• 4 septembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 24 août 1914 - La bataille du Grand Couronné dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-du-grand-couronne-150x150

     

    La bataille du Grand Couronné

    D’après « La bataille du Grand Couronné » – Musée Lorrain -

     

    Nancy, capitale de la Lorraine, placée près du confluent de la Moselle et de la Meurthe, est entourée d’une couronne de hauteurs boisées aux pentes abruptes dont l’ensemble, formant une merveilleuse ligne de défenses naturelles, constitue ce qu’on appelle le Grand Couronné.

    Du nord au sud, entre Pont-à-Mousson et Nancy, la ligne extrême des hauteurs du Grand Couronné est jalonnée par les crêtes de Sainte-Geneviève, le Mont Toulon, le Mont Saint-Jean, le Mont d’Amance constitué par le Grand et le Petit Mont, le Pain de Sucre et les hauteurs de Pulnoy.

    Quatre cours d’eau, voies naturelles de pénétration empruntées par les routes et les voies ferrées, traversent le massif de l’est à l’ouest : la Natagne, la Mauchère, l’Amezule et la Pissotte.

    Au delà de Nancy, en se dirigeant vers le sud, on ne rencontre plus que des collines de plus faible altitude, comme le Mont Rembêtant, le plateau de Saffais, la crête de Belchamps, faites de calcaire friable, d’argile et de sable, aux formes plus molles et moins raides, qui s’étendent jusqu’à Lunéville et Gerbéviller, dans la région humide où confluent le Sanon, la Vezouse, la Mortagne et la Meurthe.

    Ces collines rentrent également dans le système de défense de Nancy et des combats s’y livrèrent en 1914, au moment de la bataille où les Allemands tentèrent de tourner Nancy par le sud-est.

     

    Après le traité de Francfort en 1871, on songea à organiser, d’une façon permanente, le Grand Couronné de Nancy, mais du fait de l’opposition systématique de l’Allemagne, qui considérait la fortification des abords de Nancy comme un acte d’hostilité et de menace, les travaux ne furent jamais entrepris sérieusement par crainte de complications.

    Cependant, à chaque manifestation agressive de l’Allemagne : en 1887 (affaire Schnäbelé), en 1905 (affaire de Tanger), en 1911 (affaire d’Agadir), quelques travaux furent effectués, mais ils étaient abandonnés aussitôt l’horizon éclairci.

    Finalement, après beaucoup de controverses, on décida en 1913, la mise en état de défense du Grand Couronné. Les travaux furent commencés en 1914 et devaient être terminés en 1915.

    Lorsqu’en juillet 1914, la situation devint menaçante, le général Foch, qui commandait alors le 20e corps à Nancy, fit accélérer les travaux, mais malgré les efforts déployés les organisations défensives étaient loin d’être achevées.

     

    C’est dans la région qui vient d’être décrite, que la 2e armée française livra, entre le 20 août et le 12 septembre, les combats acharnés qui permirent au général Joffre d’étayer sa manœuvre de la Marne.

    Aussitôt leur concentration achevée, le général Joffre donnait aux 1e armée (Dubail) et 2e armée (Castelnau) qui constituaient son aile droite, l’ordre d’offensive générale pour le 14 août.

    La mission de ces deux armées était de couvrir la droite du dispositif général des forces françaises par une offensive énergique, de façon à retenir devant elles le plus possible de forces allemandes.

     

    Le mouvement en avant commence le 14 août, et les troupes des 1e et 2e armée, de Pont-à-Mousson à la Suisse, franchissent sur tout leur front la frontière allemande.

    La progression se fait tout d’abord sans de trop grandes difficultés. Par de brillants combats, l’armée de Lorraine refoule les troupes allemandes de couverture.

    Pendant que la 1e armée, à droite, s’empare des cols des Vosges, s’avance jusqu’à Sarrebourg et pousse ses avant-gardes vers Colmar, la 2e armée enlève Château-Salins et atteint les lisières sud de Delme et de Morhange.

    Le 20 août au matin, de la Moselle au Donon, la ligne atteinte sur le front des deux armées françaises était jalonnée de la façon suivante : Pont-à-Mousson – sud de Nomény – abords sud de Delme et de Morhange – nord de Dieuze et des Étangs – route Bensdorf-Sarrebourg – Mont Donon.

