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  • 14 octobre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le combat de Lutternberg

    D’après « Journal des sciences militaires » – 1839

     

    Lorsque le duc Ferdinand eut repassé le Rhin après la bataille d’Erefeld, il détacha le général Oberg avec ordre de se réunir aux débris du corps d’Isembourg, battu près de Sandershausen, de protéger la Hesse et de sauver Cassel.

    Le prince de Soubise, quoique ayant deux fois plus de troupes que son adversaire, se croyait encore trop faible. Il demanda du renfort à la grande armée française que commandait le maréchal Contades, après la retraite du prince de Clermont. Le maréchal lui envoya les divisions Chevert et Fitz-James, en lui enjoignant de s’emparer immédiatement de Cassel et de battre l’ennemi.

    Conformément à cet ordre, auquel il ne pouvait se refuser d’obéir, le prince marcha sur ce point important, que le général Oberg n’avait pas eu le temps d’occuper, et se porta sur Munden en passant par Sanderhausen. Le général ennemi crut devoir s’arrêter et attendre l’événement près de Lutternberg.

    Le gouvernement Hessois n’avait reculé devant aucun sacrifice pour rétablir le corps d’Isembourg, mais 4 bataillons de garnison ayant été envoyés à Lippstadt, on ne put réunir, le jour de l’action, que 3 bataillons (Canitz, Isembourg et probablement Freywald) et 6 escadrons (2 de Pruschentz et 4 de prince Frédéric), qui, avec les troupes légères du Hanovre, formaient un total de 4 000 hommes, dont 1 000 cavaliers.

    Le général Oberg était arrivé avec 14 bataillons et 14 escadrons, ou environ 9 500 hommes d’infanterie et 1 500 chevaux ; de manière que l’effectif du corps réuni se montait à 16 000 hommes, dont 2 500 cavaliers, sans compter les troupes légères.

    La force de l’artillerie n’est pas indiquée. Cependant, d’après les différentes positions que cette armée occupa, pendant le combat, on peut évaluer de 48 à 50 le nombre des pièces, dont 32 formaient l’artillerie de réserve et devaient être du calibre de 12, calibre dont il est question plusieurs fois dans la relation. II y aurait donc eu 3 pièces par mille hommes, ce qui est le minimum pour un si petit corps.

    L’ennemi était du double plus fort : Le prince Soubise avait 42 bataillons et 36 escadrons. Le renfort se composait de 35 bataillons et 36 escadrons. Ensemble : 77 bataillons et 72 escadrons. Ou 30 800 hommes d’infanterie et 6 400 de cavalerie, sans compter 3 corps de volontaires (Fischer, volontaires de Flandre et légion royale).

    Les bataillons étant très faibles, on doit compter 4 bouches à feu au moins par mille hommes ; sans cela il y aurait eu une trop grande disproportion. On peut aussi, d’après la position de la grosse artillerie, admettre l’existence de 7 batteries. D’ailleurs, on sait positivement que le général Chevert avait une réserve de 24 canons.

    La force de l’artillerie française peut donc être calculée de la manière suivante :
    -
    Corps du prince Soubise, y compris la division Fitz-James. Pour 48 bataillons (car on ignore si la brigade suisse avait des canons) 48 bataillons – Artillerie de réserve : 48.
    -
    Corps du général Chevert : Pour 25 bataillons – Réserve : 24
    Total : 145

    Pendant la nuit qui précéda le combat, les troupes du général Oberg occupaient une position concentrée à droite et à gauche de Lutternberg, ayant le petit Stanfenberg sur son front.

    Lorsque, le 10 au matin, l’ennemi déboucha de tous côtés, ce général crut qu’il lui serait impossible d’arriver à Munden sans combattre. Mais, au lieu de rester dans une position où toutes ses forces étaient réunies, il fit un mouvement excentrique en avant, voulant tout couvrir, mais ne couvrant rien, et se prépara ainsi une défaite.

    La position où ce général se décida à attendre les Français, fut choisie au sommet d’une chaîne de collines qui règne entre Cassel et Munden sur un terrain coupé par plusieurs ruisseaux. En théorie, cette position pourrait convenir à la stratégie, mais non à la tactique pratique ; et, comme le prouve l’issue du combat, elle n’était pas de nature à promettre à la défense un heureux résultat contre un ennemi du double plus fort. C’est avec douleur que l’on voit ici les plus braves troupes condamnées à une perte certaine avant d’avoir brûlé une seule cartouche.

    Près du village de Lutternberg, s’élèvent le grand et le petit Staufenberg, d’où se précipitent de nombreux ruisseaux dans toutes les directions. Chacun de ces ruisseaux coule dans un vallon escarpé plus ou moins boisé, et de deux en deux, ils sont séparés par une langue de terre. Il est sans doute tout naturel de faire occuper chacune de ces langues de terre ou pentes, par quelques troupes ; mais alors, sans qu’on s’en doute, on organise, dès le principe, l’éparpillement de ses forces.

    C’est là le véritable écueil de toute position de cette nature, dans le voisinage de montagnes ou de chutes d’eau qui se divisent.

    Sur la droite, en se figurant le front vers Cassel, la position était assez favorable ; car l’aile droite s’appuyant à la Fulde, si ce n’est immédiatement, du moins indirectement, on ne pouvait la tourner sans s’exposer à de grandes difficultés sur un terrain aride et inculte. L’événement le prouva ; car le prince de Soubise ayant essayé, pendant le combat, de tourner cette aile avec sa cavalerie, il ne put y réussir.

    La gauche était entièrement à découvert, et pouvait être tournée sans qu’il fût possible de s’en apercevoir, et elle le fut en effet. Lorsqu’on veut s’opposer à ce mouvement comme le fit le général Oberg, au lieu d’avoir la ligne de retraite derrière soi, on s’expose à la placer sur le flanc gauche, ce qui ne peut conduire qu’à une perte certaine si on a le malheur d’être battu.

    Toutes ces observations bien simples, et que personne, du moins nous l’espérons, ne qualifiera de vaines spéculations théoriques, paraissent ne pas avoir été prises en considération dans cette circonstance. Mais ce qui enlevait encore à cette position le reste de sa valeur, c’est que la configuration du terrain conduisait à une extension démesurée des lignes. Et, en effet, lorsque le premier coup de canon fut tiré, le front se prolongeait sur une étendue de 8 000 pas, de manière que la défense ne comptait que 2 hommes pour chaque pas. La position ressemblait beaucoup plus à un cordon qu’à une ligne de défense.

    La pente méridionale des deux Staufenberg représente, en grand, une langue de terre que le général Oberg fit occuper comme il suit, savoir :
    entre les ruisseaux de Spele et de Landwehrhagen par 4 bataillons et 6 escadrons
    entre ceux de Landwehrhagen et de Benderode  par 4 bataillons et 6 escadrons
    entre ceux de Benderode et de Sichelstein par 2 bataillons et 4 escadrons.

    Le général Oberg aurait dû s’apercevoir que l’attaque principale serait dirigée contre son aile gauche, puisque avant le combat, un fort détachement suivi d’un autre beaucoup plus fort, pendant la nuit, s’était dirigé comme avant-garde sur Thalheim, et s’était emparé du terrain situé entre Benderode et Neuenhagen.

    Ce mouvement de l’ennemi détermina le général Oberg à établir un quatrième poste, le plus fort de tous, près du grand Staufenberg. Pour arriver à cette dernière position, il fallut suivre les sinuosités du terrain, il en résulta que l’aile gauche se trouva recourbée en arrière et que la ligne de retraite fut placée près du flanc gauche.

    Ce quatrième poste fut occupé, de la manière suivante, par le reste du corps : L’aile droite était sur le Staufenberg, le reste du front se repliant un peu en arrière ; 7 bataillons, sur une seule ligne, présentaient ici un front de 1 500 pas. A la gauche de l’infanterie, venaient 6 escadrons et, derrière ceux-ci, les 2 compagnies de chasseurs à cheval et de hussards. Les chasseurs à pied hessois et hanovriens étaient placés à la gauche de la cavalerie.

    Il est à présumer que les canons de régiment se trouvaient avec leurs bataillons respectifs. A en juger par les relations et les plans, l’artillerie devait être répartie en 5 batteries sur toute la position.

    Dans une position aussi étendue, l’infanterie et surtout la cavalerie se trouvant éparpillées sur plusieurs points, il fallait bien du bonheur pour ne pas être battu ; et le Dieu de la guerre ne pouvait accorder cette grâce que dans un accès de bonne humeur ; mais cette fois, il ne le fit pas.

    Lorsque les éclaireurs du général Zastrow, qui devait commander sur le Staufenberg, sortirent de Lutternberg à la pointe du jour pour aller occuper cette position, ils heurtèrent dans le bois contre un détachement ennemi (le corps franc de Fischer et la légion royale), qui, parti de Banderode, était allé eu reconnaissance. Ils le repoussèrent avec perte, et la position de Staufenberg fut occupée.

    Le prince de Soubise, à la tête de son corps (52 bataillons, 44 escadrons), s’était porté en avant, sur la grand route de Cassel par Sandershausen, et avait pris la position suivante près de Landwehrhagen.

    La première ligne, qui comptait 21 bataillons, avait son aile droite (la division Fitz-James), derrière Benderode, et la gauche en avant de Landwehrhagen. A cette dernière, se joignait, sans aucun but et purement pour la forme, 8 escadrons qui, ayant un profond ravin devant eux, ne pouvaient combattre sur ce point ; enfin, 4 bataillons avaient été mis à l’extrême gauche.

    La seconde ligne était forte de 22 bataillons et 22 escadrons, dont 10, placés à l’extrême gauche, étaient complètement inutiles. Une réserve centrale de 5 bataillons formait une troisième ligne, à droite et près de Landwehrhagen ; enfin, derrière l’aile droite, venait le reste de la cavalerie, 14 escadrons.

    Quatre pièces de 12 de l’artillerie de réserve, avaient été détachées pour aller prendre position sur la rive gauche de la Fulde, et menacer de flanc un avant-poste de troupes hessoises placé près de la ferme d’Ellerbach. Ces troupes ne purent naturellement prendre aucune part au combat.

    Le reste de l’artillerie de réserve était réparti en grandes et petites batteries sur tout le front de la ligne et suivant la disposition du terrain. Ces batteries pouvaient être au nombre de 7. Chaque batterie était soutenue par un fort détachement d’infanterie.

    La position telle que nous venons de la décrire, indique positivement que le prince de Soubise ne voulait faire qu’une simple démonstration, tandis que le général Chevert devait attaquer sérieusement le Staufenberg. Le rôle du premier devenait très facile ; mais si telle n’était pas son idée. Si, au contraire, son intention était de faire une attaque sérieuse avec le gros de son corps, la répartition de son artillerie approche de l’absurde.

    L’établissement de l’ingénieuse position d’attaque près de Landvehrhagen, prit toute la matinée et ne fut terminé qu’à 2 heures.

    Voici, en peu de mots, quel était l’ordre d’attaque :
    Le général Chevert marchera sur Sichelstein et attaquera le Staufenberg, en laissant le village sur sa gauche ;
    Aussitôt que l’attaque sera commencée, le duc de Fitz-James se portera en avant avec sa division (elle formait l’aile droite), en passant par Benderode, et délogera le poste ennemi établi entre Brockhof et Sichelstein.
    Ces deux attaques réussissant, le prince, de Soubise marchera avec le reste de ses troupes pour attaquer le front du corps ennemi dans Lutternberg.

    Le général Chevert exécuta ses ordres avec intelligence et résolution. A cet effet, il forma sa division de la manière suivante : L’aile gauche s’appuya à Sichelstein. L’infanterie sur deux lignes (15 bataillons dans la première et 10 dans la deuxième), et une batterie de 16 canons étaient disposées pour l’attaque de Staufenberg. Les 8 pièces de réserve restantes étaient devant l’aile droite de l’infanterie. Après l’infanterie venaient 18 escadrons sur deux lignes, et après ceux-ci les trois corps francs. Cette division se composait en grande partie du corps saxon, sous les ordres du comte de Lussau (prince Xavier).

