• 21 octobre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le combat du camp de Boulou

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français » – 1854

     

    Le général Turreau avait succédé à Dagobert dans le commandement de l’armée des Pyrénées-Orientales, et semblait vouloir suivre les plans et les vues de son prédécesseur. Profitant de l’ardeur que la prise de Campredon avait inspirée aux troupes françaises, il s’était appliqué à resserrer ses forces, et poursuivait activement les Espagnols.

    La cour de Madrid, effrayée des progrès de l’armée française, avait envoyé à Ricardos un renfort de 8000 hommes. Harcelé sans cesse par les Français vainqueurs, ce général, pour résister avec plus d’avantage, s’était enfin décidé à concentrer ses forces, trop disséminées. Il occupait la forte position de Boulou.

    Turreau, plein de confiance dans ses troupes, apprit avec joie la détermination du général espagnol. Il entreprit de terminer la campagne par un coup d’éclat, et fit toutes ses dispositions pour une attaque générale. Dans la nuit du 14 au 15 octobre, les différentes brigades de son armée se mettent en mouvement, et s’approchent du camp de Boulou avec un ensemble et un ordre qui devaient lui présager la victoire.

    A dix heures et demie, les Français attaquent sur six colonnes, et remportent d’abord l’avantage sur presque tous les points attaqués. Le général Courten, qui commandait la droite de la ligne espagnole, pressé vivement par les troupes républicaines, cède le premier à leurs efforts, et se retire à quelque distance pour reformer ses bataillons rompus. Cette forte attaque sur la droite des Espagnols avait pour but d’attirer l’attention du général Ricardos de ce côté ; mais les colonnes françaises, en obligeant ainsi le général Courten à leur céder le terrain, au lieu de songer à le poursuivre et d’achever sa défaite, se jettent avec impétuosité sur le village de Montesquiou, désigné par Turreau comme point central de l’attaque. Ricardos s’aperçoit de ce mouvement, et, prévoyant les conséquences qu’il peut avoir, il se hâte d’envoyer des secours à l’officier chargé de défendre le village.

    En même temps, Courten ramenait ses troupes au combat, et rappelait à son tour l’attention des attaquants. Un combat opiniâtre et longtemps indécis s’engage sur ce point. Sur ces entrefaites, deux autres colonnes attaquaient les Espagnols, dans le dessein de tenir en échec la gauche de Ricardos, et même de la forcer. Par l’effet des localités, cette colonne se trouvait en arrière du front de la ligne ennemie, de manière que, une fois enfoncée, le centre se trouvait tourné.

    La manœuvre ordonnée par le général français était habilement conçue, et sans doute elle eût décidé du succès de l’attaque, si elle n’eût été prévue par le général espagnol. Celui-ci avait déjà détaché quatre bataillons et quelque cavalerie pour s’opposer au mouvement des Français, en même temps qu’il renforçait son centre.

    Turreau, s’apercevant que son plan était découvert, se porte en personne vers la gauche des Espagnols, et fait attaquer les batteries que le général ennemi avait fait établir sur ce point. Placées sur un plateau appelé el Pla del rey, elles étaient d’un difficile accès, à cause de l’âpreté des lieux, et défendues d’ailleurs par quatre bataillons de grenadiers espagnols.

    Cependant malgré tous ces obstacles, les Français, animés par la présence et par l’exemple de leur général, marchent avec la plus grande résolution, et sont reçus avec une intrépidité égale à leur valeur. Sept fois ils montent au pas de charge et la baïonnette en avant, sept fois ils sont repoussés ; ils parviennent jusqu’aux batteries, mais ils sont obligés de les abandonner presque aussitôt. Revenant avec une ardeur toujours nouvelle, les Français se précipitent encore une fois sur le plateau, et réussissent enfin à s’y établir.

    Après avoir défendu glorieusement le poste qui lui était confié, le lieutenant-colonel Taranco, commandant les grenadiers espagnols, est obligé de céder. Il se retire en laissant les retranchements jonchés de ses soldats et de ceux de leurs adversaires. Plus de 1000 Espagnols avaient perdu la vie dans cette mêlée.

    Taranco n’avait plus que 600 hommes ; il prend poste avec eux au bas de la hauteur el Pla del rey, sous les canons dont les Français venaient de se rendre maîtres.

    C’en était fait de l’armée espagnole : leur gauche allait être forcée et leur centre entièrement tourné, si l’obscurité de la nuit eût permis au général Turreau de s’apercevoir du petit nombre d’ennemis qu’il avait encore à combattre. Mais ne pouvant imaginer qu’une aussi belle résistance eût été faite par moins de 2000 hommes sans être soutenus par d’autres troupes, il hésita et ne donna point l’ordre de se mettre à la poursuite de Taranco.

    Ce répit donne le temps au général espagnol d’envoyer des renforts à ce brave officier. Les gardes wallonnes viennent le joindre dans sa position, au bas de la hauteur enlevée par les Français. A la vue de leurs camarades, les 600 soldats de Taranco oublient leurs fatigues, et sentent leur courage se ranimer. Ils demandent qu’on les reconduise au combat, et jurent de reprendre la batterie qu’ils viennent de perdre. Les gardes wallonnes se précipitent sur leurs pas, et disputent avec eux de bravoure.

    Les Français, étonnés, soutiennent cependant l’attaque avec leur vigueur accoutumée. Un grand nombre d’Espagnols tombent sous le feu du canon et de la mousqueterie; mais, sans perdre de leur impétuosité, ces derniers se précipitent dans la batterie. Le carnage y est horrible ; la nuit était si sombre, que les soldats du même parti se massacraient entre eux. Enfin les Français, qui se croyaient attaqués par des forces bien supérieures, abandonnent cette position, qui venait de leur coûter tant de sang.

    La perte du plateau el Pla del rey, effectuée sous les yeux mêmes de Turreau, fit juger à ce général que ses efforts pour vaincre les Espagnols, pendant cette nuit désastreuse, seraient désormais infructueux ; il ordonna la retraite. Le camp de Boulou fut canonné sans succès par les Français, le 18 octobre et les jours suivants.

     

     

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