    Sur ces positions, les deux armées françaises se heurtent au gros des forces allemandes, installées sur des organisations formidables, préparées de longue main et où chaque parcelle de terrain est minutieusement repérée. L’attaque française du 20 est arrêtée par la contre-attaque allemande, appuyée d’une masse énorme d’artillerie lourde, contre laquelle le 75 est impuissant.

    Après cet échec, le général de Castelnau prescrit la retraite sur les positions de couverture.

    La 2e armée pivote alors sur sa gauche formée du 2e groupe de divisions de réserve et de la 35e brigade du 9e corps en position de la Moselle à la Seille sur les avancées nord du Grand Couronné.

    Le 20e corps se replie de Château-Salins jusque sur les pentes Est du Grand Couronné, occupe les positions fortifiées de Seichamps, du Rembêtant et borde la Meurthe, de Rosières à Laneuveville.

    La 22e brigade est laissée en couverture en avant de cette ligne sur le plateau de Flainval. Le 15e corps se replie de Dieuze jusqu’à la Meurthe, qu’il borde à partir du 22 entre Rosières et Blainville.

    Enfin le 16e corps, de l’est de Dieuze, se replie sur Lunéville qui est abandonnée le 22 – les Allemands y entreront le 23 – et vient prendre la droite du 15e corps de Blainville jusqu’à l’Euron, où se fera la liaison avec le 8e corps de la 1e armée qui, elle-même pressée très durement et déjà réduite par des prélèvements pour d’autres fronts, a dû suivre le mouvement de la 2e armée.

    Elle forme avec elle une équerre : les positions de la 2e armée face à l’est, celles de la 1e armée face au nord. La bataille pour Nancy va s’engager.

     

    Les troupes allemandes qui font face à la 2e armée française sont :
    -
    Sur la gauche, un détachement de l’armée de Metz (von Strantz) ;
    Ensuite la VIe année sous les ordres du Kronprinz de Bavière, avec les IIIe et IIe corps bavarois, le XXIe corps allemand et le Ier corps bavarois de réserve.

    Cette armée se prolonge sur la droite, face à l’armée Dubail, par la VIIe armée allemande (von Heeringen).

     

    L’armée Castelnau oppose aux Allemands :
    -
    3 brigades du 9e corps, le 2e groupe de divisions de réserve (Léon Durand), le 20e corps (Foch), le 15e corps (Espinasse), le 16e corps (Taverna).
    -
    En réserve d’armée, se tenait le 1er groupe de divisions de réserve.
    -
    Sur la droite, la 2e armée assurait par son 16e corps la liaison avec le 8e corps de la 1e armée, qui elle-même faisait face à la VIIe armée allemande.

    Au cours de la bataille du Grand Couronné, les Allemands se renforcèrent de 4 nouveaux corps, portant leurs forces en ligne à 350000 hommes, tandis que du côté français, par suite des pertes subies dans la retraite et des prélèvements effectués pour d’autres parties du front, le total des troupes engagées représentait à peine 225000 hommes.

     

    • 1ère  phase (24-28 août 1914)

     

    L’objectif allemand est la trouée de Charmes, c’est-à-dire l’intervalle qui, sur la Moselle, sépare les forts de Toul, au nord, de ceux d’Épinal, au sud.

    S’ils s’engouffrent dans cette trouée, les Allemands sépareront les 1e et 2e armées et coopéreront à la manœuvre d’enveloppement que tente, sur l’aile droite de Joffre, le Kronprinz impérial.

    Le gigantesque plan initial allemand comportait en effet deux manœuvres débordantes par les ailes : von Klück et von Bulow dans les Flandres, les deux Kronprinz et von Heeringen dans l’est étaient chargés de l’exécution.

    La 2e armée reçoit l’ordre de se maintenir et de se reconstituer sur le Grand Couronné et entre la Meurthe et la Moselle. Elle devra, coûte que coûte, barrer la trouée de Charmes.

    La 1e armée aura la double tâche « d’interdire sur son front toute nouvelle progression et de se mettre en état de reprendre l’offensive ».

    Joffre compte, en effet, que toute sa manœuvre de redressement, après l’échec de la bataille de frontières, pivotera autour des armées de l’Est.

    La journée du 23 août se passe dans un calme relatif. Les trouves de la 2e armée en profitent pour se retrancher hâtivement sur le Grand Couronné et sur les hauteurs entre Meurthe et Moselle.

    La 1e armée est placée à cheval sur la Mortagne, au nord de Rambervillers, et sur la Meurthe ; elle s’apprête à agir sur le flanc gauche des forces allemandes qui commencent à glisser dans le fond de l’entonnoir formé par le dispositif français.

