• 27 octobre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 21 octobre 1805 - La bataille de Trafalgar dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-trafalgar-150x150

    La bataille de Trafalgar

    D’après « France militaire » – Abel Hugo – 1836

     

    Quand l’amiral Villeneuve vint relâcher à Cadix, ses forces s’élevaient à plus du double de celles avec lesquelles l’amiral Collingwood bloquait ce port. L’escadre française se composait à cette époque de trente-trois vaisseaux de ligne, dont dix-huit français et quinze espagnols. Avec des forces supérieures, l’amiral français eût pu facilement couper la retraite à son adversaire et détruire son escadre. Il en fut sans doute empêché par l’ignorance où il était du nombre des vaisseaux anglais stationnés devant Cadix.

    Dès qu’elle fut informée de la rentrée de Villeneuve dans ce port, l’amirauté anglaise ne s’occupa plus qu’à renforcer l’escadre de l’amiral Collingwood. On y rallia tons les bâtiments disponibles, on fit réparer les vaisseaux qui avaient subi des avaries, et on confia le commandement de cette nouvelle escadre à l’amiral Nelson, qui arriva devant Cadix le 29 septembre.

    Après une inaction de deux mois, inaction qui ne s’explique guère, puisqu’elle donna le temps aux Anglais de réunir toutes leurs forces, l’amiral Villeneuve sortit de Cadix le 19 octobre ; mais le calme de la mer permit à peine à dix bâtiments de quitter la rade. Ce ne fut que le 20 que le reste de la flotte put sortir.

    Quand tous les bâtiments furent ralliés, Villeneuve fit former l’ordre de marche sur trois colonnes. On fit peu de chemin pendant cette journée, et, à la nuit, des feux ayant été aperçus sur tous les points de l’horizon, l’amiral donna l’ordre de se préparer au combat.

    Dès que le jour parut, l’ennemi se montra au nombre de plus de trente voiles à environ cinq lieues de distance. Villeneuve fit alors former l’ordre de bataille, toute la flotte rangée sur une seule ligne. La flotte anglaise se divisa au contraire en deux parties et s’avança vers la flotte combinée, toutes voiles dehors. Cette flotte se composait de vingt-sept vaisseaux de ligne, quatre frégates et quelques bâtiments légers.

    Vers huit heures, l’amiral Villeneuve manœuvra de manière à se conserver le port de Cadix sous le vent pour assurer sa retraite.

    Voici quel fut l’ordre de bataille de la flotte franco-espagnole :

    Le Neptune, de 80 canons ; le Scipion, de 74 ; l’Intrépide , de 74 ; le Rayo, de 100 ; le Formidable, de 80, portant le pavillon du contre-amiral Dumanoir ; le Duguay-Trouin, de 74 ; le Mont-Blanc, de 74 ; le San-Francisco-de-Assis, de 74 ; le San-Agustino, de 74 ; le Héros, de 74 ; le Santissima-Trinidad, portant le pavillon de l’amiral Cisneros, de 140 ; le Bucentaure, portant le pavillon de l’amiral Villeneuve, de 80 ; le Neptune, de 80 ; le San-Leandro, de 64 ; le Redoutable, de 74 ; le San-Justa, de 74 ; l’Indomptable, de 80 ; le Santa-Anna, portant le pavillon du vice-amiral Hava, de 110 ; le Fougueux, de 74 ; le Monarca, de 74 ; le Pluton, de 74 ; l’Algésiras, portant le pavillon du contre-amiral Magon, de 74 ; le Baltama, de 74 ; l’Aigle, de 74 ; le Swiftsure, de 74 ; l’Argonaute, de 74 ; le Montagnès, de 74 ; l’Argonauta, de 80 ; le Berwick, de 74 ; le San-Juan-Nepomuceno de74 ; le San-Ildefonso, de 74 ; l’Achille, de 74 ; le Principe-de-Asturias, portant le pavillon de l’amiral Gravina, de 110 ; la Cornélie, de 40 ; le Furet, de 16 ; l’Hortense, frégate amirale, de 40 ; le Rhin, de 40 ; l’Hermione, de 40 ; l’Argus, de 16, et la Thémis, de 36.

