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  • 15 septembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille de Flodden

    D’après « Histoire d’Écosse » – Walter Scott – 1836

     

    Par suite du mariage de Jacques IV et de la princesse Marguerite, un terme fut mis à toutes les guerres entre les deux nations, leur arrière-petit-fils, Jacques VI d’Ecosse et Ier d’Angleterre, étant devenu roi de toute l’île de la Grande-Bretagne.

    Pendant la période de tranquillité qui suivit le mariage de Jacques et de Marguerite, nous voyons que le roi, de concert avec son parlement, rendit beaucoup de bonnes lois dans l’intérêt du pays.

    Son attention se porta principalement sur les Iles et les Highlands, parce que, était-il dit dans un des actes du parlement, ils étaient devenus presque sauvages, faute de juges et de sheriffs. Des magistrats furent donc nommés, et un code de lois rédigé pour ces provinces remuantes et presque indomptables.

    Un autre acte important du parlement permit au roi, à ses nobles et à ses barons, de louer leurs terres, non seulement à charge de service militaire, mais pour une redevance en argent ou en grain; ce qui tendait à substituer insensiblement des fermiers paisibles et laborieux aux tenanciers-soldats, qui laissaient les champs sans culture. Des ordonnances réglèrent aussi la manière dont les différentes classes de la société seraient représentées au parlement, et dont les membres de l’assemblée se réuniraient. Enfin, les propriétaires furent invités à faire des plantations, des enclos, des étangs, et d’autres améliorations semblables.

    Tous ces règlements montrent que le roi voulait sincèrement le bonheur de son peuple, et qu’il avait des vues justes et libérales sur les moyens de l’assurer. Mais la pauvre Ecosse était destinée à ne jamais rester longtemps dans un état de paix et de tranquillité, et sur la fin du règne de Jacques, il survint des évènements qui amenèrent une défaite encore plus désastreuse qu’aucune de celles que le royaume eût jamais éprouvées.

    Tant que Henry VII, le beau-père de Jacques, continua de régner, il eut grand soin d’entretenir les relations amicales qui existaient entre les deux pays, et d’amortir tous les petits sujets de querelle qui s’élevaient de temps en temps. Mais à la mort de ce sage et prudent monarque, son fils Henry VIII monta sur le trône.

    C’était un prince fier, hautain, irascible, qui ne pouvait souffrir la plus légère contradiction, et qui, loin d’être disposé à faire aucune concession pour maintenir la paix, semblait au contraire ne respirer que les combats. Jacques IV et lui se ressemblaient peut-être trop par le caractère, pour pouvoir rester longtemps amis.

    Les inclinations guerrières de Henry le portèrent d’abord à préparer une expédition contre la France, et le roi de France, de son côté, désira beaucoup renouer l’ancienne alliance avec l’Ecosse, dans l’espoir que Henry, redoutant une invasion de la part des Ecossais, renoncerait au projet qu’il avait formé de l’attaquer. Il savait que la splendeur dans laquelle vivait le roi Jacques avait épuisé les trésors que son père avait amassés, et il en conclut que le meilleur moyen de s’en faire un ami, était de lui fournir des sommes d’argent, qu’il n’aurait pu lever autrement. L’or fut aussi prodigué généreusement aux conseillers et aux favoris de Jacques.

    Cette libéralité fit d’autant plus d’effet qu’elle contrastait avec la conduite bien opposée du roi d’Angleterre, qui différait même de restituer un legs fait par son père à la reine d’Ecosse, sa sœur.

    D’autres circonstances d’une nature différente contribuèrent à troubler la bonne intelligence entre l’Ecosse et l’Angleterre. Jacques avait donné un grand soin à la marine de son royaume, et l’Ecosse, favorisée par sa position, ayant une grande étendue de côtes, et des havres nombreux, faisait alors un commerce considérable. La marine royale, sans parler d’un beau bâtiment appelé le Grand-Michel, qui passait pour le plus grand qu’il y eût au monde, consistait, dit-on, en seize vaisseaux de guerre. Vous voyez que, grâce aux soins du roi, elle était dans un état très florissant.

    Un vaisseau appartenant à John Barton, marin écossais avait été pillé par les Portugais ; cette capture remontait déjà à l’année 1476. Le roi de Portugal ayant refusé de lui faire satisfaction, Jacques accorda à la famille de Barton des lettres de représailles, c’est-à-dire un mandat qui les autorisait à prendre tous les bâtiments portugais qu’ils pourraient rencontrer, jusqu’à ce qu’ils fussent indemnisés de leur perte. Ils étaient trois frères, tous trois pleins de résolution ; mais surtout l’aîné, qui s’appelait André Barton. Il équipa deux vaisseaux dont le plus grand s’appelait le Lion, et l’autre la Jenny Pirwen, et il se mit à croiser dans la Manche, arrêtant non seulement les navires portugais, mais même tous les bâtiments anglais qui se rendaient en Portugal.