    La grande batterie n° VIII ouvrit son feu contre celle n° 4 des Hessois sur le Staufenberg ; et, comme elle était plus forte de 6 pièces, il n’est pas douteux qu’elle ne soit parvenue à la réduire au silence, quoique, des deux côtés, le feu de ces batteries n’ait pas produit de très grands résultats sur un terrain montueux et boisé. L’action de la batterie n° IX fut la même sur celle des Hessois n° 5. La canonnade commença à 3 heures 1/2 du soir.

    « Lorsqu’elle fut terminée, dit la relation, l’infanterie marcha contre le grand Staufenberg, et la cavalerie reçut l’ordre de se porter en avant et d’attaquer celle des alliés avec vigueur ».

    Naturellement, 6 escadrons hessois ne pouvaient attendre le choc de 18 escadrons ennemis. La cavalerie française se tourna alors contre l’aile gauche de l’infanterie, qui se trouvait à découvert, lui fit éprouver des pertes considérables et la força à la retraite, tandis que 12 bataillons saxons, sous le prince Xavier, enfonçaient la faible ligne établie sur le Staufenberg.

    Les Hanovriens et les Hessois après s’être défendus vaillamment, furent obligés d’abandonner le grand Staufenberg et d’y laisser toute leur artillerie. L’infanterie chercha à se former de nouveau sur le petit Staufenberg, pendant que la cavalerie essayait de couvrir ce mouvement, mais tous ces efforts furent infructueux.

    Lorsque le premier coup de canon fut tiré sur le Staufenberg, la division Fitz-James marcha sur Benderode ; mais le général Oberg ne voulut pas l’attendre et ordonna la retraite sur tous les points. Le prince de Soubise se mit alors en mouvement sans beaucoup de difficultés avec le gros de son corps, après s’être canonné pendant quelque temps avec les Hessois.

    La retraite du général Oberg s’effectua en assez bon ordre jusqu’à Lutternberg. Mais, arrivées dans le bois, les troupes s’y entassèrent, et, comme sa cavalerie se trouvait éparpillée et manquait d’unité de commandement, il lui fut impossible de reprendre l’offensive et de couvrir la retraite de l’infanterie.

    Les Français se hâtèrent de faire avancer de la grosse artillerie pour foudroyer les masses épaisses des fuyards ; mais ils tirèrent avec tant de précipitation, que la perte des alliés ne fut pas aussi grande qu’elle aurait pu le devenir si les pièces de l’ennemi eussent été mieux servies. Le corps du général Oberg atteignit Munden à la faveur de la nuit, et passa sur la rive droite de la Werra, après avoir perdu 43 officiers, 1 200 hommes de troupes, 16 canons et 20 caissons.

    Dans un combat de cette nature, l’artillerie a rarement l’occasion de se distinguer lorsqu’elle est répartie par batterie dans les différents postes. Si dès le principe, on eût établi en repli près de Lutternberg les 16 canons qui ont été perdus, avec ordre d’y brûler leur dernière gargousse, on serait parvenu à couvrir la retraite, et la perte n’en eût pas été plus considérable. Mais la malheureuse manie de vouloir garnir chaque petite éminence d’une couple de canons, paralyse les effets de l’artillerie ; et, plus cette arme est nombreuse, plus alors les pertes sont sensibles. Le général Chevert paraît être le seul qui, dans cette circonstance, l’ait employée le plus à propos.

    Il est presque impossible de se faire une idée du peu de valeur que les chefs des autres troupes attachaient alors à l’artillerie, et de l’obscurité qui régnait dans leurs vues sur la manière de s’en servir en campagne.

    Toutes les fautes qui ont été commises à cet égard, se résument à deux fautes principales, savoir : Mauvaise répartition des bouches à feu ; Appréciation inexacte du temps nécessaire aux bouches à feu pour produire leur effet.

    La première faute conduit généralement à la dispersion ou à l’agglomération des pièces, et l’une ne vaut pas mieux que l’autre. La seconde a pour résultat, ou de laisser agir l’artillerie pendant trop peu de temps, ou de la retirer trop tôt du combat, ou enfin de l’exposer à quelque catastrophe.

    Bien des erreurs sont commises dans la tactique de la cavalerie ; mais dans celle de l’artillerie c’est encore bien pis.

     

     

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