour l’héroïsme de nos braves marins fut telle, qu’une souscription volontaire, ouverte pour les familles de ceux qui avaient péri dans le combat, s’éleva en peu de jours à la somme de 265 000 francs.

    Les vaisseaux français avaient eu 38 hommes tués et 95 blessés.

    Parmi les traits de courage auxquels ce combat naval donna lieu, on cite celui du brave Lehyr, capitaine en second d’une des frégates, qui, frappé d’un biscaïen au talon, refusa de se laisser porter avec les blessés : « Non, dit-il aux matelots, j’ai juré de mourir à mon poste ; je ne le quitterai pas ». Peu d’instants après, il reçut un boulet dans les reins, et tomba en s’écriant : «  Courage, mes amis, vengez moi ! ».

    Le nommé Sixte Brunet, chargeur, eut la main droite emportée au moment où il allait prendre son refouloir, alors, et sans paraître ému, le saisissant de la main gauche, il acheva de charger sa pièce avant de se faire panser.

     

     

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