    Des plaintes furent portées auprès du roi Henry, qui fit équiper deux vaisseaux qu’il remplit d’hommes d’élite, et dont il confia le commandement à lord Thomas Howard et à sir Edouard Howard, tous deux fils du comte Surrey. Guidés par le capitaine d’un bâtiment marchand que Barton avait pillé la veille, ils le trouvèrent croisant avec ses vaisseaux dans les dunes. En approchant de l’ennemi, au lieu d’arborer un pavillon de guerre, les deux frères mirent une branche de saule à leur mât, emblème d’un vaisseau de commerce. Mais lorsque l’Ecossais voulut les forcer à amener, ils déployèrent leurs étendards et banderoles, et lâchèrent une bordée de toute leur artillerie.

    Barton reconnut alors qu’il avait affaire à des vaisseaux de guerre anglais. Mais loin de se laisser abattre, il soutint hardiment l’attaque, et monté sur le gaillard d’arrière, il encourageait sa troupe par ses paroles et par son exemple. On le reconnaissait à la richesse de ses vêtements, à l’éclat de son armure, ainsi qu’au sifflet d’or qu’il portait autour du cou, et qui était suspendu à une chaîne de même métal. Le combat fut acharné.

    Si nous en croyons une ballade du temps, Barton avait sur son vaisseau une machine particulière, à l’aide de laquelle des poutres ou d’autres poids énormes, suspendus au bout des vergues, étaient lancés sur l’ennemi lorsqu’il venait bord à bord. Pour l’employer, il fallait que quelqu’un montât sur le grand mât. Comme les Anglais appréhendaient beaucoup l’effet de cette manœuvre, Howard avait placé en faction Hustler, du comté d’York, le meilleur archer de sa troupe, avec la triste injonction de tirer sur quiconque essaierait de monter au mât pour mettre enjeu la fatale machine.

    Deux hommes furent tués successivement en voulant le tenter, et André Barton, se fiant à la bonté de son armure, se mit à monter à son tour. Dès qu’il l’aperçut, lord Thomas Howard cria à l’archer de viser juste, qu’il y allait de sa vie. Dussé-je en mourir, dit Hustler, il ne me reste que deux flèches. La première qu’il lança rebondit sur l’armure de Barton sans le blesser. Mais le marin écossais ayant levé le bras pour grimper plus haut, l’archer visa à l’endroit où l’armure ne le protégeait pas, et il le blessa mortellement sous l’aisselle droite.

    - Continuez à bien vous battre, mes braves camarades, dit Barton en descendant du mât. Je suis blessé, mais je ne suis pas mort ; je vais seulement me reposer un moment, et alors je remonterai de plus belle. En attendant, serrez-vous et combattez vaillamment autour de la croix de saint André (voulant dire le pavillon écossais).

    Tant qu’il lui resta un souffle de vie, il encouragea sa troupe avec son sifflet. Mais enfin le sifflet ne se fit plus entendre, et les Howard, étant montés à l’abordage, trouvèrent leur vaillant ennemi étendu mort sur le tillac. Ils conduisirent le Lion dans la Tamise, et il est assez remarquable que le navire de Barton devint le second vaisseau de guerre de la marine anglaise. Jusque-là, lorsqu’un roi voulait équiper une flotte, il louait ou prenait de force des bâtiments marchands, à bord desquels il mettait des soldats. Le Grand Henri fut le premier vaisseau qui appartint au roi en toute propriété ; le Lion fut le second.

    Jacques IV, vivement offensé de cette insulte faite, disait-il, au pavillon d’Ecosse, envoya un héraut demander satisfaction. Le roi d’Angleterre justifia sa conduite en disant que Barton était un pirate ; allégation que Jacques ne pouvait repousser avec justice. Mais il n’en conserva pas moins un vif ressentiment contre son beau-frère.

    Un autre évènement vint l’aggraver encore.

    Lorsque Henry VII était sur le trône, sir Robert Ker de Fairnyherst, chef d’une branche du clan de Ker, officier de la maison de Jacques, et favori de ce monarque, remplissait les fonctions de lord Gardien dans les marches du centre. La sévérité extraordinaire qu’il y déploya lui attira la haine de quelques-uns des habitants les plus turbulents des provinces anglaises limitrophes, qui résolurent de l’assassiner.

    Trois d’entre eux, Heron surnommé le Bâtard, parce qu’il était frère naturel de Heron de Ford, Starhed et Lilburn entourèrent le lord Gardien écossais, dans une entrevue qu’ils eurent avec lui un jour de trêve, et le tuèrent à coups de lance. Henry VII, fidèle au système tout pacifique qu’il avait adopté à l’égard de l’Ecosse, promit de livrer les coupables.

    Lilburn fut en en effet remis entre les mains du roi Jacques, et il mourut en prison. Starhed parvint à s’échapper, et à se cacher dans l’intérieur de l’Angleterre ; Heron-le-Bâtard fit courir le bruit qu’il était mort de la peste, et se faisant porter dans un corbillard, il passa au milieu du détachement envoyé pour l’arrêter, sans que personne soupçonnât la ruse, et se tint caché près des frontières, attendant qu’il éclatât quelque querelle entre les deux royaumes.

    Henry VII, ayant à cœur de satisfaire Jacques, fit arrêter Heron de Ford, et le lui livra à la place du Bâtard. Mais lorsque tout annonça une rupture prochaine entre Jacques et Henry VIII, Heron-le-Bâtard et Starhed commencèrent à reparaître et à se montrer plus ouvertement. Justice fut bientôt faite de Starhed : deux partisans de sir André, appelé communément Dand Ker, le fils du sir Robert qui avait été assassiné, se chargèrent du soin de la vengeance. Ils surprirent le meurtrier, le mirent à mort, et apportèrent sa tête en triomphe à sir André, qui la fit exposer publiquement à la Croix d’Edimbourg. Mais Heron-le-Bâtard continua à rôder le long des frontières, et Jacques IV se plaignit amèrement que ce criminel osât reparaître, ce dont peut-être il n’était pas juste d’accuser personnellement Henry VIII.

    Tandis que Jacques était ainsi en mésintelligence avec son beau-frère, la France ne négligeait rien pour s’attacher l’Ecosse. De grandes sommes d’argent furent envoyées pour gagner les courtisans en qui Jacques avait le plus de confiance. La reine de France, jeune princesse d’une grande beauté, flatta le goût de Jacques pour la galanterie en se donnant elle-même le nom de sa maîtresse, en le nommant son chevalier et en le conjurant de faire trois milles sur le territoire anglais par amour pour elle. Elle lui envoya en même temps une bague qu’elle avait ôtée de son propre doigt. Son intercession fut si puissante, que Jacques ne crut pouvoir en honneur se dispenser d’accéder à sa prière, et cet esprit bizarre de chevalerie causa sa ruine, et, à bien peu de chose près, celle du royaume.

    Ce fut au mois de juin ou de juillet 1513 que Henri VIII débarqua en France à la tête d’une vaillante armée, et qu’il alla faire le siège de Therouenne. Jacques IV fit alors un pas décisif : il envoya son premier héraut au camp du roi Henry devant Therouenne, le sommant en termes hautains de s’abstenir de toute agression contre le roi de France, son allié, et lui reprochant en même temps la mort de Barton, l’impunité de Heron-le-Bâtard, et tous les sujets de querelle qui s’étaient élevés depuis la mort de Henry VII. Henry VIII regarda ce message comme une déclaration de guerre; il y répondit avec non moins de hauteur.

    Ce n’est pas à un roi d’Ecosse, dit-il, qu’il appartient de jouer le rôle de médiateur entre l’Angleterre et la France. Le héraut écossais revint avec cette réponse ; mais lorsqu’il arriva, son maître n’existait plus.

    Jacques n’avait pas attendu le retour de son envoyé pour commencer les hostilités. Lord Home, son grand-chambellan, avait fait une incursion en Angleterre avec un corps de trois à quatre mille hommes. Après avoir recueilli un riche butin, il revenait sans observer beaucoup d’ordre, lorsqu’il tomba dans une embuscade préparée par les Anglais du voisinage, qui s’étaient cachés parmi les hautes bruyères dont la plaine de Millfield, près de Wooler, était alors couverte. Les Ecossais furent complètement battus, et perdirent près du tiers de leurs soldats, tant tués que blessés. C’était un triste commencement de guerre.

    Cependant Jacques, contre l’avis de ses plus sages conseillers, résolut d’envahir lui-même l’Angleterre à la tête d’une puissante armée. Le parlement n’approuvait pas les projets du roi. Il songeait à la tranquillité dont l’Ecosse n’avait pas cessé de jouir depuis la paix avec l’Angleterre. Et puisqu’il n’était plus question des prétentions de ses voisins à la suprématie, il ne voyait pas de motif suffisant pour réveiller l’ancienne animosité si heureusement assoupie entre les deux royaumes.

    Mais le roi insista; il était si aimé, que le parlement n’osa refuser son consentement à cette guerre injuste et funeste, et l’ordre fut donné à tous les sujets du royaume de s’assembler à Borough-Moor, grande plaine près d’Edimbourg, au milieu de laquelle la bannière royale fut déployée, du haut d’un fragment de rocher appelé la Pierre du Lièvre (Hare-Stone).

    Dans cette extrémité, différents stratagèmes furent encore tentés pour empêcher la guerre. Il en est qui semblent avoir été suscités par la connaissance qu’on avait du caractère du roi, qui n’était pas à l’abri d’une sorte de mélancolie superstitieuse, provenant, soit de sa constitution naturelle, soit des remords qu’il conservait toujours d’avoir pris part à la mort de son père. Ce fut sans doute ce qui donna lieu à la scène suivante.

    Pendant que le roi entendait la messe dans l’église de Linlithgow, un vieillard, vêtu d’une robe couleur d’azur, nouée par une ceinture, ayant des sandales aux pieds, de longs cheveux dorés sur la tête, et dont l’air était grave et imposant, parut tout à coup devant lui. Sans donner aucun signe de respect en la présence royale, il marcha droit à la chaire que Jacques occupait, posa ses deux bras sur le bord, et lui adressa la parole. Cet étrange personnage déclara qu’il était envoyé par sa mère, pour défendre à Jacques d’entreprendre le voyage qu’il méditait, attendu que ni lui ni aucun de ceux qui l’accompagneraient n’en reviendrait sain et sauf. Il fit aussi des remontrances au roi sur ce qu’il fréquentait la société des femmes, et qu’il n’agissait que d’après leurs conseils.

