Restez à jour: Articles | Commentaires

  • 21 septembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 18 septembre 1898 - L’affaire de Fachoda dans EPHEMERIDE MILITAIRE laffaire-de-fachoda-le-commandant-marchand-150x150

     

    L’affaire de Fachoda

    D’après « Manuel historique de politique étrangère. Empires et nations : la politique mondiale (1878-1919) » – Emile Bourgeois – 1932

     

    Au moment où l’armée puissante du sirdar Kitchener et la petite troupe du capitaine Marchand se dirigeaient, l’une à coup de victoires glorieuses, l’autre au prix de fatigues vaillamment supportées, du Nord ou de l’Ouest vers Khartoum, pour s’y rencontrer en septembre 1898, la Russie par indifférence, l’Allemagne par rancune, le roi des Belges par intérêt, se dérobaient d’avance à l’appel de la France, incapable de faire prévaloir contre l’Angleterre à elle seule une autre solution que la conquête britannique de la vallée du Nil.

    Il y eut un instant où, à la veille de la conclusion, l’empereur Guillaume II parut regretter d’avoir ainsi laissé le champ libre à cette conquête. Conseillé par le prince de Bulow, qu’il appelait en 1897 à la direction de la Chancellerie, et l’amiral von Tirpitz, partisan résolu et actif de la création d’une grande flotte, il décidait une importante évolution de sa politique, le passage définitif de la diplomatie que lui avait léguée Bismarck à la politique mondiale, une nouvelle ascension de son Empire vers la grandeur qui flattait son orgueil et celui de ses sujets.

    Au mois de juin 1897, M. de Bulow venait trouver le marquis de Noailles pour lui dire « l’Allemagne et la France ne devraient pas s’immobiliser dans l’attitude de deux chiens de faïence, mais au contraire dans les grandes questions d’intérêt général, poursuivre, dans leurs démarches, un parallélisme spontané, non préconçu, mais non moins utile ».

    C’était un préambule. L’année suivante, invoquant de prétendus pourparlers entre l’Angleterre et le Portugal qu’on disait obligé de contracter à Londres un emprunt hypothéqué sur ses colonies d’Afrique, le comte de Munster apporta au quai d’Orsay, le 9 juin 1898, un mémorandum pour réclamer, d’accord avec la France, une consultation de toute l’Europe.

    A Lisbonne, où le nouveau ministre français Delcassé se renseigna aussitôt, on démentit la négociation reprochée au Portugal. Mais le bruit y courait que les hommes d’Etat allemands envisageaient la cession à la France de territoires même germaniques dans l’Afrique orientale pour l’entraîner dans un suprême effort contre l’achèvement de la domination anglaise entre le Cap et Alexandrie.

    Le ministre français qui venait dans le Ministère Brisson de recevoir le portefeuille des Affaires étrangères, n’apportait pas au quai d’Orsay un programme aussi nettement arrêté que celui de son prédécesseur, sur la nécessité d’explications avec l’Angleterre relatives à l’Egypte qui pouvaient être périlleuses. Nouveau venu dans la diplomatie, ancien ministre des Colonies, Delcassé envisagea les risques d’un conflit qui pouvait compromettre la très belle œuvre coloniale réalisée par la France depuis vingt ans. Les offres de l’empereur Guillaume II le laissèrent froid. Il n’y répondit pas.

    Dès le lendemain, dans un nouvel accès de mauvaise humeur, Guillaume II permit à son ministre à Londres M. de Hatzfeldt, de conclure le 5 septembre 1898, un accord avec le ministère anglais pour exercer en commun un droit de préemption sur les colonies portugaises, véritable traité de partage par lequel les deux puissances se promettaient en Afrique un mutuel appui.

    Que serait-il arrivé à la France, si elle s’était trouvée liée à l’Allemagne pour disputer à l’Angleterre le Haut-Nil, au moment où l’opinion britannique s’emportait contre les Français à la nouvelle que vainqueur des Derviches à Omdurman, Kitchener avait rencontré le 18 septembre le capitaine Marchand installé à Fachoda et invoquant, pour y rester, un traité passé avec le chef de la tribu des Shillaks ?

    Les Anglais, après avoir conquis à grands frais le Soudan sur les Derviches, considéraient que la mission française était venue leur dérober leur conquête. Ils approuvèrent le Sirdar d’avoir immédiatement entouré cette mission d’un cordon de troupes pour l’obliger à s’en aller, et la tenir prisonnière, si elle n’évacuait pas.

    Le drapeau français flottait sur le poste de Fachoda depuis le 10 juillet ; mais Marchand, assiégé par des forces très supérieures qui, à 500 mètres, avaient planté le drapeau britannique, se trouvait sans ressources contre la froide résolution de Kitchener, appuyé par les colères qui se déchaînaient dans toute l’Angleterre.

    Si, entièrement libre de tout engagement avec l’Allemagne qui, en cette heure de crise eût aimé peut-être à tenir les Français à sa merci, M. Delcassé n’eût point esquivé l’ultimatum qui lui fut apporté de Londres par Sir Edmund Monson, c’était la guerre à bref délai entre les deux nations.

    « Vous me demandez d’évacuer Fachoda où nous sommes arrivés les premiers, préalablement à toute discussion, ce serait au fond formuler un ultimatum. Qui donc, connaissant la France, pourrait douter de sa réponse ? ».

    Le capitaine Marchand ne reçut l’ordre d’évacuer Fachoda, transmis de Paris le 4 novembre 1898, qu’au début de décembre. Et dans l’intervalle, la discussion se poursuivit entre Paris et Londres, courtoise, mais âpre, compliquée par l’amour-propre exaspéré des deux nations.

    Entre le fait de la conquête réalisée par Kitchener, avec une armée cent fois supérieure à la troupe du capitaine Marchand, et le droit que la France contestait aux Anglais, maîtres de l’Egypte depuis 1882 de l’occuper, et de réclamer le Soudan à titre de propriété égyptienne, il n’y avait pas de conciliation possible. Le fait devait prévaloir, contre lequel aucune puissance n’était en mesure ou d’humeur à s’opposer par la force.

    La France se sentit humiliée sans doute par le rappel de Marchand qui ressemblait à une capitulation, mais incapable, au plus fort de la crise ouverte en 1897, entre les chefs de son armée et de sa marine et beaucoup de républicains, de soutenir seule une lutte contre l’Angleterre pour le Nil et le Bahr-el-Ghazal.

    Le décret par lequel la Grande-Bretagne obtint du vice-roi d’Egypte le gouvernement du Soudan, le 20 janvier 1899, fixait désormais sa conquête du Cap aux Grands Lacs.

    Elle n’avait plus à craindre les intrigues ou les avances auxquelles l’Empereur allemand s’obstina encore avant le printemps de 1899 avec la France. On savait, à Londres comme à Paris, que la diplomatie allemande essayait tour à tour d’engager contre les Anglais la France sans prendre d’engagement avec elle et l’Angleterre contre les Français sans lui rien promettre. La Russie ne songeait, au moment où le Tsar convoquait les puissances à La Haye, qu’à la paix du monde et à la réduction des armements.

    Ce fut donc avec la France résignée au fait accompli, que le gouvernement de la Reine eut à conclure, le 21 mars 1899, la convention qui lui donna désormais la vallée du Nil.

     

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso