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  • 13 avril 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 12 avril 1796 – La bataille de Montenotte dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-montenotte-150x150

     

    La bataille de Montenotte

    D’après « Mémoires pour servir à l’histoire de France » – 1823

     

    Le roi de Sardaigne, que sa position géographique et militaire a fait appeler le portier des Alpes, avait en 1796 des forteresses à l’issue de toutes les gorges qui conduisent en Piémont.

    Pour pénétrer en Italie en forçant les Alpes, il fallait s’emparer d’une ou plusieurs de ces forteresses. Les routes ne permettaient pas le transport de l’artillerie de siège. Les montagnes sont couvertes de neige les trois quarts de l’année, ce qui ne laisse que très peu de temps pour le siège des places.

    Napoléon conçut l’idée de tourner toutes les Alpes et d’entrer en Italie précisément au point où cessent ces hautes montagnes, et où les Apennins commencent.

    Le Mont-Blanc est le point le plus élevé des Alpes, d’où la chaîne de ces montagnes va en s’abaissant du côté de l’Adriatique, comme du côté de la Méditerranée jusqu’au mont Saint-Jacques où elles finissent, et où commencent les Apennins, qui s’élèvent graduellement jusqu’au mont Velino près de Rome.

    Le mont Saint-Jacques est donc tout à la fois le point le plus abaissé des Alpes et des Apennins, celui où finissent les unes et où commencent les autres. Savone, port de mer et place forte, se trouvait placée pour servir de dépôt et de point d’appui. De cette ville à la Madone, il y a trois milles. Une chaussée ferrée y conduisait, et de la Madone à Carcare, il y a six milles, qu’on pouvait rendre praticables à l’artillerie en peu de jours.

    A Carcare, on trouve des chemins pour les voitures, qui conduisent dans l’intérieur du Piémont et du Montferrat. Ce point était le seul par où l’on pût entrer en Italie sans trouver de montagnes : les élévations du terrain y sont si peu de chose, qu’on a conçu plus tard, sous l’Empire, le projet d’un canal qui aurait joint l’Adriatique à la Méditerranée par le Pô, le Tanaro, la Bormida, et un système d’écluses depuis cette rivière jusqu’à Savone.

    En pénétrant en Italie par Savone, Cadibone, Carcare et la Bormida, on pouvait se flatter de séparer les armées sardes et autrichiennes, puisque de là, on menacerait également la Lombardie et le Piémont. On pourrait marcher sur Milan, comme sur Turin. Les Piémontais avaient intérêt à couvrir Turin et les Autrichiens, intérêt à couvrir Milan.

    L’armée ennemie était commandée par le général Beaulieu, officier distingué qui avait acquis de la réputation dans les campagnes du Nord. Elle était munie de tout ce qui pouvait la rendre redoutable. Elle se composait d’Autrichiens, de Sardes, de Napolitains. Elle était double en nombre de l’armée française, et devait s’accroître successivement des contingens de Naples, du Pape, de Modène et de Parme.

    Elle se divisait en deux grands corps. L’armée active autrichienne, composée de quatre divisions d’infanterie de quarante-deux bataillons, quarante-quatre escadrons et cent quarante pièces de canon, forte de 45000 hommes, sous les lieutenants-généraux d’Argenteau, Mélas, Wukassowich, Liptay, Sebattendorf. L’armée active de Sardaigne, composée de trois divisions d’infanterie et d’une division de cavalerie, en tout 25000 hommes et soixante pièces de canon, était commandée par le général autrichien Colli, et par les généraux Provera et Latour. Le reste des forces sardes tenait garnison dans les places, ou défendait la frontière opposée à l’armée française des Alpes, sous le commandement du duc d’Aoste.

    L’armée française était composée de quatre divisions actives d’infanterie et deux de cavalerie, sous les généraux Masséna, Augereau, Laharpe, Serrurier, Stengel et Kilmaine. En tout, 25000 hommes d’infanterie, 2500 de cavalerie, 2500 d’artillerie, sapeurs, administration, etc. Total : 30000 hommes présents sous les armes.

    L’effectif de l’armée se montait sur les états du ministère à 106000 hommes, mais 36000 étaient prisonniers, morts ou désertés. Depuis longtemps, on attendait de passer une revue régulière pour les effacer des états de situation. 20000 étaient dans la 8e division militaire à Toulon, Marseille, Avignon, depuis les bouches du Rhône jusqu’à celles du Var. Ils ne pouvaient être employés qu’à la défense de la Provence dépendant du ministère.

    Il restait un effectif de 50000 hommes sur la rive gauche du Var, dont 5000 aux hôpitaux, et 7000 formaient les dépôts des corps d’infanterie, de cavalerie (celui-ci était de 2500 hommes non montés) et d’artillerie.

    Il restait 33000 hommes présents sous les armes, prêts à entrer en campagne. 8000 hommes d’infanterie et d’artillerie, étaient employés aux garnisons de Nice, Ville-Franche, Monaco, des côtes de Gênes, de Saorgio, et à la garde de la crête supérieure des Alpes, du col d’Argentière au Tanaro.

    La cavalerie était dans le plus mauvais état, quoiqu’elle eût été longtemps sur le Rhône pour se refaire ; mais elle y avait manqué de subsistances. Les arsenaux de Nice et d’Antibes étaient bien pourvus en artillerie, mais manquaient de moyens de transport. Tous les chevaux de trait avaient péri de misère.

    La pénurie des finances était telle que malgré tous ses efforts, le gouvernement ne put donner que deux mille louis en espèces au trésor de l’armée pour l’ouverture de la campagne, et un million en traites qui furent en partie protestées. L’armée manquait de tout et ne pouvait rien espérer de la France. Elle devait tout attendre de la victoire, ce n’était que dans les plaines d’Italie qu’elle pouvait organiser ses transports, atteler son artillerie, habiller ses soldats, monter sa cavalerie.

    Cependant, elle ne comptait que 30000 hommes présents sous les armes et trente pièces de canon ; on lui en opposait 80000 et deux cents pièces de canon.

    Si elle eût eu à lutter dans une bataille générale, sans doute l’infériorité du nombre, son infériorité en artillerie et cavalerie, ne lui eussent pas permis de résister. Elle dut donc suppléer au nombre par la rapidité des marches, au manque d’artillerie par la nature des manœuvres, à l’infériorité de sa cavalerie par le choix des positions.

    Car le moral des soldats français était excellent. Ils s’étaient signalés et aguerris sur le sommet des Alpes et des Pyrénées. Les privations, la pauvreté, la misère, sont l’école du bon soldat.

     

    Napoléon arriva à Nice le 27 mars. Le tableau de l’armée, qui lui fut présenté par le général Schérer, se trouva pire encore que tout ce qu’il avait pu s’imaginer. Le pain était mal assuré ; depuis longtemps, on ne faisait plus de distributions de viande. Il n’y avait que 500 mulets pour les transports ; on ne devait pas songer à conduire plus de trente pièces de canon.

    Chaque jour la position empirait, il ne fallait pas perdre un instant. L’armée ne pouvait plus vivre où elle était ; il fallait avancer ou reculer.

    Il donna des ordres pour qu’elle avançât et pour surprendre l’ennemi dès le début de la campagne, l’étourdir par des succès éclatants et décisifs. Le quartier-général n’avait jamais quitté Nice depuis le commencement de la guerre ; il le fit mettre en marche pour se rendre à Albenga. Depuis longtemps, toutes les administrations se regardaient comme à poste fixe, et s’occupaient bien plus des commodités de la vie que des besoins de l’armée.

    En passant la revue des troupes, il leur dit : « Soldats, vous êtes nus, mal nourris. Le gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montriez au milieu de ces rochers, sont admirables. Mais ils ne vous procurent aucune gloire, aucun éclat ne rejaillit sur vous.
    Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir. Vous y trouverez honneur, gloire et richesses.
    Soldats d’Italie, manqueriez-vous de courage ou de constance ? ».

    Ce discours d’un jeune général de vingt-six ans sur lequel rejaillissait le souvenir des opérations de Toulon, de Saorgio, de Cairo, fut accueilli par de vives acclamations.

     

    En voulant tourner les Alpes et entrer en Italie par le col de Cadibone, il fallait que toute l’armée se rassemblât sur son extrême droite ; opération dangereuse si les neiges n’eussent pas alors couvert les débouchés des Alpes.

    Le passage de l’ordre défensif à l’ordre offensif est une des opérations les plus délicates. Serrurier prit position à Garessio avec sa division, pour observer les camps de Colli, près de Ceva ; Masséna et Augereau à Loano, Finale et Savone. Laharpe était placé pour menacer Gênes ; son avant-garde, commandée par le général de brigade Cervoni, occupait Voltri.

    Le ministre de France demanda au sénat de Gênes le passage par la Bocchetta, et les clefs de Gavi, annonçant que les Français voulaient pénétrer en Lombardie, et appuyer leurs opérations sur Gênes. La rumeur fut extrême dans cette ville ; le sénat, les conseils se mirent en permanence. Le contre-coup s’en fit ressentir à Milan.

    Beaulieu, alarmé accourut en toute hâte, au secours de Gênes. Il porta son quartier-général à Novi, partagea son armée en trois corps. La droite composée de Piémontais, et commandée par Colli, ayant son quartier-général à Ceva, fut chargée de défendre la Stura et le Tanaro. Le centre sous les ordres de d’Argenteau établit son quartier-général à Sasello, et marcha sur Montenotte pour couper l’armée française, pendant sa marche sur Gênes, en tombant sur son flanc gauche, et lui intercepter à Savone la route de la Corniche. De sa personne Beaulieu, avec sa gauche, marcha par la Bocchetta sur Voltri pour couvrir Gênes.

    Au premier aspect, ces dispositions paraissaient bien entendues ; mais en étudiant mieux les circonstances du pays, on découvrit que Beaulieu divisait ses forces, puisque toute communication était impraticable entre son centre et sa gauche, autrement que par derrière les montagnes, tandis que l’armée française, au contraire, était placée de manière à pouvoir se réunir en peu d’heures, et tomber en masse sur l’un ou l’autre des corps ennemis, et l’un d’eux défait, l’autre était dans l’absolue nécessité de se retirer.

    Le général d’Argenteau, commandant le centre de l’armée ennemie campa à Montenotte inférieur, le 10 avril. Le 11, il marcha sur Montelegino pour déboucher par la Madone sur Savone.

    Le colonel Rampon, qui était chargé de la garde des trois redoutes de Montelegino, ayant eu avis de la marche de l’ennemi, poussa une forte reconnaissance à sa rencontre. Elle fut ramenée depuis midi jusqu’à deux heures, qu’elle rentra dans les redoutes ; d’Argenteau essaya de les enlever d’emblée. Il fut repoussé dans trois attaques consécutives par Rampon ; et comme ses troupes étaient fatiguées, il prit position, ayant le projet de tourner les redoutes le lendemain pour les faire tomber.

    Beaulieu de son côté déboucha le 10 sur Gênes. Le même jour, il attaqua le général Cervoni en avant de Voltri. Celui-ci défendit sa position toute la journée, prit position le 11 sur le mont de la Fourche, se reploya dans la soirée et la nuit, et rejoignit sa division, celle de Laharpe, qui le 12, avant le jour, était en position derrière Rampon sur Montelegino.

    Dans la nuit, Napoléon marcha avec les divisions Augereau et Masséna, celle-ci par le col de Cadibone et par Castellazzo, déboucha par derrière Montenotte.

    A la pointe du jour du 12, d’Argenteau, enveloppé de tous côtés, fut attaqué en tête par Rampon et Laharpe, en queue et en flanc par la division Masséna.

    La déroute fut complète ; tout fut tué, pris, ou se débanda. Quatre drapeaux, cinq pièces de canon, 2000 prisonniers furent les trophées de cette journée.

     

    Dans le même temps, Beaulieu se présentait à Voltri, mais il n’y trouvait plus personne. Il s’y aboucha, sans obstacle, avec Nelson, amiral anglais. Ce ne fut que dans la journée du 13 qu’il apprit la perte de la bataille de Montenotte et l’entrée des Français dans le Piémont.

    Il lui fallut alors replier, en toute hâte, ses troupes sur elles-mêmes et repasser les mauvais chemins où les dispositions de son plan l’avaient forcé de se jeter. Ce détour fut tel, qu’une partie seule de ses troupes put arriver à Millesimo deux jours après, et qu’il lui fallut douze jours pour évacuer ses magasins de Voltri et de la Bocchetta, ce qui l’obligea à laisser des troupes pour les protéger.

     

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