Restez à jour: Articles | Commentaires

  •  

     Le 1er août 1664 – La bataille de St Gothard dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-saint-gothard-150x150

     

    La bataille de St Gothard

    D’après « Histoire de l’Empire ottoman » – Joseph von Hammer-Purgstall – 1838

     

    Après la chute de Serinwar, Montecuccoli, ne pouvant pressentir si l’ennemi marcherait sur la ville de Raab ou se dirigerait en droite ligne sur le fleuve du même nom, avait pris le parti de traverser la Mur (16 juillet 1664) à Neuhof, afin d’opérer sa jonction avec les auxiliaires allemands et français, et de protéger les frontières de l’Autriche sur la rive droite de la Raab, comme naguère celles de la Styrie sur la rive gauche de la Mur. Heureusement, il arriva à Kœrmend comme le grand-vizir débouchait sur la rive opposée (26 juillet).

    Après avoir tenté inutilement de traverser le fleuve et vainement canonné la ville, les Turcs se résignèrent à suivre la rive droite du fleuve, tandis que Montecuccoli marchait sur la rive gauche. A Kœrmend, le grand-vizir reçut une réponse du duc de Sagan, prince de Lobkowitz, à la dépêche qu’il lui avait adressée lors de son départ soit que cette réponse eût été antidatée, soit que les circonstances de la guerre eussent retardé son arrivée, elle datait environ d’un mois. Le résident impérial Reninger et l’interprète Panajotti se trouvaient au camp du grand-vizir où l’un était prisonnier et confié à la garde des janissaires, et l’autre remplissait volontairement les fonctions d’interprète.

    Là, Reninger eut la douleur de voir de ses propres yeux les villages incendiés, les femmes et les enfants traînés en esclavage et traités comme de vils animaux, les têtes de ses compatriotes accumulées devant la tente du grand-vizir, qui payait chacune trois écus.

    Pendant toute la marche, ce fut le renégat hongrois Garba, alaïbeg de Kanischa, qui servit de guide à l’armée ottomane. A la hauteur de Czakan, située ainsi que Kœrmend sur la rive gauche de la Raab, l’avant-garde des Turcs chercha de nouveau à traverser le fleuve (29 juillet). Mais ses efforts échouèrent encore une fois contre la bravoure des Impériaux.

    Deux jours après, les deux armées étaient en présence près du village de Saint-Gotthard, situé sur la rive droite de la Raab. Celle du grand-vizir était campée du côté de Saint-Gotthard, et la Raab la séparait des Impériaux.

    Montecuccoli se prépara à la bataille désormais inévitable qui allait fixer le sort de la guerre, et rendit un ordre du jour divisé en quatorze points, qui réglait à la fois l’ordre dans lequel devaient se ranger l’infanterie et la cavalerie, la hauteur et la profondeur des lignes, la répartition de la cavalerie légère et de la grosse cavalerie, l’ordre de la marche et la disposition des bagages.

    Pendant ces préparatifs, une lettre du duc de Sagan, conçue en termes généraux, fournit au grand-vizir l’occasion d’entamer avec le résident impérial une quatrième négociation, semblable sur tous les points à celles qui avaient eu lieu précédemment à Belgrade, à Essek et à Ofen. Reninger fut donc mandé sous la tente du grand-vizir qui, pour ne donner aucun soupçon à ses troupes, avait appelé à cette réunion tous les chefs de l’armée lui-même se tint caché derrière une tapisserie. Les vizirs et beglerbegs, gouverneurs d’Ofen, de Haleb, de Damas, de Roumilie, d’Anatolie, l’aga des janissaires, celui des sipahis, le kiayabeg et le reïs-efendi, ouvrirent la conférence.

    Reninger commença par demander, au nom de l’Empereur, la démolition de Szekelhyd et celle de Saint-Job. A cette proposition, tous les chefs musulmans partirent d’un éclat de rire. Lorsqu’il réclama en outre la cession de Neuhæusel, ils lui demandèrent en riant, s’il avait jamais entendu dire que les Ottomans eussent cédé volontairement une conquête aux chrétiens.