    - Si tu continues, lui dit-il, tu seras frappé de honte et de confusion.

    A peine eut-il dit ces mots, qu’il s’échappa du milieu des courtisans si subitement, qu’il sembla disparaître. Il n’y a point de doute que cette mascarade n’eût été inventée pour représenter saint Jean, appelé dans l’Ecriture le fils adoptif de la Vierge Marie. On croyait alors qu’il était possible que les âmes des saints et des apôtres qui étaient morts revinssent sur la terre ; et l’on voit dans l’histoire beaucoup de traits du même genre que celui que je viens de vous raconter.

    Une autre tradition, qui n’est pas aussi authentique, dit qu’au milieu des ténèbres, on entendit, à la Croix d’Edimbourg, une voix surnaturelle, qui sommait le roi, par son nom et ses titres, ainsi que ses principaux chefs et seigneurs, de comparaître devant le tribunal de Pluton dans l’espace de quarante jours. Cette prétendue sommation a encore tout l’air d’un stratagème inventé pour détourner le roi de son expédition.

    Mais ni ces artifices, ni les avis et les prières de la reine Marguerite, ne purent détourner Jacques de son malheureux projet.

    Aimé comme il l’était, il eut bientôt rassemblé une nombreuse armée, et se mettant à sa tête il entra en Angleterre près du château de Twisell, le 22 août 1513. Il prit rapidement les places frontières de Norham, de Ward, d’Etall, de Ford, et d’autres moins importantes, et fit un grand butin. Mais au lieu de pénétrer dans le cœur de l’Angleterre, lorsqu’il ne se trouvait aucunes troupes pour l’en empêcher, on dit que le roi se laissa captiver par les charmes de lady Heron de Ford, dame d’une grande beauté, qui réussit à le retenir auprès d’elle jusqu’à l’approche d’une armée anglaise.

    Tandis que Jacques perdait ainsi son temps sur les frontières, le comte de Surrey, ce même noble et galant chevalier qui avait été chargé, plusieurs années auparavant, d’amener la reine Marguerite auprès de son auguste époux, s’avançait à la tête d’une armée de vingt-six mille hommes. Le comte fut joint par son fils Thomas, lord grand-amiral, qui venait de débarquer à Newcastle avec un corps de troupes considérable.

    A mesure que les gentilshommes des comtés du nord accouraient sous l’étendard de Surrey, les Ecossais, au contraire, retournaient en grand nombre dans leur pays, parce que les provisions que, en vertu du système féodal, chaque homme avait apportées avec lui pour quarante jours étant alors presque épuisées, la disette commençait à se faire sentir dans l’armée de Jacques. D’autres allaient chez eux pour déposer leur butin en lieu de sûreté.

    Surrey, se sentant le plus tort, résolut alors de provoquer le roi d Ecosse au combat. Il lui envoya un message pour lui offrir l’a bataille ; et lord Thomas Howard lui fit dire en même temps, que sachant qu’il s’était plaint plusieurs fois de la mort d’André Barton, lui, lord Thomas, qui en était l’auteur, était prêt à lui en rendre raison l’épée à la main devant toute l’armée.

    Jacques répondit que c’était si fort son désir de se battre avec les Anglais, que, quand même le message du comte l’aurait trouvé à Edimbourg, il aurait laissé là toute autre affaire pour venir répondre à son déli.

    Mais les seigneurs écossais avaient une opinion bien différente de celle du roi. Ils tinrent un conseil dont lord Patrick Lindsay fut nommé président ou chancelier. C’était le même qui, au commencement du règne de Jacques, avait si bien défendu son frère, dont le titre et les domaines lui étaient passés à sa mort. Il ouvrit la discussion en proposant au conseil la parabole d’un riche marchand, qui voulait absolument jouer aux dés contre un escroc subalterne, et parier un noble-à-la-rose d’or contre un mauvais half-penny.

    Vous, Milords, ajouta-t-il, vous ne seriez pas plus sages que le marchand, si vous risquiez votre roi, que je compare à un noble d’or précieux, contre le général anglais, qui n’est qu’un mauvais vieux rustaud qui se fait traîner sur un chariot. Quand même les Anglais perdraient la bataille, ils ne perdraient que ce vieux manant et un tas d’ouvriers du plus bas étage, tandis que la plupart de nos simples soldats sont retournés chez eux, et qu’il ne nous reste guère que la fleur de notre noblesse.

    Il dit alors que son avis était que le roi se retirât du champ de bataille, pour mettre sa personne en sûreté, et que quelque brave seigneur fût nommé par le conseil pour prendre le commandement de l’armée. Il fut décidé que ces mesures seraient proposées au roi et qu’il serait supplié de les adopter.

    Mais Jacques, qui désirait se signaler par quelque exploit éclatant, parut tout à coup au milieu des seigneurs assemblés, et il leur dit avec beaucoup de chaleur, qu’il ne se soumettrait pas à un pareil affront.

    - Je combattrai les Anglais, eussiez-vous tous juré le contraire. Vous pouvez vous déshonorer en prenant la fuite, mais je ne partagerai point votre déshonneur. Quant au lord Patrick Lindsay, qui a émis le premier vote, je jure que, dès que je serai de retour en Ecosse, je le ferai pendre à la porte de son château.

    Le roi fut vivement encouragé dans cette résolution imprudente et téméraire de livrer le combat à tout prix, par l’ambassadeur français, de La Motte, ce qui fut remarqué de notre vieille connaissance le comte d’Angus, surnommé l’Attache-grelot, qui avait suivi son souverain à la guerre. Le comte accusa le Français de vouloir sacrifier les intérêts de l’Ecosse à ceux de son pays, parce qu’il importait à la France qu’une bataille eût lieu, quel qu’en dût être le résultat. Il fit aussi ressortir, comme lord Lindsay, la différence qui se trouvait entre les deux armées, les Anglais ayant une foule de soldats d’une basse naissance, tandis que l’armée écossaise contenait l’élite de la noblesse.

    Furieux de ces remontrances, Jacques lui dit d’un air dédaigneux : – Angus, si vous avez peur, vous pouvez vous en retourner.

    Le comte, après un propos aussi offensant, quitta le camp la nuit même. Mais ses deux fils restèrent, et ils périrent dans la funeste bataille avec deux cents guerriers du nom de Douglas.

    Pendant que le roi Jacques était dans cet état d’exaspération, le comte de Surrey s’était avancé jusqu’à Wooler, de sorte qu’il n’y avait plus que quatre à cinq milles entre les deux armées. Le commandant anglais cherchait un guide qui connût le pays traversé par de hautes montagnes. Un guerrier monté sur un beau cheval, et couvert d’une armure complète, se présenta devant le comte, et fléchissant un genou en terre, il lui offrit de lui servir de guide, s’il pouvait obtenir le pardon d’une offense dont il s’était rendu coupable. Le comte le lui promit, pourvu qu’il ne s’agît ni de trahison envers le roi d’Angleterre, ni d’une offense personnelle envers une dame, crimes que Surrey déclara qu’il ne pardonnerait jamais.

    - A Dieu ne plaise, dit le cavalier, que j’aie commis une action aussi honteuse ! Je n’ai fait qu’aider à tuer un Ecossais, qui exerçait une domination trop rigide sur nos frontières et qui cherchait toutes les occasions de tourmenter les Anglais.

    En disant ces mots, il leva la visière du casque qui lui cachait la figure, et le comte de Surrey reconnut Heron-le-Bâtard, qui avait pris part à l’assassinat de sir Robert Ker. Dans un pareil moment, le comte lui pardonna volontiers le meurtre d’un Ecossais, et il le reçut avec d’autant plus de plaisir dans ses rangs, que cet ancien proscrit, qui n’avait vécu que de déprédations continuelles, connaissait à merveille tous les sentiers et tous les passages qui conduisaient aux frontières.

    L’armée écossaise avait établi son camp sur la colline de Flodden, qui s’élève à l’extrémité de la vaste plaine de Millfield. Sur cette colline il y avait une immense plate-forme, où les Ecossais avaient rangé leur armée en bataille, et où ils attendaient de pied ferme l’ennemi, si toutefois il se décidait à les attaquer.

    Surrey vit qu’il ne pouvait attaquer le roi dans une pareille position sans avoir un désavantage marqué, et il résolut de tenter s’il ne serait pas possible de l’en tirer. Il envoya un héraut inviter Jacques à descendre dans la vaste plaine de Millfield, et lui rappeler l’empressement avec lequel il avait accepté son premier défi, lui donnant à entendre que c’était l’opinion des chevaliers anglais de son armée, que le roi ne pouvait différer le combat sans compromettre son honneur.

    Nous avons vu que Jacques était assez imprudent et assez téméraire ; mais son impétuosité n’allait pourtant pas encore jusqu’au point que Surrey supposait peut-être. Il refusa de recevoir l’envoyé en sa présence, et se contenta de faire répondre que le message n’était pastel qu’il convenait à un comte d’en envoyer à un roi.

    Surrey, qui manquait de vivres, se vit obligé de recourir à un autre stratagème pour tirer les Ecossais de leur inaction. Il se dirigea vers le nord, passa le long de la colline de Flodden, en ayant soin de se tenir hors de portée de l’artillerie écossaise. Puis, ayant traversé le Till, près du château de Twisell, il se plaça avec toute son armée entre Jacques et son royaume.

    Le roi le laissa opérer ce mouvement sans chercher à l’interrompre, quoiqu’il lui eût été facile de trouver bien des occasions favorables pour attaquer les Anglais. Mais lorsqu’il vit l’armée anglaise postée de manière à lui fermer le chemin de ses Etats, il commença à prendre l’alarme.

    Un Anglais nommé Giles Musgrave, qu’il consulta dans cette circonstance, redoubla ses craintes en l’assurant que s’il ne descendait pas de la colline pour livrer bataille aux Anglais, le comte de Surrey entrerait en Ecosse et ravagerait tout le pays. Dans cette appréhension, le roi résolut de donner le signal de ce fatal combat.

    Les Écossais commencèrent par mettre le feu aux cabanes qu’ils avaient construites, ainsi qu’à tout ce qui se trouvait d’inutile dans leur camp. La fumée se répandit le long des flancs de la colline, et cachée sous ce voile impénétrable, l’armée du roi Jacques descendit l’éminence, qui est beaucoup moins escarpée du côté du nord que du côté du midi, tandis que les Anglais s’avançaient à sa rencontre, enveloppés également dans l’épais nuage qui s’était dirigé de leur côté.

    Les Écossais marchaient sur quatre colonnes toutes parallèles les unes aux autres, et ils avaient pour réserve les hommes du Lothian, commandés par le comte Bothwell. Les Anglais étaient aussi divisés en quatre corps, et leur réserve se composait d’un corps de cavalerie conduit par Dacre.

    L’action s’engagea par l’aile gauche des Ecossais, dirigée par lord Home qui renversa et mit en désordre l’aile droite de l’armée anglaise, commandée par sir Edmond Howard. L’étendard de sir Edmond fut pris, et il courait lui-même le plus grand danger, lorsqu’il fut secouru par Heron-le-Bâtard, qui accourut à la tête d’une bande d’outlaws déterminés comme lui et délivra Howard.

    Plusieurs écrivains écossais reprochent à lord Home de n’avoir point profité de cet avantage pour aller soutenir la seconde division de l’armée écossaise. On prétend même qu’il répondit à ceux qui le pressaient de voler au secours du roi, qu’on avait bien assez à faire ce jour-là de se battre pour son compte et de se sauver soi-même. Mais tout cela paraît inventé pour inculper Home et expliquer la perte de la bataille autrement que par la supériorité des Anglais. Ce qui paraît prouvé, c’est que la cavalerie anglaise, commandée par Dacre, qui servait de corps de réserve, tint les vainqueurs en respect, tandis que le lord grand-amiral, Thomas Howard, qui commandait la seconde division de l’armée anglaise, fondit sur la colonne dirigée par Crawford et Montrose, tua ces deux capitaines et mit leurs soldats en pleine déroute. Voilà comme les choses se passèrent à la gauche de l’armée écossaise.

    A l’extrême droite, une division de montagnards, composée des clans de Mac-Kenzie , de Mac-Lean et autres, et commandée par les comtes de Lennox et d’Argyle, fut tellement harcelée par les flèches des archers anglais, qu’ils rompirent leurs rangs, et malgré les cris et les prières de de La Motte, l’ambassadeur français, qui fit tous ses efforts pour les arrêter, ils se précipitèrent en tumulte en bas de la colline, et étant attaqués en même temps en flanc et en queue par sir Edouard Stanley à la tête des troupes des comtés de Chester et de Lancastre, ils furent complètement taillés en pièces.

    La seule division des Écossais dont il nous reste à parler, était commandée par Jacques en personne, et était composée de ses nobles et gentilshommes les plus distingués, dont l’armure était si bonne, que les flèches n’y faisaient qu’une impression légère. Ils étaient tous à pied ; le roi lui-même était descendu de cheval.

    Ils attaquèrent le corps commandé par le comte de Surrey avec une telle fureur, qu’ils eurent un moment l’avantage. Ils culbutèrent les escadrons ennemis, pénétrèrent à peu de distance de l’étendard du comte, et Bothwell amenant la réserve, Jacques se flattait déjà de gagner la bataille. Mais, dans ce moment, Stanley, qui avait mis les montagnards en pleine déroute, vint prendre en flanc la division du roi, tandis que l’amiral, qui avait vaincu Crawford et Montrose, l’attaquait de l’autre côté.

    Les Écossais montrèrent le courage le plus intrépide. S’unissant à la réserve commandée par Bothwell, ils se formèrent en cercle, présentèrent leurs lances de tous les côtés à la fois et combattirent avec le plus grand acharnement. Les arcs étant alors inutiles, les Anglais s’avancèrent armés de leurs hallebardes, qui faisaient d’horribles blessures. Mais ils ne purent forcer les Écossais ni à se retirer, ni à rompre leurs rangs, quoiqu’ils en fissent un carnage affreux. Jacques lui-même périt au milieu de ses braves pairs et de ses fidèles gentilshommes. Deux fois des flèches le blessèrent, et enfin un coup de hallebarde l’étendit mort.

    La nuit arriva sans que la bataille fût entièrement terminée ; car le centre de l’armée écossaise se maintenait toujours à la même place, et Home et Dacre se tenaient l’un l’autre en échec. Mais pendant la nuit, le reste des Écossais se retira dans un morne désespoir du champ de bataille, sur lequel il laissa son roi et l’élite de sa noblesse.

    Cette victoire éclatante et décisive fut remportée par le comte de Surrey le 9 septembre 1513. Les vainqueurs perdirent environ cinq mille hommes ; les Écossais, deux fois ce nombre pour le moins.

    Mais ce n’est pas seulement le nombre des morts, c’est leur rang et leur qualité qu’il faut considérer. Les Anglais perdirent très peu d’hommes de distinction, tandis que les Ecossais laissèrent sur le champ de bataille le roi, deux évêques, deux abbés mitres, douze comtes, treize lords et cinq fils aînés de pairs. Le nombre des gentilshommes qui périrent est incalculable ; à peine y a-t-il une seule famille en Ecosse qui n’y ait perdu quelque parent.

    Les Écossais se montrèrent très disposés à contester que Jacques IV eût péri dans la bataille de Flodden.

    Les uns disaient qu’il s’était retiré du royaume, pour entreprendre un pèlerinage à Jérusalem. D’autres prétendaient qu’à l’entrée de la nuit, au moment où le combat touchait à sa fin, quatre grands cavaliers avaient paru tout à coup sur le champ de bataille, ayant chacun un bouchon de paille à la pointe de leurs lances, pour se reconnaître facilement l’un l’autre ; qu’ils avaient fait monter le roi sur un cheval brun, et qu’on l’avait vu traverser la Tweed avec eux.

    Personne ne prétendait savoir ce qu’ils en avaient fait ; mais on supposait qu’il avait été assassiné dans le château d’Home ; et je me rappelle qu’il y a environ quarante ans, des ouvriers, en curant le puits de cette forteresse en ruines, trouvèrent un squelette enveloppé dans une peau de taureau, et ayant une ceinture de fer autour des reins. C’était sur cette ceinture de fer que les Écossais s’appuyaient pour démontrer que le corps de Jacques n’était pas tombé entre les mains de leurs ennemis, puisqu’ils n’en avaient pas produit cette preuve irrécusable. Ils prétendaient donc que le corps resté au pouvoir des Anglais n’était pas celui de Jacques, mais celui d’un des officiers de sa maison, dont plusieurs, disaient-ils, portaient la même armure que le roi.

    Mais ce sont de pures fables inventées et propagées parce que le peuple aime ce qui est mystérieux, et qu’il ajoutait volontiers foi à un récit qui tendait à priver ses ennemis d’un trophée aussi illustre de sa victoire. Tous ces bruits sont contraires au simple bon sens.

    Lord Home était le chambellan de Jacques, et il possédait toute sa confiance ; il ne pouvait rien gagner à la mort du roi, et nous devons l’acquitter d’un grand crime qu’il n’avait aucun intérêt à commettre. Vous verrez même bientôt que la mort de Jacques entraîna la ruine du comte.

    Il paraît certain que le roi portait habituellement cette ceinture de fer, en signe du regret que lui causaient la mort de son père et la part qu’il y avait prise. Mais il n’est pas invraisemblable qu’il déposait un poids aussi gênant un jour de bataille ; ou bien encore les Anglais peuvent l’avoir trouvée et l’avoir jetée à l’écart comme un objet de nulle valeur. Le corps qu’ils affirmèrent être celui de Jacques fut trouvé sur le champ de bataille par lord Dacre, qui le transporta à Berwick, et le présenta au comte de Surrey. Ces deux seigneurs connaissaient trop bien la personne de Jacques pour avoir pu s’y méprendre. Le corps fut aussi reconnu par deux de ses plus fidèles serviteurs, sir William Scott et sir John Fordman, qui fondirent en larmes en le voyant.

    Ces tristes restes eurent un sort aussi bizarre que révoltant. Ils ne furent pas confiés à la terre, parce que le pape, qui, à cette époque, avait fait alliance avec l’Angleterre contre la France, avait lancé contre Jacques une sentence d’excommunication, de sorte qu’aucun prêtre n’osa leur rendre les derniers honneurs. Le corps royal fut donc embaumé et envoyé au monastère de Sheen, dans le comté de Surrey. Il y resta jusqu’à la réformation, époque où le monastère fut donné au duc de Suffolk ; et depuis lors, le cercueil de plomb qui le renfermait fut relégué de chambre en chambre, comme on fait d’un meuble qui ne sert plus à rien.

    Stowe l’historien le vit gisant dans un grenier, au milieu de vieilles charpentes et d’un tas d’immondices. Quelques ouvriers désœuvrés, dit le même écrivain, s’amusèrent sottement à scier la tête, et un nommé Lancelot Young, maître vitrier de la reine Elisabeth, trouvant qu’elle exhalait une odeur agréable, sans doute à cause des parfums qui avaient servi à l’embaumer, l’emporta chez lui et la garda pendant quelque temps. Mais il finit par la donner au sacristain de Saint-Michel dans Wood-Street, qui l’enterra dans le charnier.

    Ainsi finit ce roi qui avait été si fier et si puissant. La fatale bataille de Flodden , dans laquelle il périt avec presque toute son armée, est regardée avec raison comme l’un des évènements les plus désastreux de l’histoire d’Écosse.

    La défaite de Flodden plongea toute l’Écosse dans le deuil et dans le désespoir; on ne l’a pas encore oubliée dans les provinces du midi, dont les habitants, soldats par caractère ainsi que par leur position, formaient la partie la plus considérable des troupes restées avec le roi, et dans lesquelles par conséquent la perte se fit le plus amèrement sentir.

    Presque toute la population des villes frontières du second ordre, telles que Selkirk, Hawick, Jedburgh, fut anéantie ; et leurs ballades et leurs traditions répètent encore aujourd’hui tout ce qu’elles eurent alors à souffrir.

    Non seulement un très grand nombre de nobles et de barons, à qui leur naissance accordait le privilège honorable de rendre la justice et de maintenir le bon ordre dans leurs domaines, mais même les magistrats des bourgs, qui, presque tous, étaient restés avec l’armée, avaient péri sur le champ de bataille.

    De sorte que l’Ecosse semblait être laissée sans défense, et qu’on eût dit qu’il était aussi facile de l’envahir et d’en faire la conquête, qu’il l’avait été après les batailles de Dunbar et d’Halidon-Hill. Cependant, au milieu de cette crise terrible, le courage intrépide du peuple d’Ecosse se montra sous son plus beau jour. Il n’était personne qui ne fût prêt à combattre, personne qui, tirant une nouvelle énergie de l’excès même du malheur, n’aimât mille fois mieux opposer une noble résistance, que de se résigner aux conséquences funestes qu’une lâche inaction n’aurait pu manquer d’entraîner.

    Edimbourg, la capitale de l’Ecosse, fut la première à donner l’exemple, et à montrer comment on doit agir dans les grandes calamités nationales. Le prévôt, les baillis et les magistrats de la ville avaient suivi le roi à l’armée, et presque tous ils avaient partagé son sort, ainsi que les bourgeois et les citoyens qui s’étaient rangés sous leur étendard. On avait nommé, pour les remplacer pendant leur absence, une commission de plusieurs membres qu’on appelait présidents, et qui avaient pour chef George Towrs d’Inverleith. La bataille se donna, comme nous l’avons vu, le 9 septembre; le lendemain 10, la nouvelle en fut reçue à Edimbourg, et le jour même George Towrs et les autres présidents publièrent une proclamation dont il n’est pas un seul pays en Europe qui ne se fit honneur. Les présidents devaient savoir que tout était perdu; mais ils prirent toutes les précautions nécessaires pour empêcher le peuple de s’abandonner à une terreur panique, et pour pourvoir à la défense de la ville.

    Attendu, porte cette proclamation remarquable, que nous avons reçu la nouvelle, encore incertaine, il est vrai, de malheurs arrivés au roi et à son armée, nous recommandons et nous enjoignons strictement à tous les habitants de préparer leurs armes, et de se tenir prêts à se réunir au premier son du bourdon de la ville, pour repousser tout ennemi qui tenterait d’y pénétrer. Nous défendons en même temps aux femmes du peuple et aux vagabonds de toute espèce, de courir les rues en poussant des cris et en faisant des lamentations ; et nous recommandons aux femmes honnêtes de se rendre dans les églises, et de prier pour le roi, pour son armée, et pour nos voisins qui sont dans l’armée du roi.

    Voilà comment le brave George Towrs sut empêcher qu’on ne répandît le trouble et la terreur dans la ville par des lamentations inutiles, et sut en même temps tout préparer pour sa défense, si elle était menacée. La simplicité de cette proclamation montrait le courage et la fermeté de ceux qui la publiaient, dans des circonstances aussi graves que celles où l’on se trouvait alors.

    Cependant le comte de Surrey ne chercha pas à envahir l’Ecosse et à profiter de la grande victoire qu’il venait d’obtenir pour en tenter la conquête. L’expérience avait appris aux Anglais que, s’il leur était facile de vaincre leurs voisins du nord, de ravager des provinces, de prendre des villes et des châteaux, la valeur opiniâtre des Écossais et leur amour pour l’indépendance parvenaient toujours à les expulser de leur pays.

    N’écoutant donc qu’un esprit de modération et de sagesse très louable, Henry ou ses ministres préférèrent se concilier l’amitié des Écossais, en négligeant les avantages immédiats qu’ils auraient pu tirer de la bataille de Flodden, plutôt que de commencer une autre invasion qui, quelques maux qu’elle pût causer à l’Écosse, n’aurait eu probablement, comme dans les guerres de Bruce et de Baliol, d’autre résultat que d’entraîner les Anglais dans de grandes dépenses, de leur faire perdre beaucoup de monde, pour qu’ensuite ils fussent repoussés au-delà des frontières.

    Ils se rappelèrent que Marguerite, la veuve de Jacques, était la sœur du roi d’Angleterre, qu’elle allait devenir régente du royaume, et qu’elle serait naturellement favorable à son pays natal. Ils savaient que la dernière guerre avait été entreprise par le roi d’Écosse contre la volonté de ses sujets ; et, par une politique aussi noble que sage, ils aimèrent mieux amener l’Écosse par la douceur à redevenir leur alliée, que de s’en faire une ennemie irréconciliable par l’invasion et la violence. La guerre ne continua donc que sur les frontières, sans qu’il fût fait, ni même qu’on parût projeter aucune attaque sérieuse contre l’Écosse.

     

     

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