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  • 14 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 13 juillet 1900 – La bataille de Tien-Tsin dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-tien-tsin-150x150

     

    La bataille de Tien-Tsin

    D’après « Campagne de Chine (mai à septembre 1900) : journal d’un officier » – Lieutenant Marcel Saillens- 1905

     

    La nouvelle de l’arrivée du 2e bataillon de Cochinchine (commandant Roux) fut connue à Tien-Tsin dans l’après-midi du 11 juillet.

    La voie ferrée entre Takou et Tien-Tsin étant à peu près réparée, ce bataillon fut transporté en chemin de fer jusqu’à Chung-Liang-Tcheng, où il débarqua à hauteur du camp russe, dans la matinée du 12 juillet et arriva à Tien-Tsin dans la soirée par le chemin qui suit la plaine entre la voie ferrée et la rive gauche du Peï-Ho.

    Ce bataillon, à effectif réduit, fut logé partie à l’Amirauté chinoise, partie dans la rue du Consulat (maison Philipot). Il concourut au service des avant-postes dès son arrivée.

    Composition du 2e bataillon de Cochinchine :
    - Etat-major : MM. Roux, chef de bataillon ; Bouët, capitaine-major ; Fortoul, médecin principal.
    - 1e Compagnie : MM. Legrand, capitaine ; Fabre, lieutenant.
    - 2e Compagnie : MM. Marty, capitaine ; Lacoste, lieutenant.
    - 3e Compagnie : MM. Génin, capitaine ; Baudon, lieutenant.
    - 4e Compagnie : MM. Lionnet, capitaine ; Favard, lieutenant.
    Effectif du bataillon : 500 sous-officiers, caporaux, clairons et soldats.

    Composition de la 13e batterie de montagne
    MM. Julien, capitaine en 1er ; Bianchi, capitaine en 2e ; Lefèvre et de Battisti, lieutenants. Environ 160 hommes, auxiliaires compris.
    Chevaux, 5 ; mulets, 60.

    Munitions
    Une réserve de munitions d’infanterie et d’artillerie avait été transportée. Elle était proportionnelle aux effectifs mobilisés.

    Le bataillon du Tonkin et le 2e bataillon de Cochinchine n’étaient guère plus favorisés que le bataillon Feldmann au point de vue vivres. Mais les hommes étaient bien moins fatigués. Ils avaient presque tous leurs bagages.

    Le bataillon Feldmann, bien qu’un peu soulagé au point de vue service, n’en était pas moins le plus mal approvisionné et le plus éprouvé.

    Près de 2000 soldats français et deux batteries étaient, à cette date, réunis à Tien-Tsin pour la défense des concessions et de la gare. C’était loin d’être suffisant pour assurer la surveillance permanente, de concert avec les alliés, si on voulait donner aux diverses unités un certain nombre de nuits de repos.

    Tout le monde était tenu en éveil soit pour renforcer les avant-postes pendant la nuit, soit pour effectuer les corvées de ravitaillement pendant le jour, soit encore pour faire des travaux d’organisation défensive.

    Les privations au point de vue nourriture et installation n’étaient pas grand’chose auprès de cette fatigue accablante qui résulte d’une insomnie continuelle. Tout Tien-Tsin en était là à cette date, troupes et population civile… Conséquence naturelle du souci du danger que l’on sentait grandir alors que les moyens de l’enrayer étaient de plus en plus problématiques.

    De Pékin, on ne savait pas grand’chose à cette époque. De temps à autre, un Chinois fidèle, à moitié nu, arrivait de la capitale après avoir couru souvent mille dangers et toujours après avoir rôdé plusieurs jours dans la campagne afin d’éviter d’être saisi par les rebelles.

    On savait que les Légations et le Pétang en étaient réduits à leurs propres moyens de défense pour faire face à un ennemi qui devenait de plus en plus nombreux. Ce qui enhardissait les Chinois était l’immobilité à laquelle les alliés étaient contraints. La sortie du 9 juillet était insignifiante comme effet moral produit.

    Dans cette situation inquiétante, les troupes françaises étaient les plus intéressées, puisqu’elles étaient au premier plan, les plus exposées, la concession étant en contact immédiat avec l’ennemi.

    Le nombre de tués, de blessés, de malades, par suite des privations et des fatigues, allait en grandissant d’une façon inquiétante. Tous ces efforts pour rien, sans résultat. .. Cette situation ne pouvait se prolonger sans risquer de voir les effectifs français fondre en pure perte. Les autres alliés étaient dans une situation à peu près identique.

    Quelques milliers d’hommes de toutes nations et un peu de grosse artillerie arrivèrent dans la place du 10 au 12 juillet. C’est alors que, dans une réunion tenue le 12 juillet au matin, le plan projeté le 3 juillet fut repris et adopté. Ce conseil de guerre fut présidé par l’amiral russe Alexéieff.

    Le projet d’attaque était le suivant :
    - Tout ce qu’il y a de disponible dans Tien-Tsin sera réuni et formé en deux groupes principaux. Celui de la rive gauche (1er groupe), celui de la rive droite, (2e groupe).
    - Le 1er groupe : 3000 Russes environ, 2 compagnies allemandes, 12e batterie de montagne française, opérera un mouvement tournant sur le nord-est du camp chinois, et, après avoir enlevé les fortins de la rive gauche entre le Peï-Ho et l’Ou-Taï, essayera, de couper la retraite aux Chinois sur la route de Pékin.
    - Le 2e groupe, composé de tout ce que les autres alliés pourront réunir, sera réparti en trois colonnes, qui manœuvreront sur le Sud et l’Ouest de la ville, enlèveront l’arsenal de l’Ouest, la cité murée, et, en traversant la ville au pont du Yamen du vice-roi, iront par le Centre et par l’Ouest donner la main aux Russes, à la sortie Nord de Tien-Tsin, sur la route de Pékin.

    Les effectifs disponibles du 2e groupe étaient les suivants :
    Français : 2 bataillons (dont un dans les concessions et la gare), 1 batterie (13e).
    Japonais : 2 bataillons, 3 batteries.
    Anglo-Américains : 2 bataillons, 1 batterie.
    Au total : 7000 hommes.

     

    Journée du 13 juillet.

     

    Voyons comment s’exécuta le plan qui devait décider de la délivrance de Tien-Tsin et procurer aux assiégés, au prix de grands sacrifices c’est vrai, un repos bien mérité.

    Examinons, heure par heure, ce qui se passa successivement, d’abord sur la rive droite, ensuite sur la rive gauche du Peï-Ho pour chacun des deux groupes.

    Les Russes avaient, la veille, opéré une reconnaissance du canal de l’Outaï, ce qui leur permit, le 13 juillet, de marcher à coup sûr et de choisir un point favorable pour franchir ce canal sans trop de pertes.

     

    Sur la rive droite.

    4 heures du matin. Le 2e groupe, sous la direction du général japonais, quitta les cantonnements vers 3h30 du matin. Il se divise en trois colonnes.

    La 1e colonne était la colonne française, com- posée du bataillon Feldmann – compagnies Martin, Saillens, Poch, Verdun, et de la 13e batterie de montagne, (batterie Julien).

    L’infanterie chemine le long du mur d’enceinte, entre le parapet et le Canal. Elle put arriver ainsi, sans être vue, à environ 300 mètres de l’arsenal de l’Ouest. Les quatre compagnies, dirigées par le colonel de Pélacot, se massèrent en face de l’arsenal. Masquées par le mur de terre, elles étaient absolument à l’abri. Une section de la compagnie Martin fut détachée sur une position de flanc, à l’est de l’arsenal. Cette fraction se porta sur l’emplacement sans pertes.

    La 13e batterie française ne pouvant suivre l’infanterie derrière le mur de terre, reçut l’ordre d’exécuter le mouvement tournant fait par les batteries des 2e et 3e colonnes.

    La 2e colonne, composée de Japonais exclusivement (cavalerie, infanterie, artillerie), et la 3e colonne, constituée par les Anglo-Américains, débouchèrent dans la plaine Sud-Ouest de l’arsenal par la route du champ de courses et vinrent prendre une position d’attente sur le prolongement de la 1e colonne (Français), à l’abri du même mur en terre, mais sur la rive extérieure du canal face au Nord.

    Il était environ 5 heures du matin quand toutes les troupes du 2e groupe se trouvèrent massées à environ 100 mètres de l’arsenal de l’Ouest, à l’abri du mur de terre.

