• 22 octobre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 17 octobre 1805 - La capitulation d’Ulm dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-capitulation-dulm-150x150

     

    La capitulation d’Ulm

    D’après « Histoire de France depuis le 18 brumaire (novembre 1799) jusqu’à la paix de Tilsitt (juillet 1807) » – Louis Pierre Édouard Bignon – 1830

     

    La France occupant l’Europe depuis le golfe de Tarente jusqu’à la mer Baltique, l’attaque a été disposée par ses ennemis pour tous les points de l’Europe et pour toutes ses extrémités à la fois. Dans le Nord, un débarquement de troupes russes, viendra s’unir aux Suédois en Poméranie et marcher avec eux sur le Hanovre. Les Russes et les Suédois seront joints par les troupes hanovriennes et anglaises, venant de l’île de Rügen, avec lesquelles ils se porteront sur cet électorat.

    Au fond de l’Italie, un débarquement de troupes anglaises et russes envahira le royaume de Naples. Malgré les engagements pris avec la France par le roi Ferdinand, l’Angleterre et la Russie sont d’avance assurées des dispositions de la reine. Elles ont la certitude qu’à la première apparition de leurs troupes le royaume de Naples sera un allié pour elles.

    L’archiduc Charles commande l’armée autrichienne en Italie. Là sont les pays que l’Autriche a le plus à cœur de recouvrer ; là doivent être les plus grandes forces de cette puissance. Mais si cet arrangement n’avait pas eu lieu dans l’intérêt seul de la cour de Vienne, il aurait eu lieu pour plaire au cabinet de Pétersbourg. Outre que ce cabinet nourrit contre l’archiduc Charles un vieux ressentiment qui date de la défaite des Russes à Zürich et un ressentiment nouveau à cause du penchant du prince pour le maintien de la paix, il convient à la Russie de réserver l’Allemagne pour théâtre de la gloire de ses armées, gloire que leur eût enlevée la présence de l’archiduc, naturellement appelé par son rang comme par sa réputation militaire, au suprême commandement des forces combinées.

    L’armée autrichienne en Allemagne a pour chef nominal l’archiduc Ferdinand, pour chef réel le général Mack. Cette armée forte de quatre-vingt mille hommes, est celle qui déjà vient d’envahir la Bavière. A ces quatre-vingt mille hommes, doivent se réunir les cent mille Russes, qui arrivent en deux corps, l’un sous les ordres de Kutusof, l’autre sous les ordres de Buxhofden, ainsi que le troisième corps qui suivra ces deux premiers. Cette grande armée d’Allemagne, dans laquelle la Russie aura le commandement supérieur, est destinée à se porter sur le Rhin et, sans respect pour la neutralité de la Suisse dont la violation était dès lors résolue, à pénétrer, par la Franche-Comté, au cœur de la France.

    Telles sont les principales dispositions des alliés. Napoléon les devine. C’est à empêcher la jonction des Autrichiens et des Russes, à détruire ou disperser l’armée de Mack avant que Kutusof ait pu se joindre à lui, que vont tendre ses premières pensées et ses combinaisons.

    Dès le commencement de septembre, toutes les troupes françaises, destinées à combattre en Allemagne, avaient quitté leur point de départ à des dates différentes, selon la distance qu’elles avaient à parcourir. Ces troupes formaient sept corps commandés par Bernadotte, Marmont, Davoust, Soult, Ney, Lannes et Murat.

    Nous ne suivrons point ces corps dans leur marche avant leur arrivée devant l’ennemi, à l’exception du corps de Bernadotte, dont la direction devint un incident immense qui entraîna la Prusse dans la coalition, et qui, par les suites de cette première faute, amènera la levée de bouclier de cette puissance en 1806.

    C’était du Hanovre qu’était parti le maréchal Bernadotte. Le 14 septembre, le ministre de France à Cassel avait demandé, pour lui, à l’électeur de Hesse la liberté de passage sur le territoire électoral. La guerre n’était pas encore déclarée ; l’armée d’Hanovre était censée se diriger sur Francfort pour rentrer en France. L’électeur avait donné son consentement à ce passage. Trois jours après, le 17, Bernadotte traversait Cassel, évacuant tout le Hanovre hors la place d’Hameln où il avait mis une bonne garnison. Le 23, il était à Wurtzbourg où lui parvint un ordre de l’Empereur portant que les troupes bavaroises étaient mises sous son commandement  et feraient partie de son corps d’armée qui prenait le titre de premier corps.

