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  • 5 septembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille d’Alcántara

    D’après « Portraits militaires : Esquisses historiques et stratégiques » – Édouard de La Barre Duparcq – 1853

     

    A la mort du roi de Portugal don Sébastien, tué en Afrique dans la bataille d’Alcazar-Quivir, Philippe II revendiqua la couronne de ce conquérant, le Charles XII des Portugais, en sa qualité de mari d’une de ses tantes, et pour soutenir ses droits fit de grands préparatifs et réunit une armée considérable.

    Il en donna le commandement au duc d’Albe, qui eut sous ses ordres le chef de l’artillerie et le commandant de la flotte.

    Ce choix indiquait un tact parfait ; il montrait que le monarque regardait le duc d’Albe comme animé de sentiments trop nobles pour garder rancune de ses procédés. Le vieux général accepta en effet, parce qu’il pouvait être utile à son roi qui personnifiait pour lui l’Espagne, et parce qu’en soumettant le Portugal, il terminait dignement sa carrière en agrandissant sa patrie.

    Il accepta sans conditions, demandant toutefois la permission de venir baiser la main royale et d’assister au serment de fidélité prêté au prince don Diego, grâce qui lui fut refusée, tant Philippe II avait hâte de le voir à la tête de ses troupes et de commencer les opérations.

    Le 25 juin 1580, Philippe II passa lui-même la revue de son armée aux environs de Badajoz, et porta son attention sur les moindres détails. Satisfait de tout ce qu’il vit, il complimenta le duc d’Albe des heureux résultats que ses soins avaient obtenus.

    Le lendemain, ce dernier publia un ordre général pour indiquer la conduite que tiendrait l’armée pendant la guerre. Rien n’y était oublié. Le moindre excès, le pillage, la violence, l’irrévérence envers les ministres du culte, se trouvaient prohibés sous les peines les plus sévères. Ce trait est essentiel, car la discipline de fer que le duc d’Albe sut toujours entretenir dans ses troupes paraît extrêmement remarquable pour l’époque

    Le 27 juin, Philippe II se plaça sur une éminence, afin de voir défiler devant lui son armée, qui effectua son entrée en Portugal. Vingt-six mille hommes seulement la composaient, mais c’étaient de bonnes et vieilles troupes, marchant avec l’espoir de vaincre sous un capitaine tel que le duc d’Albe. Un fait curieux, c’est que cette armée traînait à sa suite plus de huit mille voitures, dont les trois quarts attelées de mulets et le quart restant attelées de bœufs ; proportion colossale qui correspond presque à une voiture pour trois hommes !

    La manière dont le duc d’Albe envahit le Portugal mérite attention. Au lieu de passer sur la rive droite du Tage, il resta sur la rive gauche, ayant cependant pour but de marcher sur Lisbonne et de s’en emparer. Il semble au premier abord, que le moyen le plus simple pour assiéger cette capitale est réellement d’arriver par la rive droite du Tage, mais ce côté présente des obstacles de terrain, et d’ailleurs le chemin de la rive gauche permettait d’avancer plus rapidement et de mieux se maintenir en communication avec la flotte espagnole.

    Parti de Badajoz, le duc d’Albe se porta sur Elvas dont il se rendit maître, ainsi que d’Olivenza et d’Estremos. Pour inspirer la terreur qu’il considérait comme un moyen de gouvernement et de conquête, moyen qui lui réussit mieux en Portugal que dans les Pays-Bas, il condamna à mort le gouverneur de cette dernière place, puis, se calmant à la prière des chefs de son armée, il se contenta de l’envoyer à Villaviciosa comme prisonnier.

    Il vint ensuite attaquer Setuval, assiégea ce port à la fois par mer et par terre et l’amena promptement à composition. Aussitôt il résolut de prendre le fort de Cascaes qui couvre Lisbonne, mais pour cela il fallait transporter son armée de l’autre côté du Tage. La traversée de ce fleuve, à son embouchure, offrait des difficultés d’autant plus grandes que de nombreuses galères portugaises croisaient dans ces eaux.

    L’armée espagnole s’embarqua pour ce trajet dans la nuit du 20 août 1580. Comme le vent se montrait peu favorable, l’amiral espagnol conseilla de remettre la traversée au lendemain. Le duc d’Albe n’admit pas un seul instant de retard et persista.

    Malgré de graves dangers, les Espagnols se trouvèrent au point du jour très près de la côte. Ils débarquèrent heureusement et assiégèrent Cascaes qui, pressée par la flotte et par les troupes de terre, ne fit pas longue résistance. Le commandant de ce fort fut moins heureux que celui d’Estremos, il eut la tête tranchée sur un échafaud. Son exécution fut un avertissement donné par le duc d’Albe aux autres gouverneurs qui essaieraient de lui résister.

    La prise de deux autres forts aux alentours mit Lisbonne dans une position critique. Alors don Antonio, prieur de Crato, qui s’était emparé du pouvoir en Portugal depuis la mort du roi cardinal don Henri, voulut remettre la décision de son sort à une grande bataille.

    Cette bataille eut lieu le 25 août 1580, en vue de Lisbonne. Elle se nomme la bataille d’Alcántara. Entrons à son sujet dans quelques détails.

     

    L’armée portugaise se trouvait rangée en bataille entre Lisbonne et le ruisseau d’Alcantara, sa gauche appuyée au Tage. Le duc d’Albe disposa ses troupes vis-à-vis, de l’autre côté du ruisseau, de sorte que c’était sa droite qui s’appuyait au Tage. Il occupa en arrière un petit mamelon rocheux du haut duquel il dirigea les mouvements de son armée. Sa réserve était au pied de ce mamelon que désigne encore la tradition, ainsi que la pierre sur laquelle on prétend qu’il s’assit pendant l’action.

    Pour traverser le ruisseau, il lui fallait s’emparer d’un pont et d’un moulin qui se trouvaient sur son cours. Il fit attaquer ces deux points faiblement pour gagner du temps et attirer de ce côté les forces portugaises.

    Pendant cette première période de la bataille, un corps de cavalerie remontait par ses ordres le cours du ruisseau, le passait en amont et se dirigeait sur la droite des ennemis, tandis que la flotte espagnole remontait le Tage au moyen de la marée montante, et venait se poster sur le flanc gauche des Portugais. Tout fut si bien combiné, dans ce double mouvement tournant, que la cavalerie tomba sur la droite des ennemis au moment où la flotte canonnait et fusillait leur gauche.

    L’armée de don Antonio, ainsi attaquée à la fois en front et sur les deux flancs, ne tint pas longtemps et s’enfuit vers Lisbonne, le seul côté qu’on lui eût laissé libre. Ainsi, dans cette journée, le duc d’Albe dut la victoire à une observation heureuse et pratique du phénomène de la marée, observation combinée avec une manœuvre tournante de cavalerie sur l’aile opposée. Cette combinaison fait honneur à son talent de conception, encore dans toute la vigueur, malgré son grand âge, et l’exécution de ce plan prouve que les troupes espagnoles possédaient encore à la fin du XVIe siècle des qualités manœuvrières que depuis, elles ont rarement retrouvées.

    La victoire d’Alcántara eut pour résultat la soumission de Lisbonne et de tout le Portugal. Don Antonio se sauva successivement à Santarem et à Coimbre, puis, craignant d’être pris, car ses adversaires avaient promis 80 mille ducats à qui le livrerait mort ou vif, il gagna le port de Viana, s’y embarqua et se réfugia en France.

    Ainsi se termina une campagne bien conçue et habilement conduite, qui indique chez le duc d’Albe le génie de la grande guerre.

    A la nouvelle de ces heureux succès obtenus en cinq mois, Philippe II se rendit à Tomar, où avaient été convoqués les Cortès portugais, pour prendre possession de son nouveau royaume. En chemin, il reçut l’hommage de plusieurs seigneurs du pays, notamment du duc de Bragance, auquel il donna l’ordre de la Toison d’or.

    On le reconnut solennellement comme roi de Portugal. Après cette proclamation, la noblesse et le clergé du pays lui prêtèrent serment de fidélité et la journée se termina par un magnifique service, célébré dans l’église de Tomar (déc. 1580). Ce monarque fit le meilleur accueil au duc d’Albe, donna à ce général vainqueur, qui venait de réunir toute la Péninsule sous un même sceptre, les marques les plus certaines de sa bienveillance, et le consulta dans toutes les affaires relatives au gouvernement de ses nouveaux sujets.

     

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