• 5 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le combat d’Eckeren

    D’après « Le temple de la gloire, ou Les fastes militaires de la France, depuis le règne de Louis XIV jusqu’à nos jours » – Général Auguste Jubé, baron de La Perelle – 1820

     

    Le dessein des ennemis dans les Pays-Bas, après que le baron de Spaart eut forcé les lignes du pays de Waës, était de s’emparer de celles d’Anvers qui étaient gardées par quelques troupes espagnoles, sous les ordres du marquis de Bedmar.

    La grande armée des alliés, commandée par le duc de Marlborough et M. d’Overkerk, devait attaquer les lignes du côté de Louvain et de Malines. M. Coehorn, avec son camp volant, était à la gauche de l’Escaut, pour y attirer l’attention du marquis de Bedmar, pendant que le baron d’Obdam, avec une armée d’environ quinze mille hommes, alla se camper entre Eckeren et Capelle, dans le dessein d’agir de ce côté contre les lignes d’Anvers.

    Ce terrain était avantageux à cause des marais, des canaux et des digues dont le pays est entrecoupé ; mais les projets des ennemis furent dérangés par le parti que prirent le maréchal de Boufflers et le marquis de Bedmar de combattre le corps du baron d’Obdam, et de lui couper la retraite, s’il était possible. On fit faire, pour cacher ce dessein, un mouvement à l’armée des deux couronnes, que l’on fit avancer vers Diest, lorsque le duc de Marlborough s’approchait d’Anvers.

    Le maréchal de Boufflers, à la tête de trente compagnies de grenadiers, de trente escadrons de cavalerie et de dragons, marcha avec tant de diligence, qu’il arriva, à six heures du matin, à Durest près d’Anvers, où était le quartier-général du marquis de Bedmar. Ils prirent de suite leurs mesures pour attaquer les ennemis dans leur camp, en joignant leurs troupes qui consistaient alors en vingt-huit bataillons et quarante-huit escadrons.

    Le maréchal de Boufflers, ayant avec lui le duc de Villeroi, les marquis de Gassion et de Bay, lieutenants-généraux, le duc de Guiche, le prince d’Espinoi et le comte de Horn, maréchaux-de-camp, commença par envoyer quelque infanterie qui fit un grand détour pour se saisir des ponts, digues, chaussées et autres passages par où les Hollandais pouvaient se retirer vers Lillo et Berg-op-Zoom.

    Les troupes se portèrent ensuite, par diverses routes, vers les ennemis, qui ne s’attendaient pas à une visite si inopinée. Le marquis de Bedmar marcha d’un côté, pendant que le maréchal de Boufflers se dirigea d’un autre, pour les prendre en flanc : il attaqua sans attendre l’infanterie. Les ennemis, s’apercevant de cette faute, revinrent à la charge, et firent un feu qui l’obligea de ralentir sa marche.

    L’infanterie n’arriva que sur les quatre heures du soir avec les grenadiers que M. de Montgeorge commandait, et qui étaient en route depuis trente-quatre heures, sans presque avoir fait de halte.

    Le maréchal de Boufflers envoya aussitôt six bataillons au comte de Guiseard et au duc de Guiche, qui étaient à la droite, et il marcha, avec les vingt-deux autres bataillons, du côté du village d’Eckeren, pour attaquer un pareil nombre de bataillons des ennemis qui paraissaient postés fort avantageusement derrière des haies, des fossés pleins d’eau, et des watergans dont le pays est coupé. M. le marquis de Tohi, M. le prince d’Espinoi et M. de La Badie se mirent à la tête.

    Quatorze bataillons furent placés en première ligne, huit en seconde, et dix pièces de canon, tant au front que sur la gauche, pour prendre les ennemis à revers. Elles tirèrent avec succès quelque temps avant que les troupes avançassent, et les ennemis y répondirent. Ils présentaient à peu près le même nombre de bataillons, avec une seconde ligne égale à celle de M. de Boufflers. On marcha vers eux, tout à découvert, par un pays où il fallait souvent se rompre à cause des fossés et des watergans.

    Quand on fut près de leur ligne, on trouva un ruisseau qu’ils avaient devant eux. Nos troupes le passèrent, les abordèrent malgré un feu épouvantable, et les chassèrent de tous les premiers postes qu’ils avaient occupés et où ils laissèrent quatre pièces de canon. On courut au village d’Eckeren, qui était leur quartier-général, et où il y avait trois bataillons qui en furent délogés.

    On y manqua M. d’Obdam qui s’était retiré lui-même cinquième. On pilla, derrière la grande digue qui allait à Lillo, plus de trente chariots d’équipage et d’artillerie.

    Comme le pays était favorable aux ennemis, et leur fournissait à chaque pas des postes avantageux, ces premiers avantages ne purent produire le résultat qu’on en devait naturellement espérer. Il fallut engager des affaires de postes des plus vives et des plus opiniâtres qui durèrent jusqu’à la nuit, sans jamais pouvoir joindre les ennemis l’épée à la main, et sans que la cavalerie put agir à cause des difficultés du terrain. Elle servait seulement, par sa bonne contenance, à arrêter les ennemis et à protéger l’infanterie.

    Pendant ce temps, le comte de Guiseard et le duc de Guiche attaquèrent le village d’Orderen dans lequel il y avait un gros détachement des ennemis, soutenu par deux bataillons et quatre pièces de canon dont ils se rendirent maîtres après une forte résistance, et dont ils se servirent utilement contre les ennemis, qui, à mesure qu’ils étaient poussés, faisaient de nouveaux efforts pour se faire un passage et se retirer.

    Ce combat de poste en poste continua de part et d’autre avec tout l’acharnement possible, nos troupes ayant plusieurs fois repoussé celles des ennemis jusqu’à l’extrémité de leurs digues, où elles semblaient n’avoir d’autre retraite que l’Escaut, si la nuit n’avait fait suspendre la poursuite, et si le général Stangenbourg n’avait décidé le corps qu’il commandait à se faire jour pour se sauver.

    Après un combat fort opiniâtre, il se fit un passage dont profitèrent les autres troupes ennemies, non sans une perte considérable : le carnage fut horrible. Le marquis de Tohi et le prince d’Espinoi passèrent avec leurs troupes presque toute la nuit dans le village d’Eckeren, et les autres restèrent sur le champ de bataille. On les rassembla, et on ramena l’artillerie dès que le jour parut, avec tout ce qui était resté de bagage et de blessés, sans que personne parût, les débris de l’armée ennemie s’étant retirés dans une grande confusion sous Lillo.

    Nos troupes revinrent à Deuren, lieu d’où elles étaient parties pour cette expédition. Si le terrain eût permis de faire agir la cavalerie, il se serait échappé fort peu des ennemis, mais les ravins, les marais et les défilés empêchèrent de le faire. Le baron d’Obdam, qui commandait cette armée, se retira seul à Bréda ; et l’on crut parmi les ennemis qu’il avait été tué ou fait prisonnier.

    L’armée hollandaise fut mise dans une telle déroute que ce général se vit deux fois coupé, sans troupes à la tête desquelles il pût combattre, et il hasarda enfin de passer, sans être reconnu, à travers de l’armée français. On voulut lui faire un crime de ce qu’il avait si heureusement échappé de tous les dangers où il se trouva exposé ; il se vit même dans la nécessité de faire imprimer son apologie ; et, quoiqu’elle fût appuyée d’une attestation glorieuse de la part des officiers principaux de l’armée hollandaise et que sa conduite fut approuvée par d’habiles généraux des alliés, il n’eut cependant plus de commandement en chef. Sa disgrâce peut servir de leçon aux plus habiles généraux, puisque dans le métier de la guerre, le moindre revers de fortune fait oublier les plus belles actions, et qu’on fait souvent peu de différence entre le malheureux et le coupable.

    Le gouverneur du fort Saint-Philippe, voyant que les ennemis se retiraient en désordre, sortit avec sa garnison qu’il disposa en plusieurs pelotons avec lesquels il les attaqua ; et il leur prit trois cents chariots de vivres et de munitions de guerre, et quelques équipages. Il leur fît environ trois cents prisonniers.

    Les ennemis perdirent dans cette occasion deux colonels, trois lieutenants-colonels, deux majors, douze capitaines, quatorze lieutenants, dix enseignes ou cornettes, dix-neuf sergents, quatre maréchaux-des-logis, et neuf cents soldats ou cavaliers. Ils eurent de blessés le général Fagel, six colonels, cinq lieutenants-colonels, quatre majors, vingt-cinq capitaines, vingt-huit lieutenants, dix-huit enseignes, sept cornettes, soixante-dix sergents, cinq maréchaux-des-logis, et treize cents soldats ou cavaliers. On leur fit sept cents prisonniers, et l’on prit six pièces de canon, deux gros mortiers, quarante petits, trois cents chariots d’artillerie ou d’équipage, toutes leurs tentes, une assez grande quantité de vaisselle d’argent, et de l’argent monnoyé. Madame de Tilly, qui ce jour-là était venue dîner avec son mari, fut faite prisonnière.

    Nous eûmes, de notre côté, cinq cents hommes tués, et huit cent quarante blessés. Entre les premiers, étaient M. de Sigueyran, colonel du régiment du Maine, deux capitaines de ce même régiment, et huit officiers subalternes. Ce régiment du Maine se couvrit de gloire dans ce combat.

    Il y eut du régiment des dragons du Roi, sept capitaines tués ou blessés. Le duc de Mortemart, dont le régiment souffrit beaucoup, fut blessé au pied. MM. Brisart, Duret et le chevalier de Sourches, officiers des grenadiers du régiment des Gardes-Françaises, furent blessés ; M. d’Herlac, capitaine du régiment des Gardes-Suisses, eut la jambe cassée, M. de Marsillac, exempt des Gardes du Roi, y fut blessé ; et M. de Courville, colonel réformé dans le régiment du Maine, fut fait prisonnier.

    Cette victoire, et la marche que le comte de La Mothe fit dans le pays de Waës pendant ce temps-là, contraignit le général Coehoorn d’abandonner ce pays avec précipitation. Pour le duc de Marlborough, qui avait marché avec la grande armée des ennemis aux environs de Béerse et de Ghierle, pour favoriser l’entreprise du baron d’Obdam, quand il vit toutes ses mesures manquées par la perte du combat d’Eckeren, il suspendit un moment sa marche, mais il ne tarda pas à se rendre maître de Linibourg et de Gueldres.

     

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