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     Le 12 mai 1840 – La prise du Téniah de Mouzaïa dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-prise-du-teniah-de-mouzaia-150x150

     

    La prise du Téniah de Mouzaïa

    D’après « Galeries historiques du palais de Versailles » – 1842

     

    Du 28 avril au 11 mai, le maréchal Valée s’occupa à entourer la ferme de Mouzaïa d’un camp retranché, pour y rassembler tous les approvisionnements destinés à la place de Médéah, en même temps qu’il rappelait de la province d’Oran des renforts nécessaires à l’attaque du Téniah, où il était informé qu’Abd-el-Kader avait amassé de formidables moyens de défense.

    Il se rendit à Cherchell, où le commandant Cavaignac venait de soutenir avec une faible garnison, l’effort opiniâtre de plusieurs milliers d’Arabes, y recueillit les deux mille hommes arrivés d’Oran, et revint le 11 mai à la ferme de Mouzaïa.

    Pendant ces treize jours, à peine y en eut-il un seul qui ne fut marque par quelque combat. Celui de l’Oued-Hachem fut assez brillant pour ajouter un nouveau lustre à la renommée du colonel Changarnier.

    L’attaque du Téniah fut résolue pour le 12 mai.

    Le col n’est abordable, en avant de Mouzaïa, que par la crête orientale, dominée tout entière par le piton de Mouzaïa. Abd-el-Kader, depuis six mois, avait fait exécuter de grands travaux pour le rendre inattaquable.

    Un grand nombre de redoutes, reliées entre elles par des branches de retranchements, couronnaient tous les saillants de la position, et sur le point le plus élevé du piton, un réduit presque inabordable avait été construit. D’autres ouvrages se développaient encore sur la crête jusqu’au col. Les arêtes que la route contourne avaient été également couronnées par des redoutes, et le col lui-même était armé de plusieurs batteries. Enfin l’émir avait réuni sur ce point, toutes ses troupes régulières.

    Les bataillons d’infanterie de Médéah, de Miliana, de Mascara et de Sebaou avaient été appelés à la défense du passage, et les Kabyles de toutes les tribus des provinces d’Alger et de Titterie avaient été convoqués pour défendre une position la plus importante de l’Algérie.

    M. le duc d’Orléans fut chargé d’enlever la position avec sa division. Il la forma sur trois colonnes.

    Celle de gauche, commandée par le général Duvivier, était composée de deux bataillons du 2e léger, d’un bataillon du 24e et d’un bataillon du 44e. Elle était forte d’environ mille sept cents hommes, et sa mission était d’attaquer le piton par la gauche, et de s’emparer de tous les retranchements que les Arabes y avaient élevés.

    La seconde colonne, sous les ordres du colonel Lamoricière, était composée de deux bataillons de zouaves, du bataillon de tirailleurs et d’un bataillon du 15e léger. Cette colonne, forte de mille huit cents hommes, devait, dès que le mouvement de gauche serait prononcé, gravir par une crête de droite, afin de prendre à revers les retranchements arabes, et se prolonger ensuite sur la crête jusqu’au col.

    La troisième colonne, sous les ordres du général d’Houdetot, était composée du 23e de ligne et d’un bataillon du 48e. Elle était destinée à aborder le col de front, dès que le mouvement par la gauche aurait forcé l’ennemi à évacuer les crêtes.

    Il fallut gravir, pendant plus de sept heures, à travers tous les obstacles d’un terrain roide et escarpé, avant de songer à commencer l’attaque. Enfin vers midi et demi, le prince royal fit faire tête de colonne à gauche au général Duvivier.

    Ce fut un solennel moment que celui où ces braves soldats, dont un si grand nombre ne devait plus nous revoir, s’éloignèrent de nous pour accomplir une des actions de guerre les plus brillantes de nos annales d’Afrique. Nous étions calmes cependant, car à leur tête marchaient le général Duvivier, le colonel Changarnier et tant d’autres officiers qui, quoique jeunes encore, ont déjà des noms connus dans l’armée…

    Dès que cette colonne commença à gravir les pentes du piton de Mouzaïa, elle fut accueillie par une vive fusillade qui la prenait de front et en flanc. Le général Duvivier, sans s’inquiéter du feu des Kabyles, poursuivit intrépidement sa marche vers ce qui faisait la force de la position ennemie. C’étaient trois retranchements se dominant les uns les autres, et dont le dernier était protégé par un réduit, et se reliait par un autre retranchement au sommet du pic, où se trouvait un bataillon régulier.

    Deux bataillons et des masses de Kabyles défendaient cette position. Ils dirigèrent sur nos soldats un feu de deux rangs, qui mit hors de combat un grand nombre d’entre eux. Le 2e léger, électrisé par l’exemple de ses officiers, et entraîné par la vigueur du colonel Changarnier, se précipita sur les retranchements. La charge battit sur toute la colonne, et les redoutes furent enlevées.

    Les Arabes qui occupaient le pic, voulurent essayer un retour offensif. Mais ils furent culbutés dans les ravins, et le drapeau du 2e léger, si connu en Afrique, flotta glorieusement sur le point de plus élevé de la chaîne de l’Atlas.

    Pendant ce temps, les deux autres colonnes continuaient leur marche pénible. A trois heures, le maréchal lança le colonel Lamoricière à travers une arête boisée qui prenait naissance à la droite du piton. Deux redoutes furent successivement emportées par l’héroïque impétuosité des zouaves. Mais, du haut d’un troisième retranchement qui restait à enlever, deux bataillons réguliers et de nombreux Kabyles dirigèrent un feu redoutable contre la colonne qui gravissait avec peine.

    Nous eûmes, continue le maréchal, un moment d’anxiété pénible. Mais bientôt nous entendîmes la marche du 2e léger qui débouchait sur les derrières de l’ennemi. Les zouaves arrivaient alors au pied du retranchement. Par un élan d’enthousiasme, ils se précipitèrent dans l’intérieur, culbutèrent l’ennemi, et quelques instants après les deux colonnes firent leur jonction au point où l’arête qu’avait suivie le colonel Lamoricière se détache de la chaîne. Les troupes de tous les corps se précipitèrent, avec toute la rapidité que permirent les difficultés du terrain, à la poursuite de l’ennemi, en se dirigeant vers le col.

    C’était le tour de la troisième colonne à se porter en avant contre le front de la position ennemie. Au moment où elle venait de s’ébranler, une batterie arabe envoya contre elle quelques boulets mal dirigés. Son feu fut promptement éteint par la batterie de campagne que commandait le général Lahitte. M. le duc d’Orléans lança alors un des bataillons du 23e de ligne en tirailleurs sur la gauche, et se porta à la tête des deux autres sur le col. C’est dans ce mouvement que M. le duc d’Aumale, rencontrant le colonel Guesviller, épuisé de fatigue et incapable d’avancer, se jeta à bas de son cheval, le força d’y monter, et rejoignit à la course les grenadiers qui marchaient en avant des tambours. Il arriva à l’instant où l’on plantait sur la position le drapeau du 23e.

    Ce fut un beau moment que celui où débouchèrent à la fois sur le col, soldats et officiers confondus des trois colonnes, tous haletants, couverts de sueur et de poussière, plusieurs même de leur sang, mais oubliant leur fatigue ou leurs blessures dans l’ivresse de la victoire.

    Un long cri « vive le roi ! » accueillit l’arrivée de M. le duc d’Orléans. Les troupes, dans leur enthousiasme, félicitaient le prince de les avoir si bien conduites, et le prince renvoyait à ces héroïques soldats et à leurs chefs l’honneur d’une si belle journée.

    Cependant l’arrière-garde avait eu de son côté à repousser une sérieuse attaque.

    Lorsque la colonne, dit le maréchal dans son rapport, eut quitté le plateau du Déjeuner, nous aperçûmes sur notre droite de nombreux rassemblements de Kabyles conduits au combat par des cavaliers d’Abd-el-Kader. Ils ne tardèrent pas à descendre avec beaucoup de résolution pour attaquer le centre du corps expéditionnaire. Je fis tirer sur eux quelques obus de montagne.

    Ils se jetèrent alors sur l’arrière-garde, se réunirent à une colonne de sept à huit cents hommes qui arrivaient sur notre gauche, et eurent avec le 17e léger, le 58e de ligne et la légion étrangère, plusieurs engagements qui leur coûtèrent beaucoup de monde, et dans l’un desquels le général de Rumigny fut atteint d’une balle à la cuisse.

    Dès que le col fut occupé, l’ennemi se retira dans toutes les directions, et à neuf heures du soir le corps expéditionnaire prit position sur le col même, en continuant d’occuper le piton et les crêtes de Mouzaïa.

     

  • One Response à “Le 12 mai 1840 – La prise du Téniah de Mouzaïa”

    • Brunet Alain on 28 décembre 2017

      Merci pour ce moment d’histoire qui m’a permis de mettre un nom sur un tableau que je possède.
      En revanche j’ignore le numéro du régiment des soldats représentés sur le tableau.

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