    La flotte britannique formait deux colonnes. La colonne du vent comprenait:

    Le Victory, portant le pavillon de l’amiral Nelson, de 120 canons ; le Téméraire, de 110 ; le Neptune, de 110 ; le Conqueror, de 74 ; le Leviathan, de 74 ; l’Ajax, de 80 ; l’Orion, de 74 ; l’Agamemnon, de 64 ; le Minotaur, de 74 ; le Spartiate, de 74 ; le Britannia, portant le pavillon du contre-amiral comte de Northesen, de 120, et l’Africa, de 64.

    On comptait plusieurs bâtiments légers au vent de cette colonne. C’étaient : l’Euryalus, le Sirnis, le Phœbé, le Naïad, tous des frégates ; le Pickle, goélette ; l’Entreprenante, cutter.

    La colonne de dessous le vent comprenait : Le Royal-Sovereign, portant le pavillon du vice-amiral Cullingwood, de 120 canons ; le Mars, de 74 ; le Belle-Ile, de 74 ; le Tonnant, de 80 ; le Bellérophon, de 74 ; le Colossus, de 74 ; l’Achille, de 74 ; le Polyphémus, de 64 ; le Revenge, de 74 ; le Swiftsure, de 74 ; le Défense, de 74 ; le Thunderer, de 74 ; le Défiance, de 74 ; le Prince, de 110, et le Dreadnought, de 110.

    Nelson, en rangeant sa flotte en deux colonnes, n’avait pas formé d’escadre avancée ; il avait voulu commander lui-même la première colonne, composée de douze vaisseaux, et avait confié au vice-amiral Cullingwood le commandement de la seconde, forte de quinze vaisseaux.

    Onze heures étaient arrivées sans que la faiblesse de la brise eût permis à la flotte anglaise d’approcher à portée de canon. Des deux côtés, cependant, on brûlait d’en venir aux mains.

    La ligne franco-espagnole était mal formée. L’espace compris entre le Neptune et le Bucentaure ne pouvait suffire aux dix vaisseaux qui devaient s’y placer. Quelques-uns se doublaient ; d’autres, tels que le Duguay-Trouin, le San-Francisco-de-Assis et le San-Agustino, se trouvaient sous le vent de leur poste, qui demeurait vide sans qu’ils pussent s’y placer. Le Héros, la Santissima-Trinidad et le Bucentaure étaient formés on ne peut mieux.

    Le Neptune, matelot d’arrière du vaisseau amiral dans l’ordre de bataille renversé, était sous le vent de son poste ; le San-Leandro, placé alors dans les eaux du Neptune, était également hors de la ligne ; le Redoutable était bien à son poste. Il existait derrière lui un grand vide qui devait être comblé par le San-Justo et l’Indomptable ; mais ces vaisseaux étaient acculés et un peu sous le vent de la ligne.

    Depuis la Santa-Anna jusqu’à l’Argonaute inclusivement, l’ordre était bien établi ; le Montagnes et l’Argonauta se trouvaient sous le vent de leur poste ; le reste des vaisseaux, bien qu’un peu sous le vent, offraient une ligne convenablement formée, excepté l’Achille, dont on n’avait pas laissé la place vide, et qui doublait le San-Ildefonso.

    Les frégates et les bricks, se trouvant à une grande distance sous le vent, étaient empêchés de rendre à la flotte les services qu’elle devait en espérer.

    Presque arrivées à portée de canon du centre de la flotte franco espagnole, les deux colonnes de la flotte anglaise se divisèrent. Celle de Collingwood s’avança sur la Santa-Anna, celle de Nelson sur le Bucentaure. L’amiral Villeneuve fît alors le signal de commencer le feu, quand on serait à portée.

    A midi un quart, quand les Anglais furent tout près de la ligne, le Fougueux tira les premiers coups de canon sur le Royal-Sovereign, qui paraissait vouloir couper la ligne entre lui et la Santa-Anna. En effet, l’amiral Collingwood y parvint, et la canonnade s’engagea aussitôt entré sa colonne et la plupart des vaisseaux français et espagnols placés en arrière de la Santa-Anna. Alors, la colonne anglaise se rompit, et quelques-uns des vaisseaux qui suivaient le Royal-Sovereign vinrent couper la queue de la ligne franco-espagnole en divers endroits.

    Pendant ce temps, d’autres vaisseaux s’approchaient couverts par les premiers, et se plaçaient ensuite au vent des vaisseaux coupés, et dans la meilleure position pour les abîmer de leur artillerie, sans risque d’en être grandement incommodés. Ceux qui ne purent ni couper la ligne ni prendre une de ces positions, passèrent, en forçant de voiles, en arrière du Principe-de-Asturias, serre-file de la ligne, pour en mettre la queue entre deux feux.

    Nous avons dit que la colonne de Nelson s’était dirigée sur le Bucentaure, vaisseau amiral français. L’arrière-garde n’eut pas plus tôt ouvert son feu sur le Royal-Sovereign, que le Bucentaure, la Santissima-Trinidad et le Redoutable commencèrent le leur sur le Victory et les vaisseaux qui le suivaient. Bientôt le Victory fut désemparé de toutes ses bonnettes, eut un mat de hune coupé, ainsi qu’une vergue et beaucoup de manœuvres ; 50 de ses hommes furent mis hors de combat.

    Le Victory cessa alors de gouverner sur le Bucentaure pour se porter droit sur le Redoutable, mais le capitaine Lucas, qui le commandait, tint ferme à son poste. Nelson, voyant que sa résistance pouvait se prolonger, fit venir tout d’un coup le Victory au vent, le laissa tomber en travers, et aborda de long en long le Redoutable. Aussitôt le Téméraire se dirigea pour passer en arrière de ce même vaisseau.

    L’effet de l’abordage ayant entraîné le Redoutable sous le vent, ce vaisseau ouvrit forcément derrière le Bucentaure un passage dont profitèrent quelques vaisseaux de la tête de la colonne anglaise. Au contraire, les vaisseaux de queue de cette colonne serrèrent un peu le vent comme pour s’approcher des vaisseaux de l’avant-garde de la flotte franco-espagnole. Mais ceux-ci ayant envoyé une bordée aux vaisseaux ennemis, ces vaisseaux renoncèrent à leur projet, et se dirigèrent vers les vaisseaux placés entre le Redoutable et la Santa-Anna, ou vinrent en aide à ceux de leurs vaisseaux qui combattaient le Bucentaure ou la Santissima-Trinidad.

    Tous les vaisseaux, depuis la Santissima-Trinidad jusqu’à la queue de la ligne, paraissaient engagés dans ce moment ; mais les dix vaisseaux qui précédaient ce dernier bâtiment n’avaient plus à combattre un seul ennemi.

    L’amiral Villeneuve, voyant les dix vaisseaux de tête dans l’inaction, leur fit un signal par lequel il leur enjoignait de prendre une position quelconque qui les ramenât au feu le plus vite possible.

    Dès que le Victory se fut approché du Redoutable, le vaisseau français lança ses grappins à bord de l’amiral anglais ; en même temps, ces deux vaisseaux ayant lâché leur bordée à bout portant, il en résulta un affreux massacre. Le feu se prolongea ainsi quelques instants ; mais l’équipage anglais ne tarda pas à abandonner les batteries, et se porta en masse sur les gaillards, d’où il paraissait menacer de l’abordage le vaisseau français.

    Le commandant du Redoutable fit également monter son monde. Alors les deux équipages se fusillèrent vivement, et les hunes du Redoutable vomirent des grenades sur le Victory. Les passavants et les gaillards du vaisseau anglais furent en peu d’instants couverts de morts et de blessés. Ce fut en ce moment que Nelson tomba frappé d’une balle qui le blessa mortellement.

    Cet événement augmenta le désordre à bord du vaisseau amiral anglais, dont les gaillards furent abandonnés en un instant. L’équipage du Redoutable voulut s’y précipiter, mais il en fut empêché par la rentrée de deux vaisseaux. Le capitaine Lucas ordonna alors d’amener la grande vergue de son vaisseau, et de l’employer en guise de pont pour passer sur le vaisseau ennemi. En cet instant, le Téméraire accosta le Redoutable du côté opposé au Victory, et lui lâcha toute sa bordée. L’équipage du Redoutable étant alors rassemblé tout entier sur les gaillards et les passavants, l’effet de cette canonnade fut terrible. Près de 200 hommes furent mis hors de combat. Le Victory ayant repris courage à l’arrivée du Téméraire, le feu recommença à bord du vaisseau amiral ; mais il le cessa bientôt pour se dégager d’avec le vaisseau français.

    Le Redoutable, serré ainsi entre deux vaisseaux anglais, se défendit avec opiniâtreté; mais il ne pouvait rien faire avec un équipage réduit de plus de moitié et une grande partie de ses pièces démontées. Pour achever de l’écraser, un troisième vaisseau vint se placer en travers de sa poupe et le foudroya à portée de pistolet. Réduit à l’état le plus déplorable, et ne pouvant plus tirer de coups de canon que de loin à loin, il répondit à la sommation qu’on lui fit de se rendre par une décharge de coups de fusils. Au même moment, le grand mât du Redoutable tomba en travers sur le Téméraire, dont les deux mâts de hune, à leur tour, tombèrent sur le pont du Redoutable et l’enfoncèrent. Pour surcroît de malheur, le feu prit à bord. Alors, voyant que son vaisseau allait couler, le capitaine Lucas donna l’ordre d’amener pavillon.

    Tous les efforts de la colonne de Nelson étaient dirigés sur le centre de la flotte franco-espagnole, dont quatre vaisseaux se trouvaient hors de ligne. Cette circonstance les empêcha de prendre une part active à l’action, ce qui fut malheureux, car deux de ces vaisseaux, l’Indomptable et le Neptune, avaient chacun 80 canons.

    Le capitaine du Neptune ne put se porter sur la colonne de Nelson, car il était demeuré, malgré ses efforts, sous le vent de la ligne, et le Redoutable le masquait. Il fit alors une arrivée pour diriger son feu sur la colonne de l’amiral Collingwood. Mais il s’écarta ainsi de plus en plus du vaisseau amiral derrière lequel était son poste, et il en fut réduit à se joindre à l’arrière-garde pour combattre avec elle. Cette manœuvre fut suivie par l’Indomptable, le San-Justo et le San-Leandro.

    Les attaques dirigées contre l’arrière-garde de la flotte franco-espagnole furent plus vives dans certaines parties que dans d’autres. Les Anglais portèrent particulièrement leurs efforts contre quelques vaisseaux auxquels ils firent éprouver des avaries, telles qu’il leur devint impossible de manœuvrer. Ceux qui n’étaient que légèrement endommagés laissèrent arriver, et abandonnèrent ceux sur lesquels les ennemis s’acharnaient de préférence.

    Cette manœuvre n’eut pas le résultat qu’on en espérait ; car les Anglais, cessant pour un instant de combattre les vaisseaux qu’ils avaient réduits à l’impossibilité de manœuvrer, se précipitèrent sur ceux qui avaient laissé arriver et leur causèrent autant de dommages qu’aux premiers.

    Le vaisseau espagnol le Montagnes laissa arriver jusque dans la ligne des frégates, et ne prit plus aucune part au combat. L’Argonaute, après un engagement assez long avec un vaisseau anglais, fut obligé de se retirer de la ligne. La Santa-Anna fut obligée d’amener pavillon; il en fut de même du Fougueux, qui, malgré la plus belle défense, ne put résister au Téméraire et aux autres vaisseaux qui se réunirent pour l’attaquer.

    Le capitaine Cosmao, commandant du Pluton, manœuvra constamment pour empêcher la ligne d’être coupée et pour soutenir les vaisseaux voisins du sien et qu’il voyait trop pressés par l’ennemi. Un vaisseau anglais de 80 voulut, dès le commencement du combat, passer sur l’avant du Platon ; mais Cosmao ayant forcé de voiles en venant au vent, obligea le vaisseau ennemi à renoncer à son projet et à tenir le vent lui-même. Alors ce vaisseau se porta vers l’intervalle qui séparait le Monarca et le Fougueux. Mais le capitaine Cosmao plaça le Platon dans cet intervalle, et força le vaisseau ennemi à lui présenter le travers pour éviter d’être enfilé par l’avant.

    Après un combat d’une demi-heure, le brave capitaine allait ordonner l’abordage, lorsqu’un vaisseau anglais à trois ponts et un autre moins fort se dirigèrent vers le Pluton pour le prendre en poupe. Cosmao, par une habile manœuvre, réussit à prendre par la hanche le vaisseau qu’il combattait d’abord, et à présenter le travers au vaisseau à trois ponts ; il fit même prendre la fuite au premier en lui lâchant quelques bordées. Il continua alors le combat contre le trois ponts, d’avec lequel il parvint à se dégager, puis, tenant toujours le vent, il se porta partout où son secours pouvait être utile à quelque vaisseau engagé.

    Le contre-amiral Magon, qui montait l’Algésiras, se défendit avec non moins de valeur. Un vaisseau espagnol venait de laisser un intervalle entre l’Algésiras et le Pluton ; le vaisseau anglais le Tonnant se présenta pour couper la ligne dans cet intervalle. Magon, ayant forcé de voiles, engagea le beaupré de son vaisseau dans les grands haubans de l’ennemi, et ordonna l’abordage. L’équipage entier s’y étant porté avec empressement, le Tonnant lâcha une bordée haute et basse à mitraille, qui renversa les premiers qui se présentèrent à l’abordage, et priva presque entièrement l’Algésiras de ses agrès. Le Tonnant fut bientôt réduit au même état par le feu de son adversaire ; mais le vaisseau anglais, placé plus avantageusement, puisqu’il présentait le travers, lançait un feu plus vif et plus meurtrier sur les gaillards et les passavants de l’Algésiras.

    Magon était en train de rassembler une partie de son équipage sur le gaillard d’avant pour tenter un second abordage, lorsque l’amiral Collingwood, montant le vaisseau à trois ponts le Royal-Sovereign, vint, avec deux autres vaisseaux, couper la ligne derrière l’Algésiras, qui reçut en poupe leurs volées à mitraille, fut ensuite canonné à tribord et entièrement enveloppé. Magon, obligé de conserver à son bord les hommes qui lui restaient, pour répondre à cette nouvelle attaque, dut renoncer au second abordage. Le mât du Tonnant fut coupé, et, en tombant, entraîna le mât de misaine de l’Algésiras.

    Le désordre que cet accident occasionna et le délabrement du vaisseau français, engagèrent les ennemis à tenter l’abordage, ce qu’ils firent trois fois sans succès. L’Algésiras se défendait encore des deux bords de sa batterie basse, quand le feu se communiqua à la fosse aux lions. Le contre-amiral Magon, atteint de deux blessures, resta sur le pont ne voulant pas survivre à la perte de son vaisseau. II était presque seul la hache à la main, et comme il portait son grand uniforme, réservé, disait-il, pour les jours de fête, il servait de point de mire aux coups de l’ennemi. Atteint d’une balle au milieu de la poitrine, il expira en s’écriant ; « Sauvez, sauvez l’honneur du pavillon ! ». Ses dernières volontés furent remplies ; le combat corps à corps, qui durait depuis deux heures, se continua avec acharnement. Enfin, privé de ses deux mâts principaux, qui, en tombant, embarrassèrent tous ses canons des batteries de tribord, et accablé par le nombre, l’Algésiras fut forcé de céder. Amariné par le Tonnant, il ne resta cependant pas entre les mains des Anglais. Ceux-ci ayant été forcés, la nuit suivante, par un coup de vent, de s’éloigner de la côte, l’équipage de l’Algésiras, quoique réduit des deux tiers, profita de cette circonstance pour enlever le vaisseau qu’il ramena à Cadix deux jours après.

    L’Aigle, le Swiftsure et le Benvick furent forcés de se rendre après une glorieuse résistance.

    Pendant que ces événements se passaient à l’arrière-garde de la flotte franco-espagnole, trois vaisseaux seulement, le Redoutable, le Bucentaure et la Santissima-Trinidad soutenaient au centre presque tous les efforts de la colonne de Nelson.

    Les deux derniers, serrés de moins près que le Redoutable, se défendirent plus longtemps ; ils combattaient depuis deux heures sans qu’on vint â leur secours. Le grand mât et le mât d’artimon du Bucentaure s’étant abattus, masquèrent une grande partie des canons du côté où ils tombèrent, et diminuèrent les moyens de défense. On n’en continuait pas moins à faire feu de toutes les pièces dont on pouvait se servir, quand le mât de misaine tomba comme les deux autres. Les morts et les débris encombraient les passavants et les gaillards.

    Dans cette triste position, Villeneuve se fit transporter avec son pavillon à bord d’un des vaisseaux de l’avant-garde, dans l’espérance qu’il pourrait, avec les dix vaisseaux qui la composaient, disputer la victoire.