    Pour opérer la jonction des Bavarois et des Français, il était prescrit aux Bavarois de remonter la Rednitz par Forcheim et Nuremberg pour arriver à Weissembourg, tandis que les divisions françaises de Bernadotte arriveraient sur ce même point par Offenheim, Anspach et Gunzenhausen. Je viens de prononcer le nom fatal, triste cause de l’extrême agitation que nous avons vue éclater à Berlin et qui bientôt jettera, temporairement du moins, la cour de Prusse dans les rangs de nos ennemis.

    C’était pour les armées françaises ramenées par Napoléon aux habitudes militaires de l’antiquité, une satisfaction et un besoin d’entendre leur chef annoncer ce qu’elles avaient à faire ou rappeler ce qu’elles avaient fait, confondant la gloire du général avec celle des soldats et présentant, comme leur ouvrage commun , outre les avantages obtenus, les traités de paix qui en avaient été la suite.

    Ce caractère respire dans la proclamation par laquelle l’Empereur annonça l’ouverture de la campagne. « Soldats, disait-il, la campagne de la troisième coalition est commencée ; l’Autriche a passé l’Inn, violé les traités, attaqué et chassé notre allié de sa capitale. Nous ne ferons plus de paix sans garantie ; notre générosité ne trompera plus notre politique… Vous n’êtes que l’avant-garde du grand peuple…. Nous aurons des marches forcées à faire, des fatigues, des privations à endurer ; mais quelque obstacle qu’on nous oppose, nous les vaincrons, et nous ne prendrons pas de repos que nous n’ayons planté nos aigles sur le territoire de nos ennemis ».

    Une autre proclamation fut en même temps adressée aux troupes de l’électeur de Bavière : « Soldats bavarois, je viens me mettre à la tête de mon armée pour délivrer votre patrie de la plus injuste agression. La maison d’Autriche vient détruire votre indépendance et vous incorporer à ses vastes États. Vous serez fidèles à la mémoire de vos ancêtres qui, quelquefois opprimés, ne furent jamais abattus… Je connais votre bravoure. Je me flatte qu’après la première bataille je pourrai dire à votre prince et à mon peuple que vous êtes dignes de combattre dans les rangs de la grande armée ». L’espoir qu’il donnait aux Bavarois d’être bientôt nommés de pair avec les Français, fut pour eux un puissant aiguillon de gloire. Sa confiance ne fut point trompée.

    D’après la position du général Mack qui, à l’approche de l’armée française, avait concentré ses troupes à Ulm,  à Memmingen et à Stockach, la direction du corps de Bernadotte à travers le territoire d’Anspach, pour se réunir à Weissembourg avec les troupes bavaroises et de là se porter sur le Danube, avait été presque une nécessité dans le plan de Napoléon, dont le but était de séparer l’armée autrichienne des armées russes qui arrivaient pour la soutenir et même du corps autrichien qui occupait la Bavière.

    Le 6 octobre, Bernadotte avec son corps et les troupes bavaroises était à Weissembourg, Davoust  à Oettingen, Soult aux portes de Donawert ; Ney à Kossingen ; Lannes à Néresheim ; Murat, avec sa cavalerie, à la même hauteur sur la rive du Danube. Ainsi les Français étaient déjà placés sur les derrières de l’armée ennemie.

    Mack, qui les avait attendus par d’autres chemins, se hâtait de rassembler celles de ses troupes qui s’étaient avancées vers les gorges de la Forêt-Noire. Le 7 octobre, l’action commence.

    Les premiers coups sont portés par le corps du maréchal Soult. Le régiment autrichien de Collorédo, qui occupait Donawert, est culbuté par la division Vandamme. On répare en un instant le pont que les Autrichiens ont coupé dans leur retraite. Le corps du maréchal Soult passe sur la rive droite du Danube.

    Muret l’y a suivi aussitôt avec sa cavalerie. Deux cents dragons, sous les ordres du colonel Wattier, passent le Lech à la nage pour s’emparer du pont de Bain. Ils se rendent maîtres de ce pont malgré l’opposition d’un régiment de cuirassiers autrichiens. De Bain, Murat marche le lendemain avec les divisions des généraux Klein, Beaumont et Nansouty  pour couper la route d’Ulm à Augsbourg. Dans sa marche, il rencontre à Wertingen douze bataillons de grenadiers, soutenus par quatre escadrons des cuirassiers d’Albert, qui du Tyrol accouraient pour se joindre aux forces autrichiennes en Bavière. Ce corps fut promptement enveloppé par un mouvement habile du général Nansouty, et l’attaque commença de tous côtés à la fois.

    Les bataillons ennemis, formés en un vaste carré, et flanqués par les quatre escadrons de cuirassiers, opposèrent, pendant deux heures, une vigoureuse résistance. Enfin les escadrons furent dispersés, le carré enfoncé et mis en déroute. Le corps autrichien laissa aux Français son artillerie, ses drapeaux et quatre mille prisonniers. Un marais favorisa la fuite du reste. Les colonels Maupetit, Arrighi et Beaumont s’étaient particulièrement distingués dans cette affaire.

    Après ce brillant début, Murat se porta sur Zusmershausen où arriva presque en même temps le corps du maréchal Lannes, dont l’approche avait hâté la déroute des Autrichiens.

    Le même jour, l’Empereur est rendu sur ce même point, et déjà il a donné aux troupes de justes témoignages de satisfaction. « Je sais qu’on ne peut a être plus brave que vous », dit-il à Excelmans qui lui présente les drapeaux enlevés à l’ennemi. Un chef d’escadron, Wuillemey, accompagné d’un seul homme, mais feignant d’être suivi d’un corps considérable, a décidé cent Autrichiens à poser les armes. L’Empereur le fit entrer dans sa garde. Les bonnes comme les belles actions ont reçu leur récompense.

    A la prise du pont du Lech, le brigadier Marente, cassé la veille pour faute de discipline par son capitaine, voit cet officier entraîné par le courant du fleuve, et prêt à périr ; il vole à son secours et le sauve. L’Empereur se fait présenter ce brave homme ; il le nomme maréchal-de-logis, et lui donne l’étoile d’honneur. Vingt fois ces distributions de récompenses ou d’éloges se renouvelleront à la suite de glorieux combats. De quels prodiges ne sont pas capables des soldats ainsi conduits et animés par de si nobles encouragements ?

    Le 8 et le 9, les corps du maréchal Davoust et du général Marmont avaient aussi passé sur la rive droite du Danube. Le corps du maréchal Soult, la garde impériale, la division de cuirassiers du général d’Hautpoult étaient à Augsbourg. Davoust occupait Aichach. Entre Aichach et Augsbourg se trouvait Marmont avec deux divisions françaises et la division batave du général Dumonceau. Bernadotte marchait par Eichstaedt sur Ingolstadt.

    Cependant le général Mack, trop lent à s’apercevoir qu’il allait être cerné par les Français, s’était décidé à faire un grand effort pour repousser sur la rive gauche du Danube, les corps français qui étaient sur la rive droite et pour rétablir ses communications avec la Bavière.

    Dans ce dessein, il avait concentré une grande partie de ses forces sur Guntzbourg, tandis que les troupes qu’il avait d’abord portées sur le lac de Constance revenaient à grands pas pour occupen Ulm et ses environs. Ce mouvement était trop tardif.

    Le maréchal Ney, que nous avons laissé le 6 à Kossingen, mais qui depuis avait remonté le Danubey fit attaquer Guntzbourg, le 9 octobre, par le général Malher, tandis que lui-même il attaquait Grumberg, et portait le général Loison sur Langenau.

    L’archiduc Ferdinand accourut à la défense de Guntzbourg, mais ses efforts furent inutiles. Le pont fut emporté et la position occupée par les Français avec l’artillerie qui la défendait. Dans le même moment, Murat manœuvrait pour couper la retraite à l’ennemi. Pour lui échapper, l’archiduc Ferdinand se hâta de rentrer dans Ulm. Mack lui-même quitta brusquement la petite ville de Burgau où était établi son quartier-général, et où il était sur le point d’être enveloppé par la cavalerie française.

    L’affaire de Guntzbourg n’avait pas coûté aux Autrichiens moins de deux mille cinq cents hommes. Les Français n’en comptèrent pas plus de six cents, tant tués que blessés. Parmi les morts, on regrettait le brave Gérard Lacuée, colonel du 59e régiment d’infanterie.

    Les écrivains de toutes les opinions se sont plu à honorer la mémoire de ce jeune officier. Ce devoir est pénible et doux tout ensemble à un ami de sa jeunesse. Lacuée était un de ces hommes à qui toutes les espérances d’avenir sont permises, parce qu’ils ont en eux, avec le germe de grands talents, le désir d’en faire un noble usage en les consacrant à la patrie. Blessé en Égypte, aide-de-camp de Moreau à Hohenlinden, secrétaire d’ambassade à Vienne, et ensuite aide-de-camp du premier consul, il aurait désiré concilier Moreau et Bonaparte, la république et l’Empereur. Contrarié dans ces vœux incompatibles, il demandait des consolations à la gloire, et il en eût obtenu de brillantes, sans doute, si la mort, qui trop souvent marche avec elle, ne l’eût frappé aux premiers pas de la belle carrière qu’il semblait appelé à parcourir.

    Autant ces premiers événements de la guerre augmentaient la confiance des Français, autant ils portaient de découragement dans l’âme des Autrichiens. La place de Memmingen donna le signal de ces nombreuses capitulations qui étonnèrent l’Europe et les vainqueurs eux-mêmes.

    Le général Sébastiani s’était porté contre cette place le l1 octobre. Le 12, le maréchal Soult y était arrivé avec ses trois divisions. Le lendemain, la place capitulait après un investissement de vingt-quatre heures. Sa garnison, formée de neuf bataillons d’infanterie, dont deux de grenadiers, restait prisonnière de guerre. Les officiers étaient renvoyés sous parole de ne servir qu’après leur échange.

    Le même jour, Bernadotte entrait dans Munich, où il faisait huit cents prisonniers. Il était arrivé à quelques lieues de la ville avant que le général autrichien Kienmayer eût connaissance de sa marche. Ce fut aux troupes bavaroises que le général français donna la satisfaction d’entrer les premières dans leur capitale. La division du général de Wrede et la division française de Kellerman traversèrent la ville au milieu des acclamations de la joie, et se mirent sur-le-champ à la poursuite des Autrichiens qui avaient pris position derrière l’Iser, à l’embranchement des routes de Braunau et de Wasserburg. Le général Kienmayer, après un combat dans lequel il perdit cinq cents hommes et plusieurs pièces de canon, continua sa retraite.

    A Ulm, la situation du général Mack devenait chaque jour plus critique. L’Empereur qui, suivant l’expression de ses bulletins, l’avait placé dans la même position que le général Mélas, cinq années auparavant, s’attendait à une autre bataille de Marengo.

    L’imminence d’une bataille lui semblait telle qu’il l’avait annoncée au corps du général Marmont par un de ces discours militaires dont l’énergique éloquence fait tant d’impression sur les soldats, particulièrement sur les soldats français. Au passage du pont du Lech, il avait fait former le cercle aux régiments de ce corps pour cette belliqueuse allocution. Le temps était horrible, le froid vif, le terrain fangeux. La neige tombait en abondance, mais les paroles de feu de l’orateur faisaient oublier aux troupes la rigueur de la saison. Leur âme ardente répondait à l’âme de leur chef.

    Les échecs que déjà l’armée autrichienne avait essuyés, n’étaient pas propres à inspirer au général Mack une grande confiance dans le succès d’une affaire générale. Il n’osa pas en concevoir la pensée ; mais, comme la place d’Ulm était un centre auquel une foule de routes aboutissaient, il espéra que ses divisions pourraient s’échapper par ces routes diverses, et aller se reformer partie dans le Tyrol, partie en Bohême. D’après ce système, le 11 octobre, vingt-cinq mille hommes étaient sortis du camp retranché devant Ulm, dans l’intention de s’ouvrir un passage par Albeck qu’occupait le général Dupont.

    Ce général, dont alors la gloire était sans tache, tint tête à vingt-cinq mille Autrichiens avec sa seule division forte de six mille hommes ; il les força de rétrograder et fit quinze cents prisonniers. En louant la conduite du général Dupont, l’Empereur disait : « Ces corps ne devaient s’étonner de rien; c’étaient les 9e légère, 32e,  69e et 76e de ligne ». Cet art d’attacher de la célébrité au nom d’un régiment le rendait invincible et excitait tous les autres à mériter une semblable distinction.

    Napoléon s’était rendu le13 au quartier général du maréchal Ney, afin de resserrer de plus près encore l’armée ennemie. A la pointe du jour, le 14, le maréchal Ney conduisit la division du général Loison à l’attaque du pont d’Elchingen. Le pont fut enlevé. La position était défendue par quinze à seize mille hommes. Il fallut trois attaques successives pour en déposter l’ennemi. A la troisième seulement, il fut mis en déroute et repoussé dans les retranchements devant Ulm. Trois mille prisonniers et quelques pièces d’artillerie furent le prix de cette importante journée. Le titre de duc d’Elchingen, que recevra bientôt le maréchal Ney, eût suffi à son illustration, si d’autres titres n’avaient dû être plus tard la conquête d’exploits plus brillants’ encore.

    Un corps autrichien, celui du général Werneck, avait réussi à déboucher d’Ulm par la route de Heydenheim. Dans le même moment, l’archiduc Ferdinand avait essayé de filer sur Biberach, mais il avait trouvé cette route coupée par le maréchal Soult. Obligé de changer de direction, l’archiduc avait tâché de rejoindre le général Werneck et se portait sur Aalen, seulement avec quelques escadrons de cavalerie. Werneck se croyait déjà hors de tout péril, lorsque Murat, toujours expéditif et heureux, l’atteignit au village de Langenau et lui fit trois mille prisonniers. Un convoi de cinq cents chariots marchait sous la protection de ce même général autrichien. Murat le fit charger par la division de dragons du général Klein. Le convoi fut pris avec mille à onze cents hommes. L’archiduc Ferdinand, qui s’était arrêté un moment à Néresheim, près lui-même d’être surpris par les Français, n’eut que le temps de monter à cheval et de s’échapper avec le petit nombre d’hommes qui formaient son cortège.

    Le sort d’Ulm était décidé. Les corps du maréchal Ney et du maréchal Lannes occupaient des positions telles que le succès d’une attaque eût été infaillible, mais, ce succès pouvait être chèrement payé.

    L’Empereur voulut ménager le sang français, et même le sang ennemi. Il fit proposer au prince de Lichstenstein, l’un des généraux enfermés dans la place, de se rendre auprès de lui et l’engagea de considérer les suites d’une prise d’assaut, lui rappelant l’exemple de Jaffa dont la garnison avait été passée au fil de l’épée. La position était embarrassante.

    Le prince de Lichstenstein exprima le désir que, dans le cas d’un arrangement, les troupes autrichiennes, officiers et soldats, fussent renvoyées sur parole. La demande ne fut point rejetée ; mais, pour être assuré que ces troupes ne serviraient pas avant leur échange, Napoléon voulait la parole de l’archiduc Ferdinand. Cette condition était impossible à remplir. L’archiduc n’était plus dans Ulm. La place capitula le 17 octobre.

    D’après la capitulation, les officiers étaient renvoyés dans leurs familles ; les troupes étaient prisonnières de guerre. La remise d’Ulm avec son artillerie devait être faite aux Français le 25 octobre à midi, si, avant ce moment, il ne se présentait pas un corps capable de la débloquer. Dans l’hypothèse contraire, la garnison serait libre de toute capitulation.

    Ici plus que jamais, l’ordre des jours est indispensable. Chaque jour apporte son tribut à la gloire de l’armée.

    Le 18 octobre, le général français Fauconnet forçait à capituler le major Locatelli qui commandait les grands bagages de l’armée autrichienne. Cette capitulation, signée à Bopfingen, outre qu’elle stipulait la remise des fourgons, caissons, canons et armes composant le convoi, déclarait prisonniers de guerre les hussards et chevau-légers de l’escorte, ainsi que de petits corps d’infanterie et d’artillerie déja tournés par les troupes françaises.

    Le 19, le général Werneck, déja battu dans deux rencontres et hors d’état de soutenir un nouveau choc contre l’infatigable Murat, souscrivait une capitulation d’après laquelle ses troupes déposaient les armes et devaient être envoyées en France. Cette capitulation fut conclue à Trochtelfingen. Comme toutes les autres, elle permettait aux officiers de se retirer dans leurs foyers, toujours sous la promesse de ne pas servir.

    Ce même jour l9, la capitulation d’Ulm recevait une modification importante. Le maréchal Berthier avait fait connaître au général Mack les positions occupées par les divers corps de l’armée française, positions dont l’ensemble rendait désormais impossible l’arrivée de tout secours pour cette place. En conséquence de cet état de choses, garanti par la parole d’honneur du maréchal Berthier, le général Mack consentait que la remise d’Ulm eût lieu dès le lendemain. Ce prodigieux événement fut en effet consommé le 20 octobre.

    Les troupes françaises occupaient les hauteurs d’Ulm. Trente mille hommes, en y comprenant les troupes du général Werneck, défilèrent devant l’Empereur Napoléon et posèrent les armes. Soixante pièces de canon et quarante drapeaux furent livrés aux vainqueurs. L’opération dura depuis trois heures d’après-midi jusqu’à sept heures du soir. Le général Mack et les autres généraux autrichiens étaient auprès de l’Empereur qui leur montra les plus grands égards. Il leur adressa plusieurs fois la parole, toujours avec bonté pour eux, quelquefois avec sévérité pour leur souverain.

    « C’est le moment, leur disait-il, pour l’Empereur votre maître de songer à faire la paix. L’idée que tous les empires ont un terme doit l’effrayer. Je ne veux rien sur le continent. Ce sont des colonies, des vaisseaux, du commerce que je veux, et cela vous est avantageux comme à nous ». Ainsi s’exprimait l’Empereur Napoléon le 20 octobre, et le lendemain 21, comme si la fortune eût voulu lui faire expier ses succès inouïs par un revers sans égal, vaisseaux, colonies, commerce, tout ce que réclamaient ses vœux disparaissait dans la grande calamité de Trafalgar. La mer en révolte punissait la France de ses prospérités continentales.

    Le lendemain de la reddition d’Ulm, Murat livrait encore un nouveau combat et obtenait un nouvel avantage. Une portion du grand parc de l’artillerie autrichienne se dirigeait sur Nuremberg, escortée par les cuirassiers de Mack et par des détachements de quelques autres corps de cavalerie. L’escorte fut attaquée et dispersée ; les Français prirent cette portion de l’artillerie et tous les bagages.

    Jamais tant d’importants résultats n’avaient été moins chèrement achetés. C’est une vérité reconnue que, dans cette première partie de la campagne de 1805, le nombre des hommes tués de part et d’autre fut inférieur à toutes les proportions ordinaires. La perte, du côté des Français ne s’élevait pas à plus de deux mille hommes.

    Cette sainte économie des hommes était la suite du système de guerre que l’Empereur avait eu la possibilité de mettre en pratique. Si les troupes avaient souvent fait des marches rapides, presque toujours avant le combat, elles avaient été dans une position à ne pas douter du succès. Aussi les soldats disaient-ils entre eux : « L’Empereur a trouvé une nouvelle manière de faire la guerre ; il se sert beaucoup plus de nos jambes que de nos baïonnettes ».

    Les troupes, si on les eût consultées, eussent aimé mieux se battre davantage et marcher moins ; mais lorsqu’elles voyaient l’Empereur au milieu d’elles, souffrant toute l’intempérie de la saison comme elles, faisant quelquefois dans un jour douze à quinze lieues à cheval et couchant avec elles dans un village, tandis qu’il était attendu en grande pompe à Augsbourg, comment auraient-elles pu se plaindre de fatigues que partageait leur général ? C’est dans ces circonstances qu’un officier autrichien détonnant de le voir couvert de boue et baigné de pluie, Napoléon lui fit dire : « Votre « maître a voulu me faire souvenir que j’étais un soldat ; il conviendra, j’espère, que je n’ai pas oublié mon ancien métier ! ».

    Les produits de la campagne, au 22 octobre, étaient déjà immenses. Le nombre des prisonniers montait à plus de soixante mille, parmi lesquels vingt-neuf officiers-généraux et deux mille autres officiers de tout grade.

    Un grand pas était fait. Ce n’était plus la France qui devait craindre d’être envahie, et l’une des puissances alliées était presque hors de combat en Allemagne, avant que l’autre eût pu se joindre à elle. De si prodigieux événements méritaient une marque éclatante de la satisfaction de l’Empereur. Il était trop habile et trop juste pour ne pas acquitter noblement une dette aussi sacrée.

    Du camp d’Elchingen, le 21 octobre, il annonça que le mois de vendémiaire de l’an XIII serait compté comme une campagne, à tous les individus composant la grande armée, et porté comme tel sur les états pour l’évaluation des pensions et les services militaires. Il ordonna de prendre possession de tous les domaines de la maison d’Autriche en Souabe, et frappa sur ces pays une contribution extraordinaire, dont le produit devait appartenir à l’armée.

     

     

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