    Les batteries ayant pris une première position de tir sur la berge extérieure du canal, ouvrirent un feu nourri sur la cité, tirant au hasard par-dessus le mur d’enceinte.

    Pendant ce temps, un pont fut jeté par les Japonais en face de la porte Sud. (Le radeau utilisé pour établir ce pont avait été traîné par les Japonais, qui l’avaient confectionné la veille dans les concessions.)

     

    La porte Sud de la ville murée.

    A la suite d’une petite fraction de Japonais, le peloton du lieutenant Piquerez franchit la porte sud de l’arsenal et se porta sans pertes derrière le premier groupe de maisons sur la digue qui mène à la cité murée. La fraction japonaise se terra derrière un fossé à côté de l’arsenal et ouvrit le feu sur les Chinois qui commençaient à quitter les premières maisons du faubourg sud.

    Sous la protection de ces deux échelons, deux batteries japonaises s’engagèrent dans l’arsenal et vinrent prendre position sur un terre-plein qui précède l’entrée de l’arsenal ; ces deux batteries ouvrirent de suite le feu sur les faubourgs et la face sud de la cité murée.

    Ce tir nourri de l’artillerie permit à deux compagnies japonaises, au restant de la compagnie Martin, et à celle du lieutenant Saillens, de s’engager à leur tour dans les faubourgs de l’arsenal et d’y prendre une deuxième position d’attente pendant le tir de l’artillerie.

    Ce premier bond de l’artillerie et d’une partie des 1e et 2e colonnes s’était effectué très vite et presque sans pertes.

    L’ennemi tirait très peu de ce côté à ce moment-là. Son attention était sans doute attirée par le mouvement des Russes sur la rive gauche et par deux compagnies françaises qui, avec le lieutenant-colonel Ytasse, débouchèrent des faubourgs de la rue de Takou, et se déployèrent dans l’extra-concession française, avant que le feu ne fût ouvert sur la ville murée par les troupes des deux premières colonnes.

    Pendant près de deux heures, ces deux compagnies, suivant les ordres du colonel de Pélacot, attirèrent vers elles le feu des Chinois pour faciliter le franchissement du mur de terre par les troupes alliées.

    Dès que l’artillerie française eut pris place à côté de l’artillerie japonaise sur le terre-plein, une grêle de plomb s’abattit sur l’arsenal et fit de nombreuses victimes tant que dura le mouvement des deux premières colonnes qui, pendant le tir de l’artillerie, quittèrent leur première position d’attente et vinrent presque toutes se grouper derrière l’arsenal, où les maisons avoisinantes.

    A ce moment-là, vers 7 heures, les compagnies Martin et Saillens étaient seules aux prises avec l’ennemi. Les deux autres compagnies françaises étaient placées en réserve derrière le mur d’enceinte près de la porte sud.

    La cavalerie japonaise et une batterie, restées hors du mur d’enceinte, le longèrent à l’ouest, surveillant ainsi ce côté, et faisant un mouvement tournant vers le nord-ouest, avec une grande partie des Anglais de la 3e colonne.

    Les Anglo-Américains, s’engageant après les deux premières compagnies françaises et japonaises, avaient pris position derrière l’arsenal, d’où ils se disposaient à prolonger la ligne à droite. Ils restèrent longtemps en réserve.

    Il était environ 8 heures quand cessa la canonnade de l’artillerie japonaise et française, installées sur le terre-plein de l’arsenal.

     

    Sur la rive gauche.

    Que s’était-il passé à ce moment-là du côté des Russes (1er groupe). Comment se poursuivit ensuite l’attaque de la cité murée et du camp retranché Chinois ?

     

    Arsenal de l’Ouest. La digue qui mène à la Cité murée.

    La colonne russe avait quitté l’arsenal de l’Est dès 3 heures du matin. Une heure après, à la faveur du petit jour, les régiments Schirinski et Anisimow avaient franchi le canal de l’Ou-Taï sur une dizaine de chalands, que des fourgons d’artillerie avaient amenés du camp, et sur des jonques trouvées sur place.

    Ce mouvement s’était opéré à un kilomètre du mur de terre, en dehors des vues de l’ennemi.

    Au lever du jour, quand les premiers éclaireurs du régiment du colonel Antukow furent aux prises avec les Chinois des avant-postes du sud, les colonnes Anisimow et Schirinski n’étaient plus qu’à une faible distance des forts du camp chinois, entre l’Ou-Taï et la boucle du Peï-Ho. Ces deux colonnes cheminèrent le long du canal et du mur de terre et tournèrent les forts.

    Ce fut une grande surprise pour les Chinois qui, presque sans avoir tiré, abandonnèrent une batterie de six canons Krupp, laquelle, installée au pont du chemin de fer de l’Ou-Taï, avait si longtemps criblé de mitraille le camp russe et les concessions.

    Serrés de près par les colonnes russes du général Stessel, les Chinois lâchèrent leur ligne extérieure de défense pour se réfugier dans les deux forts principaux du camp retranché.

    A 8 heures, les Russes étaient maîtres des faubourgs et de trois forts extérieurs. Ils avaient, avec le concours de la 12e batterie française, fait sauter la grande poudrière du principal fort chinois.

    La marche subit un arrêt de ce côté, vers 10 heures du matin.

    Les Russes du colonel Antukow occupèrent les faubourgs, ceux d’Anisimow et de Schirinski garnirent les forts enlevés, le mur d’enceinte, tandis qu’une partie se disposait à longer la voie ferrée pour se porter sur l’arsenal de Sikou.

     

    Sur la rive droite.

    C’est après l’explosion de la poudrière, due au tir de la batterie Joseph, que la marche en avant du 2e groupe fut reprise.

    Le mouvement des Russes avait réussi ; les Chinois étaient ébranlés. C’était le moment de se porter à l’assaut de la cité murée et de l’enlever pour compléter la défaite de l’ennemi.

    Comme il était convenu, c’est par bonds successifs que la marche eut lieu sur la digue découverte, coupant un vrai marécage et battue par une pluie de projectiles.

     

    Fort de la rive gauche de Peï-tang-ho.

    La batterie française, dont les munitions étaient épuisées, allait se placer à l’abri du mur de terre pour y attendre les munitions que son échelon de combat était allé chercher dans les concessions.

    C’est avec une résolution remarquable que la tête de la colonne française se porta sur la ligne, baïonnette haute. Le reste du bataillon suivit, malgré la grêle de balles que provoqua cette marche hardie.

    Les Japonais, à qui il en coûtait de se voir distancés, se mêlèrent aux Français dans cette « fuite en avant », où tant de braves marsouins trouvèrent la mort ou tombèrent blessés grièvement. En moins d’un quart d’heure, le bataillon français et les Japonais se trouvèrent groupés dans les faubourgs de la face sud de la cité qu’ils occupèrent sur un front d’environ 500 mètres.

    10 heures du matin. A partir de ce moment-là, les Alliés progressèrent lentement car l’ennemi, acharné, engagea une lutte presque corps à corps et ajusta son tir.

    Les troupes du 2e groupe n’étaient plus qu’à 500 mètres des murs de la cité. L’artillerie (quelques pièces japonaises et françaises) essaya d’ouvrir une brèche ; ce fût en vain. Toute l’artillerie se retira et alla se mettre en réserve près de l’arsenal.

    Pendant ce temps, les compagnies placées sous les ordres du lieutenant-colonel Ytasse (compagnies Pernoc, Marty, Génin, Legrand), dont le rôle était terminé, furent rassemblées et portées derrière une position abritée, dans le voisinage de l’école de médecine, prêtes à protéger la retraite du bataillon Feldmann, au cas où ce dernier serait obligé de se retirer.

    Les Anglais s’étaient engagés sur la digue et occupaient les faubourgs de l’arsenal avec les Japonais.

    Les Américains avaient quitté leur position d’attente et s’étaient avancés sur la cité en prolongeant à droite la ligne franco-japonaise. Une manoeuvre malheureuse sous le feu violent des Chinois leur coûta des pertes sensibles en hommes et en chevaux.

    La cavalerie japonaise seule surveillait la campagne à l’ouest, hors du mur d’enceinte et continuait le mouvement tournant vers le nord.

    La marche en avant ayant subi un arrêt forcé par suite du manque d’artillerie assez puissante pour entamer les murailles de la cité, le commandant des troupes françaises décida de se cramponner sur les positions conquises pour y passer la nuit. On prendrait ses dispositions pour faire brèche le lendemain matin, et le 14 juillet l’assaut serait donné.

    Cet avis fut partagé par le commandant des forces japonaises qui maintint ses troupes sur les positions conquises.

    Les Anglais et les Américains furent sur le point de se retirer ; la fermeté des Français et des Japonais l’emporta et les Anglo-Américains se rapprochèrent des faubourgs, mais sans s’y engager.

     

    De midi à 5 heures. 

    Les troupes du 2e groupe, abritées dans les faubourgs, étaient trop près des murailles pour être exposées au tir de l’artillerie ennemie, impuissante déjà. Il s’agissait donc de s’abriter derrière les fossés, de patienter sans gaspiller de munitions.

    On se résigna à passer de longues heures dans l’immobilité, baïonnette au canon.

    C’eût été une grosse faute que d’essayer d’aborder la muraille ou de se mouvoir à découvert. Tout ce qui paraissait sur la digue pouvait être considéré comme sacrifié, car le feu de l’ennemi, bien ajusté du haut des murs, surtout depuis qu’on ne tirait plus sur lui, était devenu très efficace.

    Il fallait donc attendre la nuit pour enlever les morts et les blessés et songer au ravitaillement.

    Dès que la nuit fut venue, tout le monde se mit à l’œuvre pour prévenir un retour offensif de l’ennemi. Le feu cessa complètement vers 5 heures du soir. Le plus gros de la journée était fait. Des renforts furent envoyés, des munitions apportées.

    Les Japonais se procurèrent le nécessaire pour faire sauter la porte du sud, le 14 juillet au petit jour.

    La nuit du 13 juillet fut donc passée sur les positions conquises. On coucha à la belle étoile, sans prendre d’autre nourriture qu’un peu de viande de conserve et de biscuit. L’eau des marais étant à portée, on s’y désaltéra, l’eau filtrée étant insuffisante.

    Les troupes françaises furent admirables de courage et de résignation.

     

    Sur la rive gauche.

    Dans l’après-midi, tandis que les Russes et les deux compagnies allemandes conservaient aussi les positions conquises le matin, la 12e batterie française qui avait prêté son concours, rentra à son cantonnement de l’Amirauté.

     

    Défense de la gare.

    L’ennemi, bien que surpris et accablé par l’exécution d’un plan si hardi, tenta de faire un effort sérieux sur la gare. Cette attaque ne revêtit pas néanmoins le caractère des précédentes (4 et 11 juillet). La compagnie française (Bonnabosc) fût assez éprouvée par le feu d’un canon que les Chinois avaient, comme au 11 juillet, placé sur le flanc gauche des défenseurs de la gare.

    La compagnie Bonnabosc eut deux tués et sept blessés.

     

    Nuit du 13 au 14 juillet.

     

    Cette nuit fut employée à relever et enterrer les morts et à transporter les blessés, nombreux, hélas ! Beaucoup de soldats français moururent de leurs blessures, faute de soins, car tout faisait défaut dans ces bataillons d’avant-garde : médecins et brancards.

    Ce fut un bien triste spectacle que de voir expirer ces malheureux, grièvement blessés, il est vrai, mais qu’un prompt secours eût peut-être permis d’arracher à la mort qu’ils virent venir froidement. Les Japonais, chez lesquels un service de santé de campagne fonctionnait admirablement, firent preuve d’une noble générosité en prodiguant les premiers soins à de nombreux blessés français et en venant en aide au docteur Carmouze, le seul qui assistât au combat du côté de la première colonne (2e groupe).

    La nuit du 13 juillet fut calme. Les troupes françaises disponibles dans les concessions vinrent se placer en réserve près de l’arsenal de l’Ouest, prêtes à faire face à une attaque imprévue de l’ennemi sur le flanc gauche des Alliés.

     

    Journée du 14 juillet.

     

    Le 14 juillet au petit jour, les Japonais ayant fait sauter la porte du sud, les troupes françaises et japonaises s’engagèrent dans la cité murée. Les Français traversèrent le secteur nord-ouest, les Japonais le secteur nord-est. Une partie des maisons de la cité fut incendiée pour couvrir la marche dans les ruelles étroites et éviter de se laisser surprendre par les Chinois qui auraient pu tirer presque à bout portant.

    Les Français et les Japonais débouchèrent vite à la porte nord de la cité, où ils s’étaient donné rendez-vous, tandis que les Anglais et les Américains, pénétrant à leur suite, fouillaient la ville, s’y installaient déjà, les uns au sud-ouest, les autres au sud-est.

    Les réguliers chinois s’étaient retirés pendant la nuit avec la majeure partie des Boxers, chassant devant eux, dans la direction de Pékin, les trois quarts de la population chinoise de Tien-Tsin jusque-là enfermée dans la ville murée.

    Les Russes s’emparèrent des derniers forts de la rive gauche et donnèrent la main aux autres Alliés qui avaient opéré sur la rive droite et débouché au yamen du vice-roi (Yu-Lu). De là, les Russes poussèrent jusqu’à l’arsenal de Sikou, dont ils s’emparèrent dans l’après-midi.

    Tien-Tsin était enfin délivrée.

    Les Chinois avaient éprouvé des pertes assez sérieuses, du côté des Russes surtout. Nous ne pensons pas que les troupes du 2e groupe aient fait beaucoup de victimes dans les rangs de l’ennemi. Ces gens-là savent si bien se cacher… fuir aussi ?

    Pourtant, jamais comme ce jour-là, le Peï-Ho n’avait roulé tant de cadavres chinois : Boxeurs ou réguliers, femmes, enfants, vieillards, mêlés à des cadavres d’animaux.

    Les pertes en matériel de tout genre furent énormes pour les Chinois. Les Russes surtout trouvèrent des batteries entièrement neuves, de beaux canons Krupp de campagne et de siège, dans les forts du camp retranché chinois, des quantités de munitions et d’armes blanches.

    A Sikou, de grands approvisionnements de munitions et de matériel de guerre furent sacrifiés, brûlés. Les Russes, néanmoins, trouvèrent là pour plusieurs millions de matériel de campagne.

    800 blessés ou tués de toutes nations furent le prix de cette victoire, qui fit sombrer la fortune des armées chinoises et décida l’impératrice et son esclave Kuang-Su, empereur, à envisager l’éventualité d’une retraite vers le sud-ouest, laissant aux mânes des ancêtres le soin de sauvegarder la capitale des Célestes.

    Les pertes des Français pendant ces deux journées furent les suivantes :
    Bataillon de l’école de médecine (lieutenant-colonel Ytasse). 2 officiers blessés (MM. Pernot, capitaine, et Fabre, lieutenant) ; Troupe : 4 tués, 6 blessés.
    Bataillon Feldmann, cité murée (2e groupe). 1 officier tué (lieutenant Piquerez) ; 2 officiers blessés (MM. Saillens, lieutenant, et Garrigue, sous-lieutenant) ; Troupe : 15 tués, 53 blessés.
    Gare (compagnie Bonnabosc). Troupe : 2 tués, 7 blessés.
    Artillerie de marine. 12e batterie (batterie Joseph) : 1 officier blessé (capitaine Joseph) ; Troupe : 3 canonniers blessés – 13e batterie (batterie Julien) : 2 officiers blessés (capitaine Julien, lieutenant de Battisti) ; Troupe : 4 canonniers européens blessés, 2 canonniers auxiliaires.
    Total : 22 tués, dont un officier ; 93 blessés, dont 9 officiers, y compris le chef d’escadron Vidal, attaché militaire, blessé dans la nuit du 13 juillet, sous la tente.

    Le 14 juillet fut un vrai jour de fête. On pourrait facilement ajouter que la fête nationale française fut une fête internationale à Tien-Tsin, où la population retrouva les anciens jours de tranquillité.

    Dans cette bataille, la part d’effort des Français fut énorme, comme on peut en juger par les pertes subies (environ 120 sur 800), et le récit de cette journée où les marsouins tinrent toujours la tête du mouvement « en avant… ».

    Nous insistons sur ces mots « en avant », car au lendemain de cette victoire, les feuilles anglaises locales et autres voulurent bien affirmer que les Français n’étaient pas restés en arrière – c’est tout dire !

     

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