    Il vit bientôt cesser son illusion : le canot qu’on avait préparé pour le transporter, criblé de boulets, venait de perdre sa mâture; tous ceux qui restaient à bord avaient été également détruits. Ainsi le pauvre amiral se trouvait cloué sur un vaisseau qui ne pouvait plus combattre, tandis qu’un tiers de sa flotte combattait encore. Dans cette position désespérée, il consentit à ce que le Bucentaure amenât son pavillon. Bientôt après, la Santissima-Trinidad se rendit également.

    L’avant-garde vira de bord à trois heures et demie ; mais cette manœuvre n’eut pas de résultat, les dix vaisseaux qui la formaient étaient dispersés et suivaient des routes différentes. L’amiral Villeneuve avait fait à ces dix vaisseaux, le signal de passer sous le vent de la ligne, et de se porter vivement vers le centre pour mettre entre deux feux les vaisseaux ennemis qui avaient coupé la ligne.

    Quatre bâtiments, sur les dix, purent se conformer à cet ordre : le Neptune, le San-Agustino, le Héros et l’Intrépide. Deux autres, le Rayo et le San-Francisco-de-Assis, laissèrent porter pour s’éloigner de la ligne et ne plus prendre part au combat. Le contre-amiral Dumanoir, avec les quatre derniers, le Formidable, le Duguay-Trouin, le Mont-Blanc et le Scipion, serra le vent dès qu’il eut viré et se dirigea pour passer au vent des deux flottes.

    Le premier vaisseau qui se trouva rendu au feu fut le Héros, qui était le plus rapproché de la Santissima-Trinidad ; mais assailli par plusieurs vaisseaux ennemis à la fois, il ne put résister, et il quitta le combat après avoir perdu son commandant. Le San-Agustino fut obligé d’amener pavillon.

    L’Intrépide et le Neptune arrivèrent les derniers sur le champ de bataille, et après la reddition du Bucentaure et de la Santissima-Trinidad. Ils furent donc obligés de combattre tous les vaisseaux anglais qui se trouvaient au centre, excepté le Victory et le Téméraire qui étaient encore engagés avec le Redoutable et le Fougueux. Ne pouvant lutter contre le nombre, l’Intrépide et le Neptune furent contraints de se rendre.

    Un seul vaisseau de la flotte combinée portait encore le pavillon de commandement ; c’était le Principe-de-Asturias, monté par l’amiral espagnol Gravina. Ce vaisseau, qui n’avait pas cessé de combattre depuis le commencement de l’action, fut heureusement dégagé par le Neptune et le San-Juste, au moment où il allait succomber.

    Vers cinq heures, le vaisseau français l’Achille était en feu, mais n’en continuait pas moins, malgré la mort de son capitaine, à se battre des deux bords. Il allait forcer à se rendre le vaisseau anglais qui portait le même nom que lui, lorsque celui-ci fut secouru à temps par le vaisseau à trois ponts le Prince. En ce moment, l’Achille français sauta en l’air avec une partie des hommes qui le montaient.

    Le contre-amiral Dumanoir, voyant qu’il ne pouvait plus rien pour le salut de la flotte combinée, opéra sa retraite avec ses quatre vaisseaux. Les ennemis ne firent rien pour s’y opposer.

    L’amiral Gravina fit aussi retraite de son côté. Après avoir rallié à son pavillon cinq vaisseaux français, le Pluton, le Neptune, l’Indomptable et le Héros ; six vaisseaux espagnols, le Principe-de-Asturias, le Rayo, le San-Francisco-de-Assis, le San-Leandro, le San-Justo et le Montagnes, les cinq frégates et les deux bricks, il se dirigea vers la rade de Cadix, et il arriva dans la nuit sans que les Anglais songeassent à le poursuivre.

    Dans cette désastreuse bataille navale, la flotte combinée ne perdit pas moins de dix-huit vaisseaux, dont dix-sept pris par l’ennemi et un brûlé par accident. Les pertes en hommes furent très fortes ; l’Algésiras seul perdit les deux tiers de son état-major, 160 hommes tués et 200 blessés.

    Les Anglais ne perdirent guère que 1800 hommes, tant tués que blessés ; mais une perte irréparable pour eux fut celle de l’amiral Nelson.

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso