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  • 11 septembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 31 août 1823 - La prise du Trocadéro dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-prise-du-trocadero-150x150

     

    La prise du Trocadéro

    D’après « La France guerrière : récits historiques d’après les chroniques et les mémoires de chaque siècle » – Charles d’Héricault – Louis Moland – 1878

     

    L’armée française, sous le commandement du duc d’Angoulême, entre en Espagne, le 7 avril 1823. Elle dissipe l’ennemi dans un grand nombre d’engagements. Dès le 24 mai, elle est Madrid. On décide le siège de Cadix, qui renferme Ferdinand VII, prisonnier des Cortès.

    Le 16 août, les Français arrivent devant cette ville; les opérations commencent contre le Trocadéro. La tranchée est ouverte dans la nuit du 20 au 21.

    Le Trocadéro, contre lequel allait se diriger la première attaque des troupes françaises, occupe une presqu’île qui a été séparée de la terre par une coupure ; cette coupure, large de plus de cinquante toises, est remplie par les eaux de la mer. Les premières fortifications de l’ennemi, celles qui couvraient tout le front du Trocadéro, étaient armées de quarante-cinq bouches à feu de gros calibre.

    Outre ces fortifications, l’isthme renfermait un fort, le fort Saint-Louis, destiné à défendre les magasins de marine, situés dans le village de Saint- Joseph : dix-sept cents hommes d’élite, dévoués à la cause révolutionnaire, et commandés par un membre des Cortès, le colonel Garcès, défendaient ces ouvrages, dont ils s’occupaient, sans relâche, à perfectionner les moyens de résistance. Les flancs et les abords du Trocadéro étaient en outre protégés par un grand nombre de chaloupes canonnières.

    Le duc d’Angoulême vint, dès la première nuit de la tranchée, visiter et encourager les travailleurs. Les travaux de la deuxième nuit firent arriver la tranchée jusqu’au Rio San-Pedro, à deux cent soixante toises de la coupure, hauteur de la première parallèle. Le silence et l’ordre qui régnaient dans l’armée laissèrent l’ennemi dans l’ignorance de ces préparatifs redoutables. Aussi, pendant ces deux premières nuits, n’inquiéta-t-il pas nos travailleurs.

    Mais le 22, à la pointe du jour, ayant aperçu dans la plaine la ligne formée par le mouvement des terres, il commença un feu terrible sur nos ouvrages.

    Le 23, cent hommes choisis parmi les plus déterminés de la garnison du Trocadéro, guidés par un officier intrépide et intelligent, traversèrent la cortaclura (coupure) sur des barques et se présentèrent à la tête de la tranchée, avec l’intention de la reconnaitre et de la détruire. La compagnie chargée de la garder suffit seule pour les arrêter et pour les obliger à regagner leurs embarcations.

    Le 25, la tranchée était arrivée à la hauteur de la deuxième parallèle, à quinze toises de la coupure.

    Le 27, elle était presque achevée. L’artillerie avait établi ses batteries et s’occupait de leur armement. Elle pressait avec activité, dans le Rio San-Pedro, la construction d’un équipage de pont, destiné à être jeté sur la coupure, après que nos braves auraient pénétré dans les premiers retranchements.

    Déjà arrivés à la deuxième parallèle, une distance de quinze toises les séparait seulement encore du canal qu’ils devaient franchir pour arriver à l’ennemi mais il fallait trouver le vrai point de passage, et les renseignements des paysans, la mort de quelques déserteurs de la garnison qui, en cherchant à traverser la coupure, étaient restés dans la vase, tout jetait sur les recherches la plus grande incertitude.

    Cependant, les défenses que l’ennemi rassemblait sur la gauche de sa ligne, au point où la coupure se jette dans le Rio San-Pedro, faisaient croire que ce point devait être le plus favorable.

    Le capitaine Petit-Jean (du 36e de ligne), excellent nageur, s’offrit pour le reconnaître et fut chargé de cette honorable mission. Il descendit à la nage le Rio San-Pedro et entra dans la coupure. Puis, remontant une partie de ce canal, il y cherchait le point où le fond solide, la profondeur modérée de l’eau et des abordages faciles permettraient de tenter le passage, lorsque l’ennemi, l’ayant aperçu, fit sur lui un feu très vif de mousqueterie, et l’obligea à terminer cette première exploration. Ce ne fut qu’en plongeant, et à la faveur de la nuit, qu’il put échapper aux dangers qui le menacèrent pendant le retour.

    Sa reconnaissance, qui prouvait un héroïque dévouement, ne fournissait, malheureusement encore aucun renseignement favorable et positif. On acquit seulement l’assurance que le passage ne pouvait s’effectuer sur la gauche, ainsi qu’on l’avait espéré.

    L’eau y avait offert une profondeur de cinq à six pieds et la marée avait peu à descendre d’ailleurs ; des chevaux de frises et des griffes en fer, placés au fond du canal, rendaient sur ce point les approches inabordables. Cependant, le feu continuel des batteries ennemies, le grand vent qui régnait et qui enlevait le sable que les travailleurs jetaient sur les épaulements, les tourbillons de poussière qui les aveuglaient et que le jour rendait encore plus pénibles, l’ardeur du soleil, rien ne put arrêter les travaux.

    Le 29, la seconde parallèle était achevée ; l’artillerie avait armé ses batteries, l’équipage de pont était prêt. Dans la nuit du 29, trois braves, le capitaine Borne, de l’état-major, le lieutenant Grooters, du 34e régiment, et le caporal de sapeurs Hue, désirant partager les dangers et la gloire du capitaine Petit-Jean, demandèrent à l’accompagner dans la nouvelle reconnaissance qu’il devait faire.

    Descendus, à la faveur de la nuit, de la deuxième parallèle dans le canal, ils en sondèrent les différentes parties et reconnurent que, vers le milieu de notre deuxième parallèle et entre les deux batteries du centre de l’ennemi, le passage était praticable. Le canal offrait sur ce point moins de profondeur. Le fond, quoique vaseux, présentait assez de résistance, et, enfin, par un heureux hasard, les chevaux de frise étaient interrompus pendant environ quinze toises. Cette reconnaissance ne laissant plus d’incertitude, le duc d’Angoulême fixa l’attaque à la nuit suivante, et, dans le but de tromper, de fatiguer l’ennemi, de rendre une surprise plus facile, il ordonna à l’artillerie de commencer son feu dès le matin.

    Le 30, à six heures du matin, la batterie d’Angoulême donna le signal. Aussitôt commença le feu des batteries avancées. L’ennemi, fatigué des travaux de la nuit, se livrait au repos. Les premiers coups jetèrent l’alarme dans son camp ; il osait à peine riposter mais après une vive canonnade de deux heures, nos batteries ayant reçu l’ordre de cesser le feu, celui de l’ennemi devint général.

    La population de Cadix, attirée sur les remparts et témoin de ce spectacle, ajouta foi à la nouvelle que les chefs répandirent dans la ville, que les Français avaient été complètement repoussés.

    L’attaque du Trocadéro devant avoir lieu pendant la nuit, à l’heure de la basse marée, les ordres furent donnés avec une parfaite précision, et le secret le plus absolu fut gardé sur cette importante et périlleuse opération.

    A dix heures du soir, les troupes désignées pour l’attaque furent réunies en arrière de la batterie d’Angoulême et formées en trois colonnes. Les officiers qui, dans la nuit précédente, avaient reconnu avec tant d’intrépidité les passages les moins difficiles du canal, devaient guider la colonne.

    A minuit et demi, les troupes entrèrent dans la tranchée et la suivirent jusqu’à la deuxième parallèle, en face du passage. M. le lieutenant-colonel du génie Dupan, qui avait dirigé les travaux avec autant d’intelligence que d’activité, avait disposé le terrain pour qu’elles pussent se former par divisions et sortir avec facilité.

    Là, les troupes, qui avaient marché avec tant d’ordre et de silence que l’ennemi ne s’apercevait point encore de l’attaque, furent formées en une seule colonne. Il leur était ordonné de franchir le canal et de marcher rapidement, et sans tirer, aux retranchements l’obstacle surmonté, les premières divisions devaient se diriger par la droite et par la gauche pour s’emparer des batteries, et le reste de la colonne se porter au delà des retranchements pour agir ensuite suivant les circonstances.

    Le moment de l’attaque avait été primitivement fixé à deux heures et demie du matin, heure où la marée devait être assez baissée pour que le passage put s’effectuer sans trop d’inconvénient. Mais l’ardeur des soldats fut telle, qu’à deux heures et quart, le général donna l’ordre d’avancer.

    Ce léger changement aux ordres primitifs eut d’heureux résultats : car si d’un côté le passage du canal présenta plus de difficultés, la mer étant plus haute, l’ennemi, qui, à la marée basse, avait coutume de prendre les armes, n’était point encore sur ses gardes et fit, par conséquent, une résistance moins meurtrière. Ce ne fut qu’au moment où les premières divisions entrèrent dans l’eau qu’il s’aperçut de l’attaque et commença à tirer.

    Les ordres du prince furent exécutés avec intrépidité. La première colonne s’avança avec tant d’impétuosité, qu’en quinze minutes, malgré le feu de l’ennemi, la largeur du canal, la profondeur de l’eau qui, en quelques endroits, avait encore plus de quatre pieds, elle pénétra dans les ouvrages ennemis au cri de « Vive le roi » qui avait été donné pour cri de ralliement.

    Les divisions se séparèrent aussitôt, ainsi qu’elles en avaient reçu l’ordre, la garde royale se dirigeant vers la gauche de l’ennemi, et les compagnies de la ligne vers sa droite. Nos soldats avaient à se venger des injures que les constitutionnels n’avaient pas cessé de leur prodiguer pendant les travaux de la tranchée. Aussi ceux qu’ils atteignirent dans le premier moment furent-ils percés de coups de baïonnette. Tous les artilleurs espagnols furent tués sur leurs pièces ; les quarante-cinq pièces de canon qui garnissaient la ligne furent à l’instant tournées contre l’ennemi.

    La seconde colonne, appuyant la première, après avoir franchi tous les obstacles avec la même vigueur, se dirigea sur le moulin de la Guerra, enleva cet important réduit et fit la garnison prisonnière. La troisième colonne suivait de près. Mais l’ennemi, culbuté, poursuivi, fuyait déjà dans toutes les directions et cherchait au milieu de l’obscurité à regagner les maisons du Trocadéro. L’épouvante et la confusion étaient extrêmes, et l’on serait entré avec lui dans ses derniers retranchements, si la difficulté de se diriger de nuit dans des sentiers inconnus, traversés par des coupures et hérissés d’obstacles, l’état humide des armes et des cartouches, n’eussent décidé le général d’Escars, qui se trouvait à la tête des troupes, à les arrêter et à les faire se reformer pour attendre le jour.

    Dès les premiers coups de fusil, nos batteries avaient appuyé de leurs feux la marche de nos soldats mais elles le cessèrent aussitôt que la tête de la colonne fut entrée dans les ouvrages ennemis. Une fusée, tirée alors de la batterie de Saint-Louis, servit de signal à l’équipage de pont, qui, arrêté en arrière de la première parallèle, descendit le Rio San-Pedro, entra dans la coupure et établit le passage avec une grande promptitude.

    Après avoir fait reconnaitre les approches du village, le duc d’Angoulême donna ses ordres pour en préparer l’attaque. Le génie détruisait les ouvrages enlevés et disposait les passages. L’artillerie retournait les pièces de l’ennemi et les pointait sur le village. L’infanterie renouvelait ses cartouches et préparait ses armes. Le prince, après avoir fait achever toutes ces dispositions, donna l’ordre d’attaquer le village du Trocadéro (Saint-Joseph). La colonne chargée de cette expédition se mit aussitôt en mouvement.

    Cette attaque offrait de grandes difficultés. Il fallait, pour arriver aux retranchements des constitutionnels, suivre une chaussée longue et étroite défendue par une batterie et un épaulement, derrière lequel ceux-ci s’étaient massés et d’où ils faisaient un feu terrible.

    Les braves soldats du 36e, malgré leur résolution, n’avaient pas réussi à déloger l’ennemi de sa position. Exposés à découvert à la mitraille et à la fusillade, leur perte, en tués et en blessés était considérable. Le colonel Conté, contraint, par une blessure grave, de quitter le commandement, avait été remplacé par le chef de bataillon de Monistral, et le combat se soutenait sans avantage pour nous, lorsque les bataillons du 34e, appuyant sur leur droite, franchirent, avec audace, les marais qui couvraient la gauche des constitutionnels, tournèrent leur position, et, après une assez longue résistance, les forcèrent à mettre bas les armes.

    Le village de Saint-Joseph, le fort de Saint-Louis et les magasins du Trocadéro tombèrent ainsi en notre pouvoir, avec toute la garnison constitutionnelle, dont une très petite partie seulement réussit à gagner les barques et à échapper à notre poursuite.

    Plusieurs de ces barques, sommées de se rendre, regagnèrent le bord, et ceux qu’elles portaient furent faits prisonniers.

    Les résultats des deux affaires, qui eurent lieu le 31 août et le 1er septembre, sous les yeux et sous la direction du duc d’Angoulême, furent l’occupation entière du Trocadéro, de l’île et du fort Saint-Louis, de l’ancien fort de Matagorda, la prise de cinquante-trois pièces d’artillerie et d’approvisionnements considérables de toute espèce. La garnison eut cent cinquante hommes tués, trois cents blessés, et laissa mille ou onze cents prisonniers en notre pouvoir.

    De notre côté, les attaques furent poussées avec tant de rapidité et de vigueur, que notre perte ne s’éleva pas à plus de cinquante hommes tués et cent cinquante blessés.

    Cadix, menacé d’un nouvel assaut, capitula le 28 septembre. La reddition de cette place mit fin à la campagne.

     

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