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  • 23 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 21 juillet 1858 – L’entrevue de Plombières dans EPHEMERIDE MILITAIRE napoleon-iii-150x150

     

    L’entrevue de Plombières

    D’après « Manuel historique de politique étrangère. La politique mondiale, empires et nations » – Émile Bourgeois – 1905

     

    Le 14 janvier 1858, Orsini lançait, avec trois complices, des bombes sur Napoléon III, dans l’espoir que sa mort entraînerait une révolution à Paris, préface nécessaire aux soulèvements libérateurs en Italie. C’était le second Italien, depuis l’attentat de Pianosi (avril 1855) qui s’attaquait à l’Empereur, sauvé cette fois encore.

    L’impression fut très grande dans son entourage et sur lui-même. Elle se traduisit par une demande aux Chambres de mesures exceptionnelles, par des réclamations et presque des menaces à l’Angleterre et au Piémont qui s’ouvraient trop librement aux assassins. La réflexion, un mois après, avait corrigé ces premiers mouvements.

    Le 20 février, Napoléon renvoyait à Victor-Emmanuel le comte della Rocca, qui lui avait apporté les regrets de sa cour, avec une promesse telle qu’il n’en avait jamais faites, celle d’un concours militaire au cas d’une guerre avec l’Autriche, nettement offert à Cavour.

    Le lendemain, le préfet de police, par ordre sans doute, visitait Orsini dans sa prison, et provoquait de ce patriote égaré jusqu’au crime, une sorte d’appel à l’Empereur, vengeur de l’Italie, que l’avocat Jules Favre eut le droit de lire jusqu’au bout au jury quatre jours après, et que le Moniteur imprima. Le gouvernement lui-même, de l’assassin qu’on allait exécuter, faisait pour l’opinion publique un martyr égaré par les longues souffrances de l’Italie. La veille de l’exécution, il publiait une seconde lettre d’Orsini, lettre de repentir, mais témoignage aussi des sentiments de l’Empereur pour l’Italie et promesse voilée d’un concours prochain à la cause de l’indépendance.

    La surprise de Cavour fut extrême, en apprenant que Napoléon priait Victor-Emmanuel de l’imiter et d’insérer à son tour les deux lettres dans son journal officiel, à Turin. « C’est un assaut direct contre l’Autriche, s’écria Cavour, non par le Piémont seulement, mais par la France ».

    Désormais l’Empereur était décidé à cet assaut : c’était le sens de la question qu’il posait le 25 mai à Villamarina, l’ambassadeur de Sardaigne : « Les fortifications de Casal et d’Alexandrie avancent-elles ? ».

    L’attentat d’Orsini n’a pas fait de Napoléon, sans doute, le protecteur de la race italienne. Mais la violence, après trois ans d’hésitations, l’a déterminé à résoudre le problème au gré de Cavour, par la force plutôt que par les protocoles diplomatiques. « Il a voulu un coup d’éclat, disait le roi des Belges, qui lui servît de paratonnerre ».

    Les menaces de complot, qui ont pu l’effrayer, lui ont surtout servi à convaincre l’Impératrice, les catholiques de son entourage et les ministres attachés à la paix, de la nécessité de l’action. Tant pis pour Rome, dont Aboul fut alors chargé, dans le Moniteur officiel, de dévoiler et d’attaquer le détestable gouvernement !

    L’Empire devait décidément accueillir et accueillit d’autres conseils, ceux des patriotes italiens que le Congrès de Paris n’avait pu satisfaire, avocats aux Tuileries de la cause qu’avec Napoléon ils avaient autrefois servie, le comte Arese, le marquis de Pepoli, petit-fils de Murat, le docteur Conneau, Cipriani. De la dynastie napoléonienne, qui s’éloignait du Saint-Siège, le Palais-Royal, où le prince Napoléon groupait les libéraux français, rédacteurs du Siècle, Havin, Bixio, H. Martin, fidèles à ce qu’ils croyaient la doctrine révolutionnaire, parut à partir d’avril le plus ferme appui.

    A la fin de mai, Cavour recevait à Turin le docteur Conneau qui lui apporta de la part de l’Empereur l’invitation de venir à Plombières causer de la guerre prochaine. Le ministre annonça son intention d’aller faire un tour d’été en Suisse. « Le drame, écrivait-il, approche de la solution ».

    L’Italie n’avait pas eu, comme la Roumanie, un seul article au traité de 1856. Elle allait obtenir de Napoléon enfin une action militaire qu’il n’avait pas osé risquer pour les Latins du Danube.

     

    L’entrevue de Plombières (21-22 juillet) établit les conditions et l’objet de cette action. Quoique l’entretien eût pour point de départ, des deux côtés des Alpes, les revendications populaires, entre chefs d’État, il fut surtout fait de calculs, de réserves diplomatiques, d’intérêts discutés, pesés.

    L’Empereur et son interlocuteur tombèrent d’accord, sur un premier point, la nécessité de ménager à l’entreprise la neutralité des souverains européens, démasquer l’offensive révolutionnaire, qui pouvait les alarmer, par une alliance exclusivement défensive pour la protection des faibles contre l’ambition de l’Autriche. Les faibles devaient être les premières populations italiennes qui se soulèveraient, à Carrare et à Massa, dans les États du duc de Modène, et que l’Autriche à l’appel du duc voudrait écraser.

    Rien de plus, rien qui ressemblât à un élan subit du peuple italien contre ses oppresseurs. Aucune promesse surtout d’unité à cette race qui, de l’indépendance, attendait la satisfaction de ses ambitions, l’union immédiate de toutes les provinces de langue italienne, et les destinées dans l’avenir dont Rome était le symbole dans le passé : « L’unité de l’Italie et autres balivernes comme une guerre populaire », écrivait Cavour à Ralazzi, le lendemain du Congrès de Paris, en parlant de ces espérances.

    Il les sacrifia sans hésiter à Napoléon qui, de plus, les trouvait singulièrement dangereuses. Point de guerre avec le roi de Naples, pour ne pas irriter le czar, protecteur du roi Bomba. Des ménagements pour le Pape, gardé par des troupes françaises. En Toscane, un royaume d’Etrurie restauré, tandis que toute l’Italie jusqu’à l’Apennin et à l’Adriatique, purgée des Autrichiens, serait le lot de la maison de Savoie.

    Et encore, pour ce qu’il accordait de terres italiennes à Victor-Emmanuel, l’Empereur réclamait le prix que les Français y avaient toujours mis, la rétrocession de la Savoie et de Nice, toujours refusée par les patriotes italiens, et toujours exigée à Paris comme une garantie nécessaire.

    Cavour ne se défendit que pour Nice ; il acceptait, avec la mesure qui convient à l’homme d’Etat, l’Italie incomplète, mais délivrée de l’étranger. Il hésitait, par crainte des colères de la race, la cession à l’étranger, même secourable, d’une province de langue italienne, patrie de Garibaldi. La question resta en suspens. Napoléon obtenait pour son cousin, le prince Jérôme, l’espoir d’un établissement en Italie, de la main de la princesse Clolilde, par quoi il préparait en secret son règne à Florence, comme il avait pensé, avec Pepoli, à faire de Murat un roi de Naples.

    En somme, l’œuvre qui se préparait à Plombières n’était point l’œuvre de propagande que les Français, depuis si longtemps, réclamaient en faveur des nations opprimées, encore moins l’unité que la race italienne espérait par les révolutions.

    C’était entre les Napoléon, stipulant au nom de la France, et la maison de Savoie, investie de la confiance des patriotes italiens, un partage de la péninsule, dicté et réglé par la raison d’État. Il en devait résulter entre les deux peuples associés à l’entreprise, de longs malentendus, difficiles à dissiper.

    Trop heureux d’avoir enfin déterminé l’Empereur des Français, Cavour ne s’y arrêta pas. Au retour, il fit ratifier par Victor-Emmanuel les engagements qu’il avait pris, même la promesse de mariage qui d’abord déplut à Turin.

    « Le mariage est décidé, nous sommes sûrs de la France. L’Italie est prête pour la révolution ».

    Il la mit en branle : la Farina, dès le mois de septembre, par les comités de la Société italienne, agitait les États du duc de Modène ; Minghetti, le Bolonais, et le propre ambassadeur de la Sardaigne, Buoncompagni, la Toscane.

    Avant de faire le dernier pas, Napoléon avait voulu s’assurer encore de l’Europe. Il invitait la reine Victoria, le 4 août, aux fêtes de Cherbourg, exposait deux mois après à Clarendon, en visite à Compiègne, son programme de régénération de l’Italie.

    Mais la mission surtout dont il chargea son cousin le prince Napoléon, en septembre 1858, à Varsovie, pour obtenir le concours du czar, ou tout au moins sa neutralité, eut un effet décisif. Si Alexandre II se fût contenté de la Galicie, c’eût été une coalition certaine contre l’Autriche à qui il avait gardé rancune. Il exigea, avec Gortchakoff, la révision du Traité de Paris qui eût brouillé Napoléon en plus avec l’Angleterre, et n’accorda, faute de cette revanche à laquelle il s’obstinait, que sa neutralité.

    C’était assez pour l’Empereur des Français et pour Victor-Emmanuel : le traité secret du 10 décembre 1838 fit des entretiens de Plombières, complétés par la promesse formelle de Nice à la France, un accord, scellé entre eux désormais, sous les auspices de Cavour, pour la guerre à l’Autriche au printemps.

    Napoléon III, seulement alors, révéla son dessein arrêté à ses ministres, à Walewski, à Fould, et à l’Impératrice, qu’il mit sans façon en présence du fait accompli.

    Un publiciste à ses gages, Arthur de la Guéronnière, se chargea d’une brochure : Napoléon III et l’Italie, qui fit connaître au public français, le 3 février 1859, le programme et l’objet de l’action prochaine.

    L’Europe enfin fut avertie par une brusque apostrophe lancée par le souverain lui-même, au baron de Hubner, aux réceptions du jour de l’an : « Je regrette que nos relations avec le gouvernement autrichien ne soient plus aussi bonnes que par le passé ».

    Victor-Emmanuel n’avait pas alors à se montrer plus réservé. Le 10 janvier 1859, à son Parlement, il se déclarait « prêt à marcher résolument au-devant des éventualités de l’avenir, à ne plus sacrifier au respect des traités le long cri de douleur qui s’élevait vers lui de tant de parties de l’Italie ».

    Quinze jours après, le mariage du prince Napoléon avec sa fille s’accomplissait. Et pendant les préparatifs, le général Niel et La Marmora, s’étant concertés à Turin pour une convention militaire (18 janvier 1859), ses ministres vinrent à la fin du mois demander de l’argent, des troupes, et les moyens de former des légions de Lombards, de Romagnols « en vue du moment suprême où le sacrifice est un devoir sacré ».

    Toutes ces paroles agressives, ces actes, n’étaient peut-être pas très conformes à la résolution prise à Plombières de ne point attaquer l’Autriche, de ne pas révolutionner l’Italie.

    En vain les deux alliés s’efforçaient-ils de prouver que l’empereur François-Joseph et ses ministres les obligeaient, par leur attitude, à prévoir la guerre, à sauver la péninsule. Jamais, devinant leur calcul, le gouvernement autrichien n’avait, depuis deux ans, recommandé à ses agents et aux princes plus de concessions.

    La vérité, c’est qu’après avoir préparé l’attaque dans le silence et en se masquant, les hommes d’État, au moment décisif, ne purent négliger le concours des peuples, et la ressource de leurs sacrifices.

    Napoléon III, contre la résistance de sa femme, de ses généraux, de ses conseillers, Morny, Walewski, Vaillant, Pélissier, Castellane, sentit le besoin de réveiller en France les sentiments de générosité et de gloire, d’exciter les Français au nationalisme et à la haine de l’Autriche.

    Cavour et son maître, à qui la révolte en Toscane et à Modène échappait, durent aussi soutenir les efforts des patriotes et des comités d’un ton plus ferme et publiquement. Pour rassurer les cours européennes, ils n’avaient point voulu renouveler la crise de 1848, la croisade des peuples et des races. La nécessité les y ramenait. Et un instant, pour Cavour et pour l’Italie, le risque fut grand d’un recul brusque et peut-être illimité de leurs espérances.

     

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