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  • 5 septembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 26 août 1444 - La bataille de la Birse dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-la-birse-150x150

     

    La bataille de la Birse

    D’après « Histoire et description de la Suisse et du Tyrol » –  Marie Philippe Aimé de Golbéry – 1839

     

    La noblesse d’Argovie, quoique liée de combourgeoisie avec les villes, tenait en grande partie à la maison d’Autriche, dont elle recevait tout son éclat. Tel était Marquard de Baldeck, possesseur du château de Schenkenerg et faisant partie de la bannière de Brugk, ce qui le soumettait à Berne.

    Dans la guerre de Zurich, Baldeck avait pris le parti de la noblesse ; ce que les Bernois ne voulurent tolérer, car le château de Schenkenberg pouvait inquiéter beaucoup la marche de leurs troupes, soit sur Laufenbourg, soit sur Zurich. Ils chassèrent donc Baldeck, puis, sur la prière de l’évêque de Bâle, ils le rétablirent. Mais Baldeck, au lieu d’en être reconnaissant, ne cessait de se plaindre qu’à lui seul, de tous les seigneurs, il ne fût plus permis de faire la guerre aux Bernois. Chez lui se trouvaient son frère, Jean de Baldeck et Thomas de Falkenstein, autrefois gendre de Jean.

    Les Falkenstein avaient été sous la tutelle de Berne : ils étaient d’une très antique noblesse, possédaient beaucoup de châteaux, et Thomas était landgrave de la Sisgovie. Mais l’un et l’autre étaient capables des plus folles entreprises. Jean avait engagé à l’Autriche son château de Farnsbourg, et il en dépensait le prix à Seckingen avec une maîtresse. Thomas, sur les instigations de la noblesse, résolut de tenter un coup de main, pour la réussite duquel tous les moyens seraient bons.

    Les Falkenstein avaient droit de bourgeoisie à Brugk ; ils y étaient accueillis avec respect. On disait que du camp de Zurich, ils allaient chercher l’évêque de Bâle pour qu’il mît la dernière main à une convention qui ferait cesser tous les maux du pays. Leur passage fut donc un jour de fête, et le jour suivant un jour de sécurité.

    Dans la nuit du lendemain, le garde de la tour au-dessus du pont de l’Aar entendit frapper. On lui cria : « Compère, ne connais-tu pas Falkenstein ? Voici monseigneur de Bâle, nous apportons la paix, ouvrez. Nous sommes pressés, nous courons au camp de nos seigneurs les Bernois ».

    Le portier, qui connaissait Falkenstein, n’hésita point. Deux valets à la livrée de Bâle passèrent, et la nuit ne permit pas de voir que le compagnon de Falkenstein, au lieu d’un évêque, était Jean de Rechberg, enveloppé dans son manteau. Il y avait une suite nombreuse. Les cavaliers arrivaient deux à deux : c’étaient, disait-on, des secrétaires, des valets, des députés, etc. Le portier s’en étonna et voulut refermer la porte pour aller prévenir le magistrat ; aussitôt sa tête vola dans la rivière.

    Plus de quatre cents cavaliers pénétrèrent alors dans la ville en poussant de grands cris ; les bourgeois accourus à ce tumulte furent massacrés. Les issues étaient gardées, et les magistrats furent enfermés avec les principaux citoyens au nombre de soixante et dix. On pilla les objets les plus précieux.

    Falkenstein allait faire décapiter les magistrats qui avaient reçu ses serments, qui l’avaient honoré, aimé, quand Rechberg lui reprocha sa cruauté. Les campagnes s’armèrent pour venger Brugk, et ses oppresseurs y mirent le feu. Les portes en étaient fermées, toute la population allait périr. Les cris des femmes et des enfants effrayèrent Falkenstein lui-même. Il rendit les clefs à une vieille femme, mais la ville devint un monceau de cendres.

    Pendant qu’on emmenait les captifs, Thomas de Falkenstein se montra une seconde fois avide de leur sang : « Ne ferait-il pas aussi bon moissonner ici, s’écria-t-il, qu’à Greiffensée ? ». Ce fut encore Rechberg qui les sauva, et ils furent enfermés dans la tour située au milieu du Rhin, à Lauffenbourg.

    Falkenstein se retira dans le château de Farnsbourg, non loin de Rheinfelden. Berne, Lucerne, Soleure et Bâle l’envoyèrent assiéger. Ces guerriers étaient brûlants du désir de se venger. Il ne paraissait pas qu’il y eût des murailles ou des rochers capables de résister à leurs assauts. On proposa de capituler, mais sans succès. Jean de Rechberg alors exhorta la garnison à tenir jusqu’à ce qu’il eût appris si l’on pouvait espérer des secours.

    Dans la nuit, il trouva moyen de traverser le camp des ennemis, courut vers le dauphin, et dirigea de ce côté la marche des Armagnacs. Il n’eut pas de peine à y déterminer le prince, car le pape désirait surtout la dispersion du concile de Bâle. Il mettait à ce prix la confirmation de la pragmatique sanction de saint Louis.

    Le roi, au lieu de dix mille hommes qui lui avaient été demandés, en envoyait cinquante mille. Un corps d’armée fut dirigé sur Metz, un autre sur Toul et Verdun, un troisième sur l’Alsace. Le dauphin marcha vers le Sundgau, par Montbéliard. Une déclaration annonçait qu’on venait châtier les Suisses ennemis de tout pouvoir institué par Dieu, et rendre la France sa limite naturelle, le Rhin. Les paroles les plus pacifiques terminaient cette pièce, où l’on demandait néanmoins des subsistances pour vingt-quatre mille hommes.

    Les plus vaillants et les plus illustres seigneurs de France étaient avec Louis. La noblesse alsacienne vit leur arrivée avec joie, on se porta au-devant d’eux. Les princes de l’Empire et Sigismond lui-même en conçurent de graves inquiétudes ; ils comprirent qu’il était temps de songer à des mesures de précaution.

    Bâle pourvut tout aussitôt à la défense de sa vaste enceinte ; ce qui était d’autant plus difficile, que là aussi la noblesse s’était séparée de la bourgeoisie. On éleva un boulevard devant la porte qui regarde le Suntgau, on rasa les maisons extérieures, et l’on fit des provisions pour un an.

    Le dauphin cependant accourait pour dégager Farnsbourg, puis Zurich. Il voulait punir les Suisses, dissoudre leur fédération, venger la noblesse, et tirer pour la France et pour lui-même, le plus grand parti possible de son expédition.

    A l’approche de ces troupes, les campagnards, effrayés de leurs excès, se sauvaient dans Bâle, où l’on accueillait quiconque apportait ses provisions pour un an, et consentait à vendre le reste à bon prix à la ville. Au camp devant Zurich, on ne s’émut pas beaucoup des rapports qui arrivaient les uns après les autres sur les forces des Armagnacs, et l’on se contenta d’envoyer six cents hommes de plus devant Farnsbourg.

    Le dauphin s’avança par Landscron, château de Burgard, Mönch, la vallée de Leymen et celle de la Birse jusqu’à Pfeffingen. Il envoya le comte de Sancerre à la tête de huit mille hommes occuper la plaine de Munchenstein, en prolongeant le Wartenberg dernière pointe du Jura. Ce corps était soutenu par le maréchal de Dammartin qui s’établit à Mutenz.

    Bâle avait envoyé un de ses conseillers, Seevogel, aux confédérés pour leur représenter le danger qu’ils couraient en se laissant intercepter, et pour accélérer leur marche. Les Suisses ne firent qu’en rire : « Je ne suis point timide, s’écria Seevogel. Ce que je dis est vrai : l’ennemi s’approche ; mais je reste avec vous, et vous verrez si j’ai du cœur ».

    Il fut décidé, pour satisfaire à l’ardeur de l’armée, que dans la nuit, quinze cents hommes iraient pousser une reconnaissance vers Pratteln pour explorer la position et la force de l’ennemi , mais qu’on éviterait le combat, et que surtout, on ne passerait point la Birse. La marche fut précipitée et s’exécuta avec une sorte de rage.

    Le 26 août, à 8 heures du matin, les Suisses rencontrèrent les Armagnacs. Ceux-ci étaient avertis de leur arrivée par des éclaireurs et par la garnison de Farnsbourg. Le maréchal de Dammartin développa sa division, envoya cent cavaliers pour attirer l’ennemi, cent autres pour les soutenir, et cent encore pour le prendre en flanc.

    Quant aux Suisses, Seevogel et Matter eurent beau disposer la bataille, il fallut les abandonner à leur impétuosité. Le maréchal reconnut bientôt qu’il ne devrait le succès qu’à l’avantage du nombre ; il se replia sur Mutenz.

    Malheureusement ni la fatigue, ni le danger ne purent rendre les Suisses dociles à la voix de leurs chefs. Ils mettaient en fuite plus de milliers d’hommes qu’eux-mêmes n’en avaient de centaines, et forcèrent les Français de repasser la rivière. De la hauteur où ils étaient, c’est-à-dire, du rivage de la Birse, ils voyaient la campagne jonchée de morts, Bâle bien défendue ; la poussière leur dérobait la connaissance du reste.

    Quant à eux, ils n’avaient point éprouvé de pertes; ils avaient conquis des drapeaux, des chevaux, des caisses, des provisions et des munitions: forts de leurs succès, on ne put les retenir. Ils voulurent passer la Birse, parce qu’il y avait là, six cents hommes qui semblaient les braver et les provoquer.

    Non loin du rivage étaient les troupes du maréchal. Plein d’admiration pour les Suisses, ce corps avait fait sa jonction avec le dauphin, qui envoya huit mille hommes pour observer la place, de façon qu’elle ne pût secourir l’ennemi, ni le recevoir. En effet, trois mille hommes sortirent de la porte Saint-Alban, espérant faciliter aux Suisses les moyens de se retirer dans la place. Ces trois mille hommes allaient être coupés, quand les gardes de la tour jetèrent des grands cris et firent tous les signaux d’alarmes. Cette troupe rentra tristement dans ses murs.

    Cependant les chefs suisses rappelaient les ordres qu’ils avaient donnés en quittant Farnsbourg. Ils faisaient ressortir les avantages de la position qui permettait d’attendre des secours en gardant le cours de la Birse. Ils réclamaient l’obéissance au nom de l’honneur et du serment, le tout en vain : on eût dit que les ombres vengeresses de Greiffensée poursuivaient les soldats. Ils se jetaient dans la Birse et gravissaient la rive opposée sous le feu des pièces ennemies, et en face de ses innombrables bataillons.

    Toute l’artillerie française fit feu. Alors Jean de Rechberg avec six cents cavaliers allemands, et après lui toute la puissance des Armagnacs, s’avancèrent avec impétuosité contre les Suisses.

    Ceux-ci ayant passé la Birse et longé l’étang de Saint-Alban, étaient parvenus près de Saint-Jacques, non sans éprouver des pertes notables. Il ne leur fut plus possible de se reformer, car cinq cents hommes se trouvaient interceptés entre l’étang et la rivière, et cernés de toutes parts. Les autres se virent forcés de se frayer un chemin vers Bâle. Mais dans ce moment même les Bâlois étaient contraints à la retraite par les Armagnacs postés à Sainte-Marguerite.

    Les cinq cents Suisses, épuisés à force de vaincre, fatigués de la marche et certains de la mort, s’emparèrent du cimetière de Saint-Jacques. Mais leur perte était évidente, ainsi que la destruction de ceux qui étaient dans la plaine.

    Le dauphin voulait leur offrir une capitulation, bien persuadé que chacun vendrait chèrement sa vie. Alors Pierre de Morimont supplia le maréchal de Dammartin de n’épargner personne, tant la noblesse était irritée contre les bourgeois et les paysans.

    Trois fois les Suisses repoussèrent les assaillants du cimetière de Saint-Jacques, tandis que leurs valeureux compagnons périssaient dans la plaine. Deux fois ils exécutèrent de sanglantes sorties, répandant partout la terreur et la mort. Il fallut pour renouveler l’assaut, les exhortations et les reproches des chefs.

    Enfin l’artillerie renversa la muraille derrière laquelle étaient retranchés les Suisses. Des chevaliers allemands pénétrèrent dans le cimetière : les Armagnacs mirent pied à terre, le combat eut lieu d’homme à homme, et l’on mit le feu à la tour dont les Suisses avaient détruit l’escalier. Après plusieurs semaines, on trouva sous les voûtes, quatre-vingt-dix-neuf hommes étouffés, desséchés et debout contre les murs.

    Tous les autres, sans aucun sentiment de la douleur, arrachaient souvent de leurs blessures les traits dont ils étaient percés et les renvoyaient à l’ennemi. En vain leur sang s’écoulait, en vain les forces les quittaient. Ils combattaient toujours : l’un se défendait à genoux et l’autre d’un seul bras. Nul n’expirait qu’il ne se fût entouré de cinq ou six cadavres.

    Après dix heures de combat, à l’exception de dix hommes qui avaient été coupés de leur corps dès le passage de la Birse, tous les Suisses étaient couchés sur le champ de bataille. Il y en avait, tant à Saint-Jacques que dans la plaine, onze cent quatre-vingt-dix. Au contraire, du côté de Pratteln, et jusqu’à la Birse, gisaient onze cents chevaux et huit mille morts. A Saint-Jacques, Jost Reding, frère du landamman, était tombé avec tous ceux de Schwytz.

    Un seul osa leur survivre; ses nombreuses blessures ne lui servirent point d’excuse, et il fut toujours l’objet de la haine publique. Glarus avait perdu Tschudi, fils du landamman, et Werner Ǽdli respirait encore, quoique évanoui sous le poids de sept blessures. Il vécut, et, dans une vieillesse avancée, fut le chef de son canton.

    Le capitaine d’Uri, Arnold Schik, Jean Matter, capitaine des Bernois , et le Bâlois Seevogel, dont le courage n’était plus douteux, dormaient sur le champ de douleur avec tous leurs soldats.