    Enfin, lorsqu’il proposa d’élever une forteresse aux bords de la Waag, entre Neutra et Guta, pour mettre un terme aux incursions des Ottomans, Ismaïl-Pascha, gouverneur d’Ofen, et l’aga des janissaires, se levèrent pour aller soumettre ces conditions au grand-vizir.

    Ce dernier parut alors au milieu de l’assemblée et posa son ultimatum au résident impérial. Il lui déclara que la cession de Neuhæusel, la démolition de Szekelhyd et celle de Saint-Job étaient également impossibles ; que l’élévation d’une forteresse sur la rive droite de la Waag pourrait être accordée, mais dans le cas seulement où l’empereur s’engagerait à ne pas reconstruire Komorn et Neu-Serinwar. Il ne pouvait rien promettre, ajouta-t-il, à l’égard de Neutra, car tout dépendait de la résistance de cette ville.

    Pour Babocsa et Berczencze, dont le résident avait demandé la non-réédification, il répondit que ces deux villes, enfoncées dans les terres, ne pouvaient entrer en parallèle avec le Petit-Komorn et Serinwar, immédiatement situés aux portes de Kanischa. Quant à renouveler la paix de Sitvatorok, il ne voulut pas en entendre parler. Un autre traité devait être conclu sur les nouvelles bases que venait d’établir la victoire des armes ottomanes.

    Ainsi fut congédié Reninger. Le lendemain (31 juillet), il écrivit son rapport à la cour de Vienne, et le soir, au moment où partait le courrier, l’avant-garde turque franchit la Raab.

    Sur les frontières de la Hongrie et de la Styrie, au confluent de la Raab et de la Laufnitz qui sert de limite à ces deux pays, s’élève, non loin de la Raab, le couvent de Saint-Gotthard, habité par des religieux de l’ordre de Citeaux, et célèbre à jamais dans l’histoire par la grande bataille qui fut livrée sur la rive gauche du fleuve, et à laquelle il a donné son nom (1er août 1664).

    La Raab coupe une vallée fertile bornée des deux côtés par de petites collines, et dont la largeur sur la rive gauche (où se livra la bataille) n’excède pas deux mille pas. A une lieue au-dessus de Saint-Gotthard et sur la rive droite, on découvre le village de Seming, et entre deux est situé le chétif village de Windischdorf, qui alors était désigné sous le nom hongrois de Ciasfalou. En face et sur la rive gauche s’élève, Moggersdorf, qui fut, à proprement parler, le centre de l’action. A l’est, la plaine de la Raab est bornée par les hauteurs de Saint-Gotthard ; mais, à l’ouest, la vue s’étend au loin jusqu’à la crête de Hainfeld et cette de Gleichenberg, sentinelles avancées des Alpes de la Haute-Styrie, dont les lignes bleues apparaissent à l’horizon.

    Sur la rive droite de la Raab, campait l’armée ottomane ; sur la rive gauche, l’armée impériale. Les tentes du grand-vizir s’élevaient sur la colline qui domine Windischdorf, celles des Impériaux étaient dressées en face, au pied des collines.

    En cet endroit, la Raab n’a pas plus de dix ou quinze pas de large, c’est-à dire, la moitié moins qu’à son confluent avec la Laufnitz, dont le volume d’eau est à peu près égal au sien. Entre Moggersdorf et Windischdorf, la Raab décrit sur sa rive droite une courbe rentrante, et sur sa rive gauche une courbe saillante, sinuosité qui facilitait à l’armée turque le passage du fleuve, car le feu croisé de l’ennemi se trouvait ainsi masqué par le rivage qui se recourbait des deux cotés à partir du point le plus extérieur de l’arc.

    Cette double sinuosité correspondait justement au centre du camp impérial. Dans la nuit qui précéda la bataille, le grand-vizir avait fait amener sur ce point quinze pièces de campagne. Quelques autres avaient été également disposées sur la hauteur qui dominait la plaine, et devaient protéger le passage de l’armée turque.

    Les troupes de l’empire, qui formaient le centre de l’armée chrétienne, montrèrent dans cette circonstance une telle incurie que le mouvement des Turcs leur échappa entièrement. Ceux-ci commencèrent à effectuer leur passage et à se retrancher sur la rive gauche du fleuve.

    Le lendemain (1er août 1664), à neuf heures du matin, le grand-vizir se dirigea avec ses troupes vers le gué qui se trouve au milieu de la courbe. Ismaïl-Pascha et trois cents sipahis passèrent les premiers, ayant chacun un janissaire en croupe. Ces derniers se retranchèrent aussitôt à Moggersdorf.

    Les troupes allemandes dont se composait le corps de bataille (car les Impériaux formaient l’aile droite et les Français l’aile gauche), placées vis-à-vis la courbe rentrante, plièrent au premier choc, et s’enfuirent dans un tel désordre que le comte de Waldeck mit l’épée dans les reins à plusieurs officiers, et que bien peu écoutèrent la voix du prince de Holstein qui avait voulu partager le commandement de la cavalerie avec le comte de Waldeck.

    Le général d’artillerie Fugger tomba frappé d’une balle ; le margrave de Durlach n’échappa à la mort qu’avec beaucoup de peine ; le margrave de Sulzbach ne put déterminer le régiment de Schmid à marcher sur l’ennemi ; le bataillon de Nassau fut taillé en pièces. Nassau lui-même fut tué et Schmid blessé dans l’action.

    Les Turcs, en possession de Moggersdorf, n’étaient pas à une portée de pistolet des tentes allemandes et de celles du margrave de Bade. Déjà les Ottomans se considéraient comme vainqueurs, lorsque les ailes de l’armée impériale relevèrent la bataille.

    A la tête de son régiment, le prince Charles de Lorraine, préludant à ses exploits futurs, tua de sa propre main le commandant de la garde personnelle du grand-vizir, et les Ottomans furent repoussés dans l’arc décrit par la Raab. Moggersdorf fut repris et brûlé : tout le poids de l’attaque porta sur le centre de l’armée chrétienne.

    Montecuccoli, abandonnant l’aile droite, vola au secours de ses alliés avec les régiments de Sparr, de Tasso, de Lorraine et de Schneidau, prit les Turcs en flanc et les força à repasser le fleuve. Les janissaires, qui s’étaient jetés dans les maisons du village, poussèrent la fermeté au point de se laisser consumer par les flammes plutôt que de se rendre.

    Comme cependant l’armée turque continuait à passer le fleuve, Montecuccoli envoya dire au comte de Coligny, général des troupes françaises, que le moment était venu de lui prêter main forte. Ce dernier lui envoya aussitôt mille hommes d’infanterie et quatre escadrons de cavalerie, commandés par le duc de La Feuillade et Beauvezé. Les régiments d’infanterie impériale Spick et Pio, et le régiment de cavalerie Rappach, qui marchaient à leur suite, rétablirent la bataille.

    Lorsque Koeprilü vit arriver les Français sous les ordres de La Feuillade, il s’écria à l’aspect de leurs perruques poudrées : « Quelles sont ces jeunes filles ? ». Mais les jeunes filles dont il parlait, sans se laisser intimider par le formidable cri d’Allah ! s’élancèrent sur les Turcs en criant à leur tour Allons ! Allons !  Tue ! Tue !

    Ceux des janissaires qui eurent le bonheur d’échapper au carnage se rappelaient encore, après de longues années, ce cri Allons ! Allons !  Tue ! Tue ! et le nom de Fouladi (l’homme d’acier), sous lequel ils désignaient le duc de La Feuillade.

    Enfin, vers midi, les Ottomans firent mine de vouloir attaquer les ailes de l’armée ennemie : quatre grands corps de cavalerie irrégulière passèrent la Raab et fondirent sur l’aile droite (les troupes impériales) ; trois entamèrent l’aile gauche (les troupes françaises) ; en même temps, trois grandes masses de cavalerie régulière se groupèrent en-deçà de la Raab et en face du corps de bataille pour assaillir les troupes de la confédération allemande, tandis que les janissaires se retranchaient aux bords du fleuve.

    Ces divers mouvemens facilitent à un autre corps de cavalerie turque, le passage de la Raab à une demi-lieue au-dessus de l’endroit où le terrain est le plus vivement disputé. Un cinquième corps se dispose à franchir la rivière au-dessous, en sorte que l’armée impériale court le danger imminent de se voir prise entre deux feux. A l’aile droite, les régiments de cavalerie Spork et Montecuccoli ; à l’aile gauche, les Français se précipitent pour arrêter le passage des Turcs ; au centre, Montecuccoli, entouré de tous les généraux, arrête le plan d’une attaque générale.

    Déjà quelques-uns songeaient à battre en retraite, déjà les Français et les troupes de l’Empire avaient plié bagages, lorsque le général en chef leur démontre qu’une attaque prompte et en masse est désormais leur seul moyen de salut.

    Vaincre ou mourir, tel fut le mot d’ordre donné par Montecuccoli aux chefs de l’armée, et par ceux-ci aux troupes qu’ils commandaient. Le général de cavalerie. Jean Spork, qui ne savait ni lire ni écrire, mais que son héroïque bravoure faisait comparer à l’Ajax d’Homère, se prosterna à terre, la tête nue et dit à haute voix : « Puissant généralissime qui es là-haut, si tu ne veux pas secourir en ce jour les chrétiens, tes enfants, du moins ne viens pas en aide à ces Ottomans, et tout à l’heure tu riras bien ».

    Aussitôt on sonna la charge. Une immense acclamation s’éleva des rangs impériaux, et déconcerta les Turcs habitués eux-mêmes à terrifier l’ennemi en criant Allah !

    A l’aile droite, étaient placés les régiments de Spick, de Pio, de Tasso, de Schneidau, de Lorraine et de Rappach ; à l’aile gauche les Français, et au centre les troupes allemandes. Toute cette ligne, repliée en forme de croissant, attaque simultanément l’armée ennemie et la refoule dans la demi-lune formée par la courbe du fleuve. Janissaires, sipahis, Albanais sont précipités pêle-mêle dans les flots de la Raab.

    Plus de dix mille Turcs sont tués ou noyés, et dans ce nombre, le gouverneur de Bosnie, Ismaïl-Pascha, beau-frère du Sultan, l’aga des janissaires, celui des sipahis, trente agas et l’écuyer du grand-vizir, enfin l’ataïbeg de Kanischa, Fethibegzadé, ce Garba, ce renégat hongrois, qui avait conduit l’armée turque à sa ruine et qui devait y être enveloppé.

    Le carnage dura jusqu’à quatre heures du soir. Trente mille cavaliers qui, sur l’autre bord du fleuve, étaient restés paisibles spectateurs du combat, prirent la fuite, abandonnant les quinze canons mis en batterie sur cette rive par ordre du grand-vizir. Ces canons et quarante drapeaux furent les trophées de la bataille. Les chrétiens recueillirent aussi une abondante moisson de harnais d’or et d’argent, de sabres et de poignards ornés de pierreries, de vêtements et de coupes somptueuses, précieux souvenirs de la victoire.

    Le lendemain matin, Montecuccoli rendit grâces au Dieu des armées et à la Vierge sainte, et fit chanter solennellement l’hymne Seigneur, nous te louons ! au lieu même où fut élevée la chapelle qui subsiste encore aujourd’hui, en commémoration de la victoire la plus signalée que les troupes chrétiennes eussent remportée sur les Turcs depuis trois cents ans. Et si le champ de bataille où les Serviens et les Hongrois furent vaincus par l’armée ottomane, trois cents années auparavant, a été appelé la Défaite des Serviens, la plaine de Saint-Gotthard aux bords de la Raab, peut bien aussi à juste titre être surnommée la Déroute des Turcs.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso