• 23 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 22 juillet 1499 – La bataille de Dornach dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-dornach-150x150

     

    La bataille de Dornach

    D’après « Histoire militaire de la Suisse » – Emmanuel May – 1788

     

    Le comte de Furstemberg, chargé par Maximilien de pénétrer dans le canton de Soleure par le Suntgäw, après s’être emparé de Dornach et d’Arlesheim, rassembla dès le milieu de juin, dans les environs d’Ensisheim, les lansquenets cantonnés en Alsace et dans le Brisgäw, aussi bien que celles des villes impériales du Rhin. Il reçut le 12 juillet les troupes flamandes, envoyées par l’archiduc Philippe, surnommé le Bel, au secours de l’empereur son père, parmi lesquelles l’on distinguait surtout la garde à cheval de Gueldre, par sa bravoure et sa composition.

    Le comte de Furstemberg, qui n’attendait que ce dernier renfort pour agir, se mit en marche le 14 juillet, et arriva le 16 devant Dornach, avec une armée de 15000 hommes, pourvue d’un grand train d’artillerie. Croyant les troupes confédérées reparties et occupées dans leurs postes respectifs depuis Mayenfeld jusqu’à Kaisersstuhl, il partagea son armée, contre l’avis de ses principaux officiers, en trois corps différents, séparés par la Birs, afin de pouvoir investir Dornach de tous côtés.

    Ce général fit le 18 dresser ses batteries, qui battirent les murs du château sans beaucoup d’effet, ne faisant observer aucune discipline, et ne songeant pas même à établir des postes avancés , ni à prendre aucune des précautions usitées contre les surprises.

    Cette armée assiégeante avait l’air, en un mot, d’être rassemblée pour un camp de parade et de plaisir, où l’on ne voyait que festins, bals et tournois.

    Quelques officiers prévoyant les suites funestes de cette négligence, firent sur cet objet des représentations au comte de Furstemberg, qui, dans la plus grande sécurité sur toute espèce d’attaque, leur répondit : « Ceux qui ont peur, n’ont qu’à décamper, les troupes suisses sont en Thurgovie, et ils n’ont pas des ailes pour voler dans ces quartiers ».

    Les fortifications de Dornach tombaient en ruines ; mais en échange, cette place, pourvue depuis le 15 mai, d’une garnison de 600 hommes, avait pour baillis et commandant en chef, Benoit Hugui de Soleure, dont la bravoure et les talents militaires, s’étant montrés avec distinction durant la guerre de Bourgogne, achevèrent de le couvrir de gloire, de même que son adjoint et capitaine de la garnison, Hans Rodolphe Nægeli, sénateur de Berne, dans la défense valeureuse de cette place presque démantelée.

    Hugui fit avertir le 16 juillet le sénat de Soleure, de l’arrivée du comte de Furstemberg, en priant ces souverains, d’attendre celle des autres troupes confédérées, avant que de venir à son secours ; en leur garantissant sur sa tête, ainsi que Nægeli, de défendre Dornach, au moins quinze jours encore.

    Soleure communiqua tout de suite cet avis aux autres cantons, et surtout à ceux de Berne et de Fribourg, en les priant de hâter la marche de leurs troupes. En attendant leur arrivée, les Soleuriens se mirent en campagne au nombre de 1500 hommes, commandés par Nicolas Conrad, avoyer de ce canton. Ce corps se posta vers Liechstall, où il fut joint le 19 par Brandolphe de Stein, à la tête de 800 Bernois, cantonnés dans le bas-Argäw. Quoique Zurich ne se fut pas chargée de concourir à la défense des frontières de Soleure, ce canton y envoya néanmoins un corps de 400 volontaires, sous les ordres de Gaspard Göldlin, qui fit une si grande diligence, qu’il arriva de son côté le 19 à Liechstall.

    Ces trois chefs des troupes confédérées, allèrent le 20, reconnaître les ennemis, et se placèrent pour cet effet sur une colline couverte de bois, nommée la Scharten-Flue d’où ils découvrirent les trois camps allemands et le désordre qui y régnait. Sur quoi l’avoyer de Soleure fut d’avis, d’attaquer le même jour des troupes aussi aisées à surprendre, et par conséquent à vaincre.

    Mais Göldlin et de Stein crurent devoir attendre le secours bernois, n’ayant pas assez de monde pour former deux attaques contre une armée de 15000 hommes, qui revenus de leur première surprise, ne manqueraient pas de les accabler par leur nombre. Cet avis prévalut et 3000 Bernois, partis le 20 de grand matin de Berne, arrivèrent le 21 au soir à Liechstall.

    Leur commandant Rodolphe d’Erlach, avoyer de ce canton, et leur banneret Gaspard Wyler, qui portait la grande bannière de Berne, furent conduits le 22, à l’aube du jour, fur la Scharten-Flue, par les autres chefs ; et ayant fait les mêmes observations que ceux-ci avaient déjà fait l’avant-veille, ils s’arrêtèrent au plan d’attaque suivant :

    Les troupes bien repues et reposées depuis la veille, furent ainsi reparties. L’arrière-garde composée de 1200 Zuricois et Bernois, sous les ordres de Göldlin et de Stein, fut détachée dès les 7 heures du matin, avec ordre de marcher par Arlesheim et de filer vers le pont de la Birs ; soit afin d’empêcher les 4000 Allemands, campés de l’autre côté de la rivière, de la passer et de venir au secours de leurs camarades ; soit aussi pour mettre l’ennemi entre deux feux.

    Ce conseil de guerre ayant décidé d’attaquer l’armée allemande à deux heures après-midi, comme le moment le plus favorable pour cette surprise, les lansquenets et leurs officiers se trouvant pour lors dans le fort de leur ivresse, le restant des troupes confédérées ne fut rangé en bataille qu’à 11 heures.

    L’avant-garde formée par les 1200 Soleuriens, sous les ordres de leur avoyer Conrad, passa la Scharten-flue en droiture, pour tomber sur la garde gueldroise et sur un corps de lansquenets, chargé de défendre la batterie la plus considérable des ennemis.

    Le corps de bataille, composé des 3000 Bernois, commandé par l’avoyer d’Erlach, et sous lui par le banneret Wyler, se chargea d’attaquer de son côté l’armée allemande de front ; et, obligé de faire un détour en passant une forêt, pour se rendre sur le champ de bataille, qui lui fut désigné, il ne pouvait y arriver, selon toute apparence, qu’une heure et demi après l’avant-garde.

    L’avoyer Conrad ayant passé la Scharten-Flue, tomba le premier sur les lansquenets, qui surpris et ivres pour la plupart, ne purent opposer aucune résistance aux Soleuriens, et au bout d’un quart-d’heure, s’enfuirent vers le gros de leur armée, en abandonnant huit pièces de canons, commis à leur défense.

    Telle était l’indiscipline et la confusion qui régnait dans cette armée, que la garde gueldroise, campée à une portée d’arquebuse de ces lansquenets, et séparée d’eux par un petit bois, crut qu’ils avaient pris querelle dans l’ivresse, lorsqu’elle entendit les cris des combattants, de sorte que plusieurs officiers de ce corps se détachèrent pour les séparer. Mais comme les Soleuriens leur répondirent à grands coups de piques et de hallebardes, ils rejoignirent leur troupe au grand galop, pour l’avertir de quoi il s’agissait.

    Tandis que l’avoyer Conrad était occupé à prendre poste dans le camp des lansquenets, à se couvrir de la batterie dont il venait de s’emparer, et à la tourner du côté de la Birs en attendant l’arrivée du corps de bataille, la garde gueldroise eut le temps de monter à cheval, et de se replier sur le gros de l’armée, donc elle couvrit le front, jusqu’à ce qu’elle fut rangée en bataille. Ce que les comtes de Furstemberg et de Bitsch, revenus de leur première sécurité, exécutèrent sans perdre un instant, en envoyant ordre au corps campé de l’autre côté de la Birs, de venir les joindre tout de suite.

    Sur ces entrefaites, arriva le corps de bataille bernois, qui ayant eu un bois fort épais à traverser, et ses rangs rompus dans cette marche, fut obligé de les former de nouveau ; ce qui donna une heure de répit aux ennemis.

    Les Bernois et Soleuriens réunis, formant un bataillon de 600 hommes de front, sur huit rangs de profondeur, après avoir vivement canonné l’armée allemande, aussi rangée en bataille sur une ligne , et sa cavalerie couvrant ses deux ailes, s’ébranlèrent à trois heures et demi du soir pour la charger.

    La mêlée se soutint pendant deux heures avec beaucoup d’acharnement et un avantage égal ; car si les confédérés avaient en leur faveur une valeur intrépide, de même que le choc impétueux qui en résultait et qui leur fit remporter tant de victoires, les Allemands avaient en échange une armée trois fois plus nombreuse, et par cette raison un front infiniment plus étendu, qui attaqua les Suisses de front et par les deux flancs.

    Les comtes de Furstemberg et de Bitsch, profitant de cette supériorité, firent les derniers efforts pour décider la victoire en leur faveur ; de sorte que les confédérés enveloppés pour ainsi dire de tous côtés, ne parvinrent que par des prodiges de valeur à conserver leur artillerie conquise, et à se soutenir dans cette position désavantageuse.

    Déjà les Suisses avaient perdu plus de 300 hommes et beaucoup de terrain, sans avoir aucune nouvelle de leur arrière-garde, lorsqu’elle parut enfin, après cinq heures, s’étant égarée en route et ne pouvant plus remplir sa première destinée, elle tomba tout de fuite sur les derrières de l’aile gauche ennemie, qui avait formé une potence, et enveloppé le flanc droit des confédérés.

    Cette arrière-garde, voulant éviter les reproches de ses compatriotes, exécuta cette attaque avec une telle furie, que cette division de l’armée allemande, culbutée et mise en désordre, entraîna le reste des troupes impériales, qui furent obligées de se battre en retraite et de se reformer à une demi-lieue de là, devant le front de leur camp. Nos ancêtres ayant profité de cet intervalle, pour reprendre haleine et se remettre de leur côté en ordre, le combat recommença après les six heures avec un nouvel acharnement.

    Les confédérés étaient, malgré la jonction de leur arrière-garde, bien éloignés d’avoir aucun avantage sur un ennemi qui se battait avec une bravoure infinie, et qui, profitant de sa supériorité, était parvenu à les repousser au bout d’une heure, jusqu’à l’entrée du bois.

    Telle était la position de nos ancêtres, à sept heures et demi du soir, et à l’issue de ce troisième combat de la journée, lorsque 1200 hommes de Lucerne et de Zug arrivèrent sur le champ de bataille, en poussant des cris d’allégresse et en faisant sonner leurs clairons, afin d’être d’abord reconnus des Suisses. Ce nouveau renfort, prenant la gauche de l’armée allemande en flanc, l’attaqua avec une telle impétuosité, qu’il pénétra dans ses rangs, après avoir enfoncé la cavalerie flamande qui couvrait cette aile.

    Ce fut le moment décisif : les Allemands, découragés d’un côté par l’arrivée successive de ces deux corps suisses, craignirent d’avoir toutes les forces des cantons sur les bras, et dès ce moment, ne pensèrent plus qu’à se battre en retraite. Les confédérés, ranimés en échange par ce renfort inespéré, secondèrent son attaque avec tant d’ardeur, qu’ils obligèrent leurs ennemis de plier et de se retirer précipitamment vers le pont de la Birs.

    Poursuivis avec beaucoup de chaleur par nos ancêtres, la nécessité de défendre leur vie, contraignit une partie des troupes allemandes à faire face devant la tête de ce pont. La garde gueldroise recommença le combat à ce passage, et le soutint par des prodiges de valeur, jusqu’à ce que le reste de leur armée eût passé la Birs. Alors cette cavalerie se jetta dans la rivière, après avoir perdu les deux tiers de sa troupe. Les confédérés, harrassés des fatigues incroyables de cette journée, ne jugèrent pas à propos de poursuivre les ennemis plus loin, d’autant plus que la nuit commençait à tomber.

    Mais, avant que de rendre compte des suites de cette victoire, nous ramènerons nos lecteurs sur l’arrivée imprévue de ce corps auxiliaire de Luceme et de Zug.

    Le premier de ces deux cantons avait envoyé, le 18 juillet, son avoyer Féer, à la tête de 800 hommes, pour renforcer la garnison du Schwaderloch. Ce corps fut joint le 20 par 400 citoyens de Zug, sous les ordres du landammann Werner Steiner. Il apprit à Winterthur, le soir de sa jonction, le siège de Dornach et la marche des troupes zuricoises et soleuriennes pour secourir cette place ; ce qui décida Féer et Steiner à partir le lendemain 21, de grand matin, pour Liechstall, en faisant une telle diligence, qu’ils arrivèrent le 22 à sept heures et demi du soir, sur le champ de bataille.

    Ces deux chefs reçurent à la sortie de Liechstall, les premières nouvelles de cette bataille, par des soldats fugitifs, nommés Welsché dans toutes nos annales, qui les assurèrent, que les confédérés, totalement défaits, n’étaient dans le cas de recevoir de secours que celui de couvrir leur retraite.

    L’avoyer de Lucerne traita ces fugitifs de lâches, qui méritaient le dernier supplice, pour avoir quitté leurs rangs aussi honteusement. Et se tournant, aussi bien que le landammann de Zug, vers leurs troupes : « Chers compagnons, dirent- ils, doublons le pas, afin de vaincre ou de mourir avec nos compatriotes ; car s’ils ont eu le malheur de succomber sous le nombre de nos ennemis, certainement ils n’ont pas eu la lâcheté de tourner le dos, comme ces misérables cherchent à nous le persuader. Allons, marche ! ».

    Toute la troupe répondit avec des cris d’allégresse : Allons, marche ! et doublant le pas, survint à point nommé au secours de nos ancêtres, en décidant la victoire par son attaque furieuse.

    Revenons à l’armée victorieuse, qui ayant rendu sur le champ de bataille ses actions de grâces à la bonté divine de cette victoire signalée, prit la même nuit possession du camp allemand, où trouvant des tables dressées dans presque toutes les tentes, elle put repaître et se refaire amplement, aux dépens des vaincus, des fatigues de cette mémorable journée du 22 juillet, dont les trois combats coûtèrent à nos ancêtres plus de 400 hommes, étendus sur le champ de bataille.

    Les Allemands y perdirent 3500 hommes, parmi lesquels se trouvèrent les comtes de Furstemberg et de Bítsch ; 21 pièces de gros canons avec beaucoup de munitions ; neuf bannières, entre autres celles de Fribourg en Brisgaw et d’Ensisheim ; et leur camp tendu, rempli de vaisselle et d’autres effets précieux, avec quantité de bagages.

    Les troupes d’Ury, de Schweiz, d’Underwalden et de Fribourg arrivèrent le 23 juillet à Dornach. Cette armée confédérée, d’environ 10000 hommes, fit une troisième irruption dans le Suntgaw, et après en avoir tiré de fortes contributions, se sépara le 30 juillet, n’ayant découvert aucun vestige de troupes allemandes dans ces contrées.

     

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