• 28 avril 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 28 avril 1862 – Le combat des Cumbrès dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-combat-des-cumbres-150x150

     

    Le combat des Cumbrès

    D’après « Campagne du Mexique. Puebla : souvenirs d’un zouave » – Louis Noir – 1872

     

    L’armée française était arrivée en présence de l’ennemi. Elle campait le 27 avril 1862 au pied des Cumbrès, montagnes formidables qu’il fallait escalader pour en franchir les cimes. Saragoza, avec des troupes nombreuses, défendait ces contreforts que l’on avait surnommés les Alpes du Mexique !

    Nous dirons comment furent prises ces imprenables positions, « où mille hommes pouvaient arrêter une armée ! » (Proclamation de Saragoza).

    Jamais plus prestigieuse victoire ne fut remportée.

    Les personnages hostiles à l’intervention, les indifférents même affirmaient que nous n’oserions jamais nous engager sur ces rampes presque à pic, semées de rocs surplombants et de précipices horribles. Chemins et sentiers serpentaient aux flancs d’abîmes insondables, et l’ennemi avait coupé ces passages d’embuscades, d’abatis, de fossés profonds.

    Puis, au débouché de chaque voie rendue impraticable, il avait braqué des canons chargés à mitraille. Ces batteries étaient reliées entre elles par des bataillons nombreux que soutenaient de fortes réserves. La position était si formidable que nos amis eux-mêmes, sachant notre ferme désir de livrer bataille, prédisaient un désastre.

    Mais nos vétérans d’Afrique souriaient des présages de ces prophètes de malheur.

    Le soir, on vit du camp les crêtes se couronner de feux et toute la cime de la montagne étincela, formant une illumination splendide. Nos soldats, allumant à leur tour d’immenses bûchers, firent resplendir leurs bivouacs. Puis les escouades se groupèrent et préparèrent le café de jubilation : c’est l’usage à la veille des batailles.

    -Vos soldats sont bien gais ce soir, disait un officier mexicain, notre allié, à un capitaine de zouaves.
    - C’est demain jour de combat, répondit le capitaine, ils préludent à la fête qui se prépare.

    Notre allié doutait du succès en regardant les pentes abruptes des Cumbrès qui se dressaient à perte de vue vers le ciel.
    - Pourrez-vous jamais atteindre ces hauts plateaux ? demanda-il inquiet, les vautours seuls volent jusque-là.
    - Venez, dit le capitaine ; je vais vous montrer un aigle qui nous guidera là-haut.

    Et il conduisit le Mexicain auprès du drapeau du régiment, planté en terre au milieu du bivouac et entouré d’une dizaine de vieux zouaves à la barbe grise, aux farouches allures ; c’était le poste d’honneur qui veillait sur ce précieux trophée.

    La brise du soir soufflait avec force, et les plis hachés du glorieux étendard flottaient au vent, étalant leurs nobles déchirures aux rayons de la lune. La hampe, trois fois brisée par les balles, montrait de fières cicatrices. Et, blessure superbe, l’aigle avait reçu un biscaïen en pleine poitrine et était troué de part en part.

    En face de ce drapeau magnifique qui avait assisté à tant de triomphes, l’officier mexicain se découvrit, tant ces lambeaux de soie brûlés par la poudre imposaient d’admiration et de respect.

    Après un instant de silence, le capitaine montra à son tour les Cumbrès et dit :
    - Demain cet étendard sera arboré sur la plus haute de ces cimes, ou tous les zouaves auront vécu. Ne l’avons-nous pas porté, à travers cinquante mille Kabyles, sur les bords neigeux du Dudjura que jamais le pied des Romains n’avait foulé.
    - Maintenant je vous crois, répondit l’officier mexicain.

    Et il continua sa visite à travers les tentes. Partout nos soldats riaient et chantaient. C’est que l’approche de la lutte donne à nos soldats une animation et une gaieté particulières et que leur nature s’exalte à la pensée des mâles émotions de la guerre.

    La nuit parut bien longue à l’impatience des nôtres ; enfin la diane sonna et l’armée prit les armes. Le 1er bataillon de zouaves (2e régiment) et le 1er bataillon de chasseurs devaient enlever la position, soutenus par le 89e et les fusiliers marins en seconde ligne (3000 hommes en tout) ; notre artillerie ne pouvait pour ainsi dire pas protéger leur ascension.

    C’était bien peu de monde contre les canons et les masses de Saragoza. Les contreforts étaient si roides, que les Indiens avaient donné aux sentiers le nom de chemin des Chèvres, et les projectiles en balayaient les rampes.

    Lorsque les bataillons s’élancèrent, l’ennemi ouvrit un feu terrible, mais soudain les assaillants disparurent comme par enchantement, et les canonniers ne surent plus où diriger leurs coups. Zouaves et chasseurs s’étaient dispersés et embusqués dans des accidents de terrain : pierres, broussailles, saillies de roc, arbres ou herbes hautes, tout servait à les couvrir.

    Au lieu de suivre les voies tracées, ils prirent droit devant eux, surmontant avec une merveilleuse adresse, les obstacles accumulés par la nature, sautant de rochers en rochers, franchissant les fossés, bondissant comme des chamois, apparaissant à peine dans leur trajet d’un point à un autre. Ils tournèrent ainsi presque tous les postes qui, envahis, débordés, se replièrent en toute hâte.

    Sur les crêtes, l’armée de Saragoza ne s’inquiétait point de ces tirailleurs, mais de leurs réserves, qui suivaient le mouvement et gagnaient du terrain, en profitant à chaque halte des plis du sol pour se garer des feux.

    Toute l’attention de l’ennemi était concentrée sur cette seconde ligne, quand soudain ses postes débouchèrent en désordre sur le plateau, poursuivis la baïonnette aux reins par nos tirailleurs. Les fuyards se jetèrent dans les rangs de l’armée de Sarogoza en proie à une indicible frayeur. Les généraux ennemis se demandaient qui avait pu causer cette panique, car nos tirailleurs étaient toujours invisibles.

    Tout à coup, à huit cents mètres, éclate un feu imprévu, pressé, meurtrier, qui décime les rangs serrés de l’ennemi, qui répond au hasard, sans pouvoir viser, car zouaves et chasseurs se tiennent couchés sur la terre derrière des abris.

    Autant nos balles font d’effrayants ravages dans les masses compacts, autant celles de l’ennemi passent inoffensives à travers nos lignes espacées et embusquées. Peu à peu, nos tirailleurs, rampant comme des panthères, se rapprochent de plus en plus, faisant converger les projectiles vers les points vulnérables que leur merveilleux instinct leur indique. Ils n’en sont bientôt qu’à quelques cents mètres ; l’ennemi ne les voit pas encore ; ils redoublent la fusillade.

    Les réserves se sont avancées, prêtes à soutenir cette première ligne ; l’heure est venue ; les balles ont fait de larges vides dans l’armée ennemie.

    Soudain un cri retentit, cri immense et puissant qui court d’une extrémité à l’autre de la ligne de bataille : - En avant ! à la baïonnette !

    L’ennemi écoute déconcerté.

    Au même instant, surgissent devant eux deux mille hommes. Deux clameurs effrayantes vibrent dans l’air : le hourra rauque et sauvage des chasseurs, l’aboiement aigu et strident du chacal poussé par les zouaves.

    Puis les deux bataillons se ruent avec une fougue indicible sur les positions entamées, se frayent un passage avec leurs baïonnettes, et coupent les masses ennemies en plusieurs tronçons.

    Les réserves accourent.

    Les soldats de Saragoza, cloués pendant quelques minutes au sol par la stupeur, sont épouvantés de sentir au milieu d’eux nos tirailleurs qui se sont massés en fournissant cette charge énergique ; ils jugent la partie perdue.

    Les zouaves s’apprêtent encore pour une attaque à l’arme blanche ; les chasseurs vont s’élancer ; mais toute l’infanterie de Saragoza se retire en se débandant.

    On lui donne la chasse et, malgré sa cavalerie, nous lui enlevons dans sa retraite deux obusiers, plus un de ses généraux, Ostioga, blessé et vainement défendu par son escorte.

    Au début et à la fin de l’action, notre escadron de chasseurs se lança à fond et fournit plusieurs engagements qui assurèrent pour la seconde fois une grande supériorité à notre cavalerie. C’était merveille de voir les coursiers numides galoper à travers les escarpements avec une sûreté de pied incroyable, merveille aussi de voir nos chasseurs sabrer l’ennemi à outrance.

    L’honneur de la journée, le général Lorenzez le constate lui-même, revenait aux zouaves, aux chasseurs et à l’escadron de cavalerie.

    Le combat des Cumbrès nous coûta une quarantaine d’hommes seulement. Ce chiffre minime, mis en regard des pertes subies par l’ennemi, prouve surabondamment notre habileté à la guerre.

    La nouvelle de la prise des défilés des Cumbrès causa une émotion profonde à la Vera-Cruz, à Mexico et dans tout l’empire. Dans le principe, on refusait d’y ajouter foi ; le peu de troupes qui s’étaient mises en ligne, la foudroyante rapidité de l’escalade, la vigueur inouïe des charges produisirent une immense sensation. L’ennemi comprit qu’il ne nous tiendrait jamais tête en campagne ; il s’enferma dans les places fortes.

    Certes, c’est un grand honneur pour une poignée d’hommes de décourager ainsi une armée qui ne manquait pas de bravoure, elle le prouva plus tard, et de la forcer à se jeter dans les villes murées.

    Tel fut le résultat de cette journée mémorable.

     

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