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     Historique de la Légion Étrangère (2) dans PAGES D'HISTOIRE hommage-aux-combattants-de-camerone-150x150

     

    La Légion jusqu’à la grande guerre

    D’après « Historique du régiment de marche de la Légion étrangère : 3e régiment étranger d’infanterie » – René Doumic – 1926

     

    La Légion en Algérie (1831 à 1920)

     

    La loi du 9 mars 1831 stipule que la Légion Étrangère peut être employée seulement hors du territoire continental du royaume.

    La Légion est donc, dès sa formation, envoyée en Afrique. La France vient de planter son drapeau sur la Casbah d’Alger. La Légion va être un des bons artisans de la pénétration en Algérie. Rien ne s’y fera sans elle. C’est en Algérie que la Légion a son dépôt, son foyer.

    C’est là qu’elle revient après chaque expédition lointaine.

    L’histoire de la Légion en Algérie, c’est la base, le canevas de l’histoire tout entière de la Légion.

     

    • L’ancienne Légion (Algérie et Espagne)

     

    Le 1er janvier 1832, la Légion est répartie entre les provinces d’Alger (1er, 2e, 3e, 5e et 7e bataillons), d’Oran (4e bataillon), de Bône (6e bataillon).

    Elle commence aussitôt la belle tâche qui devait tant l’honorer : construction de postes, établissement de routes et de canaux d’irrigation, assèchement de marais, plantations. Mais pour manier habituellement l’outil, elle n’en sait pas moins faire usage de ses armes.

    On relève parmi les affaires auxquelles elle prend part :
    - le combat de Sidi-Chabel (11 novembre 1832), contre Abd-El-Kader ;
    - la prise d’Arzew (5 juin 1833) ;
    - celle de Mostaganem (28 juillet 1833) ;
    le meurtrier combat de Muley-Ismael (26 juin 1835) où la Légion a deux officiers tués : les lieutenants Josefovitch et Boldini.

    Par suite d’un traité conclu le 28 janvier 1835 entre la France, l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal, la France cède la Légion à l’Espagne pour soutenir Isabelle II contre Don Carlos. Cette nouvelle est douloureusement accueillie par les légionnaires, qui cependant, par esprit d’obéissance et de discipline, se soumettent. La flotte qui les emmène met à la voile le 30 juillet 1835. (Voir Légion en Espagne).

     

    • La nouvelle Légion (Algérie et guerres du second Empire)

     

    Le 16 décembre de la même année, une ordonnance royale prescrivait la formation d’une nouvelle Légion Étrangère, comportant provisoirement un bataillon de huit compagnies. Formé à Pau, ce bataillon est mis en route le 5 décembre 1836 pour Toulon où il embarque pour Alger, pendant qu’un deuxième bataillon s’organise.

    Avant même la fin de cette organisation, la Légion reçoit l’ordre de former pour l’expédition de Constantine, un bataillon de marche sous les ordres du commandant Bedeau. Ce bataillon se couvre de gloire pendant le siège et à l’assaut final de la forteresse (13 octobre 1837).

    En décembre 1837, un troisième bataillon est organisé.

    En mai 1839, le 1er bataillon prend part à l’expédition de Djidjelli où il livre de furieux combats à la baïonnette. Le commandant Horain, un ancien de la première Légion, est mortellement blessé.

    L’organisation d’un quatrième bataillon est prescrite le 1er octobre 1839, celle d’un cinquième le 28 août 1840.

    La Légion figure dans le corps expéditionnaire dirigé par le maréchal Vallée contre Abd-El-Kader en avril-mai 1840, et sur Milliana en juin de la même année. Elle y est assiégée du 15 juin au 5 octobre. De 750 hommes, au premier jour, son effectif est réduit à 208 hommes malades et 80 à l’ambulance : le reste est mort !

    Le 1er avril 1841, la Légion Étrangère est fractionnée en deux régiments. Le premier est formé à Alger avec les trois premiers bataillons ; le deuxième est formé à Bône avec les 4e et 5e bataillons et un sixième en voie de création.

