• 23 avril 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 23 avril 1809 – Le combat et la prise de Ratisbonne dans EPHEMERIDE MILITAIRE napoleon-blesse-a-ratisbonne-150x150

     

    Le combat et la prise de Ratisbonne

    D’après « Les gloires du drapeau » – Colonel Rimbert – 1894

     

    Avec les 70000 hommes qui lui restaient, l’archiduc Charles pouvait encore s’arrêter et offrir à l’armée française une nouvelle bataille, dont le gain, bien que fort aléatoire, eût probablement influé sur le résultat futur de la campagne. Un général moins sage l’eût assurément tenté, mais eût certainement été battu.

    L’archiduc ne trouvait pas dans cette plaine de Ratisbonne, que sa cavalerie, déjà très épuisée, était impuissante à disputer à la cavalerie française, plus nombreuse et enflammée par le succès, une seule position où il pût se mettre en bataille avec quelque chance de s’y maintenir. D’ailleurs, il avait à dos le Danube, et c’eût été aller au-devant d’un désastre que de se battre dans des conditions pareilles.

    Se reprochant déjà les quatre jours d’insuccès qu’il devait en partie à son indécision, le généralissime, après avoir envisagé la situation sur toutes ses faces, vit qu’il ne lui restait plus qu’une chose à faire pour sauver son armée et défendre Vienne, laquelle était de passer sans retard sur la rive gauche du Danube pour rejoindre le corps de Bellegarde qui était en Bohême, puis, avec toutes ses forces réunies, de suivre le fleuve sur une rive pendant que Napoléon le descendrait sur l’autre.

    S’arrêtant immédiatement à ce parti, il donna des ordres pour que toute l’armée se portât sur Ratisbonne, où elle passerait le Danube, partie sur le pont de pierre de la ville, partie sur un pont de bateaux qui serait jeté au-dessous. Kollowrath, dont les troupes ne s’étaient point battues la veille, protégerait la retraite en se retirant lentement par le pont de bateaux, de façon à pouvoir appuyer, en cas de pressant besoin, la cavalerie qui devait, en évoluant dans la plaine, arrêter le plus longtemps possible la poursuite de la cavalerie française.

    Ces ordres furent exécutés très promptement, et le jour éclairait à peine le champ de bataille de la veille, que le corps de Rosenhein et celui de Hohenzollern avaient traversé Ratisbonne et marchaient déjà sur l’autre rive du Danube.

    Napoléon, éveillé de bonne heure et n’apercevant dans la plaine que la cavalerie des Autrichiens, envoya contre elle en reconnaissance sa cavalerie légère, pour savoir s’il allait avoir à livrer une seconde bataille – ce qu’il ne croyait guère – ou s’il n’avait plus qu’à poursuivre des fuyards.

    Il s’engagea alors une nouvelle mêlée, qui, grossie par de nouveaux escadrons arrivant au combat de part et d’autre, se prolongea pendant deux heures et coûta un millier d’hommes aux Autrichiens, qui finirent par battre en retraite sur Ratisbonne.

    Mais cette manœuvre avait réussi au gré de l’archiduc Charles, car elle avait masqué le pont de bateaux sur lequel son artillerie et sa réserve commençaient à passer.

    Prévenu de ce fait par un officier de la cavalerie légère en reconnaissance de ce côté, Lannes fit partir au galop son artillerie à cheval, qui mitrailla les Autrichiens, leur tuant un grand nombre des grenadiers alors engagés sur le pont, en noyant davantage, et réussit à incendier même le pont dont les bateaux désunis furent emportés par les eaux rapides du fleuve.

    Mais elle n’avait eu affaire qu’à l’arrière-garde. Le gros de l’armée, déjà sur l’autre rive du Danube, y mettait ses pièces en batterie pour canonner les Français, et, sauf quelques centaines d’hommes qui restèrent prisonniers, tout le corps de Kollowrath et la réserve de Lichtenstein traversèrent le grand fleuve.

    Pendant ce temps, l’armée française continuait à marcher sur Ratisbonne : la cavalerie au centre et en avant, chargée de refouler devant elle les escadrons autrichiens qui ne cherchaient qu’à retarder sa marche ; Davout à gauche, avec les divisions Friant et Saint-Hilaire ; Lannes à droite, avec les divisions Morand et Gudin ; enfin Masséna derrière, en réserve, avec ses divisions qui avaient rejoint pendant la nuit.

    Nos troupes arrivèrent devant la ville au moment même où les portes venaient de se fermer sur le dernier bataillon autrichien.

    Napoléon ne considéra point ce double insuccès comme un échec, car il ne tenait pas absolument à forcer à se battre l’ennemi qu’il poursuivait et qui se sauvait devant lui.

    Mais il voulut avoir Ratisbonne le jour même, tant pour venger la capitulation du malheureux 65e de ligne que pour être sur qu’il ne resterait pas un Autrichien sur la rive droite du Danube quand il serait maître du pont, et dont la possession lui était indispensable s’il voulait suivre l’armée autrichienne en Bohême.

    La ville n’était pas précisément fortifiée, et il n’était pas nécessaire d’entreprendre un siège pour s’en emparer. Mais, entourée d’une muraille flanquée de tours et précédée d’un large fossé, elle était capable de résister quelques heures, peut-être même quelques jours, selon qu’elle serait plus ou moins bien défendue ou plus ou moins bien attaquée.

    L’archiduc Charles y avait laissé six de ses meilleurs régiments, et le général qui les commandait avait ordre de tenir jusqu’à la nuit et de se retirer ensuite pour le rejoindre. Mais Napoléon ne lui en laissa pas le temps : rassemblant toute l’artillerie des corps de Davout et de Lannes, il la mit en batterie devant la ville et la fit tirer de façon à ouvrir une ou plusieurs brèches dans la muraille.

    C’est en surveillant ces opérations préliminaires sous le feu violent des Autrichiens, qui tiraillaient du haut des murailles, que Napoléon reçut sa première blessure, peu grave du reste ; car ce n’était qu’une balle morte qui lui avait contusionné le cou-de-pied droit. Il ne s’en émut pas et conserva assez de sang-froid pour dire : « Ce ne peut être qu’un Tyrolien qui m’ait ajusté de si loin ; ces gens sont fort adroits ».

    Immédiatement on s’empressa autour de l’Empereur, au cri d’effroi poussé par Duroc qui causait avec lui, et Ivan, son premier chirurgien, pansa sa blessure. Mais il était si impatient de montrer à toute l’armée que ce n’était rien, qu’il monta à cheval avant que le pansement fût complètement achevé, et parcourut le front de ses troupes pour les rassurer.

    Une explosion d’enthousiasme l’accueillit sur toute la ligne, car on savait déjà que l’Empereur était blessé ; et tous ces braves soldats, qui n’avaient jamais peur pour eux-mêmes, tremblaient pour les jours de leur chef, dont la présence au milieu d’eux était comme le gage de la victoire.

    Là encore leur fétichisme ne fut point trompé, et, après avoir accepté les effusions de tous, auxquels il répondit en accordant des décorations et des récompenses à ceux qui s’étaient signalés dans les derniers combats, Napoléon ne s’occupa plus que de hâter la reddition de la ville.

    Lannes, à qui il ne cessait de dépêcher des aides de camp, venait non pas de faire une véritable brèche, mais de démolir, près la porte de Staubing, une vieille maison dont les débris comblèrent à moitié le fossé ; avec quelques échelles qu’on s’était procurées, on pouvait escalader les murailles. Mais les premiers grenadiers qui essayèrent de s’en servir étant tombés sous les balles des tirailleurs, un mouvement d’hésitation se produisit.

    Voyant cela, et afin de ne pas laisser ses hommes s’abandonner au découragement, Lannes s’empara d’une échelle et leur dit : « Vous allez voir que votre maréchal n’a pas cessé d’être un grenadier ». Mais ses aides de camp, Marbot et Labédoyère, lui retirèrent l’échelle des mains et firent eux-mêmes ce que le maréchal voulait exécuter.

    Les soldats enhardis les imitent, et en cinq minutes le mur est escaladé par les grenadiers du 85e. Ils courent aussitôt forcer la porte et l’ouvrent au reste de leur régiment, qui entre en colonne et refoule tout ce qu’il rencontre devant lui, non sans recevoir de nombreux coups de fusil des fuyards, qui tiennent jusqu’à la dernière extrémité.

    D’autres régiments suivent, et tout va céder devant cette avalanche, quand un cri de terreur est poussé : « Prenez garde à vous, leur crie un officier autrichien, nous allons tous sauter ! ». Le danger était imminent en effet, car quelques barils de poudre abandonnés dans la rue pouvaient fort bien être atteints par les balles et occasionner une explosion épouvantable.

    Le danger commun fit suspendre le feu des deux côtés. Une douzaine de grenadiers roulèrent ces barils de poudre à l’abri dans l’allée d’une maison, et le combat recommença.

    Ce ne fut bientôt plus qu’une poursuite, car les Autrichiens lâchaient pied, mais pas assez vite pourtant, puisqu’ils perdirent, en tués et blessés, près de 2000 hommes pendant cette lutte sans espoir. En outre, lorsqu’ils voulurent déboucher par le pont, toutes les issues étaient fermées par les bataillons français qui avaient tourné la ville. Tout ce qui restait alors des défenseurs de Ratisbonne, c’est-à-dire plus de 7000 hommes, furent obligés de mettre bas les armes.

    Nos bataillons les plus proches du pont essayèrent d’en forcer le passage. Mais le général Kollowrath était en bataille avec une partie de son corps d’armée de l’autre côté du Danube, et ses canons, placés en batterie sur le mont de la Trinité, continrent vigoureusement les assaillants, qui se contentèrent d’ailleurs d’une démonstration.

    La nuit venant rapidement, Napoléon ne tenait point du tout à faire poursuivre l’archiduc Charles. Il était satisfait de la journée, d’autant plus que dans leur précipitation à évacuer Ratisbonne, les Autrichiens y avaient oublié les soldats du 65e de ligne faits prisonniers trois jours auparavant, et que ces braves gens furent rendus à la liberté, sans même avoir perdu leur drapeau, que le colonel avait réussi à sauver, ainsi que son aigle.

    La reprise de ce brave régiment, qui avait été malheureux, mais qui avait fait son devoir en brûlant sa dernière cartouche, fit peut-être plus de plaisir à l’Empereur que la victoire du maréchal Lannes ; car, s’il aimait la gloire, il aimait aussi ses soldats, parce que c’étaient eux qui la lui donnaient.

    Ainsi finit cette campagne de cinq jours, dans laquelle Napoléon s’était montré aussi habile, aussi actif, plus actif peut-être qu’à aucune autre époque de sa glorieuse carrière. Car c’est à peine s’il s’était reposé pendant cette série de batailles où il fut toujours vainqueur, grâce à son extrême prévoyance et aux mouvements combinés qu’il fit exécuter à ses troupes non encore rassemblées sous sa main, à peine aguerries, et surtout bien inférieures en nombre à celles de l’ennemi. Mais ses habiles manœuvres, l’à-propos avec lequel il sut profiter des moindres fautes de l’ennemi, rétablirent partout l’équilibre.

    La grande revue qu’il passa le lendemain 24 avril, devant Ratisbonne, lui donna occasion de manifester son contentement à ses troupes, auxquelles il adressa la proclamation suivante :

    « Soldats,
    Vous avez justifié mon attente ; vous avez suppléé au nombre par la bravoure ; vous avez glorieusement marqué la différence qui existe entre les soldats de César et les cohues armées de Xerxès.
    En peu de jours nous avons triomphé dans les trois batailles de Tann, d’Abensberg et d’Eckmühl, dans les combats de Peising, de Landshut et de Ratisbonne. 100 pièces de canon, 40 drapeaux, 50000 prisonniers, 3 équipages de ponts, 3000 voitures attelées portant les bagages, toutes les caisses des régiments : voilà les résultats de la rapidité de vos marches et de votre courage.
    L’ennemi, enivré par un cabinet parjure, paraissait ne plus conserver aucun souvenir de vous. Son réveil a été prompt : vous lui êtes apparus plus terribles que jamais. Naguère il a traversé l’Inn et envahi le territoire de nos alliés ; naguère il se promettait de porter ses armes au sein de notre patrie ; aujourd’hui, défait, épouvanté, il fuit en désordre.
    Déjà mon avant-garde a passé l’Inn ; avant un mois nous serons à Vienne ».

     

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