• 7 octobre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 4 octobre 1853 - Déclaration de guerre de la Porte ottomane à la Russie dans EPHEMERIDE MILITAIRE charge-des-soldats-de-larmee-russe-150x150

     

    Déclaration de guerre de la Porte ottomane à la Russie

    D’après « Histoire de la dernière guerre de Russie (1853 – 1856) » – Léon Guérin – 1859

     

    Le 3 juillet 1853, le lendemain même du jour où le chancelier de Nesselrode avait lancé sa circulaire annonçant aux cours de l’Europe : « Qu’en présence du refus de la Porte, appuyé par la manifestation de la France et de l’Angleterre (la présence des flottes combinées à l’ouvert des Dardanelles), il devenait plus que jamais impossible de modifier les résolutions qu’en avait fait dépendre l’empereur, et qu’en conséquence, Sa Majesté Impériale venait d’envoyer au corps de troupes stationné en Bessarabie l’ordre de passer la frontière pour occuper les Principautés », le lendemain même de ce jour, une armée russe traversait le Prouth, sous les ordres de l’aide de camp général prince Michel Gortschakof, qui se faisait précéder d’une proclamation adressée aux habitants de la Moldavie et de la Valaquie, par laquelle on promettait à ceux-ci, heureusement bien revenus des prétendus avantages du protectorat moscovite, de ne leur imposer ni charges ni contributions nouvelles, de payer toutes les fournitures à un taux fixé d’avance, d’accord avec leurs gouvernements, et de respecter leurs institutions.

    Mais les premiers actes du général en chef russe furent de violer tous les engagements qu’il venait de prendre. Le prince Ghika, hospodar de Valaquie, et Styr-Bey, hospodar de Moldavie, furent sommés de rompre leurs relations avec la Porte, et d’avoir à verser dans le trésor de l’armée russe le tribut annuel, en argent, qui était dû au sultan à la place des redevances payées autrefois en nature par les deux provinces. Bientôt après, ils se virent réduits à résigner leurs emplois, et ils furent remplacés par des gouverneurs militaires russes.

    Enfin, préludant à un plan d’annexion des provinces moldo-valaques à l’empire de Russie, le prince Gortschakof incorpora violemment les milices roumaines dans son armée.

    A cette invasion, dont on s’était plu trop longtemps à douter, le gouvernement français répondit, le 15 juillet, et le gouvernement anglais le 16 juillet 1853, par chacun une note circulaire, qui l’une et l’autre étaient empreintes de fermeté, et démontraient qu’entre les escadres combinées venues dans les eaux de la Turquie à la demande du sultan, et les armées russes envahissant les provinces moldo-valaques malgré le sultan, il y avait la différence d’un droit défensif à une agression déloyale.

    Le ministre des affaires étrangères de France, M. Drouyn de Lhuis, assimilait l’invasion des Principautés à une déclaration de guerre de la part de la Russie, et le comte de Clarendon, nouveau chef du Foreign-Office, admettait que, de ce moment, le sultan était en droit de répondre à l’agression par une réquisition aux flottes alliées de s’avancer vers Constantinople pour sa défense, déclarant en outre que l’Angleterre ne pouvait ni ne voulait tolérer cette atteinte aux traités.

    Nonobstant ce, les optimistes croyaient encore à l’efficacité des négociations. Des conférences, entre le comte de Buol, ministre des affaires étrangères à Vienne, et les ambassadeurs de France, d’Angleterre et de Prusse, le baron de Bourqueney, lord Westmoreland et le baron de Meyendorf, étaient ouvertes pour le maintien de la paix, sous la médiation de l’Autriche, qui crut ainsi tenir le dé des événements et s’assurer sans péril le rôle principal, celui d’arbitre de l’Europe, non par la puissance de ses armes, mais par les ressources de sa diplomatie.

    Les conférences de Vienne ne lui donnèrent pas ce rôle assurément, qu’elle ne méritait à aucun titre ; mais elles lui permirent de se faire valoir tour à tour auprès des puissances engagées, de mettre à prix son concours qu’elle ne devait jamais donner effectif, de donner pour cause à ses irrésolutions le mauvais état de ses finances, de contracter, par suite, un emprunt sous les auspices de la France et de l’Angleterre, de se faire constituer bientôt dépositaire des principautés danubiennes, enfin de continuer à Vienne le système des illusions auquel la diplomatie s’était trop longtemps laissé prendre à Pétersbourg.

    Pendant que le prince Gortschakof, ne croyant pas les Turcs en état matériel et moral de l’attaquer, s’installait dans les provinces danubiennes avec la sécurité d’un maître qui n’a rien à redouter, dispersant ses troupes de Kalafat à Galatz, ne mettant dans aucune place une garnison imposante, et s’établissant de sa personne dans Boukharest en proconsul qui n’a que des hommages à recevoir, le gouvernement ottoman prenait des mesures énergiques et déployait une activité que ses partisans eux-mêmes n’avaient pas espérée. Il mit les forteresses de l’empire, qui depuis longtemps avaient été trop négligées, en état de défense, et fit établir des ouvrages le long du Danube.

    Une armée de 90 000 hommes de troupes régulières et de 30 000 hommes de troupes irrégulières fut levée, et le commandement en fut donné, avec le titre de mouchir ou général en chef, à un ancien sujet de l’Autriche, naturalisé sujet turc, Omer-Pacha, né à Valski, en Croatie, homme de cinquante-cinq ans environ, à tête grisonnante, à traits accentués, général habile, expérimenté, actif, fécond en ressources, qui s’occupa d’accoutumer ses soldats à la discipline et à la patience militaires, avant de les compromettre dans des engagements sérieux où la régularité des troupes russes aurait eu sur eux trop d’avantages.

    Il envoya son aile droite, sous les ordres de Moustapha-Pacha, dans la Dobroudja, contrée en partie habitée par les Tatars dobroudjs, sujets de la Porte, et qui s’étend entre la mer Noire et le Danube, dans la presqu’île en forme de coude que présente ce fleuve, depuis le point où il reçoit le Prouth jusqu’aux environs de Silistrie, à l’ouest, et jusque vers la ville russe de Kilia, à l’est. Le centre de son armée, commandé par Ahmed-Pacha, fut établi entre Schoumla, Silistrie et Routschouk, tandis qu’il prenait personnellement position à Viddin, avec l’aile gauche que commandait sous lui Ismaïl-Pacha.

    Le 4 octobre 1853, la Porte ottomane déclara la guerre à la Russie.

    En même temps, Omer-Pacha, ayant inutilement sommé le prince Gortschakof d’évacuer les Principautés, se mit en devoir de prendre l’offensive sur tous les points à la fois.

    L’Autriche parut vivement contrariée de cette résolution, et, à la suite d’entrevues que venait d’avoir à Olmutz, à Varsovie et à Berlin son jeune souverain avec l’empereur de Russie et le roi de Prusse, l’internonce autrichien, baron de Brück, fit passer à la Porte ottomane une note confidentielle, avec l’agrément de la France et de l’Angleterre, pour l’engager à adopter un projet de conciliation formulé par la conférence de Vienne, lequel fut repoussé comme n’étant qu’un déguisement confirmatif des conditions attentatoires à la souveraineté du sultan, déjà jugées inacceptables.

    Il y a lieu de croire que le gouvernement ottoman fut secrètement influencé dans ce refus par les conseils de quelqu’une des parties intéressées. Le fait est que, quoi qu’on en ait pu dire, ce projet, s’il eût été accepté, n’aurait sauvegardé en rien l’avenir de la Turquie, qu’il aurait donné au fond raison à la Russie, et, sous les apparences d’une certaine condescendance bienveillante aux supplications de l’Europe, eût placé l’empereur Nicolas sur un piédestal plus élevé que jamais ; enfin qu’il aurait témoigné, de la part de la France et de l’Angleterre, venant à la suite de l’Autriche et de la Prusse, puissances intercédantes en faveur de la paix auprès du czar, d’une faiblesse peu en rapport avec les premières démarches qu’elles avaient faites.

    Ce fut à leur honneur que le Divan n’accepta point, d’autant que le chancelier de Nesselrode, pour qu’on ne se méprît pas sur l’apparente concession de son maître, venait, par une dépêche, de commenter la déplorable note de la conférence dans un sens tout à fait absolu en faveur de la Russie. On fut, par suite de ce commentaire, obligé de reconnaître que le Divan avait fait preuve de plus de perspicacité que la conférence de Vienne. L’Autriche elle-même osa à peine insister davantage auprès du sultan, et dut reconnaître que le gouvernement russe l’avait jouée, si toutefois elle n’agissait encore de complicité avec lui.

    Dans le même temps, les flottes alliées, sur les instances du sultan, firent un nouveau mouvement en avant, et entrèrent dans le détroit des Dardanelles.

    L’escadre française, dans le commandement de laquelle le vice-amiral Hamelin avait succédé au vice-amiral de Lassuse, avait été devancée à Bézika par l’escadre anglaise. Elle prit, ce jour-là, sa revanche, grâce à ses vaisseaux de ligne à vapeur de grande vitesse, les premiers qu’aucune nation eût encore mis à la mer, et qui eurent plus aisément raison des vents du nord et des courants opposés à leur route, que les vaisseaux anglais.

    On vit avec admiration le beau vaisseau à vapeur et à hélice « le Napoléon », de 90 canons, commandant Dupouy, prendre la tête des deux flottes, menant à la remorque, avec une merveilleuse vitesse, le vaisseau amiral « la Ville-de-Paris », de 120 canons, bâtiment à voiles seulement.

    Toutefois, Français et Anglais n’en étaient encore qu’aux fêtes navales, pendant que les Turcs en étaient déjà aux combats.

     

     

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