    Les opérations, dans cette période de la conquête, sont une suite de colonnes, de razzias, de petits combats très durs dont l’histoire n’a guère conservé le souvenir, mais qui, pour ne pas mal tourner, réclamaient des troupes héroïques et prudentes.

    La Légion s’y distingue maintes fois :
    - à Kolea en 1841 ;
    - dans les opérations contre Bou-Maza et dans les Zibans en 1844 ;
    - à Mehab-Barboussa en 1845 ; dans la marche sur Narah dans l’Aurès (1849) où 400 légionnaires combattent à l’arrière-garde, faisant 25 lieues en vingt-six heures ;
    - aux deux expéditions sur 
    Zaatcha (août et octobre-novembre 1849), réédition de l’assaut de Constantine ;
    - à Fedj-Menazel en 1851 ;
    - à la Moulouya en 1852.

    En 1854, la Légion est désignée pour faire partie de l’armée d’Orient. Le 1er régiment embarque à Oran les 11 et 15 juin pour Gallipoli. Le 2e embarque deux bataillons à Philippeville les 22 et 27 juin pour Gallipoli. (Voir Légion en Crimée).

    Son troisième bataillon forme dépôt et part à Bastia.

    Un décret impérial du 17 janvier 1855 avait prescrit la création d’une deuxième Légion Étrangère. Mais après la campagne, les deux Légions sont licenciées. Le décret du 16 avril 1856 crée deux régiments étrangers.

    Le 1er est formé le 26 juin 1856 au camp de Sathonay, avec les éléments de la 2e Légion ; il est embarqué à Toulon le 6 juillet à destination de Philippeville.

    Le 2e est formé le 9 août à Sidi-Bel-Abbès avec les éléments de la 1ère Légion, rapatriés de Crimée le 6 juillet.

    En avril-mai 1857, les deux régiments participent à l’expédition de la Grande-Kabylie, dont le nom sera inscrit à leur drapeau.

    En 1859, ils sont désignés pour faire partie de l’armée d’Italie. Le 1er embarque à Philippeville, le 8 avril, le 2e à Oran le 19 avril. (Voir Légion en Italie).

    A l’issue de la campagne, le 1er étranger est envoyé à Bastia, qu’il quitte le 9 février 1860 pour aller dans la province de Constantine. Le 2e étranger rejoint directement la province d’Oran.

    Un décret impérial du 14 octobre 1859 rend officielle la fusion des nationalités à la Légion.

    Le 14 décembre 1861, le 1er étranger est licencié et incorporé au 2e étranger qui, le 1er janvier 1862, prend le nom de Régiment Étranger. En outre, les engagements volontaires dans le régiment étranger sont suspendus d’une manière générale et indéfinie par une circulaire ministérielle du 16 décembre 1861, et les légionnaires servant au titre étranger qui se trouvent dans leur avant-dernière année de service, peuvent sur leur demande être renvoyés dans leurs pays par anticipation.

    C’est dans cette période de réduction des effectifs – on dirait presque de « démobilisation » – qu’éclate la guerre de Mexique.

    Heureusement, la Légion marche, et le nom de Camerone, sera inscrit à son drapeau. (Voir Légion au Mexique).

    Au retour du Mexique, en débarquant à Oran du 26 mars au 6 avril 1867, les bataillons sont dirigés sur Mascara où est la portion centrale, sur Sidi-Bel-Abbès et sur Saïda.

    La Légion participe aux opérations dans la région de Figuig en 1868, aux combats contre Si-Kaddour-Ben-Hamza en 1869.

    Mais voici qu’éclate la guerre franco-allemande de 1870. Le 8 octobre, les 1er et 2e bataillons embarquent à Oran, à destination de Toulon. ( Voir Légion en France).

    Les 3e et 4e bataillons restant en Algérie, interviennent contre les Kabyles révoltés qui sont rapidement réprimés.

    Le 22 juin 1871, le régiment, rentrant de la campagne de France, arrive à Mascara. La loi des cadres du 13 mars 1875 lui donne l’appellation de Légion Étrangère.

    Presque toute l’année 1881 se passe en opérations sur les Hauts Plateaux et dans le Sud-Oranais contre le marabout Bou-Amama.

    La même année voit la création de deux compagnies de dépôt et des compagnies montées.

    En 1883, la Légion envoie ses deux premiers bataillons au Tonkin. Les 3e et 4e partent l’année suivante. (Voir Légion au Tonkin).

    La loi du 14 décembre 1884 porte dédoublement de la Légion étrangère en deux régiments étrangers. Viennent les deux expéditions du Dahomey et de Madagascar. (Voir Légion au Dahomey et Légion à Madagascar).

    En 1899, passe un gros nuage : l’incident de Fachoda.

    La Légion, prête à toute éventualité, mobilise deux bataillons (1er et 3e du 1er étranger), qui se portent d’abord sur Ménerville pour couvrir Alger, puis en Tunisie, face aux forces de Malte. Ils organisent les camps de Fondouk Djedid et Grombalia. Puis, répartis entre Bizerte et Kairouan, ils sont dissociés en août 1900 : le 3e, mis sur le pied de guerre, entre dans la composition du corps expéditionnaire de Chine (il restera d’ailleurs en réserve au Tonkin). Le 1er bataillon rentre à Bel-Abbès pour se reconstituer.

    L’Algérie n’assure point, d’ailleurs, le farniente au légionnaire : c’est la période héroïque où pour se reposer du Tonkin et de Madagascar, il va, dans l’intervalle de ses séjours coloniaux, courir le Sud, poussant jusqu’en plein Sahara.

    Car il faut compléter l’œuvre de pacification. Et c’est sur l’extrême Sud, sur les confins du Sahara Marocain notamment, que prennent appui les fauteurs de trouble.

    Dès avant 1900, les compagnies montées poussent des pointes hardies vers le Sud. Il faut se montrer plus actif que des gens qui sont la mobilité même. De là ces reconnaissances à longue portée, randonnées incroyables, où sans même se douter du tour de force accompli, la Légion montée, par ses seuls moyens, sans convoi, dans ses « six jours » de rayon d’action, parcourt très normalement 350 kilomètres en plein désert.

    En 1900, c’est vraiment la conquête du Sahara qui commence : campagnes terribles, où le soleil de plomb fait bouillir les cervelles, où le problème de l’eau est, plus que jamais, le problème vital. Mais la Légion en a vu d’autres dans son histoire. Et les jeunes qui ne connaissent pas le métier ont tôt fait de l’apprendre.

    Un record est à enregistrer, celui du détachement Letulle, deux compagnies du 2e étranger : partant de Géryville, le détachement de Légion, au risque de périr de soif, traverse résolument le Grand Erg, et atteint Timmimoun, produisant sur les populations des Oasis un effet moral d’une singulière puissance.

    L’ennemi, dans le désert, n’est pas négligeable. L’occupation des Oasis en 1900 et les colonnes des années suivantes n’allèrent pas sans quelques sérieuses affaires, outre la quotidienne fusillade nocturne échangée avec les éternels rôdeurs.

    Deux dates : 1900, 1903, s’attachent au nom du sinistre coupe-gorge de Moungar. La seconde de ces deux affaires, dans laquelle il est permis de voir une glorieuse réplique de Camerone, a été un épisode de certaine vigoureuse offensive des gens de l’Ouest contre notre ligne de communication de la Zousfana.

    Taghit, investi pendant cinq jours, venait d’être dégagé par le goum de Beni-Abbès et la compagnie montée Bonnelet (1er étranger). Escortant vers Taghit un convoi de ravitaillement, la compagnie montée du 2e subit, entre Moungar et Zafrani, l’attaque impétueuse des contingents de Bou-Amama (2 septembre 1903).

    « Ici ont combattu pendant huit heures contre des dissidents marocains cent treize légionnaires de la 22e compagnie montée du 2e régiment étranger. Deux officiers, le capitaine Vauchez et le lieutenant Selchauhansen, atteints mortellement, 34 tués et 47 blessés sont le témoignage impérissable de leur exemplaire et héroïque conduite ». Telle est l’inscription que les légionnaires ont gravée sur la tombe de leurs camarades.

    Le défenseur de Taghit, capitaine De Susbielle et la compagnie montée Bonnelet sauvèrent, en fin de journée, ce qui restait de la compagnie montée du 2e.

    C’en était trop ! Déjà, au printemps, l’agression des gens de Figuig contre le gouverneur général Jonnart nous avait amenés à bombarder, à titre de représailles, le ksar de Zenaga. La question sud-oranaise devenait décidément question marocaine.

    Et c’est de ce moment en effet, que date dans notre politique nord -africaine, certain changement d’orientation qui s’est traduit dès l’abord par l’arrivée, comme commandant du territoire d’Aïn-Sefra, d’un colonel de cavalerie bien connu et comme écrivain et comme colonial : il aime à se proclamer disciple de Gallieni.

    Dès lors c’est (à partir de novembre 1903) la « pénétration pacifique » vers l’Ouest, patiemment préparée et conduite par le grand chef : après l’école de Bugeaud, la Légion aura connu l’école de Lyautey.

    En Algérie, elle n’a plus guère d’histoire. Elle garde les postes du Sud-Oranais que les conventions franco-marocaines classent comme algériens : El Aricha, Forthassa, Bechar, Kenadsa.

    Les dépôts d’Algérie ravitaillent en hommes le Tonkin, le Maroc surtout. Puis aux heures graves d’août 1914, ils dirigent vers la France, après un tri sévère, les noyaux des régiments de marche.

    Après la guerre, réorganisation générale et création d’un régiment de cavalerie, auquel il va falloir passer la Tradition.

     

    La Légion en Espagne (1835-1839)

     

    Le 17 août 1835, le régiment, sous le commandement du colonel Bernelle, fait son entrée à Tarragone, et participe, à partir de ce moment, à toutes les opérations de l’armée royale contre les partisans de Don Carlos. L’adversaire est nombreux et cette guerre civile est féroce : les Carlistes fusillent blessés et prisonniers. A la Légion, les vides ne peuvent être comblés : blessés, malades, libérables, ne sont que rarement remplacés.

    Le 26 avril 1836, le régiment se bat à Terapegui, près de Pampelune, 6000 Carlistes luttent pendant six heures contre 1000 légionnaires, sans parvenir à les entamer.

    Le 24 mars 1837, à Huesca, l’armée royale est contrainte à la retraite. La Légion forme l’arrière-garde ; elle a 350 hommes hors de combat, dont 20 officiers.

    Le 2 juin 1837, au combat de Barbastro, le colonel Conrad est tué.

    Il reste alors à la Légion 500 hommes et 20 officiers presque tous blessés. Cependant, après plusieurs opérations sanglantes, les Carlistes sont mis en fuite et leurs 18 bataillons dispersés.

    La Légion d’Espagne est licenciée le 17 janvier 1839.

     

    La Légion en Crimée (1854-1856)

     

    Les deux régiments étrangers forment la 2e brigade de la 5e division. Après une courte campagne en Turquie où sévit une épidémie de choléra, ils débarquent, en septembre 1854, à Eupatoria.

    A l’Alma, le 20 septembre, la Légion n’est représentée que par ses compagnies d’élite, formant un bataillon unique.

    Au moment de l’attaque du Plateau, écrit le colonel De Villebois-Mareuil, lorsque, l’Alma franchie, les troupes ont mis sac à terre et, emportées par leur ardeur et l’exemple affolant des zouaves, roulent vers l’ennemi, dans une fureur de vague, Canrobert, impuissant à maintenir l’ordre, aperçoit un bataillon qui s’avance comme à la parade. Il l’a reconnu et galopant à lui, il lui crie : « A la bonne heure ; servez d’exemple aux autres, braves légionnaires ». Et lui accolant deux batteries, il le lance pour faire brèche.

    Dans la guerre de tranchées qui suit, toutes les attaques russes échouent contre la ligne tenue par la Légion.

    En avril 1855, deux compagnies du 46e fléchissent, lorsque la compagnie de grenadiers de la Légion (capitaine Robert) s’élance à leur secours, charge les Russes à la baïonnette, et les met en fuite sans brûler une cartouche. C’est encore à la baïonnette que les Légionnaires enlèvent, en mai, le Bastion Central ; ils le conservent en dépit de toutes les contre-attaques.

    Le nom de SEBASTOPOL est inscrit au drapeau du 1er étranger.

     

    La Légion en Italie (1859)

     

    Arrivés à Gênes en avril-mai 1859, les deux régiments étrangers forment avec le 2e Zouaves, la 2e brigade (général Castagny) de la 2e division (général Espinasse) du corps de Mac-Mahon.

    La Légion prend une part brillante à la bataille de Magenta. Placé en première ligne sur la route de Marcallo à Magenta, le 1er étranger arrête une forte colonne autrichienne, devant laquelle les chasseurs à cheval s’étaient repliés : baïonnette basse, il force l’ennemi à battre en retraite à son tour, le fait reculer de 3 kilomètres. L’élan est tel que les Autrichiens croient les Légionnaires appuyés par des forces considérables : en fait, ils sont seuls à mener l’attaque.

    Vers la fin de la journée, après une série de combats un peu confus, les deux régiments de Légion entrent à Magenta par l’Est, menaçant la route de Milan. « La Légion est à Magenta, s’écria le maréchal de Mac-Mahon, l’affaire est dans le sac ». Les pertes, hélas ! avaient été sévères, le colonel De Chabrière avait été tué dans le début de l’attaque.

    La campagne continue par des marches pénibles sous la pluie.

    Le 24 juin, pendant la bataille de Solferino, les légionnaires se distinguent encore à l’assaut de la Tour.

    La Légion a vaillamment combattu pout l’unité italienne. Le nom de MAGENTA est inscrit à son drapeau.

     

    La Légion au Mexique (1863-1867)

     

    Les zouaves sont seuls désignés pour faire partie de l’expédition du Mexique. Le régiment de Légion est froissé dans son amour-propre. Les officiers adressent directement une pétition à l’Empereur. Ils sont réprimandés, mais reçoivent satisfaction.

    La Légion débarque le 28 mars à Vera-Cruz.

    Les communications entre Vera-Cruz, base des opérations, et Puebla, que les Français investissent, depuis le 16 mars, sont toujours inquiétées par les guérilleros. A la Légion d’assurer la bonne marche des convois.

    Tâche ingrate et pénible, s’il en fut : le vomito, le typhus, les fièvres déciment les compagnies. Cependant il faut réparer la route, porter à dos les chargements des voitures qui s’enlisent. Plus d’étape : on marche jour et nuit. A chaque pas, des embuscades sont dressées par les Mexicains ; il faut les éventer et pourchasser cet ennemi insaisissable.

    Le commandant Saussier après une étape forcée attaque Pecherria Grande et en déloge l’ennemi qui laisse sur le terrain 40 morts, 103 blessés, 87 chevaux.

    Le commandant Munier a, de son côté, mis en fuite à Jampa les partisans d’Antonio Diaz, qui est tué.

    Le 30 avril 1863, la 3e compagnie (capitaine Danjou, 2 sous-lieutenants, 62 hommes de troupe) lutte pendant dix heures dans la ferme légendaire de Camerone contre 2000 Mexicains. Le soir, 300 des assaillants sont tombés autour d’elle. La compagnie réduite à un caporal et deux légionnaires, reçoit de l’ennemi les honneurs de la guerre.

    En quittant le Mexique en février 1867, la Légion laissait en terre mexicaine : 31 officiers et 1517 légionnaires !

    Mais elle rapportait la gloire de CAMERONE aux plis de son drapeau.

     

    La Légion en France (1870-1871)

     

    En raison du grand nombre d’étrangers qui demandent à se battre pour la France, l’Empereur prescrit, le 26 juillet 1870, la création de bataillons étrangers.

    Le premier est créé à Tours et devient le 5e bataillon du régiment. Dans ses rangs, se trouve un ancien Saint- Cyrien, officier au titre étranger. Il se nomme Karageorgewitch, et deviendra le roi Pierre Ier de Serbie.

    Après avoir été sérieusement éprouvé le 11 octobre à Orléans, ce bataillon est rejoint le 19 par les deux autres arrivant d’Algérie. Ainsi constitué, le régiment est affecté au 15e corps, le 22 octobre. Le 9 novembre, il prend part à la bataille de Coulmiers, puis à la reprise d’Orléans.

    Mais bientôt, la retraite de l’armée de la Loire commence. Engagé entre Cercottes et Chevilly, le régiment se dépense sans compter. La retraite continue. Pour remonter un peu son effectif, on lui incorpore de tout jeunes soldats. Le 7 janvier, il embarque à Bourges pour aller rejoindre l’armée de l’Est. Le 15, il culbute les avant-postes allemands et s’empare de Montbéliard. Il combat encore avec l’armée de l’Est jusqu’au 28 janvier. L’armistice le trouve à Besançon, où il reste jusqu’à la signature de la paix.

    Pendant la Commune, le régiment participe aux tristes combats de la reprise de Paris par les troupes régulières.

    Puis le 11 juin, il quitte Paris pour Toulon, où il s’embarque le 15 à destination de l’Algérie.

     

    La Légion au Dahomey (1892)

     

    Le bataillon de Légion organisé pour l’expédition du Dahomey est commandé par le chef de bataillon Faurax. Il s’embarque à Oran le 7 août 1892.

    Pendant toute la campagne, il rend les plus éminents services. A Dogba, surpris à l’aube par 4000 Dahoméens que conduit un des frères de Behanzin, il lutte pendant cinq heures presque corps à corps ; le commandant Faurax est mortellement atteint. A Koto, le capitaine Battreau qui l’a remplacé, est grièvement blessé et remplacé par le capitaine Drude.

    Partout où la Légion est engagée, sa ténacité a raison de la résistance acharnée de l’ennemi. C’est grâce à elle que l’expédition est préservée d’un échec, que la nature du pays et la valeur guerrière du Dahoméen auraient pu rendre irréparable. C’est à elle, les témoignages sont unanimes à le constater, que fut dû le succès, chèrement acheté, de cette dure campagne.

    « La Légion a été admirable ; sans elle, nous n’aurions pu avoir raison de la résistance des Dahoméens », écrit un officier de l’infanterie coloniale, M. D’Albeca. Et le général Dodds, le 5 novembre, après la prise de Kana, pouvait télégraphier au ministre de la Guerre : « Je n’ai jamais eu l’honneur de commander de plus admirables soldats. On peut tout leur demander ».

     

    La Légion à Madagascar (1895-1898)

     

    La Légion fait partie du corps expéditionnaire de Madagascar en 1895.

    La résistance des troupes de Ranavalo est presque nulle. Ce n’est pas contre les hommes qu’il s’agit de lutter, c’est contre les deux alliés sur lesquels les souverains de la grande île ont toujours compté : la fièvre et la forêt.

    Le corps expéditionnaire, plutôt trop important, a peine à se mouvoir et à se ravitailler. Aux voitures Lefèvre, de sinistre mémoire, il faut ouvrir la route, une vraie route, à travers le marais ou la brousse épaisse. Et la colonne ne peut pas marcher plus vite que les travaux de la route.

    Pour les jeunes du 200e ou du 40e Chasseurs, c’est trop. Les coloniaux eux-mêmes sont sérieusement éprouvés. Les légionnaires, entraînés, disciplinés, rompus à la fatigue et à toutes les privations, sont seuls capables de tenir dans cet enfer. Leurs pertes sont relativement faibles.

    Et pourtant, quelle énergie dépensée !

    C’est là qu’un médecin-major a trouvé, pour résumer ses impressions, cette phrase lapidaire : Quand un troupier de France entre à l’hôpital, c’est pour être rapatrié ; un tirailleur, c’est pour guérir ; un légionnaire, c’est pour mourir ».

    La Légion entre la première à Tananarive avec la colonne volante du général Metzinger.

    En 1898, par suite de certaines erreurs d’ordre politique, il faut, pour ainsi dire, recommencer la conquête de la grande île.

    Le général Gallieni, à qui le ministre de la Guerre demande quelles troupes il désire emmener, répond : « Je demanderai à emmener 600 hommes de la Légion Étrangère afin de pouvoir, le cas échéant, mourir convenablement ». Les choses n’en vinrent pas là. L’énergie et la netteté de vues du futur sauveur de Paris rétablirent la situation.

    Pendant sept ans encore, les légionnaires font partie du corps d’occupation et contribuent efficacement à la pacification complète de la nouvelle colonie.

    En avril 1905, la Légion quitte Madagascar.

     

    La Légion au Tonkin (1883-1918)

     

    Le 8 novembre 1883, le 1er bataillon de la Légion débarque à Haï-Phong d’où il se dirige sur Hanoï.

    En décembre, l’amiral Courbet marche sur Sontay. Le 16, la Légion, le 1er Tirailleurs et les fusiliers-marins donnent l’assaut à la citadelle. Celle-ci, entourée d’un mur bastionné de cinq mètres de haut, avec fossé plein d’eau, est enveloppée par la ville (quelques maisons en briques et de nombreuses paillottes). Le tout est protégé par une enceinte extérieure : solide parapet encore précédé d’un fossé rempli d’eau et renforcé d’une berme plantée de bambous, obstacle presque infranchissable.

    Sontay est tenu par les Pavillons Noirs, bons soldats et excellents tireurs. Ils vont cependant trouver leurs maîtres.

    Le 16, un faubourg est occupé. Pour éviter les pertes occasionnées par le franchissement des palissades et des espaces nus, on opère par surprise. Une brèche est faite, une porte enlevée et, le 17, la ville tout entière est à nous. La Légion a perdu 58 hommes.

    Un deuxième bataillon de la Légion est venu renforcer le premier.

    Le 12 mars, tous deux sont désignés pour faire partie de la colonne de Négrier qui doit enlever Bac-Ninh.

    La marche est pénible dans la rizière : les hommes sont dans l’eau jusqu’aux genoux. Et l’on se heurte à la ténacité des Chinois. Chacune de ces forteresses qu’est un village tonkinois entouré de bambous entrelacés, se mue en centre de résistance qu’il faut réduire. Le 1er bataillon enlève le village de Heroï, puis le fort de Dap-Cau.

    Deux fortins barrent encore la route de Bac-Ninh : ils sont pris en un tour de main. Les troupes chinoises, démoralisées par la brusquerie de ces attaques successives, errent en désordre dans la plaine, notre artillerie achève de les débander.

    « A la Légion, l’honneur d’entrer dans Bac-Ninh », écrit le général De Négrier au général Duchesne. Les légionnaires se lancent à la poursuite des Chinois, les rattrapent et entrent en même temps qu’eux, par la porte nord, dans la citadelle bastionnée. La ville est conquise.

    En 1885, se place l’héroïque défense de Tuyen-Quang, un des plus glorieux faits d’armes de la Légion.

    La même année, la Légion prend part à la marche sur Lang-Son. Après de durs combats – jusqu’au corps à corps – elle y entre le 23 février. On pousse jusqu’à la Porte de Chine où l’on reste jusqu’au 7 mars. Puis c’est la fameuse et dure Retraite de Lang-Son : la Légion y est à la place d’honneur, à l’arrière-garde.

    Notre situation en Indo-Chine s’affermit : bientôt, on peut dire que la période de conquête est achevée. Mais la tâche de la Légion n’est pas finie.

    Depuis quarante ans bientôt, la Légion a du monde au Tonkin, de deux à quatre bataillons suivant les moments, tantôt bataillons formant corps, tantôt avec organisation en régiment de marche. C’est à elle qu’ont été confiés, en règle générale, les points délicats de la frontière chinoise : Mon-Cay, Lang-son, Caobang, Hagiang, Lao-Kay…

    Elle organise et construit ces postes, et bien d’autres, elle défriche, crée des jardins, sachant bien que, la tâche finie, elle les passera à d’autres pour aller recommencer ailleurs.

    Les tombes de légionnaires, qui parsèment la haute région, témoignent éloquemment de toute l’âpreté de cette tâche, de l’abnégation déployée.

    D’ailleurs, il n’y a pas que la fièvre à combattre. Si l’ère des grandes actions est close, si le pays est « en paix » avec la Chine, s’il est « pacifié » et « pacifiquement administré », il n’en faut pas moins monter à la frontière une garde active, empêcher l’intrusion des fauteurs de trouble venant de l’extérieur, et surveiller – voire maîtriser – à l’intérieur certains éléments dangereux.

    Pavillons Noirs, pirates, Réformistes, peu importe le nom : il s’agit toujours de bandes résolues, bien armées, bien commandées, rompues, par atavisme, à la brousse, à la guerre qu’il faut y mener. L’insaisissable Dé Tham aura été la réplique tonkinoise de Bou-Amama. Et pour les Européens qu’anémie le climat, cette guerre est dure, bien plus qu’en Afrique.

    On peut rappeler des dates :
    - 1894, la grande révolte ;
    - 1901, les pirates dans le deuxième territoire (Cao-Bang, Bao-Lac) ;
    - 1904, la période des grands soulèvements indigènes ;
    1908 à 1910, la lutte contre les bandes chinoises dans le Nord, la liquidation du Dé Tham dans le Yen-Thé.

    A ces colonnes, se rattache le souvenir de chefs aimés de la Légion qui tous, ou peu s’en faut, ont fini par trouver sur les champs de bataille de France la mort qu’ils avaient bravée toute leur vie : Fesch, Bonnelet, Muller, Bouffé, et ce brave capitaine Forey, doyen des légionnaires, que les générations d’après guerre auront connu, lieutenant-colonel en retraite à Bel-Abbès, portant allégrement le fardeau de 101 annuités.

    Longues et épuisantes marches, sous le soleil, mais dans le « bain de vapeur » de la brousse tropicale, ou bien sous le crachin pénétrant, sous le déluge des grandes pluies d’été, les jambes dans l’eau, d’ailleurs, toujours au moins la moitié du temps : dans la rizière, ou dans le lit des arroyos, ou dans les terribles lagunes de la haute région, infestées de sangsues…
    Ravitaillement souvent précaire, qui fait regretter les menus de l’ordinaire colonial…
    Lutte sournoise contre un ennemi, auquel on ne fera pas de quartier, mais auquel il ne s’agirait pas de laisser un blessé ni même un mort…
    Combats fréquents, toujours durs, souvent sanglants, forcément anonymes : l’Histoire – c’est un lieu commun de le dire – l’Histoire ne peut vraiment pas retenir tout l’héroïsme obscur dans lequel se résume la vie de la Légion.

    Tout ce qu’elle a pu faire, l’Histoire, ç’a été d’inscrire un nom encore sur les drapeaux : EXTRÊME-ORIENT.

    A partir de 1907, les effectifs de la Légion au Tonkin tendent à se réduire. Le Maroc réclame des troupes. En 1908, il n’y a plus que deux bataillons.

    En 1914, l’Indo-Chine est mêlée aux grands événements de la guerre mondiale. De ce côté encore, l’Allemagne avait préparé la guerre : ses intrigues ne manquent pas de nous créer là-bas des difficultés.

    En 1915 et 1916, la Légion coopère sous les ordres du colonel Friquegnon, le vieux géographe de l’Extrême-Orient, au maintien de l’ordre dans la colonie. C’est bientôt chose faite.

    Aussi des prélèvements sont-ils exercés sur les effectifs, en faveur des fronts de France ou du Maroc : un seul bataillon est maintenu. En 1917, il est même réduit à une compagnie.

    Et en dépit de la guerre sous-marine, le régiment de marche de France voit arriver quelques vieux briscards débarquant du Tonkin, qui sont les bienvenus dans ses rangs.

    Après la guerre, la relève au Tonkin continue…

     

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