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  • 4 septembre 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    La capitulation de Longwy

    D’après « Les Guerres de la Révolution…. La première invasion prussienne (11 août-2 septembre 1792) » – Arthur Chuquet – 1890

     

    Les premiers coups des envahisseurs devaient tomber sur Longwy. C’était sur Longwy que marchait toute l’armée de Brunswick qui venait de pénétrer sur le territoire français entre la Moselle et la Chiers. C’était sur Longwy que se dirigeait Clerfayt, qui venait des Pays-Bas autrichiens, par Saint-Hubert, Neufchâteau et Arlon, se joindre aux Prussiens et former une de leurs ailes.

    Peu à peu, le cercle se rétrécissait autour de la petite forteresse.

    Pendant que l’avant-garde de Hohenlohe s’établit à Crune et contient le détachement de Deprez-Crassier qui campe à Fontoy, le reste des Prussiens se porte de Tiercelet sur Longwy et occupe la rive gauche de la Chiers. La première ligne forme un corps d’observation entre le village de Chénières et la ferme de Praucourt. La seconde ligne se poste à Cutry et fait face à la forteresse. La brigade du prince de Bade se place entre Mexy et Larimont. Le 20 août, Clerfayt arrive à Cosnes, sur la rive droite de la Chiers.

    Longwy était enveloppé de tous côtés, isolé de l’armée de Metz et de celle de Sedan, séparé violemment du reste de la France.

    La position de cette ville est à la fois très pittoresque et très propre à la défense. Située à l’extrémité d’un des plateaux les plus élevés de la Lorraine, sur une sorte de promontoire soutenu par des rochers escarpés, la forteresse domine la vallée de la Chiers. De la haute tour carrée de l’église paroissiale qui s’élève sur la place d’Armes et se voit au loin à plusieurs lieues de distance, on découvre à la fois Arlon, Luxembourg et jusqu’aux collines de la Meuse, derrière lesquelles, à douze lieues de Longwy, se cache Verdun, cette autre sentinelle avancée de la Lorraine.

    Les approches de la forteresse sont défendues, au nord et à l’est, par des précipices ; à l’ouest seulement, elle se relie au plateau dont elle forme la pointe par une langue de terre fortifiée sur les plans de Vauban avant 1789, et de Chasseloup-Laubat pendant et après la Révolution. En 1792, elle avait six demi-lunes ; deux d’entre elles, l’une vers la ferme de la Colombe, à gauche de la porte de Bourgogne, l’autre à droite de la porte de France, étaient couvertes de par des lunettes. La sixième était remplacée par l’ouvrage à cornes de Saint-Marc.

    Le corps de la place formait un hexagone régulier, bastionné et entouré d’un large fossé. Il contenait des casernes et des pavillons où 5000 hommes d’infanterie et 800 chevaux pouvaient se loger aisément, des corps de garde à l’abri de la bombe, des poudrières et des magasins de fourrages, un grand arsenal, une boulangerie militaire casematée, trois vastes souterrains.

    La ville, resserrée dans ses fortifications, a l’aspect sévère et froid d’une place de guerre.

    Elle se compose presque entièrement d’une grande place carrée, la place d’Armes, que bordent des maisons symétriquement bâties. A l’ouest, l’église qui date du XVIIe siècle, et l’Hôtel-de-Ville aux entresols voûtés ; au nord, l’arsenal ; à l’est la maison du commandant. Cette place est traversée par la rue principale qui s’étend entre les deux seules portes de la ville, celle de Bourgogne au nord, et celle de France au midi.

    Les autres rues, régulières et coupées à angles droits, sont parallèles à la rue principale ou la coupent transversalement. Les maisons, aux toits d’ardoises, sont construites en pierres de taille, et leurs façades uniformes qu’on prendrait pour des remparts percés de fenêtres, répondent à ce sombre ensemble de poternes, de voûtes et d’ouvrages défensifs qui les entourent.

    A côté de ce que l’art militaire a créé de menaçant, se voit, comme par contraste, une nature aimable. De beaux tilleuls garnissent les remparts ; sur l’escarpement de la colline et jusqu’à son sommet montent des jardins plantés d’arbres fruitiers ; le chemin de la ville haute s’élève en zigzags au milieu de touffes de verdure.

    La ville basse, bâtie en amphithéâtre sur le versant inférieur de la montagne, s’étend jusqu’à la rive droite de la Chiers, en face de collines couvertes de grands bois, dans une fraîche et riante vallée, où des usines, entourées d’arbres, associent à ces beautés pittoresques, le mouvement et le bruit de l’industrie.

    Quoique surnommée la porte de fer de la France, la place n’avait pas, en 1792, une fortification suffisante pour arrêter longtemps les ennemis. Dès le mois de mai, on constatait la dégradation de ses ouvrages. Les murs de revêtement écroulés en plusieurs endroits, le fossé à sec, de nouveaux remparts terminés à moitié, le corps de la place presque entièrement à découvert, telle était, au témoignage unanime des assiégés et des assiégeants, la situation de Longwy.

    Dès la première nuit de l’investissement, dit un lieutenant prussien, on aurait pu, avec deux bataillons, et sans courir un grand danger, s’avancer hardiment jusqu’au point où l’on ouvre d’ordinaire la troisième parallèle. Les officiers auxquels on confiait le commandement, émigraient ou donnaient leur démission : Gaston avait quitté la France ; d’Arblay, adjudant-général de l’état-major de Lafayette, était parti en disant que la place ne pourrait tenir et qu’il serait bien fou d’y rester ; le maréchal de camp Berruyer avait à peine parcouru les remparts qu’il sollicitait son rappel en ajoutant qu’il ne voulait pas se déshonorer et perdre en un jour le fruit de trente années de service.

    La garnison comptait 2596 hommes. Elle se composait de quelques hussards de Lauzun, du 34e régiment (Angoulême), et de trois bataillons de volontaires, le 2e de la Côte-d’Or, le 3e et le 4e des Ardennes.

    Elle était commandée par un vieux soldat, attaché sincèrement aux principes de la Révolution, Louis-François Lavergne-Champlorier. Capitaine au régiment de Rouergue, Lavergne avait donné sa démission avant 1789, pour vivre dans l’Angoumois, à Champlorier, où sa famille possédait des forges importantes. Il commanda les gardes nationales de son canton et présida la société des amis de la constitution, puis reprit du service. Il était lieutenant-colonel du 58e de ligne à Thionville, lorsque Luckner lui donna le commandement de Longwy en lui promettant le grade de maréchal de camp.

    Lavergne arriva le 13 août à son poste et débuta par un petit succès. Le 20, le jour même où la place était investie, il commanda une sortie contre les chasseurs tyroliens qui s’avançaient jusqu’à Saint-Remy, les délogea d’un bois qu’ils occupaient et leur fit vingt-cinq prisonniers.

    Le lendemain, à quatre heures de l’après-midi, parut un parlementaire autrichien. Il fut conduit à l’Hôtel-de-Ville où Lavergne avait réuni les principaux officiers de la garnison et les corps administratifs. Il remit une copie du manifeste de Brunswick, ainsi que deux sommations de rendre la place, l’une adressée au commandant de la garnison, l’autre à la municipalité de Longwy. La ville devait se rendre immédiatement et reconnaître l’autorité de Louis XVI.

    « Les forces de leurs Majestés Impériale et Royale étant employées uniquement à réduire les rebelles à l’autorité légitime qu’ils ont méconnue, leurs commandants remettront à la disposition de Sa Majesté très chrétienne ou des personnes qui auront titre pour agir en son nom, tous les pays et villes qu’ils auront réduits, sans qu’aucune conquête soit faite ou conservée pour le compte de Leurs Majestés Impériale et Royale qui y ont expressément renoncé ».

    Lavergne répondit au parlementaire qu’il défendait la ville au nom de la nation souveraine, et ne la céderait qu’à la dernière extrémité. La lettre qu’il rédigea séance tenante pour le duc de Brunswick respirait l’indignation patriotique la plus sincère.

    « Nous, commandant des troupes de Sa Majesté dans la ville de Longwy et pays adjacent, et nous, maire, officiers municipaux et notables de la même ville de Longwy, sensibles aux honnêtetés de Son Altesse le duc de Brunswick, n’en sommes pas moins étonnés du style de sa sommation, puisque, combattant au nom du roi et de la nation française toujours souveraine, nous voyons cependant que c’est au nom d’un roi que nous avions jusqu’à présent jugé notre père, qu’on nous menace de toutes les rigueurs de la guerre. Mais fermes dans notre conscience, pleins de confiance dans la justice de notre cause, nous espérons repousser la force par la force. Rien ne peut étonner un Français que la crainte de la honte et de l’infamie, et vous jugerez à la manière de nous défendre que nous sommes dignes de toute votre estime ».

    Cette déclaration fut accueillie par des applaudissements. Les assistants, transportés d’enthousiasme, jurèrent de se défendre jusqu’à la mort, et sur la place d’Armes, les soldats, apprenant la réponse de Lavergne, poussèrent, à plusieurs reprises, des cris de joie et des bravos.

    Cependant une scène curieuse se passait dans l’Hôtel-de-Ville. On offrait des rafraîchissements au parlementaire et on buvait avec lui à la santé du roi de Prusse et de Brunswick. Mais lorsqu’il proposa de porter un toast à Louis XVI, Lavergne refusa de lui faire raison. « Je ne bois pas, dit-il, à ce roi parjure qui fait la guerre à ses sujets, buvons à la santé de la nation » ; et, à son tour, le parlementaire but à la santé de la nation française.

    Dès qu’on sut au camp des alliés la résolution de Lavergne, on fit en toute hâte les préparatifs du bombardement. On ne voulait pas s’attarder devant cette bicoque, et il importait à la cause des alliés d’obtenir, dès leur entrée en France, un succès aussi prompt qu’éclatant.

    Dans la nuit du 21 au 22 août, à la faveur d’épaisses ténèbres, Tempelhof établit la batterie de mortiers du capitaine Mauritius à une petite portée des remparts, sur le plateau de Romain. Il plaça derrière le village, près de la ferme de la Colombe, quatre mortiers de dix-huit, quatre autres encore non loin de Romain, et entre ces deux batteries, deux obusiers de dix. Cette artillerie ouvrit le feu à onze heures et demie, mais elle le suspendit vers une heure, à cause de la pluie. Elle fit très peu de dégâts ; on avait mal calculé la direction des bombes dont la plupart dépassèrent la forteresse ou tombèrent dans la ville basse s.

    Le 22 août, de cinq à six heures du matin, le bombardement recommença. Tempelhof avait réuni tous ses mortiers sur le même point, entre les deux chaussées de Piedmont et de Mont-Saint-Martin, au-dessus de Mexy et au bois du Chat. Trois cents bombes tombèrent dans Longwy ; elles étaient, dit Lavergne, portées comme par la main. Elles mirent le feu en plus de vingt endroits ; un magasin de paille et de fascines fut entièrement consumé.

    Les artilleurs de la place s’efforçaient de répondre au feu des assiégeants, mais ils manquaient d’expérience et tiraient à travers le brouillard. Les alliés avaient installé leurs batteries, l’une à neuf cents pas, l’autre à six cents pas de la forteresse ; ils n’eurent qu’un mort et trois blessés.

    Lavergne se multipliait. On l’accusa plus tard de s’être mis en sûreté pendant le bombardement. Mais, tantôt à la maison commune où il donnait ses ordres, tantôt sur les remparts où il encourageait les artilleurs, il faisait son devoir de commandant. La garnison montrait autant de courage que son chef. Trois canonniers détenus dans la prison de la ville écrivirent à Lavergne ce court billet : « Nous demandons notre élargissement pour aller combattre l’ennemi et aider nos camarades ; après notre devoir fait, nous rentrerons en prison ».

    Mais la consternation régnait dans Longwy. Si l’incendie était éteint presque partout, les citernes s’épuisaient, et l’eau allait manquer complètement. La plupart des maisons étaient endommagées, et plusieurs avaient reçu jusqu’à cinq et six bombes. Toutes les fenêtres de la ville étaient brisées. Quelques personnes avaient péri dans les caves, car, dit naïvement un témoin oculaire, on vit bien en cette occasion que les bombes respectaient les braves gens. Il n’arrivait rien à ceux qui s’exposaient le plus ; tandis que les éclats de bombes allaient chercher jusque dans leur retraite honteuse les hommes pusillanimes et craintifs.

    Le second bombardement n’avait duré qu’une heure.

