• 7 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 3 juillet 1866 – La bataille de Sadowa dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-sadowa-150x150

     

    La bataille de Sadowa

    D’après « Sadowa. Les Prussiens en campagne » – Paul de Katow – 1869

     

    Le prince Charles avait établi son quartier général à Kamenitz, petit village situé à un kilomètre sur la gauche de la chaussée. Au delà s’étend une immense plaine. Au fond, à l’est, on aperçoit une chaîne de montagnes qui se perdait au loin dans le brouillard. Dans cet espace, comprenant une étendue de plusieurs lieues carrées, la première armée campa dans la nuit du 2 au 3 juillet.

    Après les combats de Trautenau, Nachod, Skalitz et Kœniginhof, une partie de l’armée du prince royal s’était concentrée près de Miletin, petite ville située à deux lieues à l’ouest du camp de la première armée. L’armée de l’Elbe était campée à deux lieues au sud de Kamenitz, près des villages de Hochiveschi et Smidar.

    Le 2 juillet, des patrouilles de cavalerie furent lancées dans toutes les directions afin de reconnaître les positions de l’ennemi.

    Le lieutenant de Alvensleben, du 3e régiment de dragons, fut surpris par un détachement de cavalerie ennemie, qui s’élança bride abattue à la poursuite de la patrouille prussienne. Celle-ci, grâce à la vitesse de ses chevaux, parvint à rejoindre les avant-postes ; mais le lieutenant fut grièvement blessé à la main gauche par une balle de mousquet.

    Malgré cette blessure, qui le forçait à porter le bras en écharpe, il voulut prendre part à la bataille ; acte de courage qu’il paya de sa vie. Quelques heures après l’affaire de Rosberitz, on ramassa son cadavre. Il était horriblement mutilé.

    Par les rapports des officiers envoyés en reconnaissance, on acquit la certitude que l’armée autrichienne était concentrée sur la rive droite de l’Elbe, à l’est de la forteresse de Koeniggraetz ; et, dans la prévision d’une grande bataille que l’on croyait livrer le lendemain, on expédia des ordres aux différents chefs de corps.

    Le ciel était couvert de gros nuages, un vent glacial soufflait par rafales lugubres à travers cette vaste plaine, et la pluie qui tombait par averses détrempait le sol et s’extravasait en larges flaques dans les nombreuses inégalités du terrain. Les feux du bivouac, comme des spectres rouges, s’étendaient à perte de vue, se tordant sous l’action du vent, et les soldats, couchés dans la boue, grelottaient de froid. Cette plaine avait un aspect sinistre.

    Le soir, à onze heures, toute l’armée fut sur pied, et vers deux heures du matin, elle se mit en mouvement. Le plus grand silence fut observé dans les rangs.

    La marche fut pénible ; l’artillerie ne se fraya un chemin à travers les ornières à fond de vase creusées par la pluie qu’au moyen d’efforts inouïs, et les soldats d’infanterie, fouettés au visage par les blés mouillés, se traînaient lentement, glissant à chaque pas sur un sol gluant et fangeux.

    Vers trois heures, on atteignit Horsitz, au milieu d’une pluie battante. L’armée fit halte, puis après un quart d’heure de repos, on se remit en marche.

    La 7e division (général Franseky) prit à gauche et se dirigea vers Benatek par Chevalina et Jerchitz. La 3e et la 4e prirent à droite, dans la direction de Pschaneck.

    Vers cinq heures, la réserve (3e corps) s’arrêta en avant de Klenitz, et la 8e division gravit la hauteur de Dub, d’où l’on découvre les villages situés le long du bois, sur la rive gauche de la Bistritz.

    Si le lecteur veut se faire une idée du champ de bataille, qu’il se figure une profonde vallée de quatre kilomètres de largeur sur huit de longueur, quelque chose ayant la forme d’un œuf, dominé à l’ouest par une ceinture de mamelons très élevés, étagés en amphithéâtre et boisés.