    La bataille commence effectivement le 24. A l’aube, les Allemands refoulent les avant-postes français à Damelevières et à Gerbéviller et poussent du nord au sud par la forêt de Vitrimont.

    La 11e brigade du 20e corps, laissée en couverture au plateau de Flainval, est violemment attaquée, mais les Allemands ne réussissent pas à la décrocher de ses positions.

    Plus au sud, les Allemands, après avoir franchi la Mortagne, occupent après des combats extrêmement meurtriers les bois du Vacquenat, de Clairlieu et du Censal et s’avancent dans la direction de la Moselle vers Bayon ; mais ils sont arrêtés à l’est de Clayeures et de Romain. La 74e D.I. de réserve leur barre la route de Lunéville à Bayon.

    Castelnau et Dubail escomptaient cette poussée en pointe. Ils saisissent l’occasion et déclenchent leur contre-attaque sur les flancs des forces allemandes.

    A gauche, le 20e corps descend les hauteurs du Grand Couronné et se porte en direction de Serres-Hoéville-Erbéviller.

    D’un seul bond, Erbéviller, Rémérévillc et Courbesseaux sont enlevés par la 70e D. I. (Fayolle). Les Allemands sont rejetés sur Serres.

    A droite, la 1e armée attaque à son tour et en fin de journée, elle atteint la ligne Saint-Boingt – Essey-la-Côte – Clézentaine – Ménarmont.

    Au centre, face à la poussée allemande, la résistance est opiniâtre, et malgré tous leurs efforts, les troupes du Kronprinz bavarois ne peuvent dépasser la ligne Romain – Einvaux – Clayeures.

    Castelnau fait concentrer, dans la nuit du 24 au 25, son artillerie sur les crête entre Flainval et le piton de Borville, à Saffais et à Belchamps, tenant ainsi sous le canon toutes les voies de pénétration vers la Moselle.

    A l’aube du 25 août, les Allemands reprennent l’attaque et continuent à pousser vers la Moselle, sans souci de leurs pertes. Les Français résistent avec acharnement, mais doivent cependant évacuer Rozelieures. C’est alors que Castelnau déclenche sa contre-attaque. Les 15e et 16e corps, sous la protection de l’artillerie installée sur les crêtes, descendent rapidement les pentes vers la Meurthe et la Mortagne, enlèvent Einvaux le matin, Damelevières et Lamath l’après-midi.

    L’ennemi, surpris de cette résistance et croyant les 15e et 16e corps incapables de reprendre l’offensive après leur échec de Morhange, marque quelque indécision. Castelnau perçoit nettement que l’instant est propice, et à 15 heures, de Pont-Saint-Vincent où est établi son Q.G., il donne l’ordre à son armée de s’engager à fond partout.

    Devant l’attaque furieuse des 15e et 16e corps, les Allemands reculent sur toute la ligne. Les troupes françaises enlèvent Rozelieures perdu le matin, la ferme de la Naguée, et bordent la Mortagne et la Meurthe, entre Lamath et Blainville, qui sont conquis.

    Le 8e corps (1e armée), qui soutient l’offensive de la 2e armée, attaque également, reprend le terrain perdu le matin et arrive en fin de journée sur le front Essey-la-Côte – Clézentaine – Saint-Pierremont. Il devra se replier légèrement pendant la nuit.

    A l’extrême gauche du front d’attaque, le 2e corps, malgré ses efforts, est arrêté par la résistance acharnée du IIIe corps bavarois qui subit des pertes énormes. Des combats sanglants sont livrés sans résultat appréciable devant la forêt de Champenoux et à Courbesseaux. Le bois de Crévic est pris et repris à plusieurs reprises et reste finalement aux mains des Bavarois.

    Le plateau de Flainval est le théâtre de luttes épiques. En fin de journée, le front passe aux lisières Est de la forêt de Champenoux, en avant des hauteurs de Buissoncourt et de Lenoncourt et suit la Meurthe à partir de Dombasle.

    Les jours suivants, l’offensive française va continuer, ardente et résolue.

    Le 26, Clézentaine est enlevé ; le 16e corps attaque de nouveau, s’empare de Franconville, de Réméréville et atteint le 28 la Mortagne entre Gerbéviller et Xermaménil.

    Au nord, le 20e corps renouvelle ses attaques et atteint la ligne : ferme de la Faisanderie – Friscati – Deuxville – Maixe – bois de Crévic – Drouville et se trouve ainsi à moins de 2 km de Lunéville.