    Les ennemis, écrit Lavergne, mettaient quelques intervalles, parce que, comme ils me l’ont dit depuis, ils comptaient sur si peu de résistance de notre part, qu’ils s’attendaient à chaque instant à nous voir arborer le drapeau blanc.

    A dix heures du matin, un grand nombre d’habitants, suivis d’enfants et de femmes, sortirent des caves, ou, comme dit le témoin oculaire, de leurs trous, et se rendirent à l’Hôtel-de-Ville. Les membres du district et de la municipalité prièrent Lavergne d’avoir pitié de la population et de capituler. Mais Lavergne déclara qu’il s’ensevelirait sous les ruines de la place plutôt que de la rendre. Il ajouta que les femmes et les enfants devaient se munir de vivres et se cacher dans les casemates. Enfin, sur de nouvelles supplications, il leur permit de sortir de la ville par une poterne. On vit alors, écrit un habitant de Longwy, un spectacle vraiment digne d’intérêt : les parents et amis qui allaient se quitter, peut-être pour ne plus se revoir, se jetant dans les bras les uns des autres, s’adressaient les plus tristes adieux.

    Lavergne croyait que l’ennemi tenterait un assaut dans la journée ou dans la nuit. Il résolut de ne défendre que le corps de la place. Il fait rentrer les gardes extérieures, il assigne à chacun son poste, il met d’endroits en endroits des grenadiers chargés de précipiter l’assaillant dans les fossés, il dispose sur les remparts les piques et les hallebardes ; il touchait, dit-il, au dernier et au plus beau jour de sa vie.

    Mais, à trois heures de l’après-midi, les membres de la municipalité revinrent à la charge, et conjurèrent Lavergne de cesser toute résistance. On n’avait, disaient-ils, qu’une garnison insuffisante ; on ne pouvait espérer de secours, car des deux généraux qui commandaient l’armée, l’un, Lafayette, avait pris la fuite, et l’autre, Luckner, ne pouvait pénétrer.

    Cette nouvelle démarche des corps administratifs ébranla Lavergne. Il réunit aussitôt le conseil de défense, formé des officiers supérieurs de la garnison. Il exposa sa position et n’en déguisa pas l’extrémité ; la place était livrée à elle-même ; l’ennemi avait placé deux nouvelles batteries qui devaient jouer dans quelques heures ; Longwy serait réduit en cendres le lendemain.

    On avait cru d’abord à la présence de 12 à 13000 hommes ; mais il n’était plus douteux que 60000 hommes au moins campaient devant la place. Lavergne croyait même que les alliés donneraient l’assaut. Les officiers de la garnison et les corps administratifs étaient-ils résolus à soutenir l’attaque ? Pour lui, quoiqu’il n’eût jamais vu de siège, il avait la ferme volonté de faire son devoir jusqu’au bout et de vendre chèrement sa vie.

    Après lui, les commandants du génie et de l’artillerie affirmèrent qu’on ne possédait qu’un nombre insuffisant de piques et de fusils de rempart ; qu’un seul homme devait défendre cinq à six toises de terrain ; qu’on avait plus de canons que de canonniers ; que la plupart des pièces étaient hors d’état de faire le service.

    Les administrateurs, plus effrayés que jamais, supplièrent Lavergne d’épargner à leur malheureuse ville, les horreurs d’un nouveau bombardement ou d’un assaut.

    Les officiers supérieurs de la garnison se joignirent à eux et firent « les plus fortes représentations sur la grandeur et l’évidence du péril qui les menaçait ». Tous étaient d’avis qu’il fallait rendre la place. Un seul, le commandant du bataillon de la Côte-d’Or, s’opposait à la capitulation. Lavergne hésitait encore.

    Enfin, les administrateurs déclarèrent qu’ils prenaient la responsabilité de la capitulation, et rédigèrent l’acte suivant : « Nous, administrateurs du district et officiers municipaux de la ville de Longwy, certifions et attestons, à tous ceux qui le présent verront, que M. Lavergne, commandant de cette place, n’a proposé la capitulation que sur la demande réitérée qui lui en a été faite par nous, au nom de tous les habitants et de l’avis du conseil de guerre, d’après la certitude que nous avions du bombardement et des préparalifs irrésistibles qui ont eu lieu de la part des ennemis. Nous ajouterons qu’il est impossible d’avoir mis plus d’ordre, d’activité et de surveillance à remplir les devoirs de la place de brave militaire et de bon citoyen ».

    Un officier de hussards se rendit sur-le-champ au quartier-général autrichien, à Cosnes, pour proposer une capitulation, mais, dit le témoin oculaire, le plus gros restait à faire :

    « C’était de disposer la brave garnison à accéder à cette capitulation. Ô mes concitoyens, ô mes frères, vous qui n’êtes nullement instruits de ces détails, que n’étiez-vous présents comme moi au spectacle déchirant qui suivit ce oui fatal ! Vous auriez vu ces guerriers se livrer à toute la rage du désespoir, les uns s’arrachant les cheveux et frappant les mursde leur tête, d’autres mordant avec fureur le canon de leur fusils. On en voyait se jeter à terre avec violence et s’y rouler, en l’arrosant de leurs larmes ; d’autres enfin courant dans les rues, comme des forcenés, sans savoir où ils allaient.

    A ce premier mouvement de rage et de douleur succéda un abattement universel. On les fit rentrer dans leurs casernes.

    Les courriers, ajoute le témoin oculaire, partirent donc pour le camp ennemi avec le drapeau blanc Tous les vrais amis de la liberté et de l’égalité détournaient les yeux avec horreur de ce signe fatal, tandis que les aristocrates jouissaient d’avance en secret de leur triomphe. J’arrivai dans ce moment au corps de garde de la place et j’y attendis avec plusieurs de mes concitoyens le résultat de la négociation. Nous désirions, ou pour mieux dire, plusieurs de nous désiraient que Brunswick n’y voulût point entrer. Il est plus glorieux, disions-nous, de mourir que de vivre pour voir le lieu qui nous a vus naître au pouvoir des ennemis de la liberté et de l’égalité.

    Que ferons-nous désormais dans cette ville infortunée ? Lafayette abominable, scélérat, monstre vomi de l’enfer, pour dévorer le sein de sa patrie et toi, Louis le traître, voilà une partie de vos exécrables projets accomplis. Vous nous avez vendus et livrés entre les mains de nos tyrans ! ».

    La capitulation fut signée le lendemain (23 août), après de vives discussions entre Clerfayt et Lavergne.

    Le commandant de Longwy demandait les honneurs de la guerre. Le feldzeugmestre voulait faire la garnison prisonnière ; enfin, on convint que les soldats, volontaires et troupes de lignes, auraient la faculté de se retirer où bon leur semblerait, mais, arrivés sur le glacis de la place, ils remettraient leurs armes et leurs drapeaux. Ils livreraient la caisse militaire qui renfermait 128000 livres en numéraire et 2350 en assignats. Ils prenaient l’engagement de ne plus servir contre les alliés pendant la durée de la guerre.

    Le 24 août, à sept heures du matin, la garnison de Longwy sortit de la ville. Elle déposa ses armes et rendit ses drapeaux. Le lieutenant-colonel du 3e bataillon des Ardennes était un vieux soldat qui comptait quarante-cinq ans de services ; on le vit se jeter en pleurant sur l’étendard de son bataillon ; il fallut le lui arracher.

    Pendant que le bataillon autrichien de Matthesen, commandé par le colonel Spiegel, occupait la forteresse, et qu’un bataillon prussien de Wolframsdorf s’établissait dans la ville basse, la garnison de Longwy s’éloignait dans diverses directions, les volontaires par Marville, et le 34e d’infanterie par Crune et Richemont. Le roi de Prusse attendait à Mexy le passage des troupes de ligne.

    Les émigrés ne purent dissimuler un sentiment de fierté française en voyant l’attitude martiale des canonniers. Mais le 34e attirait les regards. On comptait, dit un officier prussien, qu’il donnerait des preuves éclatantes de royalisme, qu’il prendrait la cocarde blanche, qu’il crierait vive le roi. Il passa dans le plus grand silence, avec un calme et un bon ordre qui frappèrent d’étonnement les vainqueurs. Quelques pas plus loin, Legrand, colonel du régiment, se jetait dans la Chiers et se noyait.

    Les alliés trouvèrent dans Longwy 71 canons, obusiers et mortiers, 4000 sacs de farine, 236 tonneaux de vin et des approvisionnements considérables qu’ils se partagèrent. Il restait encore assez de munitions pour défendre la place durant plusieurs mois.

     

     

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