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    Le combat de Kirchberg

    D’après « Mémoires du maréchal-général Soult, duc de Dalmatie » – Nicolas-Jean de Dieu Soult – 1854

     

    Le maréchal Kray observait la direction que prenait le général Moreau, et, pour le rappeler de nouveau à gauche, il fit attaquer pour la seconde fois le corps du général Sainte-Suzanne, dont les divisions étaient ainsi placées : celle du général Souham en avant du village de Delmesingen, à hauteur d’Ehrbach, et celle du général Legrand, près d’Achstetten, gardant les ponts d’Opfingen et de Donau-Rieden sur le Danube.

    Le 22 mai, les Autrichiens formés sur deux colonnes, et encore commandés par l’archiduc Ferdinand, passèrent le Danube à gué, s’emparèrent des deux ponts, repoussèrent de Delmesingen le général Souham et l’obligèrent à rétablir sa ligne en avant de Donaustetten. La division Legrand se maintint à la position principale d’Achstetten. Le général Sainte-Suzanne fit alors marcher sa réserve, commandée par le général Collaud, et attaquer Delmesingen.

    Les généraux Souham et Legrand reprirent, en même temps, l’offensive. L’action fut vive, et l’ennemi fut repoussé en désordre de l’autre côté du Danube, avec perte d’un certain nombre de prisonniers.

    Cette attaque n’eut pas le résultat que le maréchal Kray s’en était promis, car le général Moreau continua à marcher sur le Lech, et, par un mouvement rapide, le général Lecourbe se porta de Landsberg sur Augsbourg, où il imposa une forte contribution. Toutefois, le maréchal Kray ne quitta pas encore Ulm, jugeant que l’excursion de son habile adversaire avait moins pour but de menacer sérieusement la Bavière, que de lever des contributions.

    La lutte de ces deux rivaux de gloire ne saurait être trop admirée. Si l’un entreprend un projet, l’autre en démêle aussitôt le motif, et il est tout préparé pour en traverser l’exécution. C’est ainsi qu’à deux reprises, le maréchal Kray ne conçut aucun ombrage des mouvements du général Moreau vers le Lech, et que, pour le faire revenir, il se borna à attaquer la gauche de l’armée française.

    Avec la même sagacité, le général Moreau ne se laissa pas détourner de sa marche par l’attaque de l’archiduc Ferdinand. Mais lorsqu’il soupçonna que le maréchal Kray en préparait une beaucoup plus sérieuse, il rappela à lui le général Lecourbe.

    Cette précaution apparente cachait aussi le projet de passer le Danube au-dessous d’Ulm, pour aller, sur la rive gauche, porter des coups décisifs à l’armée autrichienne, couper sa ligne d’opérations, la faire sortir enfin de son camp retranché et la forcer à combattre dans une position moins avantageuse.

    Ainsi le général Lecourbe rentra dans sa première position, entre la Günz et la Mindel, occupant Mindelheim. Les divisions Delmas et Decaen, de la réserve, furent placées sur la rive gauche de la Günz, à hauteur de Bobenhausen.

    Le général Grenier, qui avait remplacé dans le commandement du centre le général Saint-Cyr, tombé malade, occupa l’espace entre ces divisions et la rive droite de l’Iller. L’aile gauche, commandée par le général Richepanse, en remplacement du général Sainte-Suzanne, qui avait été détaché sur le bas Rhin pour former un nouveau corps, resta entre l’Iller et le Danube, en refusant sa gauche et en gardant les ponts de l’Iller.

    Ces dispositions préparatoires avaient le double objet de concentrer l’armée, pour la tenir prête à repousser l’attaque qu’on attendait, et de tenter ensuite le passage du Danube au-dessous d’Ulm.

    Elles n’étaient pas encore terminées, le 5 juin, lorsque, pendant la nuit, le maréchal Kray fit déboucher entre l’Iller et le Danube la plus forte partie de son armée, formée sur cinq colonnes, pour attaquer le général Richepanse.

    Au jour, l’archiduc Ferdinand, conduisant l’attaque de droite, gagne la rive gauche de la Rott et s’avance jusqu’à Guttenzell, où il déborde la gauche des Français. D’autres colonnes rompent également la ligne française sur d’autres points, elles atteignent Kirchberg et menacent le pont de Kellmuntz sur l’Iller.

    Si les Autrichiens parviennent à emporter ce pont, tout le corps du général Richepanse va se trouver séparé du restant de l’armée et en danger d’être perdu. En ce péril extrême, le général Richepanse déploie toute sa valeur et sa fermeté, et défend le terrain pied à pied. Mais, accablé par le nombre des ennemis, il est sur le point de succomber, quand le général Grenier envoie à son secours la division du général Ney. Celui-ci passe le pont de Kellmuntz, reprend le village, et déjà il marchait sur Dietenheim, lorsqu’un second ordre le ramène vers Kirchberg, sur une colonne autrichienne qui avait tourné cette position.

    L’intrépide Ney se met à la tête de ses grenadiers, et l’arme au bras, sous un feu terrible, il gravit la hauteur, aborde les ennemis sur le plateau de Kirchberg, les renverse du premier choc, et leur fait douze cents prisonniers, avec huit pièces de canon.

    Sauvé par cette vigoureuse action, le général Richepanse put rétablir alors sa ligne et reprendre vivement l’offensive. Il regagna tout ce qu’il avait perdu, rentra dans sa première position et enleva aux ennemis un bon nombre de prisonniers, entre autres le lieutenant général comte de Sporck.

    La nuit suivante les Autrichiens, dont l’entreprise avait manqué, repassèrent le Danube et rompirent les ponts derrière eux.

    Le péril que courut l’armée française, dans cette journée, fut le plus grand de la campagne ; car, sans le succès du général Ney, à l’attaque de Kirchberg, l’aile gauche, presque enveloppée, aurait pu être anéantie avant d’avoir pu être secourue, et le général Moreau se serait trouvé fort embarrassé pour rétablir sa ligne d’opérations. Le maréchal Kray n’eût pas manqué de porter toute son armée sur cette direction, et il y eût même fait participer le corps du prince de Reuss, en le rappelant du Tyrol.

    Ce mouvement eût été hardi, mais il ne pouvait rencontrer une occasion plus favorable. L’armée française était en marche, tout portait à croire qu’elle serait prévenue, peut-être surprise dans son mouvement, et les corps qui la composaient couraient risque, séparés les uns des autres, d’éprouver quelque grave échec, avant de pouvoir reprendre une nouvelle ligne.

    Tel a dû être le calcul du maréchal Kray, quoiqu’il ait dit dans son rapport qu’il n’avait d’autre but que de reconnaître par lui-même la position de l’ennemi. Car ce dernier projet n’exigeait pas un aussi grand emploi de troupes, surtout pour se borner à attaquer l’aile gauche des Français.

     

     

    D’après « Dictionnaire historique des batailles, sièges, et combats de terre et de mer qui ont eu lieu pendant la révolution française » – 1818

     

    Dans un combat qui se donna à Kirchberg, près d’Ulm, le 16 prairial an VIII, le général de brigade Arnaut choisit Louis-Benoît-Désiré Dumont, encore simple grenadier, pour diriger en tirailleurs, vingt-cinq de ses camarades contre une position d’où une division autrichienne, sortie d’Ulm, écrasait par une artillerie formidable le corps dont il faisait partie.

    Dumont réussit au-delà de toute espérance, en surprenant la position, où il parvint à travers des taillis, et en s’emparant, à la baïonnette, de neuf pièces de canon et de huit caissons attelés.

    Le général Arnaut, à qui il remit ces trophées, lui promit un fusil d’honneur, et le fit entrer dans la garde des consuls, où il reçut des premiers la décoration des braves, et devint successivement capitaine, chef de bataillon et officier de la Légion-d’Honneur.

     

     

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