• 7 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 6 juillet 1779 – Le combat naval de la Grenade dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-combat-naval-de-la-grenade-150x150

     

    Le combat naval de la Grenade

    D’après « Histoire de la guerre de l’indépendance des États-Unis d’Amérique » – Carlo Giuseppe Botta – 1813

     

    Les Français s’étaient à peine emparés de l’île de Grenade, que dès le 6 juillet, l’amiral Byron parut avec toute sa flotte en vue du port de Saint-Georges. Elle était suivie d’un grand nombre de transports chargés de troupes de débarquement tirées de Sainte-Lucie.

    Cet amiral avait accompagné, jusqu’à une certaine hauteur, les convois des Antilles qui se rendaient en Europe, et il leur avait laissé une escorte suffisante pour achever leur traversée. Il était ensuite retourné à son mouillage de Sainte-Lucie, avec dix-neuf vaisseaux de ligne et une frégate, qui lui restaient.

    C’est là qu’il avait appris la perte de Saint-Vincent. Il s’était aussitôt concerté avec le général Grant, sur les moyens de reprendre cette île. Il s’y dirigeait avec les troupes qu’il avait embarquées, lorsque dans le trajet, il fut informé que le comte d’Estaing attaquait la Grenade. Il se décida sur-le-champ à voler à son secours.

    L’amiral français, de son côté, fut averti par les frégates qu’il avait envoyées à la découverte, de l’approche de la flotte anglaise. Il fit aussitôt signal à ses vaisseaux d’appareiller et de se former en ligne. Quelques-uns avaient déjà obéi, et les autres allaient les suivre, quand l’armée anglaise s’approcha toutes voiles dehors, et présenta le combat au comte d’Estaing.

    Les vents soufflaient de l’Est et de l’Est-Nord-Est : ils étaient donc favorables à une escadre venant de Sainte-Lucie sur la Grenade.

    A la vue de l’ennemi, l’amiral français ordonna à ceux de ses vaisseaux qui n’avaient pas encore appareillé, de couper leurs câbles et de prendre rang avec les autres dans l’ordre de bataille. Mais les Anglais approchant toujours, chaque vaisseau se plaça dans la ligne, sans avoir égard à son poste ni à son rang.

    Les Anglais avaient l’avantage du vent, et ils portaient sur la Grenade, dans l’idée que lord Macartney y tenait encore. Leurs bâtiments de transport étaient à la suite de leur arrière-garde. Les Français étaient sous le vent, et couraient à bord opposé. Les Anglais désiraient vivement engager une action générale, parce qu’ils se flattaient, en battant leurs ennemis, de reconquérir la Grenade. Le comte d’Estaing, au contraire, dont le but principal était de se rendre maître de cette île, et qui l’avait atteint, répugnait à remettre au hasard un point déjà décidé.

    Au lieu de livrer une bataille rangée, il eût donc préféré de se borner à repousser l’ennemi, et à faire échouer tous ses projets sur la Grenade. Au reste, les deux amiraux, quoiqu’avec des intentions différentes, se trouvèrent bientôt en présence l’un de l’autre.

    Il n’y eut d’abord que quinze vaisseaux français qui purent prendre part au combat, la violence des courants ayant fait tomber les autres sous le vent. Le vice-amiral Barrington, qui commandait l’arrière-garde, se porta sur l’avant-garde des Français, avec les vaisseaux le Cornwall, le Boyne et le Sultan.

    L’action s’engagea avec fureur ; mais les trois vaisseaux anglais n’étant pas rejoints à temps par le reste de leur division, et ayant affaire à une force supérieure, furent extrêmement endommagés, surtout dans leurs agrès.

    Tel est ordinairement le résultat de la manière de pointer des Français dans les combats de mer. Et dans celui-ci, ils tiraient de loin et sous le vent, ce qui devait encore contribuer à relever leurs coups. Barrington fut blessé. Cependant, le reste de l’escadre anglaise le rejoignit ; et, de son côté, le comte d’Estaing ralliait successivement ceux de ses vaisseaux qui n’avaient pu d’abord se former en ligne avec les quinze premiers.

    Les Anglais couraient toujours sur la Grenade, pendant que leur convoi se maintenait sur leur gauche vers la haute-mer, leur ligne de bataille se trouvant formée entre ce convoi et la flotte française. Les deux armées se prolongeant ainsi à bord opposé, le combat ne cessa que lorsqu’elles se furent dépassées mutuellement.

    Mais les vaisseaux anglais étant arrivés par rang de vitesse, et conséquemment un peu en désordre, tandis que les Français, plus maîtres de leurs manœuvres, avaient mieux gardé leurs distances, il s’ensuivit que quelques-uns des premiers eurent à supporter individuellement le feu d’un grand nombre des seconds.

    Parmi ceux qui souffriront le plus, on distingua le Grafton, le Cornwall et surtout le Lion. Ce dernier était si maltraité, qu’il paraissait prêt à couler : le Montmouth, qui avait osé se mettre en travers de l’avant-garde française, pour l’arrêter et la forcer de combattre de plus près, fut réduit dans un état non moins alarmant.

    Cependant, la tête de l’avant-garde anglaise, continuant à forcer le vent, était parvenue à l’entrée de la baie de Saint-Georges. Mais le pavillon français qui flottait sur les forts, et plusieurs boulets partis des batteries de terre, ne permirent plus à l’amiral Byron de douter de la prise de l’île.

    Convaincu que dans l’état actuel de sa flotte, il ne pouvait plus espérer de succès contre des forces aussi supérieures, il fit signal au capitaine Barker, qui commandait le convoi des transports, de changer de route et de gagner le plus promptement possible Antigoa ou Saint-Christophe. Pour le mettre à couvert d’une attaque de la part de l’ennemi, il remonta lui-même vers le nord. Mais les trois vaisseaux le Grafton, le Comwall et le Lion, qui ne pouvaient presque plus se gouverner, restaient tellement en arrière, qu’il était à craindre qu’ils ne tombassent sous le vent et dans les eaux des Français, auxquels il leur serait impossible d’échapper.

    Le comte d’Estaing s’étant aperçu de leur état, avait viré de bord et mis le cap au sud pour faire ce que redoutait Byron, c’est-à-dire pour couper et enlever ces trois vaisseaux. Aussitôt l’amiral anglais, pour les sauver, revira de bord également, et se dirigea de nouveau vers le sud.

    Pendant que les deux flottes ennemies manœuvraient ainsi en présence l’une de l’autre, le Lion faisant route avec ce qui lui restait de voiles, marcha à l’ouest, et gagna la Jamaïque au bout de quelques jours.

    Le comte d’Estaing aurait pu s’en emparer aisément, mais il ne voulut pas disperser sa flotte dans la crainte de tomber sous le vent de la Grenade, puisqu’il avait l’intention d’y revenir mouiller.

    Le Grafton et le Cornwall, parvinrent à se rallier à leur amiral avant que les Français ne les atteignissent. Le Montmouth ne pouvant plus tenir la mer, fut envoyé promptement à Antigoa. Les deux armées restèrent en vue l’une de l’autre jusqu’à la nuit, les Anglais se maintenant toujours au vent pour couvrir la retraite de leur convoi. L’infériorité de leurs forces et les avaries qu’ils avaient reçues, ne leur permettaient plus de renouveler l’engagement.

    Les Français restèrent sous le vent sans chercher à les inquiéter, soit à cause de cette position même, soit parce que leur amiral jugea imprudent de courir de nouveaux hasards. Il pouvait représenter comme une victoire ce qu’il avait fait jusque-là, et il avait probablement des motifs pour éviter les actions décisives.

    Le lendemain matin, il vint jeter l’ancre dans la rade de Saint-Georges, aux acclamations des soldats et des habitants français, qui avaient été spectateurs du combat. Les bâtiments de transport de l’ennemi, sauf un seul, qui tomba au pouvoir des Français, arrivèrent tous en sûreté à Saint-Christophe.

    L’amiral Byron, après avoir encore tenu la mer pendant quelques jours, alla relâcher dans la même île.

    Les Anglais y eurent cent quatre-vingt-trois hommes tués, et trois cent quarante-six blessés. Quant à leurs vaisseaux, ils furent presque entièrement désemparés.

    La perte des Français fut plus considérable, tant par suite de la manière de tirer des Anglais, que parce que leurs vaisseaux étaient encombrés de matelots et de troupes de terre. Outre plusieurs officiers de marque, ils eurent environ deux cents hommes tués, et le nombre de leurs blessés s’éleva à près de huit cents.

    La nouvelle du combat de la Grenade fut accueillie en France avec de grandes démonstrations de joie. Suivant l’usage observé lors des victoires importantes, le roi écrivit à l’archevêque de Paris, pour qu’il fût chanté un Te Deum dans l’église métropolitaine.

    Le comte d’Estaing prétendait effectivement avoir été victorieux. Il alléguait en sa faveur qu’il avait tenu ses feux allumés toute la nuit qui suivit l’engagement ; que Byron avait refusé pendant plusieurs heures de le renouveler, quoiqu’il eût l’avantage du vent ; que les Anglais n’avaient fait aucune démonstration pour sauver le Lion, tandis qu’il s’éloignait avec peine du champ de bataille vers l’ouest ; que la flotte française avait pris un bâtiment à l’ennemi, conquis la Grenade, et empêché Byron de la reprendre ; enfin, qu’elle s’était assuré l’empire de la mer dans ces parages.

    Il est constant, à la vérité, que l’amiral anglais voyant ses vaisseaux grièvement maltraités dans leur mâture et leurs agrès, et manquant presque totalement de moyens pour les réparer, s’était réfugié à Saint-Christophe, résolu de n’en sortir que lorsque l’ennemi aurait divisé ses forces, ou que lui-même aurait augmenté les siennes.

    Sa retraite répandit l’épouvante parmi tous les colons des îles anglaises, qui, depuis longtemps, n’étaient plus accoutumés à voir les Français maîtres de la mer.

    Peu de jours après le combat, le comte d’Estaing ayant réparé ses vaisseaux, appareilla de nouveau et alla se présenter devant l’île de Saint-Christophe. Byron s’y était embossé dans la rade de basse-terre : l’amiral français chercha vainement à l’attirer au large pour combattre. Fatigué de son immobilité, il se dirigea sur Saint-Domingue, où il rassembla tous les bâtiments marchands des différentes îles. Il en forma un convoi, qu’il fit partir pour l’Europe, sous l’escorte de deux vaisseaux de ligne et de trois frégates.

     

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