    Aux pieds de ces mamelons, un bras de l’Elbe, la Bistritz, enveloppe le champ de bataille, et de nombreux villages sont disséminés çà et là dans la vallée. A l’est, l’Elbe et derrière l’Elbe, la forteresse de Koeniggraetz. La guerre a de sublimes beautés.

    Les Prussiens firent halte dans le vallon, au-dessous des hauteurs de Dub et se formèrent en bataille.

    Colossale agglomération : des milliers de sabres, de baïonnettes, de canons, cratères de volcans prêts à vomir la mort ; une armée entière défilant, se massant, formant ses colonnes d’attaque, silencieuse, à peine quelques éclats de voix des officiers qui commandaient. Puis, en face, à trois kilomètres, invisibles dans la nuit des forêts, cachés derrière les épaulements, les créneaux, les plis de terrain, 750 canons, la gueule béante, et 250000 hommes qui attendaient l’arme au pied.

    A sept heures, au son des fanfares et des trompettes, quelques escadrons de cavalerie et plusieurs batteries d’artillerie descendirent en galopant au petit trot la côte qui s’incline vers Sadowa, rasant la rivière, comme pour provoquer l’ennemi au combat.

    Une batterie autrichienne fit feu ; les Prussiens répondirent, mais faiblement, et de part et d’autre, la canonnade se borna pendant quarante minutes à un échange de coups isolés.

    Tout à coup, une immense clameur retentit au loin et se rapprocha insensiblement de Dub. C’étaient les cris d’enthousiasme que les troupes faisaient entendre en l’honneur du roi de Prusse, qui venait se mettre à la tête de l’armée.

    La pluie avait cessé et les nuages semblaient vouloir se dissiper. De nouvelles batteries furent dirigées vers Sadowa, et l’attaque du centre commença.

    Les montagnes s’embrasèrent soudain depuis leurs bases jusqu’aux sommets ; un orage de fer et de feu s’abattit dans les rangs des Prussiens. Formidables détonations répercutées par l’écho des forêts. La terre en trembla.

    Un instant, un vaste rideau de fumée enveloppa les combattants. On ne distinguait plus à travers ce nuage que les éclairs rapides et bleuâtres des canons. L’artillerie prussienne, quoique en plaine et exposée à tous les coups de l’ennemi, ne faiblit pas ; son feu, dirigé avec sûreté, fit de terribles ravages dans les batteries autrichiennes.

    L’infanterie frémissante attendait le moment d’entrer en lice.

    Les Autrichiens s’étaient fortement retranchés dans les villages de Dohalitz et de Mokrowaus situés, le premier, à un kilomètre de Sadowa, le second à un demi-kilomètre plus loin.

    De grandes fermes construites en pierre et les églises assuraient à leur artillerie des abris presque inexpugnables.

    La 5e et la 6e brigade d’infanterie prussienne se postèrent à huit heures devant Zowaldki, sur la chaussée. A neuf heures, le général Lanuschowski donna l’ordre de s’avancer vers la Bistritz. Elles se formèrent en deux colonnes, exécutant, sous le feu de l’ennemi, leurs mouvements avec la même précision que sur le champ de manœuvre.

    L’artillerie autrichienne, établie sur les hauteurs qui dominent ces deux villages et Problus, inonda tout-à-coup la contrée environnante de ses grenades, tandis que celle des Prussiens ripostait avec peine au feu de l’ennemi et éprouvait d’énormes pertes d’hommes et de chevaux.

    La position n’était pas tenable. Les Prussiens traversèrent la rivière à gué et s’élancèrent à l’assaut. Mais, écharpés par la mitraille, décimés par les tirailleurs embusqués aux fenêtres des maisons, derrière les haies, les arbres, les murs pourvus de meurtrières, etc., ils avançaient lentement.

    Les Autrichiens firent des efforts désespérés pour se maintenir, mais il fallut enfin céder le terrain. Les deux villages furent occupés par l’ennemi, et les pionniers construisirent un pont sur la Bistritz.

