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  • 21 octobre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le 13 octobre 1870 - Le combat de Bagneux dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-combat-de-bagneux-150x150

     

     

    Le combat de Bagneux

    D’après « Campagne de 1870-1871 : siège de Paris, opérations du 13e corps et de la 3e armée -  Joseph Vinoy – 1872

     

    Dans la nuit du 12 au 13 octobre, à minuit un quart, le 13e corps reçut du quartier général l’ordre d’entreprendre une grande reconnaissance sur le plateau de Châtillon. Aucun autre détail sur la durée et le but de l’opération ne nous étant donné, nous dûmes supposer qu’il s’agissait sans doute de s’assurer seulement si les troupes ennemies occupaient toujours fortement le plateau.

    Cet ordre fut expédié aussitôt au général Blanchard. Mais comme la nuit était très obscure, il ne put, à cause de la difficulté des chemins, lui être remis au lycée de Vanves, où était son quartier général, qu’après deux heures du matin, et il en était quatre quand il parvint aux généraux de La Mariouse et Susbielle. Le général en chef s’était, de son côté, rendu au fort de Montrouge pour y prendre ses dernières dispositions, et il y appela le général Blanchard, qui vint l’y trouver à huit heures du matin.

    Il fut décidé que l’attaque commencerait à neuf heures. On n’avait point trop de temps pour relever tous les petits postes et les grand’gardes, préparer l’artillerie et réunir les troupes nécessaires, qui occupaient un front aussi étendu.

    Elles devaient être disposées de la manière suivante :
    A droite, la brigade Susbielle opérerait sur Châtillon, se dirigeant sur le village en trois colonnes, l’une par la route directe, et les deux autres en tournant par la droite. Le 42e de ligne resterait en réserve à la Baraque, hameau situé au point où la route de Châtillon se croise avec la route stratégique.
    A gauche, une colonne se porterait sur Bagneux ; elle serait composée du régiment des mobiles de la Côte-d’Or et d’un bataillon de l’Aube, avec le 35e de ligne en réserve. Le colonel de La Mariouse commanderait cette colonne.
    La brigade La Charrière, de la division Caussade, prendrait position entre Bagneux et la maison Plichon, s’appuyant sur l’ouvrage ébauché qui se trouve en avant de Bagneux, et contenant les troupes ennemies établies à Bourg-la-Reine.
    Enfin, la brigade Dumoulin, que le général en chef fit venir des Hautes-Bruyères, prendrait position en arrière du fort de Montrouge, comme réserve, prête à porter des renforts aux parties de la ligne qui pourraient en avoir besoin.
    A l’extrême droite, enfin, cinq compagnies de gardes forestiers feraient une démonstration sur Clamart.

    La ligne de bataille allait donc s’étendre, cette fois, du fort d’Issy à la vallée de la Bièvre, sur un front de six kilomètres. Trois forts, ceux de Montrouge, de Vanves et d’Issy, prendraient part à l’action, ainsi que quatre brigades, formant un effectif d’environ vingt mille hommes.

    Le signal de l’attaque fut donné par deux coups de canon tirés du fort de Vanves à neuf heures du matin. Le fort de Montrouge ouvrit immédiatement son feu sur les premières maisons de Bagneux, dont il n’était distant que de quatorze cents mètres. Dès que la tête de colonne placée à la maison Plichon s’aperçut que les obus tombaient dans le village, elle s’élança avec rapidité, ayant près de mille mètres de terrain à franchir à découvert, et pendant ce trajet elle essuya le feu que l’ennemi faisait pleuvoir sur elle du mur crénelé d’un parc ; mais continuant sa marche sans lui répondre, elle arriva en bon ordre jusqu’aux premiers groupes de maisons.

    Le fort de Montrouge faisant successivement obliquer ses pièces à droite, précédait de son tir le mouvement de l’infanterie, qui eut bientôt enlevé la première barricade. Une fusillade très vive s’engage alors dans les rues du village. Mais nos troupes étant aussi à couvert que l’ennemi, elle n’est pas très meurtrière, et cesse même complètement au bout d’une demi-heure.

    Quelques coups de feu isolés se font encore entendre, mais alors Bagneux nous appartient. Ce village était défendu par le 5e bataillon de chasseurs à pied, faisant partie du 2e corps bavarois, sous les ordres du général von Hartman, qui avait son quartier général à Antony. Nous avions cerné et fait prisonniers environ quarante hommes dans le village, et ramassé de nombreux fusils et beaucoup de blessés. De ce côté, nous avions complètement réussi, et le combat pouvait même être considéré comme terminé. Il nous avait coûté la perte du chef de bataillon de Dampierre, des mobiles de l’Aube, qui s’était fait tuer héroïquement auprès de l’église du village.

    Mais nos affaires n’allaient pas aussi bien du côté de Châtillon. L’attaque y fut d’abord contrariée par une succession de murs crénelés derrière lesquels l’ennemi se repliait devant nous, mais en ne nous faisant pas beaucoup de mal. Près de l’église était un réduit très fortement établi. Il nous fallait cheminer à la sape et avancer maison par maison. Cette lenteur obligée donna à l’ennemi le temps de se reconnaître et de réunir ses réserves. Elles nous furent bientôt signalées de toutes parts. La redoute des Hautes-Bruyères nous informa qu’elle voyait monter sur le plateau de Châtillon, par la Croix de Berny, d’importantes colonnes munies de beaucoup d’artillerie.

    Dès dix heures et demie du matin, cette artillerie commença à entrer en action ; elle se mit en batterie sur la crête et ouvrit aussitôt son feu. Nos batteries, établies en avant du chemin stratégique, le soutiennent vigoureusement, et les forts de Vanves et de Montrouge, ainsi que celui d’Issy, les appuient de leurs puissantes pièces à longue portée.

    Dans cette lutte d’artillerie, malgré un coup malheureux qui fit sauter un caisson dans une de nos batteries, tuant et blessant plusieurs hommes, l’avantage nous resta. A gauche de Châtillon, une batterie bavaroise chercha à établir ses pièces de façon à tirer sur Bagneux. Elle fut heureusement contenue par une seule pièce de 24 placée au saillant 3 du fort de Montrouge, et chaque fois qu’elle se mettait en batterie, la précision du tir venu du fort la forçait aussitôt à rétrograder. Le combat continuait donc encore à nous être favorable : la colonne du général Susbielle cheminant toujours à la sape, s’avançait peu à peu, et les réserves ennemies n’étaient pas en mesure de nous enlever Bagneux, qui était occupé par trois bataillons de mobiles de la Côte-d’Or, un bataillon de l’Aube et le 35e de ligne, soutenus en arrière par la brigade Dumoulin.

    Le général en chef désirait donc conserver Bagneux, dont sa proximité de Montrouge nous rendait la possession très utile, et il voulait continuer l’attaque le lendemain, si les circonstances ne permettaient pas de la terminer le jour même. Il prit donc toutes les dispositions nécessaires pour garder le village, et il y envoya des soldats munis de pioches et d’outils, sous les ordres du colonel du génie Dupouet, pour y exécuter aussitôt les premiers travaux de défense. Mais la question de la prise et de la conservation de Bagneux n’avait été ni décidée ni même prévue dans l’ordre d’attaque envoyé par le gouverneur.

    Le général en chef devait donc le prévenir d’abord de ses intentions, et il lui fit aussitôt parvenir la dépêche télégraphique suivante : « Nous sommes maîtres de Bagneux, je prends des mesures pour nous y maintenir. Voulez-vous le conserver ? ».

    Cette dépêche recevait, à 1 heure 58 minutes du soir, par le télégraphe, la réponse que voici : « Blanchard tiendra dans le bas Châtillon, sans dépasser la route de Clamart ; je lui annonce que vous le soutiendrez de Bagneux par votre canon, qui devra tirer entre le télégraphe et le haut de Châtillon. Sous cette protection, Blanchard fera sa retraite quand il le jugera à propos, ou quand vous le lui direz ».

    Cette dépêche du gouverneur prouvait qu’il ne tenait pas à continuer la lutte jusqu’à l’enlèvement de la hauteur de Châtillon. Elle prescrivait de ne pas dépasser la route de Clamart, et laissait le général Blanchard libre d’opérer sa retraite quand il le jugerait convenable. Vers deux heures et demie, cet officier général informait le commandant en chef qu’il prenait ses premières dispositions pour se retirer. A ce moment, l’artillerie ennemie arrivait plus nombreuse, de nouvelles batteries étaient démasquées à Sceaux et à Bourg-la-Reine, et tiraient sur la maison Plichon, sur les troupes qui se trouvaient à gauche de Bagneux et sur Bagneux même. Enfin, des pièces placées derrière des épaulements couvraient le village de Châtillon de leurs obus.

    A trois heures de l’après-midi, le général en chef n’ayant reçu du gouverneur aucune nouvelle dépêche qui vînt modifier ses premiers ordres, ordonna la retraite. Elle s’exécuta dans de bonnes conditions : la brigade Dumoulin, repassant en arrière du fort de Montrouge, reprit le chemin des Hautes-Bruyères; la brigade La Charrière se maintint à la maison Plichon, d’où ses batteries répondirent par un feu très vif à celui de l’ennemi. Enfin, à Bagneux, les troupes se retirèrent lentement, prenant les unes à droite, les autres à gauche du fort de Montrouge.

    L’ennemi s’apercevant de ce mouvement, fit avancer son artillerie au galop. Ses colonnes d’infanterie se précipitèrent au pas de charge au travers du village, comme si elles allaient en déboucher pour nous poursuivre. Nos troupes s’arrêtèrent à ce moment, et se retournant, elles ouvrirent sur l’ennemi, avec beaucoup d’entrain, des feux de deux rangs par bataillons déployés. Les forts et les batteries de campagne lancèrent, au moyen de toutes leurs pièces, des obus et des boulets sur les villages remplis de soldats, et pendant quelques minutes la canonnade et la fusillade furent d’une extrême vivacité sur toute la ligne de bataille. Mais notre effort avait arrêté court l’ennemi dans sa marche : il se rejeta en désordre sur les villages, et le feu cessa bientôt complètement de part et d’autre.

    Le gouverneur de Paris, arrivé à la fin de la journée sur le théâtre de la lutte, fut témoin de notre retraite et du retour offensif si vigoureux que nous avions opéré. Il adressa de chaleureuses félicitations aux mobiles, qui s’étaient très bravement battus.

    Le combat de Bagneux fut très honorable pour les troupes qui l’avaient livré ; elles s’étaient comportées avec d’autant plus de vigueur et d’entrain qu’elles avaient été moins exposées qu’au combat du 30 septembre, ayant pu gagner de suite les villages où elles étaient suffisamment abritées contre le feu de l’ennemi. Enfin, l’artillerie des forts avait montré une fois de plus sa grande supériorité sur l’artillerie de campagne des Prussiens, obligée de céder devant la puissance de son feu.

    La journée d’ailleurs ne nous avait pas causé des pertes bien sensibles : nous avions eu environ 200 hommes tués ou blessés, et 7 hommes disparus dont un officier.

    Toutefois, ce combat incomplet aurait pu avoir des suites meilleures. Nous avions pensé un moment qu’en présence des chances de la journée qui se dessinaient au début si favorablement pour nous, le gouverneur aurait tenu à conserver Bagneux et à tenter le lendemain une attaque, avec plus de forces, sur l’importante hauteur de Châtillon, tentative que nous pouvions espérer voir réussir, puisque nous aurions eu pour premiers points d’appui les positions avancées de Bagneux et du Moulin-de-Pierre. Mais le gouverneur, qui avait sans doute d’autres opérations en vue, ne jugea pas à propos de donner à celle-ci tout le développement qu’elle aurait pu avoir.

    Au lieu de l’attaque dont les Prussiens nous avaient menacés pour l’anniversaire du 14 octobre (pour la bataille de Leipzig, dont les Prussiens célèbrent l’anniversaire le 14 octobre, bien qu’elle ait eu lieu les 16 et 18), nous eûmes ce jour-là un armistice à Bagneux, demandé par l’ennemi pour enterrer ses morts. Il fut accordé sans difficultés.

    Nous sûmes, en effet, qu’il avait éprouvé de grandes pertes au moment où ses troupes étaient rentrées précipitamment dans les villages. Elles s’y étaient massées en grand nombre, et le feu des forts leur avait fait beaucoup de mal. Cet armistice dura depuis onze heures du matin jusqu’à cinq heures du soir. Les troupes que nous avions combattues appartenaient au 2e corps bavarois, qui occupait cette partie de l’investissement et qui était intervenu en entier à la fin de la journée.

    Ses bivouacs s’étendaient, sur la hauteur de Châtillon, de la vallée de la Bièvre au château de Meudon, depuis le 19 septembre, et ils devaient y demeurer jusqu’à la fin du siège.

    Cette journée du 14 octobre fut tristement marquée par l’incendie du palais de Saint-Cloud, que l’ennemi ne manqua pas d’attribuer au feu de notre artillerie, bien que nous n’eussions aucun motif pour pointer nos pièces dans cette direction, et en quelques heures, il ne resta debout de cette ancienne résidence impériale que quelques murailles informes et calcinées.

     

     

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