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    Le 5 mai 1898 – L’affaire de Zinder dans EPHEMERIDE MILITAIRE tirailleurs-senegalais-en-campagne-150x150

     

    L’affaire de Zinder

    D’après « Historique du 2e régiment de tirailleurs sénégalais : 1892-1933 » – 1934

     

    La mission du capitaine Cazemajou (Génie) était composée de l’interprète Olive, de l’interprète indigène Badié Diara, du sergent Samba Taraoré, du caporal Kouby Keïta, de 16 tirailleurs de la 18e compagnie et de 16 domestiques ou palefreniers civils. Elle devait marcher vers l’Est jusqu’au Tchad, pour tenter de relier nos possessions du Soudan à celles du Chari.

    Le massacre de cette mission a fourni l’occasion à un groupe de gradés indigènes et de tirailleurs du Régiment Soudanais, d’accomplir à Zinder un fait d’armes qui s’apparente aux pages militaires les plus héroïques de tous les temps et de tous les pays.

    La mission quitte Karimama (sur le Niger) le 10 décembre 1897 et arrive le 11 avril à Zinder, sans autre incident que la désertion d’un domestique. Reçue avec de grandes démonstrations d’amitié, la mission guidée par le chérif (ou envoyé du sultan) s’installe à 1200 mètres du village dans une soukala fortifiée, où on lui envoie des vivres.

    Au bout de 20 jours, le 2 mai 1898, la mission se dispose à repartir et le capitaine fait demander au Serky une entrevue. Deux jours après, le chérif vient chercher le capitaine et l’interprète Olive et les conduit au Serky dont l’accueil est très bienveillant. Le capitaine lui remet quelques présents, puis se rend avec l’interprète chez un indigène qui doit lui livrer des chameaux, 3 de leurs domestiques restant à la porte.

    Au bout d’un quart d’heure, une bande de 40 hommes armés survient, le capitaine et Olive sont traînés et assommés à coups de bâton. Les domestiques sont emprisonnés ; le sergent indigène Samba Taraoré et un tirailleur qui étaient allés au marché subissent le même sort.

    Aussitôt après le meurtre des deux Européens, un cavalier se dirige vers le camp de la mission et appelle l’interprète Badié Diarra. Celui-ci s’avance et est aussitôt saisi, ainsi que le gardien du troupeau. Ils vont rejoindre les autres prisonniers dans le tata du Serky. Le sultan fait alors interroger Badié Diarra et après s’être assuré qu’il est musulman, lui offre de rester à son service. Il déclare qu’il a fait tuer les deux Européens parce que c’étaient des infidèles et qu’ils allaient porter des munitions et des armes à Rabah, son ennemi. Badié Diarra refuse.

    Pendant ce temps, le caporal Kouby Keïta, resté au campement avec 12 tirailleurs, est attaqué par trois groupes comptant plusieurs centaines d’hommes, armés de fusils à tir rapide, d’arcs et de flèches. Il organise la défense avec ses tirailleurs et les domestiques présents et accueille l’ennemi par une fusillade à bout portant. A 15 heures, un nouvel assaut est encore repoussé ; l’ennemi a une centaine de morts, les tirailleurs ont 3 tués et 4 blessés.

    Profitant de ce succès, Kouby Keïta fait dire au Serky que, si les prisonniers ne lui sont immédiatement rendus, il prendra et brûlera Zinder. Il faut savoir que cette ville, entourée d’un tata, compte 9 ou 10000 habitants et qu’il reste à Kouby Keïta 8 tirailleurs valides.

    Le Serky lui envoie un marabout qui raconte le massacre et offre la paix moyennant 1500 thalers. Le caporal accepte, mais à la condition qu’on lui rende les corps des chefs de la mission. Pour affirmer sa volonté, il incendie pendant la nuit, quelques cases voisines de la ville, sans que l’ennemi ose bouger.

    Le lendemain 6 mai, les prisonniers sont rendus. Le Serky fait proposer aux tirailleurs de rester à son service. Mais ils répondent qu’il faut d’abord restituer les corps des blancs, qu’on verra ensuite.

    Le 7 mai, le Serky fait demander les 1500 thalers promis.

    Les tirailleurs, pressés par le manque de vivres, se décident à envoyer 200 thalers. C’est Kouby Keïta qui les porte lui-même au Serky et obtient des vivres et de nouvelles promesses.

    Dans l’après-midi du 8, le Serky change de ton et annonce une attaque pour le lendemain. Le sergent Samba fait dire au Serky que, puisqu’il se moque des tirailleurs, ceux-ci vont recommencer la guerre. La nuit venue, le caporal Kouby Keïta et 6 hommes partent « faire patrouille », ils brûlent encore plusieurs cases près du tata et tuent quelques isolés.

    Le 9 mai, dès le jour, le caporal sort de nouveau pour « faire patrouille ». Il aperçoit une forte colonne sortant du tata ; il commence aussitôt le combat en se repliant. Le combat dure jusqu’à midi, l’ennemi est obligé de se retirer.

    L’escorte a eu comme blessés, un tirailleur et deux domestiques. D’après des renseignements donnés par un captif, l’ennemi aurait eu 8 chefs tués et un grand nombre de guerriers tués ou blessés.

    Le 10 mai, le sergent Samba Taraoré fait occuper les puits voisins et en interdit l’approche aux habitants. Les tirailleurs les gardent les journées des 11, 12 et 13, mais le 14 au matin, ils sont assaillis par une nuée de guerriers et obligés de se retirer sur le campement. Kouby Keïta meurt en y arrivant, blessé d’une flèche empoisonnée. Après une lutte acharnée, l’ennemi abandonne encore une fois la partie.

    Mais, outre le caporal, 2 tirailleurs sont tués, 3 hommes sont blessés dont un domestique. Les munitions s’épuisent et la situation devient critique.

    Les survivants décident de profiter de la nuit pour reprendre le chemin de l’Ouest. Les thalers restants sont partagés entre eux. L’interprète Badié Diarra réunit tous les papiers du capitaine et la petite troupe, ayant placé ses blessés les plus gravement atteints sur les chevaux qu’elle a encore, se met en route sans bruit vers 11 heures du soir.

    Mais le départ est vite connu. Dès le premier jour, des bandes de cavaliers les poursuivent. Harcelés nuit et jour, ces braves gens se battent sans arrêts. Mourant de faim et de soif, ils abattent deux de leurs chevaux pour boire leur sang et manger leur chair crue. Enfin ils arrivent à la limite du sultanat de Zinder et la poursuite cesse. Pendant ces derniers jours, un homme avait été tué et 3 blessés.

    A partir de ce moment, la petite troupe peut continuer tranquillement sa route et est bien reçue partout. Le 8 juillet 1898, ils arrivent à Ho d’où ils sont dirigés sur Say.

    Sur 33 indigènes appartenant à la mission, il y a 7 tués et 11 blessés. Sur ces chiffres, les tirailleurs comptent 6 tués et 9 blessés. Trois seulement sont revenus indemnes ; l’un d’eux a 9 blessures, un autre 7, le troisième 3.

     

    D’après « Les hauts faits de l’armée coloniale » – F. Bertout de Solières – 1912

     

    A la suite de ce fait d’armes, le colonel commandant supérieur a cité à l’ordre du jour du corps les nommés :

    Kouby Keita, caporal : « N’a cessé de faire preuve d’une héroïque audace jusqu’au jour où il est mort glorieusement, tué d’une flèche empoisonnée ».

    Samba Taraore, sergent : « A fait preuve d’une audace et d’une énergie extrêmes, en tenant huit jours à Zinder, en réclamant les corps des blancs et en réussissant à ramener à Ho les débris de la mission malgré les dangers, les fatigues et les privations éprouvés ».

     

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