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     Le 28 juin 1835 – Le combat de la Macta dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-combat-de-la-macta-150x150

     

    Le combat de la Macta

    D’après « Annales Algériennes » – Edmond Pellissier – 1836

     

    Après avoir perdu 52 hommes le 26 juin, lors du combat dans la forêt de Muley-Ismaël, il fallut sacrifier une partie des tentes et des approvisionnements pour mettre 180 blessés sur les voitures.

    A midi, le corps d’armée fit halte dans la plaine du Sig en dehors du bois. Là, les actes de désordre les plus déplorables eurent lieu. Plusieurs soldats enfoncèrent les tonneaux des cantiniers et se gorgèrent de vin et de liqueurs fortes. L’ivresse les ayant bientôt mis hors d’état de marcher, il fallut les entasser sur les voitures déjà surchargées de blessés.

    L’armée arriva au Sig à 4 heures du soir, et campa en carré sur les bords de cette rivière. Abd-el-Kader établit son camp à deux lieues au-dessus de celui des Français.

    A l’entrée de la nuit, l’agent consulaire de l’Émir fut échangé contre le nôtre, le commandant Abdalla. Cet agent porta à son maître une lettre du général Trézel, dans laquelle, renchérissant sur ses premières conditions, ce général imposait à Abd-el-Kader celles de reconnaître, non seulement l’indépendance des Douers et des Zmela, mais encore celle des Garabas, des Kourouglis de Trémecen, et de renoncer en outre à toute prétention sur les contrées de la rive droite du Chélif. Abd-el-Kader répondit comme la première fois.

    Cependant on a su depuis, que les pertes qu’il avait éprouvées au combat de Muley-Ismaël, l’auraient engagé peut-être à entrer en arrangement, si son agent ne lui avait pas fait connaître que les Français avaient, de leur côté, perdu beaucoup de monde, et que le général Trézel était surtout embarrassé de ses blessés.

    En effet, ce général qui avait d’abord formé le projet d’attaquer le camp de l’Emir, y renonça dans la crainte d’en augmenter encore le nombre, et après avoir passé sur le Sig la journée du 27, il se mit le 28 en retraite sur Arzew.

    Le bataillon d’infanterie légère d’Afrique prit la tête de la colonne. Venait ensuite le convoi marchant sur trois files de voitures, et flanqué à droite par les compagnies polonaises et deux escadrons, et à gauche par le bataillon italien et un escadron. L’arrière-garde commandée par le lieutenant-colonel Beaufort, se composait du bataillon du 66e de ligne et de deux escadrons.

    Ce fut dans cet ordre que l’armée, entourée de tirailleurs, s’avança dans la plaine de Ceïrat. Abd-el-Kader, la voyant s’ébranler, se mit aussitôt à ses trousses avec huit à dix mille cavaliers et douze à quinze cents fantassins. Il l’eut bientôt enveloppée, et à 7 heures la fusillade devint assez vive. Mais l’ordre le plus parfait ne cessa de régner dans la colonne française depuis le matin jusqu’à midi.

    Le général Trézel, craignant de rencontrer sur la route directe d’Arzew des difficultés de terrain insurmontables à ses voitures, avait résolu, contrairement à l’avis de ceux qui connaissent le mieux le pays, de tourner les collines très accessibles des Hamian, et de déboucher sur le golfe par la gorge de l’Habra, à l’endroit où cette rivière, sortant des marais, prend le nom de Macta.

    L’Émir ayant reconnu son dessein, envoya un gros de cavaliers, ayant des fantassins en croupe pour occuper ce défilé, où la colonne française arriva vers midi. Elle y pénétra sans précaution, ayant à sa gauche les collines de Hamian, et à sa droite, les marais de la Macta. A peine y était-elle engagée, que quelques tirailleurs ennemis parurent sur les collines.

    Au lieu d’engager aussitôt contre eux des forces considérables, on ne fit marcher que deux compagnies qui furent repoussées par un gros d’Arabes qui masquaient les tirailleurs. D’autres compagnies arrivèrent successivement et furent aussi successivement repoussées. Ces attaques partielles et sans force, ne pouvaient évidemment avoir qu’une malheureuse issue.

    Les Arabes ayant précipité dans la vallée tout ce qui avait cherché à s’établir sur des collines, en descendirent à leur tour, et tombèrent sur le convoi que la nature du chemin forçait à défiler voiture par voiture. L’arrière-garde, se voyant alors coupée, prit l’épouvante et serra sur la tête de la colonne en passant à droite du convoi, qu’une vigoureuse charge de cavalerie dégagea un instant, en refoulant les Arabes sur les pentes des collines de gauche.

    Mais bientôt les voitures du train des équipages et celles du génie, voulant éviter le feu qui partait de la gauche, appuyèrent à droite et s’engagèrent dans les marais où elles s’embourbèrent.

    Dans ce moment, un millier de cavaliers arabes de l’aile droite de l’Émir, ayant passé le marais, menaçait le convoi par la droite. A leur approche, les conducteurs effrayés coupèrent lâchement les traits et s’enfuirent avec les chevaux, laissant ainsi les voitures au pouvoir de l’ennemi, et ce qu’il y a de plus affreux, les blessés. Une seule voiture chargée de vingt blessés fut sauvée par l’énergie du maréchal-des-logis Fournié qui, le pistolet à la main, força les conducteurs à faire leur devoir et à serrer sur la colonne.

    Les voitures de l’artillerie, conduites par des gens de cœur, ne s’étaient point engagées dans les marais, et furent presque toutes sauvées. Néanmoins un obusier de montagne resta entre les mains des Arabes.

    Cependant le désordre le plus affreux régnait dans la colonne. Tous les corps étaient confondus, et il ne restait presque plus rien qui ressemblât à une organisation régulière. Heureusement que les Arabes, occupés à piller les voitures et à égorger impitoyablement les blessés, ralentirent leur attaque. Cela donna à quelques fuyards le temps de se rallier sur un mamelon isolé, où l’on conduisit une pièce d’artillerie, qui se mit à tirer à mitraille sur les Arabes.

    Les hommes qui se réunirent sur ce point, se formèrent en carré, et dirigèrent également sur l’ennemi un feu irrégulier, mais bien nourri, en faisant entendre la Marseillaise, qui dans leur bouche ressemblait plutôt à un chant de mort qu’à un chant de triomphe. La masse des hommes entièrement démoralisés, et ce qui restait de voitures, s’entassèrent en arrière du mamelon dans un fond qui paraissait être sans issue, car en cet endroit la route d’Arzew, à peine tracée, tourne brusquement vers l’Ouest.

    Plusieurs voyant la Macta à leur droite, et au-delà, quelque chose qui ressemblait à un chemin, se précipitèrent dans la rivière et se noyèrent. D’autres, et même quelques chefs, criaient qu’il fallait gagner Mostaganem. La voix du général se perd dans le bruit, il y a absence de commandement ; et ce n’est qu’au bout de trois quarts d’heure que cette masse informe, après s’être longtemps agitée sur elle-même, trouve enfin la route d’Arzew.

    Mais les soldats restés sur le mamelon n’entendent, ou plutôt n’écoutent pas les ordres qu’on leur donne, et ne comprennent point qu’ils doivent suivre la retraite. Ils font entendre des paroles décousues et bizarres qui prouvent que la force qui les fait encore combattre est moins du courage qu’une excitation fébrile. L’un fait ses adieux au soleil qui, radieux, éclaire cette scène de désordre et de carnage ; l’autre embrasse son camarade.

    Enfin les compagnies du 66e de ligne, encore plus compactes que le reste, finissent par se mettre en mouvement. Mais les autres les suivent avec tant de précipitation, que la pièce de canon est un instant abandonnée. Elle fut dégagée cependant, et les hommes qui étaient restés si longtemps sur le mamelon, se réunirent à ceux qui étaient déjà sur la route d’Arzew. Mais alors le corps d’armée ne présenta plus qu’une masse confuse de fuyards. L’arrière-garde ne fut plus composée que de 40 à 50 soldats de toutes les armes qui, sans ordre et presque sans chefs, se mirent à tirailler bravement, et de 40 chasseurs commandés par le capitaine Bernard.

    Quelques pièces d’artillerie, dirigées par le capitaine Allaud et par le lieutenant Pastoret, soutenaient ces braves tirailleurs en tirant par-dessus leurs têtes, mais leur nombre ayant été bientôt réduit à 20, les Arabes allaient entamer une seconde fois la masse des fuyards, lorsque le capitaine Bernard les chargea avec tant de bravoure et de bonheur, qu’il les força de lâcher leur proie.

    Dès ce moment, la retraite se fit avec plus de facilité. Bientôt on parvint sur le rivage de la mer, et la vue d’Arzew releva un peu le moral du soldat. Les Arabes fatigués d’un long combat et surchargés de butin, ralentirent successivement leurs attaques, qui cessèrent complètement à 6 heures du soir. A 8 heures, le corps d’armée arriva à Arzew, après 16 heures de marche et 14 de combat.

    Nous eûmes dans cette fatale journée 352 hommes tués et 380 blessés, et nous perdîmes la plus grande partie de notre matériel ; 17 hommes seulement furent faits prisonniers par les Arabes qui, à l’exception de ceux-là, égorgèrent tous ceux qui tombèrent entre leurs mains, même les blessés.

    Le corps expéditionnaire campa à Arzew dans le plus grand désordre. Quoiqu’il dût s’attendre à chaque instant à être attaqué par Abd-el-Kader, les troupes paraissaient tellement découragées que le général Trézel ne crut pas devoir les ramener à Oran par terre. Des ordres furent donnés pour que tous les bâtiments qui étaient disponibles à Mers-El-Kébir vinssent les chercher. Cette mesure prouvait plus que le reste, toute l’étendue du mal.

    Cependant le comte d’Erlon avait reçu la lettre où le général Trézel lui donnait avis de sa marche sur Tlélat. La question était urgente et demandait une prompte solution. Elle était en outre fort simple, et n’admettait que le oui ou le non. En effet, ou le général Trézel devait être approuvé, et dans ce cas soutenu, ou il devait être blâmé, et dans ce cas immédiatement rappelé.

    Mais au lieu de se prononcer dans un sens ou dans l’autre, le gouverneur, après avoir perdu huit jours en délibérations, ne se décida ni pour ni contre, et parut résolu à laisser à son lieutenant toute la responsabilité de sa démarche. Cependant il fit partir pour Oran le commandant Lamoricière et Durand, avec mission d’examiner l’état des affaires, et d’entrer, s’il était possible, en arrangement avec Abd-el-Kader.

    Les deux envoyés relâchèrent à Arzew, et furent témoins du découragement de l’armée. Ils avaient avec eux le Caïd Ibrahim. Après s’être arrêtés quelques heures à Arzew, ils poursuivirent leur route sur Oran. A peine le commandant Lamoricière y fut-il arrivé, que conjointement avec le Caïd Ibrahim, il réunit près de 300 cavaliers Douers et Zmela, et se dirigea avec eux et les capitaines Cavaignac et Montauban sur Arzew où il arriva le 3 juillet, sans avoir rencontré d’ennemis.

    L’embarquement de l’artillerie et de l’infanterie était terminé, et celui de la cavalerie allait commencer, mais l’arrivée de Lamoricière l’arrêta. On vit que la cavalerie pouvait retourner par terre et l’on renonça à la voie de mer, de sorte que le brave, mais malheureux et imprudent général Trézel, ne fut pas obligé de boire jusqu’à la lie, le calice amer de sa défaite. Il rentra à Oran par la porte d’où il en était sorti.

    Sa conduite, dans les pénibles circonstances où il se trouvait, fut noble et digne. Dans ses rapports et son ordre du jour, il ne chercha point à déguiser l’étendue du mal, ni à le rejeter sur ses troupes. Il en accepta la responsabilité, et se montra résigné à en subir les conséquences.

    Avant que la rupture avec Abd-el-Kader eût été connue à Alger, un bâtiment chargé de poudre et de fusils destinés pour l’Émir, était parti de cette place pour Harch-Goone, où la livraison devait en être faite. Ainsi, nous fournissions nous-mêmes des armes à notre ennemi. Mais le général Trézel ayant eu connaissance de l’arrivée de ce bâtiment, le fit saisir par le stationnaire de Mers-El-Kébir, et arrêta ainsi ce monstrueux commerce (Le gouvernement d’Alger fit nier par son journal officiel l’envoi de ces armes et de cette poudre ; mais le fait est prouvé autant qu’un fait peut l’être. Il est même de notoriété publique. Ce fut le capitaine Bolle, commandant le Loiret, qui saisit le bâtiment en question. Tout Oran le sait et l’a Vu. Du reste, les preuves écrites et officielles existent).

    La nouvelle de la défaite de la Macta etant parvenue à Alger, le comte d’Erlon qui, comme nous l’avons vu, n’avait ni blâmé ni approuvé la conduite du general Trézel, lorsque les événements étaient encore incertains, le comte d’Erlon, disons-nous, sévit contre le commandant d’Oran aussitôt que la fortune se fut prononcée contre lui. Il lui ordonna de remettre son commandement au général d’Arlanges, arrivé récemment à Alger, où il venait prendre le commandement d’une brigade, en remplacement du général Trobriant.

     

     

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