    L’histoire a retenu un trait d’héroïque justice qu’il ne faut pas omettre : l’un des plus ardents moteurs de la guerre, Burkard Mönch, était resté pendant la bataille renfermé dans son château de Munchenstein.

    Après la victoire, il se promenait avec d’autres cavaliers, et pendant que leurs chevaux foulaient aux pieds les cadavres, il se réjouissait de voir un de ces héros aux prises avec la mort. Pour rendre ses derniers moments plus amers, il s’écria, en riant : « Nous nous baignons aujourd’hui dans les roses ». L’indignation rendit la vie au guerrier : « Mange une de ces roses » dit-il, et d’une main assurée, il lui lança une pierre sur la visière, et lui écrasa les yeux, le nez, la bouche. Aveugle et sans voix, Burkard mourut en moins de trois jours, et ne fut point inhumé dans la sépulture de ses pères.

    Le dauphin jura que jamais il n’avait vu de pareils hommes, ni remporté une victoire qui lui laissât à déplorer la perte de l’ennemi, autant que la sienne. Dammartin, Sancerre, les Pères du concile, tout ce qu’il y avait dans ce pays d’illustres étrangers, s’unirent dans une commune admiration de ces braves qui avaient de beaucoup surpassé l’action des Thermopyles.

    Louis leur fit rendre les derniers devoirs par les Bâlois. On prit soin de ceux qui respiraient encore. Soleure et Berne firent lever le siège de Farnsbourg et celui de Zurich, car le bruit se répandit que ces villes étaient elles-mêmes menacées par les principales forces de France et de Bourgogne. Un émissaire de Thuring de Hallwyl avait pénétré dans Zurich, et y avait donné la nouvelle du massacre des Suisses.

    La joie qu’on fit éclater demeurera comme une tache éternelle dans l’histoire de cette ville : on sonna toutes les cloches, on fit retentir les fanfares. Les assiégeants n’en connaissaient pas la cause ; mais du haut des murs on leur criait les noms de Birse et de Farnsbourg. Enfin un messager de Bâle vint annoncer le désastre.

    L’artillerie de Berne fut conduite à Baden sur la Limmath, et la bannière avec celle de Soleure se concentra à Lenzbourg. Zug et Lucerne prirent ensemble une position, et toutes les autres bannières rentrèrent dans leurs cantons. Les Zurichois avaient fait une sortie, et jeté beaucoup de désordre dans l’arrière-garde, en se rendant maîtres de tout ce qu’on n’avait pas encore enlevé du camp.

    Mais des querelles s’élevèrent entre le dauphin et l’empereur. Louis se plaignait de ce qu’on n’eût point pourvu à l’entretien de son armée, quoiqu’il fût venu dans l’intérêt de la maison d’Autriche. Il demandait pour continuer la guerre qu’on lui livrât le trésor de Sigismond, attendu que par un article secret, il était dit qu’il épouserait une princesse française.

    Frédéric se récriait contre cette publication d’un article secret, il se refusait à livrer à l’avance des sommes qui appartenaient à son parent, se plaignant de ce que les troupes du dauphin campaient chez ses sujets au lieu de faire la guerre aux Suisses. Enfin il accusait Louis de traiter avec eux, et en effet on négociait.

    Le duc de Bourgogne ne se souciait de voir régner sur la Suisse, ni la France, ni l’Autriche. Il fit sous main disposer à la paix les confédérés réunis à Zophingen, et il y employa les comtes de Valengin et de Neufchâtel, qui étaient liés avec Berne de combourgeoisie.

    Les conférences eurent lieu à Ensisheim. Le dauphin y conclut la paix avec les nobles, bourgeois, campagnards de Bâle, Berne, Lucerne, Soleure, Uri, Schwytz,Unterwalden, Zug, Glarus, et leurs sujets, et promit d’en agir envers Louis, duc de Savoie, Jean, comte de Fribourg et Neufchâtel, Jean, comte d’Arberg et Valengin, comme si jamais il ne leur eût fait la guerre.

    On stipula liberté entière du commerce dans tous les États du roi très chrétien et du dauphin. Celui-ci s’engageait à contraindre à la paix les nobles qui avaient déclaré la guerre à Bâle et aux cantons. En conséquence de ce traité, il ne viendrait point avec son armée dans les cantons. Il essayerait de se faire médiateur entre eux, Zurich et l’Autriche, sans que le mauvais succès de cette négociation pût en rien invalider le traité, qui devait être juré sur l’Évangile par tous les chefs présents et par tous ceux qui surviendraient. Il fut signé le 28 octobre 1444.

    Bâle, beaucoup d’autres villes, et le pape Félix V, crurent devoir acheter le repos en satisfaisant à une contribution en argent réclamée par le dauphin. Mais les Suisses ne donnèrent pas un denier, et deux mois après le malheur de Saint-Jacques, on les voit traiter avec la France d’égal à égal.

     

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