• 3 juillet 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Les combats de Tsarasotra

    D’après Expéditions coloniales françaises. Conquête de Madagascar (1895-1896) » – Jules Poirier – 1902

    Tsarasotra avait été occupé par le détachement Lentonnet, le 19 juin.

    Pendant quelques jours, on était sans nouvelles de l’ennemi, lorsque des renseignements signalèrent sa présence dans la direction du mont Beritzoka, à 11 kilomètres de Tsarasotra.

    Une reconnaissance fut envoyée dans cette direction, le 24 juin. Elle ne trouva aucune trace d’ennemis, mais elle apprit que le gros des forces hovas se rassemblait aux environs d’Ampasiry.

    On en était là des renseignements, quand, le 28, vers 9 heures du soir, le poste des Tirailleurs Algériens établi sur la face est de Tsarasotra fut assailli par une bande d’Hovas. Nos troupes se replièrent, en disputant le terrain, jusqu’à ce qu’elles fussent recueillies par une patrouille envoyée à leur secours. A 10 h. 1/2, l’ennemi avait abandonné la lutte et tout était rentré dans le calme.

     

    Journée du 29 juin.

    A 5 h. 1/2 du matin, le commandant Lentonnet visitait ses avant-postes. Tout à coup, son attention fut attirée dans la direction d’un ravin, au sud, et à 500 mètres de Tsarasotra. Un fort parti hova était massé à cet endroit.

    Il fit porter en avant la 6e compagnie du régiment d’Algérie, suivie de la section d’artillerie et de cavaliers à pied, ceux-ci, sous les ordres du lieutenant Corhumel. La défense de la face Sud du camp fut confiée à la 6e compagnie et aux cavaliers ; une demi-section, commandée par l’adjudant Charretier, fut portée en arrière pour défendre la face Nord-Est.

    Ces dispositions furent rapidement et fort heureusement prises, car, à 5 h. 3/4, les Hovas ouvrirent un feu violent contre le front Sud qu’ils cherchèrent à tourner. A 6 h. 1/4, leur attaque n’ayant pu entamer le front Sud, les Hovas la dirigèrent plus vigoureuse contre la face Est. On y répondit par un feu de salves qui fut à peu près sans effet, car le petit poste n° 2 dut se replier devant la violence du feu ennemi.

    Notre artillerie réussit à prendre position sur la face Est ; elle ouvrit son feu contre celle de l’ennemi. A ce moment – 7 heures environ – le lieutenant Augey-Dufresse fut mortellement atteint au flanc gauche et remplacé dans son commandement par le capitaine adjudant-major Mahéas.

    La situation de nos troupes devenait de plus en plus critique. Le commandant Lentonnet ordonna à trente tirailleurs, sous les ordres d’un sergent, d’aller réoccuper le poste n° 2.

    Chemin faisant, cette troupe rencontra le capitaine Aubé, qui en prit le commandement. D’un autre côté, de la face Sud, partit la 2e section de la 6e compagnie, qui s’unit à la 1ère.

    L’artillerie ouvrit un feu violent et, au moment propice, les deux sections s’élancèrent à la baïonnette contre les positions hovas ; quelques partis ennemis lâchèrent pied et s’enfuirent vers le sud et vers l’est. Nous avions à déplorer la mort du caporal Sapin.

    La situation du capitaine Aubé était des plus critiques, vers 10 heures du matin. A ce moment, arriva, fort utilement, le capitaine Pillot, qui, de Behanana, avait marché au canon avec la 7e compagnie et un peloton de la 5e. Ce secours dégagea le capitaine Aubé et jeta le trouble parmi les Hovas, qui se replièrent sur les hauteurs, à 7 kilomètres de Tsarasotra.

    A midi, cette affaire était terminée ; on jugera de l’intensité de la lutte, quand on saura qu’il fut brûlé 7655 cartouches.

    A 10 heures du matin, le général Duchesne reçut, à Suberbieville, le premier rapport du commandant Lentonnet. Il ordonna sur-le-champ, au général Metzinger, d’envoyer des renforts. On disposait du 40e bataillon de chasseurs et de deux sections de la 16e batterie.

    A midi 30, malgré 32° de chaleur, les trois premières compagnies du 40e bataillon et les deux sections d’artillerie se mirent en route. Après une halte de deux heures, faite à Behanana, cette troupe arriva à 11 heures du soir à Tsarasotra, avec le général Metzinger.

    A la suite d’une conférence avec quelques officiers, le général Metzinger ordonna l’attaque décisive de la position, le lendemain à la première heure.

     

    Journée du 30 juin.

    A 6 heures du matin, les troupes formées par 2 pelotons des 5e et 8e compagnies du régiment d’Algérie, l’état-major et 3 compagnies du 40e bataillon de chasseurs et 2 sections de la 16e batterie d’artillerie de montagne, toutes ces troupes réunies sous les ordres du général Metzinger, se portèrent en avant.

    Le camp avait été laissé à la garde de la 6e compagnie du régiment d’Algérie, d’une section d’artillerie ; la cavalerie assurait la liaison avec Suberbieville.

    A 6 heures 40, la colonne arriva à la côte 320, où, depuis la veille, la 7e compagnie du régiment d’Algérie était établie en grand’garde. Celle-ci se joignit au mouvement, en prenant la gauche comme soutien de l’artillerie et réserve générale.

    A 7 heures 20, on s’arrêta au pied d’une pente abrupte, couverte de buissons, à travers lesquels on dut aménager un sentier pour livrer passage à l’artillerie.

    L’avant-garde était formée d’un peloton des 5e et 8e compagnies, sous les ordres du capitaine Aubé. Elle avait pour mission de franchir la Nandrojia, d’occuper un mamelon où viendrait s’établir, plus tard, l’artillerie ; de là, passer à l’extrême gauche des chasseurs à pied et dessiner le mouvement enveloppant qui serait tenté contre le camp hova.

    A 8 heures 15, au moment de franchir un ravin, la troupe reçut une violente fusillade qui lui blessa le caporal Camisard.

    Elle poursuivit sa marche en avant, tiraillant de temps à autre, malgré un terrain impraticable qui, heureusement, la dérobait le plus souvent au feu des Hovas.

    Cette avant-garde fut rejointe bientôt par le 40e bataillon de Chasseurs.

    Une compagnie de ceux-ci, dont le commandant Massiet du Biest prit personnellement la direction, vint sur la même ligne que les deux pelotons, laissant ses deux autres compagnies en réserve. Le feu de cette ligne de combat parvint à tenir en respect les Hovas.

    Une demi-heure plus tard, alors que notre artillerie n’a pu encore gravir les crêtes, celle des Hovas ouvre un feu violent, soutenu par une vive fusillade qui part de tous les ravins.

    Les Chasseurs s’avancèrent en subissant quelques pertes.

    Enfin notre artillerie réussit à prendre position, sous la protection de la 7e compagnie, et après quelques coups bien réglés, tirés à 2500 mètres, elle réduisit l’artillerie hova au silence.

    Les Chasseurs et les deux pelotons des 5e et 8e compagnies étaient à 200 mètres de l’ennemi. Après quelques feux de salves, ils s’élancèrent à l’assaut à la baïonnette. Il était 9 heures 30.

    L’impétuosité de l’attaque eut raison des Hovas. Après quelques tentatives de résistance, ils s’enfuirent poursuivis par le tir d’une section d’artillerie qui avait réussi, après des efforts surhumains, à s’établir sur le plateau.

    A 10 heures 20, la lutte était terminée. L’ennemi laissait entre nos mains 450 tentes, le drapeau du commandant en chef, 2 hotchkiss complets, deux affûts pour canon de ce modèle, des munitions d’artillerie, des fusils et une grande quantité de vivres.

    Les pertes des Hovas ne purent être évaluées. Les nôtres furent : le lieutenant Audienne blessé, le capitaine de Bouvier contusionné et 8 hommes de troupe blessés.

    A la suite de ces deux affaires, le général Duchesne cita à l’ordre du jour du corps expéditionnaire : le commandant Lentonnet, le lieutenant Grass, les sergents Chéreau, Moktar ben Daïf et Brochet ; les caporaux Redersdorf et Mohamed M’ahmed, du régiment d’Algérie ; le capitaine Delanney, du 40e bataillon de Chasseurs ; le lieutenant Corhumel, le maréchal des logis Millet, le brigadier Clavère, du 10e escadron de Chasseurs d’Afrique ; le capitaine Chambley et le maréchal des logis Lesage, de la 16e batterie ; le capitaine Aubé, du service des renseignements.

    Les affaires des 29 et 30 juin eurent un double résultat : elles désorganisèrent, pour longtemps, la résistance hova en refoulant l’ennemi sur Andriba ; elles assurèrent l’installation de notre base fluviale et permirent la constitution d’approvisionnements importants sur ce point.

     

     

     

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