    A l’extrême gauche, le 2e groupe des divisions de réserve établi sur le Grand Couronné s’empare de Champenoux et s’y fortifie.

    L’offensive allemande est brisée et Joffre peut adresser, le 27 août, l’ordre du jour suivant aux armées de Lorraine : « Les 1e et 2e armées donnent en ce moment un exemple de ténacité et de courage que le général commandant en chef est heureux de porter à la connaissance des troupes sous ses ordres. Indépendamment des corps de couverture, dont quelques-uns ont combattu depuis l’ouverture des hostilités, ces deux armées ont pris, le 14 août, une offensive générale, obtenu de brillants succès jusqu’au moment où elles se sont heurtées à une barrière fortifiée et défendue par des forces supérieures. Après une retraite parfaitement ordonnée, les deux armées ont repris l’offensive en combinant leurs efforts, et réacquis une grande partie du terrain perdu. L’ennemi plie devant elles, et son recul permet de constater les pertes considérables qu’il a subies. Ces deux armées combattent depuis 14 jours sans un instant de répit, avec une inébranlable confiance dans la victoire, qui appartient toujours au plus tenace ».

     

    • 2e phase (29 août-4 septembre). Période d’accalmie.

     

    Malgré leurs succès des 3 jours précédents, les troupes françaises, épuisées par 14 jours de combats ininterrompus, ne peuvent continuer leur offensive.

    Les soldats sont arrivés aux limites de la résistance. Beaucoup d’unités n’ont plus de cadres ; la cavalerie, qui a dû coopérer à la bataille d’infanterie pour arrêter la ruée allemande, a été très éprouvée. Les attelages ont diminué de moitié. En outre, des prélèvements ont été effectués par Joffre, en vue du redressement stratégique qu’il prépare.

    Les troupes françaises se bornent donc à repousser les attaques locales des Allemands ou à améliorer certaines positions.

    C’est ainsi que le 29 août, une attaque est menée par le 16e corps, entre Moyen et Xermaménil sur la Mortagne, en direction de Fraimbois, village situé dans une sorte de clairière, parmi les bois placés entre Meurthe et Mortagne. A l’est de Xermaménil, un léger mouvement d’avance est marqué dans les bois de Saint-Mansuy et de Bareth. Rehainviller enlevé doit être évacué ensuite. Plus au sud, les troupes ne peuvent déboucher de Gerbéviller par suite du tir en enfilade des batteries établies au nord-est de Moyen.

    Le 30, une nouvelle attaque sur Fraimbois n’a pas plus de succès, les Allemands s’étant fortement retranchés. Le calme s’établit.

    De nouvelles troupes étant retirées à la 2e armée, Castelnau décide de rectifier sa ligne sur des positions légèrement en retrait. Le mouvement est opéré dans la nuit du 2 au 3 septembre, sans être gêné par les Allemands.

    La ligne générale est alors la suivante : de Gerbéviller, les positions suivent la Mortagne jusqu’à Mont-sur-Meurthe, traversent la forêt de Vitrimont, passent à la ferme de Léomont, occupent la cote 316, Courbesseaux, la tuilerie de Réméréville, les villages d’Erbéviller et de Champenoux et longent les pentes est du Grand Couronné jusqu’à Pont-à-Mousson. Une ligne d’avant-postes est laissée en couverture.

    Les journées des 3 et 4 septembre se passent à organiser la nouvelle ligne et à reconstituer les unités.

     

    • 3° phase (4 septembre-13 septembre).

     

    La tentative de percée par la trouée de Charmes ayant échoué, les Allemands, sans renoncer à leur objectif, vont changer de tactique. Au lieu de déborder Nancy par le sud, ils vont l’attaquer de front et essayer d’enfoncer de vive force les défenses du Grand Couronné.

    La bataille s’engage dans l’après-midi du 4 septembre, par un bombardement violent qui s’abat depuis Serres, au nord, jusqu’à la forêt de Vitrimont.

    A 15 heures, l’infanterie allemande attaque en masses profondes. Les avant-postes français, laissés en couverture, doivent se replier en toute hâte. Des combats violents s’engagent sur tout ce front.

    Les villages et les points d’appui, disputés avec acharnement, passent de main en main, mais devant la supériorité numérique des masses allemandes, les troupes françaises doivent rétrograder. Les villages de Maixe, de Drouville, de Réméréville, de Courbesseaux sont perdus. La partie de la forêt de Champenoux, au nord de la route de Château-Salins, doit être évacuée.

