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  • 21 septembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 14 septembre 1812 - L’entrée des Français dans Moscou dans EPHEMERIDE MILITAIRE lentree-des-francais-dans-moscou-150x150

    L’entrée des Français à Moscou

    D’après « France militaire: 1792-1837 » – Abel Hugo – 1838

     

    Les résultats de la bataille de la Moscowa avaient été funestes pour l’armée russe. La retraite, effectuée sur une seule route, pendant une seule nuit, immédiatement après une si terrible bataille, mit tellement de désordre dans l’infanterie, que cette troupe ne formait plus qu’une masse confuse, incapable de combattre.

    Napoléon ignorait celle circonstance : il croyait que la retraite des Russes s’effectuait en bon ordre ; et ne sachant pas si, de Mojaïsk, Kutusof s’était dirigé sur Moscou ou Kaluga, il se décida à s’arrêter quelques jours pour renouveler les munitions de toutes sortes, consommées pendant la bataille. Pensant qu’il était de la prudence de marcher aussi réuni qu’avant la bataille, pour être prêt a en livrer une seconde, s’il s’y trouvait forcé avant que d’entrer à Moscou, il fixa son quartier-général à Mojaïsk.

    Kutusof, après avoir retiré, depuis Mojaïsk, le commandement de son arrière-garde à Platof  pour le confier à Miloradowitz, se relira sur Moscou, apportant tous ses soins à rétablir l’ordre dans son infanterie, et à lui rendre de la confiance. Il obtint ce résultat par suite de la lenteur que les Français mirent dans leur poursuite, et par un léger avantage que Miloradowitz remporta dans un engagement avec le roi de Naples.

    Kutusof s’arrêta le 12, à trois lieues de Moscou, dans un lieu où il avait fait commencer des retranchements: son armée ne comptait plus guère que 50 000 hommes de troupes régulières ; mais l’ordre y était entièrement rétabli. Ces retranchements avaient été commencés pour faire croire à Napoléon qu’il serait obligé de livrer une nouvelle bataille pour pénétrer jusqu’à Moscou ; on espérait que cette crainte engagerait l’empereur des Français à retourner vers Smolensk. Dans le cas contraire, le général russe était bien décidé à abandonner Moscou, convaincu qu’il n’y avait pour lui aucune chance de succès en en venant aux mains.

    Ne voulant pas cependant assumer la responsabilité d’une mesure si grave, il réunit, dans la matinée du 13, ses généraux en conseil de guerre, pour débattre avec eux celle question. Presque tous s’étant rangés de son avis, il commença aussitôt à traverser Moscou, pour se retirer sur Kolomnia. Il eut le même jour une entrevue avec le comte Rostopchin, gouverneur de Moscou, auquel il fit part de la décision qui venait d’être prise.

    C’est dans cette conférence que fut décidée la destruction de l’antique capitale des czars, mesure reconnue nécessaire au salut de l’empire russe.

    Le 12, les habitants de Moscou apprirent que Kutusof s’approchait, suivi de près par Napoléon. Les habitants virent alors que tout était perdu pour eux, et l’émigration devint générale. La nécessité seule retint quelques individus de la dernière classe de la société, et il resta quelques domestiques dans la plupart des palais, des hôtels et des maisons les plus considérables. La ville se trouva dés lors livrée à la plus déplorable confusion.

    Aussitôt après son entrevue avec Kutusof, Rostopchin fit distribuer à des soldats de police les matières incendiaires qu’il avait fait préparer. Ils reçurent l’ordre de rester déguisés dans Moscou, pour livrer cette ville aux flammes aussitôt qu’elle serait tombée au pouvoir des Français. En même temps, il fit mettre en liberté ceux des forçats que l’on n’avait pas eu le temps de faire partir, sous la condition qu’ils concourraient à l’incendie de la ville.

    Kutusof traversa Moscou, le 14 septembre, à neuf heures et demie du matin. Napoléon, obligé de se décider sans retard à pousser jusqu’à Moscou, ou à se retirer, prit le premier parti.

    Le 12 septembre, il ordonna au roi de Naples de recommencer à se porter en avant à Davoust, Ney et Mortier, et à sa garde, de suivre ce mouvement. Le prince Eugène et Poniatowski se dirigèrent aussi sur Moscou, et Junot vint établir son quartier général à Mojaïsk.

    L’empereur quitta Mojaïsk dans l’après-midi du 12, transporta son quartier-général à Tatarki, petit village situé à moitié chemin environ de Mojaïsk à Moscou.

    Le 13, au matin, il arrêta tout-à-coup la marche des corps d’armée qui suivaient la route de Moscou. Son avant-garde n’ayant rencontré la veille que de la cavalerie, il commença à craindre sérieusement que Kutusof ne fût placé sur sa droite, dans la direction de Kaluga, ou qu’il ne se dirigeât sur ses communications. Enfin, vers les dix heures du matin, ayant acquis la certitude que l’armée russe était devant lui et couvrait Moscou, il remit son corps en marche, et son avant-garde pénétra le jour même, sans avoir rencontré d’obstacles, jusqu’à trois lieues de Moscou, au point même on Kutusof avait fait commencer des retranchements.

    Le mouvement continua le 14, et le roi de Naples couronna, à une heure, la butte des moineaux, d’où l’on découvre, à une demi-lieue de distance, Moscou et ses mille clochers.

    Bâtie comme Rome, sur sept collines, Moscou, avec ses nombreuses églises, ses flèches de toutes formes, offrait un aspect des plus pittoresques. Grande et magnifique cité, ancienne capitale de la Moscovie, la ville sainte de l’empire russe était l’entrepôt du commerce de l’Europe et de l’Asie. Sa circonférence égalait celle de Paris, quoique sa population ne fût que de 250 000 habitants. Elle comptait 1 600 églises, dont les clochers multipliés étaient construits en forme de minarets, ou surchargés de dômes bombés, dorés, peints de diverses couleurs.

    Divisée à la manière asiatique, elle offrait quatre parties distinctes, enveloppées chacune d’une enceinte différente. Le Kremlim, forteresse de forme triangulaire, renfermant le palais des czars ; la Kitaye-Gorod, ou ville chinoise, bâtie par les Tartares, habitée par les marchands et remplie par les bazars ou marchés ; le Beloye-Gorod ou ville blanche, construction nouvelle de la noblesse russe, et où étaient situés les plus beaux palais ; enfin la Zemlenoye-Gorod ou ville de terre, où se trouvaient les habitations du bas peuple.

    Le chef de la cavalerie russe, Miloradowitz, au lieu de défendre Moscou, envoya proposer au roi de Naples une suspension d’armes. Il donna pour prétexte le désir que l’on épargnât Moscou ; mais son véritable motif était de gagner quelques heures, pour en faire partir un grand nombre de traînards qui y étaient restes, et de sauver des convois qui auraient pu être atteints par l’avant-garde française.

    Cette suspension avait aussi pour but de dégager la cavalerie russe, dont la retraite au travers de Moscou n’aurait pu s’effectuer sans perte. Le roi de Naples accepta sans hésiter ; il suivit donc l’arrière-garde russe, qui se retirait lentement pour gagner du temps.

    Toutes les dispositions étaient faites pour l’occupation de la capitale : le maréchal Mortier devait en être le gouverneur, le général Durosnel le commandant, et le consul Lesseps était destiné à remplir les fonctions d’intendant de la province de Moscou. Enfin on devait publier ce jour même une proclamation aux habitants.

    L’Empereur s’arrêta à l’entrée des faubourgs pour y ‘attendre qu’une députation vint implorer sa clémence. Pour empêcher que ses soldats affamés ne livrassent la ville au pillage, il fit établir, par deux brigades de cavalerie légère, une chaîne de postes le long de la Moscowa, pour fermer l’entrée de la ville de ce coté. Le prince Eugène et Poniatowski reçurent l’ordre de s’arrêter une lieue en deçà de Moscou.

    En même temps, l’Empereur ordonnait au maréchal Mortier, qui marchait immédiatement à la suite du roi de Naples, de se diriger sur le Kremlin et d’en prendre possession. Davoust, Ney et la vieille garde arrivèrent successivement, et établirent leurs bivouacs de chaque côté et en arrière du faubourg de Smolensk.

    A son entrée dans Moscou, le roi de Naples fut frappé de la solitude qui régnait dans cette capitale ; ce qui l’étonna surtout, ce fut de ne pas voir paraître la députation. Il était loin de soupçonner le motif de cette impassibilité. Cependant, craignant quelque piège, il ne marchait qu’avec les plus grandes précautions, et poussait des reconnaissances dans les rues qui aboutissaient à celles par où il lui fallait passer. Il était sept heures du soir quand il eut fini de traverser Moscou, et il fit aussitôt bivouaquer ses troupes.

    Le maréchal Mortier fit camper les siennes dans l’intérieur et dans le voisinage du Kremlin, et poussa des reconnaissances dans différentes directions.

    L’Empereur entra la nuit dans Moscou et établit son quartier-général d’abord dans une des maisons du faubourg, ensuite dans le Kremlin.

    La solitude qui régnait dans cette vaste capitale lui fit une vive et triste impression. Cependant, il était loin encore de s’attendre au déplorable événement qui allait lui faire perdre tout le fruit de sa conquête.

    Moscou, ainsi que Napoléon l’avait espéré, présentait de grandes ressources. L’arsenal du Kremlin renfermait 40 000 fusils anglais, autrichiens et russes, une centaine de pièces de canon, des lances, des sabres, des armures et des trophées enlevés aux Turcs et aux Persans.

    On trouva aussi, hors des murs, dans des bâtiments isolés, quatre cent milliers de poudre et plus d’un million pesant de salpêtre. Malgré l’abandon de la ville par la majeure partie des habitants, l’armée allait s’y trouver dans l’abondance. Les magasins étaient remplis de provisions de toute espèce.

    Les cinq cents palais de la noblesse n’avaient pas même été démeublés. Des domestiques, laissés à dessein par les gens riches que le gouverneur avait contraints de quitter la ville, attendaient les généraux qui devaient occuper ces maisons, pour leur remettre des billets de leurs maîtres, annonçant que sous peu de jours, aussitôt le premier trouble calmé, ils reviendraient, et recommandant leurs propriétés à la générosité française.

    Toutes les espérances de l’Empereur, tous les calculs de son génie, devaient être détruits par un événement inattendu, l’incendie de Moscou. Comme on l’a vu plus haut, le gouverneur Rostopchin n’avait pas demandé ce sacrifice au patriotisme douteux des habitants ; il avait confié l’œuvre de destruction à la fureur aveugle des criminels, remis en liberté à cette condition. Cet événement, qui causa la ruine d’une nombreuse population, a été diversement jugé. Poursuivi par la haine de ses compatriotes, Rostopchin a été depuis réduit à se disculper.

    L’incendie de Moscou, la destruction de cette riche cité, ont effectivement obligé l’Empereur au mouvement rétrograde qui fut si fatal à l’armée française. Mais la retraite de Russie n’aurait eu aucun résultat fâcheux, si l’hiver n’était survenu, spontané, précoce, rigoureux. L’armée, après avoir pris ses quartiers d’hiver sur le Dniéper ou le Niémen, aurait continué au printemps à battre l’ennemi ; et l’effort de Napoléon se fût dirigé sur Saint-Pétersbourg. Un froid soutenu de 20 à 30 degrés a seul été vainqueur de nos braves soldats.

    Lorsque les troupes françaises se répandirent dans Moscou, cette vaste cité paraissait presque déserte : 40 000 habitants seulement, presque tous des basses classes du peuple, et quelques centaines de marchands étrangers, étaient restés dans leurs maisons ; mais, frappés de terreur, ils s’y tenaient renfermés. Rostopchin, dans une proclamation, avait présenté les Français comme un ramas de brigands et de scélérats.

    Une tranquillité sinistre régnait dans toutes les rues, naguère si populeuses et si bruyantes. Bientôt commença l’incendie. Le sifflement des flammes, le craquement des poutres embrasées, les explosions multipliées, troublèrent ce silence de mauvais augure.

    Les premiers feux éclatèrent simultanément vers cinq heures du soir, sur trois points différents, à l’Hôpital des enfants trouvés, à la Banque d’assignation et au Bazar. Les soldats réussirent à les éteindre à l’Hôpital et à la Banque. Mais au Bazar, la violence de l’incendie triompha de leurs efforts. Il fut impossible de sauver cet édifice immense, qui, bâti à l’instar de ceux des grandes villes d’Asie, contenait un grand nombre de boutiques remplies de marchandises précieuses. Les marchands, en quittant la ville par ordre du gouverneur russe, n’avaient pas eu le temps d’en rien enlever.

    Toutes les richesses commerciales de Moscou, ainsi réunies, devinrent la proie des flammes.

     

     

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