    Pendant que ces événements se passaient à Dohalitz et Mokrowaus, la division Franseky s’était approchée de Benatek (à la gauche de Sadowa). Le village fut incendié et attaqué par le 27e de ligne, un bataillon du 67e et une batterie de quatre.

    La lutte s’engagea terrible et opiniâtre, les maisons flambaient comme de la paille, les flammes et la fumée, poussées par le vent, s’élevaient en tourbillons à une hauteur immense et formaient de tous côtés comme un rideau de feu.

    Là, dans ce brasier, à travers les ruines, guidés par l’instinct de la destruction, ils se ruèrent les uns sur les autres avec une furie sans égale. Les bataillons se divisèrent par groupes : ni l’attaque ni la défense n’eurent plus de direction. Ce fut une suite de combats corps à corps, d’assauts, de ruines, d’égorgements féroces ; chaque rue, chaque maison eut son monceau de cadavres, son ruisseau de sang.

    Mais les Autrichiens résistaient toujours. Alors le général Franseky lança une colonne qui tourna le village, et, lorsque l’ennemi vit que ses communications allaient être coupées, il battit précipitamment en retraite, laissant une foule de prisonniers entre les mains des Prussiens.

    Ceux-ci s’avancèrent vers le bois situé sur les hauteurs de Maslowed, et le combat se renouvela avec plus de fureur encore. Les uns et les autres, protégés par les arbres, se fusillèrent à bout portant ; ce fut une véritable chasse à l’homme.

    Les Autrichiens, couchés le long des haies, plongeaient leurs feux croisés dans les masses ennemies, qui, bravant la mort avec un sublime courage, avançaient toujours, culbutant les faibles fantassins qui osaient risquer de se battre à découvert.

    L’ennemi recula pas à pas, mais non sans faire éprouver de cruelles pertes aux Prussiens, qui laissèrent dans cette affaire 3000 hommes et 73 officiers sur le terrain. La forêt fut prise et l’artillerie se retira sur les hauteurs, en avant de Lipa.

    Comme il a été dit précédemment, l’attaque de Sadowa par la 8e division avait eu lieu de concert avec celles de Dohalitz et de Mokrowaus par la 3e et la 4e. L’artillerie ennemie ayant été beaucoup affaiblie, les tirailleurs prussiens engagèrent le combat avec l’infanterie autrichienne, qui occupait le bord opposé de la rivière.

    Il ne fut pas donné d’entendre le vertigineux râlement de la fusillade. La voix du canon, qui se répétait par milliers de coups à la minute, comme le tonnerre, étouffait tout autre son.

    Le pont de pierre devint le théâtre d’une lutte acharnée ; les Autrichiens le défendirent avec opiniâtreté, et ce ne fut qu’après de grands sacrifices que les Prussiens parvinrent à passer.

    Sadowa est entouré de jardins et de vergers. La plupart des maisons sont séparées par des haies d’aubépine et par des fossés. Les Autrichiens avaient en outre palissadé les cotés faibles, assurant ainsi à leurs tirailleurs d’excellents abris.

    Il fallut, pour aborder ce village, passer sous le feu plongeant des batteries ennemies et recevoir en face et en flanc des décharges continuelles de mousqueterie. La fumée était tellement intense que les uns et les autres tiraient presque au hasard.

    Les Prussiens avançaient avec une extrême lenteur, et ce ne fut que grâce au courage avec lequel ils se laissèrent décimer qu’ils parvinrent à prendre position dans Sadowa. Le combat fut là ce qu’il avait été ailleurs, sanglant, meurtrier et désespéré de la part des Autrichiens.

    Les Prussiens pénétrèrent en plusieurs colonnes dans le village, divisant l’ennemi pour désorganiser ses moyens d’action ; il fallut alors se rendre ou mourir. Les maisons furent assiégées et emportées une à une, des bataillons entiers anéantis ou faits prisonniers, des blessés écrasés, broyés par le flux et le reflux de ces masses d’hommes se foulant, se culbutant avec des jurements sur les lèvres et des hurlements de rage.

    Les rangs des Autrichiens s’éclaircirent de plus en plus, et, réduits aux 3/5 de leur effectif, cette multitude éperdue se jeta dans les bois.

    Il était environ onze heures et demie. Les Prussiens occupaient tous les villages situés le long de la Bistritz. L’artillerie ennemie s’était retirée sur les points les plus élevés des montagnes, et y avait formé une nouvelle ligne de combat. Il fallait frapper un coup décisif, couper les communications du centre avec l’aile gauche.

    Le nœud de la bataille était à Chlum et à Lipa. Ces deux villages sont à proximité l’un de l’autre ; le premier est situé sur un mamelon qui domine les montagnes et la plaine. Le maréchal Benedeck y avait établi son quartier général.

    Le long de la chaussée qui remonte de Sadowa à Lipa, il y a un bois assez épais de petits bouleaux, d’ormes et de chênes. A travers le feuillage des arbres, on eût pu voir reluire 15000 baïonnettes.

    La 8e division et une partie de la 3e furent chargées de s’en emparer. La colonne prussienne, sombre masse, traversa le pont, et, sous une effroyable pluie de boulets, de grenades et de bombes, pénétra dans la forêt.

    Lorsqu’elle y fut entrée tout entière, on ne vit plus rien qu’une immense fumée planer sur le sommet des arbres, puis, comme un grondement souterrain, la fusillade éclata en formidables déchirements.

    Le combat se prolongea pendant une heure dans des péripéties diverses ; les Autrichiens perdaient du terrain. Maintes fois, ils essayèrent de repousser l’ennemi à la baïonnette, mais chaque fois ils furent rejetés avec d’énormes pertes. L’artillerie, renforcée de plusieurs batteries, dirigea alors un feu d’une telle violence sur les assaillants qu’ils furent forcés de s’arrêter à moitié chemin de Lipa.

    Il était environ midi et demi. La réserve fut envoyée à leur secours. Les soldats déposèrent leurs casques et les havresacs et traversèrent le pont. Quelques bataillons de la 8e division, dont l’effectif était diminué de moitié, furent retirés du feu, pendant que la 5e et la 6e division pénétraient dans le bois.

    Le feu de l’artillerie ennemie redoubla d’intensité et la forêt fut littéralement inondée de projectiles. Les branches et les éclats d’arbres hachés par les boulets tourbillonnaient avec une effrayante rapidité, heurtant, renversant, blessant les hommes plus grièvement que les obus et la mitraille. La première armée combattit pour maintenir ses positions.

    Un visible sentiment d’inquiétude se manifesta alors dans les rangs des Prussiens. Officiers et soldats, les yeux fixés sur les hauteurs de Lipa, attendaient avec anxiété l’arrivée du prince royal.

    A deux heures, aucun indice ne faisant espérer le secours de la deuxième armée, l’infanterie se retira des bois et se massa en avant des villages situés le long de la Bistritz. A la droite, le général Herwart de Bittenfeld, combinant ses mouvements de façon à tourner la gauche de l’ennemi, avait chassé les Saxons des hauteurs de Nechanitz et de Lubno.

    La 15e division se dirigea vers Jedlitz, essuyant le feu des batteries postées à Prim ; puis, arrivée à la lisière de la forêt de Hradeck, ses tirailleurs engagèrent une violente fusillade avec l’ennemi, qui fut rejeté dans les bois.

    Un bataillon du 5e régiment d’infanterie du Rhin s’empara du château de Nieder-Prim. Il était occupé par quelques compagnies de Saxons, qu’on expulsa à coups de baïonnette. Les opérations de la 15e division ayant pleinement réussi, elle se massa aux environs du château. Pendant ce temps, la 14e division s’était emparée de Problus, petit village où était établi le quartier général du roi de Saxe.

    Ces derniers événements se passaient au moment où l’armée du prince royal attaquait les hauteurs de Chlum. Les divisions qu’il avait sous ses ordres s’étaient mises en marche en trois directions. La 12e suivit les bords de l’Elbe.

    A Kukus, eut lieu le premier engagement des avant-postes. Les lignes autrichiennes se replièrent.

    La garde et le 1er corps marchèrent sur Chlum, en passant par Horchenowes, et le 5e corps par Maslowed. Ces villages furent vaillamment défendus ; mais là, comme ailleurs, il fallut céder le terrain.

    Les Prussiens avançaient toujours et s’emparèrent successivement de toutes les hauteurs environnantes.

    Ici, la lutte prend un caractère particulier. Les Autrichiens comprennent que le sort de la bataille va se décider. Ce n’est plus avec constance et bravoure, c’est avec la furie du désespoir qu’ils vont combattre. Les officiers haranguent les soldats, ils les encouragent, ils voient le cercle de fer qui les serre, les étreint. De tous côtés, les montagnes se couvrent de canons ; de sinistres rumeurs courent dans les rangs. On entend la fusillade sur les rives de l’Elbe. L’armée est cernée, la retraite coupée, il faut vaincre ou mourir. Et ces hommes, braves parmi les braves, se firent exterminer.

    L’artillerie de la garde, conjointement avec celle du 5e et du 6e corps, ouvrit le feu. Comme une mine qui éclate, les montagnes s’injectèrent de flammes et de fumée ; effrayante tourmente de boulets et de mitraille.

    Un bois de jeunes arbres sur le versant sud du mamelon fut rasé et le village incendié. Des batteries entières furent démontées. Plusieurs caissons autrichiens firent explosion, broyant les hommes et les chevaux, dont les membres palpitants furent lancés à d’énormes distances.

    L’infanterie de la garde escalada les hauteurs occupées par l’artillerie autrichienne. Trois fois, les Prussiens furent repoussés ; des vomissements de projectiles écrasaient les sombres bataillons. Le sang ruisselait. Des monceaux de canonniers morts couvraient la terre dans les intervalles des pièces. Le feu commençait à faiblir.

    Benedeck envoya du renfort. Alors le major général Hiller de Gœrtringen tenta un effort suprême. L’épée à la main, en tête de sa division, sous un ouragan de fer et de plomb, il s’élança à l’assaut de Chlum.

    Les Autrichiens firent des efforts désespérés pour maintenir leurs positions ; des régiments entiers se firent hacher. Le régiment Giulay, composé en grande partie de volontaires de l’archiduché, fut cerné. Officiers et soldats crièrent à travers les rangs : « Ne vous rendez pas, camarades ; mourons ici ! ». Ils furent exterminés.

    Pendant l’épouvantable lutte de Chlum, la 12e division avait suivi la ligne du chemin de fer, et le village de Lochenitz fut emporté d’assaut par un bataillon du 22e de ligne.

    Lochenitz est situé au bord de l’Elbe et à un kilomètre de Koeniggraetz. L’armée autrichienne était donc cernée. La retraite commença sur tous les points.

    Le général Benedeck partit à la tête de son état-major pour amener la réserve au secours des troupes engagées à Chlum. Il passa sous le feu plongeant des batteries ennemies. Plusieurs ofûciers de sa suite furent grièvement blessés.

    La première tentative faite pour reprendre le village fut triste. Un bataillon de la ligne, musique en tête, monta au pas de charge la pente du mamelon qui s’incline vers Rosberitz. Les Prussiens les laissèrent avancer jusqu’à une demi-portée de fusil, puis ils firent feu.

    Les batteries flamboyèrent, un nuage de fumée enveloppa le bataillon autrichien, et lorsque ce nuage fut dissipé, on vit les malheureux soldats couchés à terre, la plupart morts, les autres se tordant dans les convulsions de l’agonie. Toute l’infanterie de la réserve fut engagée. Le général en chef s’élança au milieu du feu, s’exposant à la mort pour encourager ses soldats ; mais tous ses efforts furent inutiles, le plateau ne put être repris. Ce fut l’agonie suprême de la bataille.

    Au quatrième assaut, les Prussiens sortirent de leurs retranchements et chargèrent les assaillants à l’arme blanche. Les troupes autrichiennes, incapables de résister à la furia de l’ennemi, furent mises en complète déroute. Il était trois heures et demie.

    Le prince Charles se mit à la tête de la cavalerie. Elle traversa le pont de Sadowa, puis les lourds escadrons s’ébranlèrent sur la chaussée de Lipa. Ces masses compactes, 3000 cavaliers avec leurs étendards déployés, sabres en mains, partirent à fond de train.

    Comme le flot qui monte, on les entendait venir.

    Les uhlans bleus, la lance en sautoir, la carabine au poing, marchaient en tête ; puis venaient les hussards rouges, le colback flottant et la plume au vent ; les hussards Verts, les hussards noirs avec leurs ossements en croix, sinistres emblèmes de la mort, et les dragons à la tunique bleu de ciel et le casque étincelant.

    Trombe humaine, se précipitant au carnage, marchant à 40 hommes de front et défilant par régiments. Le sang et la poudre ont leur attraction.

    Cette course effrénée, le hennissement des chevaux, qui, l’œil sanglant, les naseaux largement ouverts, semblaient aspirer les émanations de la bataille, les cris des cavaliers répondant au roulement des coups de canon, toute cette furieuse cohue bondissante comme les lames d’une mer agitée, faisait frémir à la seule pensée du choc qui allait en résulter.

    Qui peut dire ce qu’une pareille masse peut écraser, broyer sous ses pieds !

    Les blessés et les mourants entendaient ce sinistre piétinement, cet effrayant cliquetis d’armes, et, se soulevant sur leurs couches, les uns essayèrent de fuir, les autres, arrachant les lambeaux de leur chemise, les accrochèrent au bout de leur fusil en signe de détresse.

    Lorsque la colonne fut arrivée sur le sommet de la hauteur de Lipa, elle fit un brusque mouvement à droite, et, comme un torrent, redescendit le bord opposé.

    La cavalerie ennemie était échelonnée près de Rosberitz. Au premier choc, elle fut rompue, et le monstrueux bélier pénétra dans les rangs autrichiens en traçant un sanglant sillon sur son passage.

    Les escadrons culbutés se reformèrent cependant, et, faisant volte-face, ils chargèrent l’ennemi. 6000 hommes de part et d’autre se sabrèrent avec un mutuel acharnement.

    Ce fut une effroyable lutte corps à corps ; rapides éclairs d’épées, de lances, de coups de feu ; groupes d’hommes s’écrasant, se piétinant ; piaffements de chevaux se ruant pêle-mêle ; cris de rage et de douleur…

    Cela dura une demi-heure. Puis la cavalerie autrichienne se désagrégea peu à peu ; et, enfin, épuisée d’efforts et de pertes, elle alla grossir le nombre des fuyards.

    L’armée ennemie avait abandonné toutes ses positions et se retirait lentement, opposant ses carrés aux furieuses charges des cavaliers prussiens.

    A travers les éclaircies de fumée, on les voyait, comme une légion de spectres, disparaître, reparaître ; étranges silhouettes se découpant sur des nuages, tournoyer sans cesse et parfois s’enfoncer dans un carré.

    Que de sang et de victimes !

    Les Autrichiens eurent, d’autre part, cruellement à souffrir du feu de l’infanterie, dont le tir rapide n’était plus atténué par aucun obstacle. Avec l’énergie du désespoir, chaque fois qu’un village ou une élévation de terrain leur permettait de s’acculer, comme le sanglier blessé, ils se retournaient sur l’ennemi, livrant parfois encore de brillants combats.

    A Strescheditz, ils couronnèrent les hauteurs de leur artillerie, et, grâce à la résistance acharnée que celle-ci opposa aux assaillants, les débris du 10e corps (Gablentz) furent sauvés. Près de Wchestar, ils firent un dernier et suprême effort, puis la retraite ne fut plus qu’une affreuse déroute.

    A environ un kilomètre de Koeniggraetz, au-delà de la route de Skalitz, s’étend une succession de prairies et de terres labourées légèrement ondulées, coupées par de rares bouquets d’arbres.

    Le terrain, d’une nature marécageuse, avait été détrempé par la pluie, qui, accumulée dans les bas-fonds, formait d’immenses mares d’eau de deux à trois pieds de profondeur. Excepté la chaussée, c’était la seule voie par laquelle on pouvait rejoindre les routes de Pardubitz et d’Olmtitz.

    Lorsque l’armée commença son mouvement de retraite, les voitures sanitaires, les voitures de transport, de bagages, de vivres, etc., se précipitèrent toutes ensemble dans ce bourbier, espérant pouvoir passer. Mais, hommes et chevaux s’enfonçaient dans la terre.

    Le désespoir s’empara de cette multitude ; chacun oublia les siens pour ne songer qu’à son propre salut. On coupa les traits des chevaux ; les voitures, remplies de blessés, furent abandonnées. On se culbuta, les plus forts écrasant les plus faibles ; ceux-ci, se débattant dans les angoisses de l’agonie, s’accrochaient des mains et des dents aux jambes de ceux qui passaient.

    Horrible étouffement ! Les mourants et les morts servaient de marchepieds, de pavés aux vivants. Ceux qui venaient par derrière poussaient les premiers ; il y eut comme des flux et des reflux de cadavres.

    La cavalerie et l’infanterie arrivèrent pêle-mêle, cherchant à se frayer passage à travers la masse de voitures, de caissons qui gisaient dans le cloaque, et des centaines d’hommes furent piétinés dans la boue. La panique devint affreuse : le bruit de la fusillade se rapprochait sans cesse. Les dernières colonnes autrichiennes soutenaient un combat héroïque pour laisser le temps aux fuyards de se mettre en sûreté.

    La scène si poignante du marécage se renouvela plus terrible aux bords de l’Elbe. Ceux des fuyards qui étaient parvenus à atteindre la ligne du chemin de fer qui conduit à Pardubitz, furent sauvés, mais d’autres colonnes, suivant l’impulsion donnée, se dirigèrent vers la rivière.

    Les premiers en tête essayèrent de rebrousser chemin. Mais, incapables de résister à la pression de ceux qui venaient par derrière, ils furent précipités en masse dans le fleuve.

    Cris, désespoir, on ne s’arrêta devant rien, on s’égorgea, on lutta dans l’eau à qui passerait le premier, les cavaliers sabrèrent les hommes qui se cramponnaient à leurs chevaux ; les caissons avec leurs attelages servirent de radeaux de sauvetage. On se noyait, entraîné par les étreintes désespérées des mourants. Il n’y eut plus ni camarades ni officiers : rien qu’une inexprimable épouvante.

    Le lendemain, la rivière charriait des monceaux de cadavres.

    Il était neuf heures du soir lorsque toute l’armée eut abandonné le champ de bataille. La poursuite cessa, et les Prussiens, exténués de fatigue, songèrent à relever les blessés et les morts.

    Le soleil s’inclinait à l’horizon ; il était d’un rouge ardent. Ses derniers rayons enveloppaient les lignes irrégulières des montagnes et des collines qui encadrent le champ de bataille.

    Des salves d’artillerie retentirent dans la grande vallée au-dessous de Lipa : funèbres adieux adressés aux morts et aux mourants.

    Lipa et Chlum continuaient de brûler. Le ciel était couvert. On voyait au loin aller et venir des milliers de krankentraegers (infirmiers) ; ils parcouraient les montagnes et la plaine, puis se dirigeaient vers les villages, dont les maisons, les cabanes, les hangars, etc., furent convertis en infirmeries.

     

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