• 27 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 27 juillet 1778 – La bataille d’Ouessant dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-douessant-150x150

     

    La bataille d’Ouessant

    D’après « Dictionnaire de la conversation et de la lecture » – 1838

     

    Le 7 février 1777, un traité d’amitié et de commerce fut signé entre la France et les États-Unis d’Amérique. Ce traité, communiqué au cabinet de Saint-James par le marquis de Noailles, devait être regardé comme une déclaration de guerre, et en effet les deux puissances rappelèrent réciproquement leurs ambassadeurs. La France désirait la guerre, car elle avait à venger le honteux traité de Paris et un siècle entier de revers maritimes.

    Notre principal espoir consistait dans la flotte de Brest, forte de 32 vaisseaux de ligne prêts à mettre à la voile. L’expérience et la capacité du comte d’Orvilliers, commandant de l’escadre ; du comte de Guichen, de Lamothe-Piquet, d’Hector et de Bougainville, inspiraient également une grande confiance. Les hostilités commencèrent par l’admirable combat de notre frégate la Belle-Poule, de 26 canons, contre l’Aréthuse, de 60 environ.

    Le 8 juillet, la ville de Brest fut témoin d’un spectacle imposant, qui avait attiré un grand nombre de spectateurs : c’était la sortie de 32 magnifiques vaisseaux de ligne et de 15 frégates ou autres bâtiments. L’amiral anglais Keppel venait de rentrer dans Plymouth avec la plus forte des escadres anglaises. Il en sortit le 12 avec 30 vaisseaux de ligne, dont 7 à 3 ponts.

    Le 23, les deux flottes furent en vue à 30 lieues d’Ouessant, et à la même distance des îles Sorlingues. Deux vaisseaux français, s’étant imprudemment éloignés, tombèrent sous le vent de l’escadre anglaise. L’amiral Keppel les fit poursuivre, mais ils prirent chasse heureusement, et rejoignirent la flotte.

    Le 24, l’escadre française s’était rapprochée à 15 lieues d’Ouessant, par un temps très brumeux. Vers 4 heures du soir, au moment d’une éclaircie, les vigies crièrent : « Voiles étrangères ! ».

    Tous les équipages montèrent sur les ponts et purent apercevoir un grand nombre de vaisseaux en panne à 3 lieues environ, et un peu sous le vent. Aussitôt, le comte d’Orvilliers augmenta de voiles, signala sa ligne de bataille, et ordonna au Dauphin-Royal, vaisseau de tête, de porter droit sur le centre des ennemis. L’exécution fut prompte, sans embarras, ni confusion, et on put voir à l’air calme et résolu des marins que nous avions à cœur de venger l’ancienne injure de l’échauffourée de Conflans.

    L’escadre anglaise se refusa à un engagement immédiat. Elle forma sa ligne aux mêmes amures que nous et à peu près à même voilure. Vers le coucher du soleil, nos vaisseaux de tête n’étaient plus qu’à 3 ou 4 milles des serre-files anglais, quand l’amiral français leur fit le signal de virer vent-devant, tous ensemble, en échiquier.

    Le signal d’exécution, amené trop tard peut-être, ne fut distingué ni par le chef de file ni par le Duc-de-Bourgogne, de 80 canons, qui continuèrent la même bordée. Puis, n’apercevant plus rien derrière eux, ils firent fausse route, et s’éloignèrent du gros de la flotte. Le vicomte de Rochechouart, à bord du Duc-de-Bourgogne, jugea prudent de gagner le premier port, et se réfugia à Brest sans obstacle. Le marquis de Nieul sur le Dauphin-Royal, manœuvrant plus habilement, rejoignit l’escadre le 25 au matin, et reprit son poste à la vue des deux flottes.

    Le vent étant devenu très fort et la mer très houleuse, l’amiral français pensa que, s’il attaquait au vent, les batteries basses de plusieurs de nos petits vaisseaux seraient noyées, et il se décida à faire une simple contre-marche, vent-arrière, dirigée vers l’ennemi, mais sans dessein toutefois d’engager la bataille ce jour-là. Avant la nuit, notre flotte revira encore tout à la fois comme elle avait fait la veille.

    Le 26, même vent, même mer, même raison de ne pas attaquer au vent, et mêmes manœuvres.

    Le 27 au matin, l’ennemi se trouva à 4 milles, encore un peu sous le vent, mais en avant de notre avant-garde. Le vent ni l’état de la mer n’ayant encore changé, le comte d’Orvilliers ordonna, comme les deux jours précédents, une évolution de contre-marche par mouvement successif, mais, cette fois, il la fit exécuter dans un sens opposé à la route des Anglais, qui continuèrent à serrer le vent.

    Nos deux premières divisions venaient d’accomplir cet ordre, et déjà la troisième, commandée par le duc de Chartres, allait suivre les autres, lorsque la flotte anglaise, virant de bord tout entière, se couvrit de voiles, serra le vent sans garder aucun ordre, et s’efforça d’attaquer la queue de l’escadre française, au moment où elle commençait le mouvement commandé par l’amiral.

    Ses premiers vaisseaux étaient déjà parvenus à portée de canon lorsque le comte d’Orvilliers donna l’ordre aux vaisseaux de la troisième division, qui n’avaient pas encore viré, de continuer le même bord en serrant le vent, et à ceux des autres escadres de virer vent devant à la fois, pour former la ligne sur l’arrière-garde, qui devenait ainsi avant-garde. En exécutant ce signal, la Ville-de-Paris manqua son évolution et dériva à deux encablures au moins.

    La flotte anglaise, qui avait chassé à toutes voiles sans conserver d’ordre, trouva, au moment même d’engager le combat, notre troisième division (ou escadre) serrée et établie au plus près du vent, et présentant un front de batteries formidables qu’elle ne pouvait plus mettre entre deux feux, comme elle l’avait projeté.

    Elle se vit donc dans la nécessité d’arriver tout plat et de s’éloigner par conséquent de notre nouvelle avant-garde pour se développer et refaire sous le vent une nouvelle ligne de bataille.

    Dans cette position, le comte d’Orvilliers, profitant de son avantage, ordonna au reste de la flotte de courir largue de deux quarts, et sous petites voiles, autant pour aider les batteries basses de ses petits vaisseaux que pour rallier la Ville-de-Paris toujours dérivée, et enfin pour combattre de plus près des ennemis d’une bravoure incontestée, mais très déconcertés dans leurs desseins.

    Dans ce moment, les deux armées navales occupaient un espace de trois lieues.

    Trois divisions formaient la ligne française. L’avant-garde, composée de 9 vaisseaux, était sous les ordres du comte Duchaffaut, qui montait la Couronne, de 80 canons ; le comte d’Orvilliers occupait le centre, à la tête de 9 vaisseaux, et montait la Bretagne, de 110 canons ; enfin, la troisième escadre, où se trouvait le brave Lamothe-Piquet, était également composée de 9 vaisseaux, sous les ordres du duc de Chartres. Le prince avait établi son pavillon à bord du Saint-Esprit, de 80 canons.

    Une partie de l’avant-garde put seule entrer d’abord en action et soutint le feu de l’ennemi pendant environ trois quarts d’heure. Le vaisseau le Saint-Esprit prit la part la plus brillante au combat. En suivant sur un plan les manœuvres ci-dessus, on verra la flotte anglaise, au lieu d’attaquer nos vaisseaux de queue, forcée de défiler devant nos escadres du centre et de l’arrière-garde, de beaucoup plus près et plus longtemps que devant l’avant-garde dont elle s’était principalement éloignée, et on en conclura qu’à mesure qu’elle nous prolongeait, le combat devenait plus opiniâtre et plus meurtrier ; aussi notre dernière division a-telle soutenu le plus grand effort de l’ennemi.

    Le général comte Duchaffaut, qui la commandait, était vivement engagé depuis plus d’une heure, lorsqu’il observa que déjà trois vaisseaux anglais s’étant hasardés à passer entre notre ligne et la Ville-de-Paris, venaient résolument attaquer ce navire au vent, pendant qu’il opposait une résistance héroïque aux nombreux navires qui l’attaquaient sous le vent. Cet officier n’hésita pas, tout en continuant de répondre au feu de ses adversaires, d’arriver avec son matelot d’avant au secours de la Ville-de-Paris, qui fut ainsi promptement délivrée.Un biscayen, parti d’un des bâtiments anglais qui venaient de se mettre en retraite, blessa grièvement au bras le comte Duchaffaut.

    Après environ deux heures d’engagement, les deux armées navales s’étant plus ou moins vite prolongées, se séparèrent en continuant le combat à bord opposé, s’arrêtèrent à peu près en même temps à trois milles environ l’une de l’autre. Pour les yeux les moins exercés, il fut évident que les Anglais avaient plus souffert que nous, et cela devait être ainsi, si l’on songe à la confusion de leur première attaque.

    Cependant les deux flottes, placées à peu près également sous la perpendiculaire du vent, repassaient leurs manœuvres courantes et s’occupaient de réparer à la hâte leurs avaries.

    Peu de temps après, l’amiral d’Orvilliers fit hisser à tous les mâts de la flotte le signal de se former de nouveau en bataille, car il venait de recevoir l’avis par le vaisseau le Saint-Esprit, qu’une division rouge du contre-amiral Robert Harland était revirée et portait droit sur nous.

    Les vaisseaux de l’escadre française se formèrent en ligne sur le Saint-Esprit par rang de vitesse, sans égard au poste désigné. Ce mouvement fut exécuté aux cris de Vive le roi ! avec une admirable précision. Jamais, dans si peu de temps, on n’avait vu se former une ligne de bataille plus serrée, plus égale, et marchant à l’ennemi dans un plus bel ordre.

    Sir Robert n’attendit pas la fin du déploiement ; il se replia promptement sur sa flotte, qui, elle-même, commença sa retraite à toutes voiles. Nos frégates l’aperçurent le lendemain à l’ouvert de la Manche, faisant route vers Plymouth, où elle rentra effectivement le 29 et le 30.

     

     

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