    A l’aile droite de la 2e armée, de violentes attaques obligent le 16e corps à se replier sur la rive gauche de la Mortagne, mais une contre-attaque, menée parallèlement avec le 8e corps de la 1e armée, refoule les Allemands et les oblige à repasser sur la rive droite de la rivière.

    Le lendemain, 5 septembre, le 20e corps tente de reprendre les positions perdues la veille, mais devant le feu violent d’artillerie et de mitrailleuses, les troupes françaises doivent arrêter leur offensive. Les Allemands attaquent à leur tour. Un nouveau recul doit être effectué.

    A la nuit, au centre de la 2e armée, le front est reporté sur la ligne : forêt de Vitrimont – Est de Crévic – ferme de Léomont  – Grandvezin – lisières Ouest du bois d’Haraucourt – Tour de Domèvre.

    Dans la même journée, le Grand Couronné est durement assailli : à l’Est, au Mont d’Amance ; au Nord, sur la crête de Sainte-Geneviève.

    Devant le Mont d’Amance, le bombardement est ininterrompu depuis le 4 septembre. Le village de Champenoux doit être abandonné. Les Allemands pénètrent dans la partie Nord de la forêt de Champenoux, mais toutes leurs tentatives pour en déboucher sont arrêtées. Cinq attaques sur les pentes Est du Mont d’Amance, en direction des fermes de Quercigny, de Fleur-Fontaine et de la Fourasse, sont repoussées avec des pertes énormes.

    Au nord du Grand Couronné, sur la crête Sainte-Geneviève, le bombardement sévit également avec une grande intensité. Pont-à-Mousson et Mousson doivent être évacués et on doit faire sauter le pont sur la Moselle, que les Allemands rétablissent d’ailleurs aussitôt. Mais c’est le lendemain que l’assaut d’infanterie se produira dans ce secteur.

    Aucune attaque allemande ne se produit dans la journée du 6, au centre du front de la 2e armée tenu par le 20e corps du général Foch. Celui-ci en profite pour tenter une offensive et réoccuper une partie du terrain perdu.

    Crévic est repris, ainsi que la croupe à l’ouest de Gellenoncourt. Courbesseaux est dépassé ; les lisières ouest de Réméréville sont atteintes, ainsi que les abords est de la forêt de Vitrimont. Plus à droite, le 16e corps suit le mouvement d’attaque et progresse dans la direction de Fraimbois, à travers les bois de Saint-Mansuy et de Bareth.

    L’effort allemand se porte surtout au nord vers Sainte-Geneviève et le mont d’Amance. Depuis la veille, le bombardement est continuel sur la crête Sainte-Geneviève et se prolongera pendant toute la journée du 6. L’infanterie monte à l’assaut le soir même vers 18 heures. Débouchant en rangs serrés, de la forêt de Facq, au son des tambours et des fifres, les bataillons allemands sont fauchés par rangs entiers, sous le tir précis des 75 et des mitrailleuses.

    L’attaque est refoulée et les assaillants, pris de panique, redescendent les pentes en toute hâte. Réformés, ils reprennent le combat pendant la nuit, mais sont encore repoussés. Le commandement allemand décide alors de tourner cette position si vaillamment défendue.

    Le lendemain, 7 septembre, des forces opérant sur la rive gauche de la Moselle refoulent les faibles éléments français qui défendent le fleuve et, après avoir débordé la forêt de Puvenelle, s’avancent jusque vers Dieulouard. Les défenseurs héroïques de Loisy et de la crête Sainte-Geneviève sont alors pris à revers par l’artillerie qui s’est installée immédiatement dans le bois de Cuite. Mais le commandant Montlebert, qui a sous ses ordres le 311e régiment d’infanterie, malgré les prescriptions du commandement, refuse d’évacuer la position. Finalement, sur un ordre écrit impératif, le commandant Montlebert, deux fois blessé, se résigne à retraiter et abandonne la crête Sainte-Geneviève, ainsi que le village de Loisy.

    Sur le Mont d’Amance, la situation n’est pas moins critique.

    Le 6 septembre, les Allemands ne peuvent, malgré leurs efforts, déboucher de la forêt de Champenoux. Au fur et à mesure que leurs bataillons sortent en rangs pressés du couvert de la forêt, ils sont massacrés par le tir des 75 en position sur le Mont d’Amance. Mais plus au sud, malgré des prodiges d’héroïsme, le 206e d’infanterie, venu en renfort de Toul, et le 212e se font presque anéantir dans une contre-attaque en pleine forêt de Champenoux.

    Les Allemands, galvanisés par la présence de leur empereur qui doit faire une entrée triomphale dans Nancy – un régiment de cuirassiers blancs l’accompagne – poussent avec frénésie et s’emparent des villages de Cercueil, de Velaine et de Buissoncourt. La forêt de Champenoux est en entier dans leurs mains. Le Grand Couronné, déjà débordé au nord par la rive gauche de la Moselle, l’est ainsi également par le sud.

    Castelnau, pour échapper au désastre, envisage la retraite sur des avancées du camp retranché de Toul : la forêt de Haye et les hauteurs de Saffais et de Belchamps.

    Mais ce recul mettrait dans une situation critique la 1e armée qui serait découverte et coupée de sa voisine. Dubail insiste pour que l’on tienne devant Nancy, coûte que coûte. La décision est lourde à prendre pour le chef de la 2e armée.

    Sur ces entrefaites, on apprend tout à coup, et non sans surprise, que les Allemands, épuisés et probablement fort éprouvés par leurs attaques infructueuses contre la crête de Sainte-Geneviève, n’ont pas occupé la position, malgré la retraite des éléments français qui la défendaient. Immédiatement, Castelnau profite de cette faute. L’ordre est donné de réoccuper la crête Sainte-Geneviève, et les dispositions sont prises pour résister sur tout le front.

    Cette journée du 7, qui est le point culminant de la bataille, pouvait dégénérer en désastre pour les armes françaises. Les Allemands, une fois de plus, par une sorte de timidité dans l’exploitation du succès, laissèrent échapper la victoire.

    Pendant la nuit du 7 au 8 septembre, les divisions de réserve de la 2e armée sont reconstituées et le combat reprend acharné, le 8. Malgré la fatigue extrême des troupes, les débouchés sud de la forêt de Champenoux sont maîtrisés, et les Allemands ne peuvent avancer. Des prodiges d’héroïsme sont accomplis. Un bataillon du 286e d’infanterie, cerné au bois de Velaine, refuse de se rendre, résiste pendant trois heures à toutes les attaques et finalement se fait jour à travers les lignes allemandes par une charge forcenée à la baïonnette. Les Allemands s’essoufflent. Dans leur rage, ils bombardent Nancy, le 9 septembre.

    Le 10 septembre, les 1e et 2e armées attaquent à nouveau.

    Les troupes rivalisent de ténacité et d’énergie et quelques progrès sont réalisés au sud de la forêt de Champenoux. Le sort de la bataille est fixé et Joffre peut écrire, à cette date, au général de Castelnau : « Depuis près d’un mois, l’armée que vous commandez a combattu presque tous les jours et a montré des qualités remarquables d’endurance, de ténacité et de bravoure. Quelque difficiles qu’aient été pour vous les circonstances, vous avez réussi à vous maintenir sur les hauteurs du Grand Couronné, à repousser les attaques furieuses lancées contre vous et à empêcher l’ennemi de pénétrer dans Nancy.
    Je tiens à vous exprimer ma sympathie et vous prie de la transmettre aux troupes sous vos ordres ».

    Le 11 septembre, la lutte se concentre entre le Mont d’Amance et le Sanon. La résistance allemande mollit de plus en plus. La bataille de la Marne est déjà gagnée et les opérations en Lorraine française, isolées de la manœuvre générale d’enveloppement par les ailes qui, pour les troupes impériales, vient de s’achever en déroute, n’ont plus la même importance pour le commandement allemand.

    Le 12, les Impériaux, sous la protection de leurs canons, sont en retraite sur tout le front. Velaine, Cercueil, Buissoncourt, Réméréville, Courbesseaux sont repris. La forêt de Champenoux est reconquise.

    Le 13 septembre, la bataille du Grand Couronné prend fin. Pont-à-Mousson et Lunéville sont repris sans combat et ce même jour, Joffre pouvait expédier au gouvernement de Bordeaux le télégramme : « Nos armées de Lorraine et des Vosges arrivent à la frontière ».

    Du fait de l’épuisement des troupes et du manque de munitions, la poursuite fut effectuée avec prudence jusqu’à la Seille, où les Allemands se retranchèrent.

    Pendant quatre ans, les positions devaient sensiblement rester les mêmes dans ce secteur qui devint l’un des plus calme de toute la guerre.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso