• 28 avril 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 27 avril 1799 – La bataille de Cassano dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-cassano-150x150

     

    La bataille de Cassano

    D’après « France militaire : histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1833 » – Abel Hugo – 1836

    Lors de sa retraite sur l’Adda, le 21 avril, l’armée d’Italie ne s’élevait plus qu’à environ 28000 hommes par suite des pertes nombreuses qu’elle avait essuyées dans les affaires précédentes, et des garnisons qu’elle avait été forcée de laisser dans les places.

    Serrurier occupait la tête de pont de Lecco sur le lac de ce nom, et Grenier campait à Cassano, se liant par sa gauche avec Serrurier, et par sa droite avec la gauche de Victor établie à Rivalta. Cette dernière division était chargée de défendre Lodi. Lemaire et Montrichard, avec des corps légers, couvraient la droite de l’armée républicaine et devaient contenir le corps de Klenau et les insurgés du Modanais et du Ferrarais.

    A l’autre extrémité de la ligne, l’adjudant général Frayssinet gardait avec quatre bataillons le Val-d’Africa, débouché du Val-Cammonica. Toutes ces troupes, mal distribuées par Scherer, formaient ainsi un long cordon depuis la Valteline jusqu’à Plaisance, où se trouvait environ un millier d’hommes avec trois bouches à feu. Souvarow, au contraire, avait une masse d’environ 50000 hommes serrés entre les montagnes et Triviglio.

    L’armée austro-russe ne réunissait alors guère moins de 100000 hommes en Italie. Ott, conduisant l’avant-garde alliée, avait passé la Chiese le 17. Le corps de bataille en trois colonnes, aux ordres des généraux Zoph, Lusignan (qui remplaçait Frœlich, malade) et Kaim, s’était approché, le 19, de cette rivière, suivi du corps auxiliaire russe. Hohenzollern s’était posté sur la droite de l’Oglio.

    La première opération importante du général russe fut l’enlèvement de Brescia par l’aile droite de l’armée aux ordres de Kray. Wukassowich, descendant du Val-Trompia sur la gauche française, devait concourir à cette attaque, pendant que le reste de l’armée coalisée s’avancerait sur Chiari, conduit par Mélas ét Rosemberg.

    Le 20 avril, les généraux Ott, Bagration et Korsakow, soutenus de quelques régiments ou pulks de Cosaques, se présentèrent devant Brescia, que défendait avec 1200 hommes, le chef de brigade Boucret. Une des portes de la place ayant été enfoncée à coups de canon, la garnison se retira dans le château, dont l’enceinte bastionnée était d’assez bonne défense. Mais le commandant, intimidé par les préparatifs d’un assaut, se rendit un peu précipitamment après une canonnade de quelques heures. La garnison resta prisonnière. L’ennemi trouva dans Brescia quarante canons, dix huit mortiers et une grande quantité d’armes et de munitions.

    Crémone, principal dépôt du matériel de l’armée française, avait été évacuée le 18. Hohenzollern, en y entrant avec les Autrichiens, y enleva onze bateaux chargés d’objets d’artillerie et d’approvisionnements.

    La prise de cette place, la difficulté de garder Brescia et quelques mouvements exécutés par l’ennemi sur la gauche de l’armée, avaient été les principales causes de la décision de Scherer de se retirer derrière l’Adda, en ne laissant sur la gauche de la rivière qu’une faible arrière-garde, qui même ne tarda pas à être rappelée. Deux ponts, celui de Lecco et celui de Bassano, dont les têtes sur la rive gauche étaient bien fortifiées, avaient été les seuls conservés.

    Moreau reçut du Directoire la confirmation du titre de général en chef, au moment même où il se trouvait attaqué par Souvarow. Il n’avait pas compté sur une telle activité de la part de l’ennemi, et il avait cru pouvoir attendre sur l’Adda les renforts qu’on lui annonçait de France et la réunion des différentes divisions républicaines éparses en Italie. Mais cette activité déjouait ses plans, car l’énorme disproportion de ses forces avec celles de Souvarow, ne lui permettait pas même, en se concentrant entre Lodi et Cassano, de défendre cette rivière, dernier boulevard de la Cisalpine.

    Sa situation était réellement critique, attaqué à l’improviste au milieu d’une population qui se soulevait de toutes parts, appelée à l’insurrection par les nombreux manifestes publiés par Souvarow, et où les intérêts du ciel et de l’Italie se trouvaient bizarrement mélangés à la cause des souverains coalisés.

    Ce fut dans l’après-midi du 25 avril qu’eut lieu, à la tête du pont de Lecco, le premier choc entre les Russes et les Français. Les grenadiers de l’avant-garde de Bagration s’avancèrent intrépidement contre les retranchements de Lecco.

    Les carabiniers de la 18e, fiers d’être les premiers chargés par ces nouveaux adversaires, tinrent à honneur de leur épargner la moitié du chemin, et s’élançant sur eux baïonnette croisée, les repoussèrent après une courte attaque, dans laquelle les Russes déployèrent une opiniâtreté qui fut en vain vaincue par l’impétuosité française, soutenue du désir de vaincre ces soldats fameux qu’on représentait comme les plus forts, les plus braves de l’Europe, et dont l’impassible fermeté était telle, disait-on, qu’une mort certaine ne pouvait les faire reculer.

    Néanmoins, culbutés à la baïonnette et en butte à l’artillerie des retranchements, les Russes se retirèrent, laissant 200 morts devant la tête de pont.

    L’armée combinée ne fut réunie que le lendemain sur la gauche de l’Adda : les Russes devant Lecco ; Seckendorf, avec une partie de la cavalerie autrichienne, devant Lodi ; les divisions Kaim et Frœlich, sous Mélas, à Triviglio ; la brigade Zoph à Canonica, devant Vaprio ; celle de Wukassowich vis-à-vis de Brivio et la division Ott devant Trezzo.

    Wukassowich, rétablit, le 26, le pont de Brivio, malgré les efforts de l’adjudant général Guillet qui commandait sur ce point.

    Serrurier, suivant ses instructions, était parti du pont de Lecco avec les deux tiers de ses forces, pour se rapprocher du centre, et s’éloignait ainsi du point où Wukassowich s’établissait. Moreau se hâta de lui ordonner de rétrograder vers la gauche, et prit aussitôt toutes les mesures propres à concentrer son armée devant le point que Souvarow occupait en forces. Grenier se porta sur Vaprio, et Laboissière occupa Lodi.

    Mais pendant ce temps, Chasteler, chef d’état-major de l’armée coalisée, était parvenu, malgré la force du courant et l’escarpement des rives de l’Adda, à jeter un pont à deux milles au-dessous du château de Trezzo. Les divisions Ott et Zoph, masquées par le village de San-Gervasio, franchirent l’Adda, le 27 avril à cinq heures du matin, attaquèrent à Trezzo un bataillon qu’y avait laissé Serrurier, et le poursuivirent jusqu’à Pozzo. La ligne française se trouvait donc ainsi, le 27 au point du jour, coupée en trois parties par Wukassowich et Chasteler.

    Moreau venait heureusement de communiquer à l’armée l’ordre du Directoire qui le nommait général en chef. La confiance que cette nomination inspirait aux troupes leur donna une énergie et une ardeur sans lesquelles elles n’auraient sans doute pas pu se tirer d’une position si difficile.

    Serrurier reçut un nouvel ordre, qui lui enjoignait de s’arrêter à Verderio, et Moreau se porta vers Grenier, aux prises avec l’ennemi depuis six heures du matin. Grenier n’avait que neuf bataillons et huit escadrons pour se maintenir à Vaprio, village qui fut pris et repris plusieurs fois dans le combat.

    L’ennemi, en bataille perpendiculairement à l’Adda, avait sa droite à Pozzo. Les Républicains le firent plier par un effort vigoureux, et la cavalerie lancée sur les fuyards, en sabra un grand nombre. Le bataillon de grenadiers de Streutz fut presque entièrement détruit.

    Néanmoins, de nouveaux renforts arrivant sans cesse aux Austro-Russes et la division Victor étant encore trop éloignée pour prendre part au combat, une lutte aussi inégale ne pouvait longtemps durer. On ne communiquait déjà plus avec Serrurier. Moreau donna l’ordre de la retraite.

    Dans cet instant, augmentés par des troupes fraîches et enhardis par le mouvement qu’ils voyaient se préparer, les Austro-Russes se précipitèrent avec une sorte de rage sur les Républicains. Ils furent accueillis par des bordées de mitraille qui jonchèrent la terre de cadavres ; mais Vaprio fut enlevé. Toutefois les généraux Kister et Quesnel effectuèrent en assez bon ordre leur retraite sur Cassano et Inzago.

    Pendant ce rude combat, le général Mélas avait assailli les retranchements du canal de Ritorto, qui couvre la tête de pont de Cassano. La 106e demi-brigade défendit ce poste pendant cinq heures contre tous les efforts de l’ennemi, et ne se retira dans la tête de pont, qu’après avoir été écrasée par trente pièces de grosse artillerie. Elle soutint dans ce second poste une nouvelle attaque non moins opiniâtre et y fut secourue par la brigade Argod de la division Victor.

    Néanmoins, Mélas franchit le canal avec toute sa colonne et marcha contre les Républicains, à travers un feu terrible de mitraille. Le combat dura quelque temps avec un égal acharnement. Mais le général Argod ayant été tué, la tête de pont fut abandonnée par les Français, qui mirent le feu au pont pour arrêter la poursuite de l’ennemi.

    La division Grenier se réunit ensuite à Inzago et marcha sur Milan par la route de Melzo, celle de Bergame étant interceptée, et cette place avec son château au pouvoir de l’ennemi. Victor, relevé à Lodi par une brigade de l’avant-garde, vint se poster à Melagrio.

    La perte des deux armées, dans cette journée désastreuse, fut proportionnée à l’acharnement avec lequel on en était venu aux mains. Les Français eurent environ 2000 morts et 3000 prisonniers. Dans la précipitation de la retraite, ils furent forcés d’abandonner un grand nombre de pièces de canon sur le champ de bataille et sur les chemins.

    Cependant Serrurier, dont la division avait été coupée en deux parties dès le matin par Wukassowich, s’était retranché à Verderio, attendant l’issue du combat de Vaprio et comptant toujours que Moreau viendrait le délivrer. Le lendemain, ayant la certitude de la retraite de l’armée et se trouvant enveloppé par des forces quadruples des siennes, il proposa aux chefs des troupes de s’ouvrir un passage à la baïonnette ; ce que ceux-ci, dit-on, jugèrent impossible.

    Sommé alors de se rendre par Wukassowich, il refusa pourtant de le faire, espérant réparer peut-être, par l’énergie de sa résistance, la faute qu’il avait commise la veille en ne cherchant point à se faire jour pendant le combat de Grenier, qui attirait toute l’attention de l’ennemi.

    Sa position, dont les avenues étaient garnies de canons, était couverte par une rivière et par un ruisseau  réunis au-dessus de Verderio. Pour se garantir de l’attaque dirigée sur le ruisseau, laquelle faisait des progrès, il fit briser les écluses d’un moulin, qui le mirent à l’abri en produisant une inondation. Une attaque de front fut également repoussée. Mais Rosemberg étant arrivé avec 12000 hommes au secours de Wukassowich, la situation des Français n’en fut pas moins désespérée, et leur résistance, tout intrépide qu’elle était, ne pouvait, faute de vivres, retarder leur perte que de peu de temps.

    Il fallut enfin capituler. Les officiers rentrèrent en France sur parole, et les soldats durent être échangés les premiers, contre un pareil nombre de prisonniers Autrichiens ou Russes. Cette capitulation, en livrant encore à l’ennemi environ 3000 hommes, éleva à 6000 le nombre des prisonniers français.

    La gauche de Serrurier, aux ordres de l’adjudant général Guillet, ayant été renforcée à Olginate par la 39e qui revenait de la Valteline, se retira sur Como, où le chef de brigade Soyez avait déjà envoyé, sous escorte, une partie de son artillerie. Ce brave chef de brigade, avant de quitter la tête de pont de Lecco, y soutint encore une nouvelle attaque, faite et repoussée avec un acharnement dont les fastes militaires offrent peu d’exemples. Des monceaux de cadavres russes couvrirent toutes les avenues des retranchements.

    Soyez fit sauter la tête de pont qu’il ne pouvait plus défendre, s’embarqua sur le lac Como, vint débarquer à Menagio, gagna Lugagno par les montagnes, et descendit sur Arona par Luvino. Il rejoignit l’armée sur les bords du Tésin, vers lequel se dirigeait Moreau, suivi des membres du Directoire cisalpin et d’une foule de familles éplorées, qui avaient pris à la Révolution milanaise une part plus ou moins active.

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