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  • 11 avril 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 11 avril 1865 – Le 1er combat de Tacámbaro dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-1er-combat-de-tacambaro-150x150

     

    Le 1ercombat de Tacámbaro

    D’après « Expédition du Mexique, 1861-1867 : récit politique et militaire » – Gustave Léon Niox – 1874

     

    C’était dans le Michoacan que les forces libérales se maintenaient avec le plus de succès. Elles étaient organisées en cinq brigades, commandées par Régules et Riva-Palacio, sous les ordres supérieurs du général Arteaga. A la tête des troupes mexicaines impériales, se trouvait le colonel Mendez, officier sur lequel on pouvait compter.

    Au commencement de l’année 1865, lorsque le quartier général de la division Douay fut transporté à Morelia, de sérieux efforts avaient été faits pour pacifier ce pays. On était parvenu à détruire quelques guérillas.

    Cependant, l’ennemi continuait à tenir la campagne. Lorsqu’il avait besoin de se reposer ou de se réorganiser, il se retirait dans la vallée du Rio de las Balzas, où des armes, des munitions et de l’argent lui arrivaient par les ports du Pacifique.

    Les colonnes françaises s’avancèrent jusqu’à Huetamo. Mais il leur eût été impossible de rester longtemps dans cette région, sous un climat énervant et sans communication assurée avec le centre du pays. Elles revinrent sur leurs pas et l’on dut se borner à couvrir Morelia par une ligne d’avant-postes, placés à Tacambaro, Ario et Acuitzeo.

    Au mois de mars 1865, le départ de la plus grande partie des troupes françaises, appelées, par les événements au Nord, dans l’Etat de Durango, fut pour les guérillas libérales, le signal de nouvelles entreprises.

    Dès le 7 mars, Arteaga occupait Tacambaro. Ugalde, Valdez, le curé Traspeña enveloppaient Zitacuaro et faisaient la garnison prisonnière. Le colonel Mendez reprit possession de cette petite ville. Une garnison mixte de cent vingt Belges et de cent Mexicains y fut placée. Mais l’ennemi revint et, sans se compromettre dans une attaque, il alluma des incendies qui consumèrent toutes les maisons, à l’exception du réduit. On fut obligé de l’abandonner.

    Quant à Regules, avec deux mille hommes, il paraissait vouloir s’ouvrir, par la Piedad, un chemin qui lui permît de gagner les provinces du Nord. Les détachements envoyés en toute hâte de Leon et de Guanajuato le forcèrent à renoncer à cette tentative.

    A cette époque, les opérations dans le Michoacan étaient dirigées par le colonel de Potier, qui, outre, la brigade mexicaine du colonel Mendez, disposait d’un bataillon du 81e de ligne, du régiment des volontaires belges et d’un escadron du 5e Hussards. Il envoya deux colonnes à la poursuite de Regules.

    Celui-ci, manœuvrant avec une grande habileté, leur échappa, et, marchant avec une prodigieuse vitesse, passa de Zipimeo à Guitzeo, puis à Querendaro. Il se dirigea ensuite vers le Sud et, le 11 avril, tomba inopinément sur Tacámbaro, où se trouvaient quatre compagnies belges et un escadron mexicain.

    Envahissant la ville avec une rapidité telle que pas un coup de fusil ne fut tiré, il attaqua aussitôt le réduit où les Belges s’étaient précipitamment renfermés. Après une résistance de quatre heures, pendant laquelle sept officiers et vingt hommes furent tués, trois officiers et onze hommes blessés, le major Tydgadt, mortellement blessé lui-même, capitula.

    Regules emmena deux cent dix prisonniers.

    A la nouvelle de ce malheureux événement, le colonel de Potier se dirigea immédiatement sur Tacámbaro. Il y arriva le 16 avril, recueillit les blessés et une vingtaine de prisonniers qui s’étaient échappés des mains de l’ennemi, et reprit la poursuite de Regules.

    Celui-ci, après avoir échoué, le 17 avril, à Uruapan, devant l’énergique résistance d’une garnison mexicaine de deux cents hommes, crut avoir assez d’avance sur la colonne française pour se porter vers Morelia et tenter un coup de main contre cette ville, alors dégarnie de troupes.

    Il ne réussit pas et fut atteint, le 23 avril, à Huaniqueo, par le colonel de Potier, battu, complètement désorganisé et forcé de reprendre la route du Sud. L’escadron du 5e Hussards, qui était à l’avant-garde de la colonne, fut, pendant quelque temps, très sérieusement engagé contre un ennemi fort supérieur en nombre. L’arrivée de l’infanterie décida le succès du combat. Les troupes françaises perdirent dix-sept hommes, dont dix hussards.

     

    Après cette succincte description de la situation par les Français, voyons la description du combat faite par les Belges, qui, ne l’oublions pas, en sont les principaux acteurs !

     

    D’après « Campagne du Régiment Impératrice-Charlotte dans le Michoacan. Combat de Tacámbaro » – Extrait du journal de l’armée belge – 1865

     

    Nous n’avons jusqu’aujourd’hui que fort peu de renseignements sur la localité même de Tacámbaro. Nous savons seulement que, située à l’entrée des Terres Chaudes du Michoacan, cette ville est entourée de monticules couverts d’une végétation touffue, ce qui permet d’en approcher aisément sans être aperçu.

    L’église, dont un de nos officiers a eu la délicate attention de faire parvenir le croquis à M. le Ministre de la Guerre, est située au centre de la ville et elle est précédée d’une place spacieuse, garnie d’arbres, et à travers laquelle serpente un petit ruisseau.

    A gauche de cette église et adossés à un mamelon, se trouvent les cadres qui en dépendent. Les cadres sont des carrés ou des rectangles d’habitations ou autres constructions. C’est une désignation adoptée par les Français, lors du siège de Puebla, à cause de la configuration uniformément quadrangulaire des pâtés de maisons.

    Les autres côtés de la place sont bordés de maisons surmontées de terrasses, comme presque toutes les constructions du pays.

    Parti le 3 avril de Morelia, à la tête de 251 soldats belges, quelques cavaliers mexicains et un obusier, le major Tydgadt s’était dirigé, d’après les ordres qu’il avait reçus, sur Acuitzio, en faisant étape le premier jour à Undameo.

    Le 4 ou le 5 (nous n’avons pu être fixés sur cette date), il rencontrait un détachement de Juaristes marchant, comme lui, vers Tacámbaro, et se mettait à sa poursuite après un combat dans lequel sa petite colonne avait montré beaucoup de vigueur et d’entrain.

    D’Acuitzio à Tacámbaro, le pays est très montueux, ainsi que l’indique la carte. La marche se ralentit dans ces parages difficiles, et ce n’est que le 7 que le major Tydgadt arrive dans cette dernière ville, poursuivant toujours l’ennemi qui fuit devant lui.

    Confiant dans l’ardeur de ses soldats, il traverse la localité sans s’y arrêter, et parvient à atteindre une seconde fois les dissidents à une lieue au delà de la ville, dans une hacienda où ils tentent en vain de se défendre. Les voltigeurs belges les délogent prestement de leur position et s’y établissent pour la nuit.

    Frappé de l’excellente situation de cette hacienda, de la facilité de s’y défendre, et ayant reconnu, en traversant Tacámbaro, tous les inconvénients de ce poste, le major Tydgadt, qui avait appris que Regules et Ortega concentraient leurs forces autour de lui, résolut de se retrancher dans cette hacienda et d’y attendre les ordres du colonel de Potier, auquel il avait fait connaître ce qui se passait.

    Dans sa lettre, il disait que, dans l’hacienda qu’il avait prise, il pouvait défier tous les efforts des ennemis et leur tenir tête, quelque nombreux qu’ils fussent, jusqu’à l’arrivée des autres colonnes.

    Le lendemain dans l’après-dînée, lui parvenait la confirmation de ses premiers ordres, de s’établir à Tacámbaro même, et de s’y maintenir. Le colonel de Potier n’avait probablement pas reçu les différents rapports expédiés par des exprès.

    C’est avec regret que le major Tydgadt abandonna la bonne position qu’il avait prise pour se conformer, trop strictement peut-être, à ses instructions.

    Lorsque le 8, il rentra à Tacámbaro, 200 cavaliers juaristes, avec une partie de l’état-major, venaient d’y arriver et n’eurent que le temps de s’échapper en toute hâte, laissant entre les mains de nos compatriotes, la femme du général Regules, ses enfants et ses bagages, parmi lesquels on trouva une correspondance du plus haut intérêt, échangée avec tous les chefs dissidents.

    Ces faits portés à la connaissance du colonel de Potier, le major Tydgadt avait désigné l’église comme réduit de la position, logé la troupe dans le cloître et fait construire en avant de celui-ci un fort épaulement avec une embrasure pour son obusier. De petits postes avancés avaient été placés aux principaux débouchés et les cavaliers mexicains avaient été chargés d’éclairer les alentours à une certaine distance de la ville.

    Ces dispositions prises, le major, accompagné du capitaine Chazal et du médecin Lejeune, s’était rendu chez madame Regules pour la tranquilliser sur ses intentions à son égard.

    Bien que les lois de la guerre l’autorisassent à prendre envers cette dame des mesures rigoureuses pour se prémunir contre les conséquences de rapports qu’elle pouvait entretenir avec les dissidents, il se borna à saisir chez elle quelques papiers, puis il la laissa libre sur la simple promesse d’une abstention absolue de toute démarche contraire aux intérêts du détachement, portant la courtoisie jusqu’à lui déclarer que tous les officiers étaient à sa disposition pour lui servir de cavalier et de sauvegarde.

    Dans la soirée du 8 et plusieurs soirs suivants, quelques officiers s’étaient réunis chez madame Regules, comblant cette dame des plus délicates attentions et cherchant à l’envi à lui faire oublier la position difficile et pénible que les hasards de la guerre lui avaient faite.

    La nuit du 10 au 11 avril se passa tranquillement pour la colonne et, à l’aube du jour, l’adjudant-major Chazal alla visiter les postes sans remarquer aucun indice inquiétant.

    Rentré en ville, le capitaine Chazal se dirigeait vers le cloître où logeait la troupe pour assister à la distribution, lorsque des coups de feu se firent entendre et presqu’au même instant les avant-postes débouchèrent précipitamment sur la place, suivis au pas de charge par une masse compacte de dissidents, inondant comme un torrent toutes les issues.

    Secondé par une dizaine de soldats, le capitaine se jeta résolument au devant des premiers assaillants pour les arrêter dans leur marche et donner ainsi le temps au gros de la troupe belge de prendre les armes et de compléter ses dispositions de défense.

    Entouré d’ennemis, atteint de deux coups de feu au flanc, et ayant eu son sabre brisé dans ses mains, le capitaine Chazal est sommé de se rendre. Il répond à cette sommation en faisant feu de son revolver sur ceux des dissidents qui le serrent de plus près. Puis, son feu épuisé et n’ayant plus d’arme pour se défendre, il se jette sur un Juariste, lui enlève son fusil, l’étend à ses pieds d’un coup de baïonnette et se retire, le fusil à la main, jusqu’à l’église occupée par ses compagnons d’armes.

    Quelques minutes ont été gagnées. Nos jeunes soldats se rangent, sans se déconcerter, à leurs places de bataille, et le major Tydgadt, qui a conservé tout son sang-froid, prend, de concert avec ses officiers, des mesures pour résister à l’ennemi, dix fois supérieur en nombre, qui l’attaque.

    Les dissidents, qui comptaient enlever assez aisément la position, reviennent en masse vers l’église. Le capitaine Eugène Delannoy les charge à la tête de sa compagnie (2e voltigeurs) et les refoule vigoureusement.

    Dans ce premier élan, le capitaine avait reçu une balle à la jambe et était tombé. Mais il s’était relevé immédiatement, disant à ses soldats : Ce n’est rien, mes enfants, en avant !

    Devant cette attitude résolue, Regules comprend qu’une attaque d’emblée ne peut réussir et qu’il doit faire usage de moyens plus réguliers pour assurer le succès de son entreprise. Deux pièces d’artillerie sont placées, par ses ordres, dans les angles de la place et font converger leurs feux vers le réduit ; une troisième pièce, mise en batterie sur un mamelon qui domine la ville, dirige un feu plongeant sur l’église et ses abords. Enfin, toutes les maisons ont été envahies par les dissidents, et de leurs terrasses, une fusillade nourrie assaille nos compatriotes.

    Entourée d’un cercle de feu, la compagnie du capitaine Eugène Delannoy recule à son tour, mais sans cesser de faire face à l’ennemi. Son brave commandant tombe frappé d’une balle au front, et plusieurs voltigeurs mordent également la poussière.

    Le capitaine Gauchin, qui commande la 5e compagnie de voltigeurs, voyant le danger que court la compagnie qui vient de perdre son chef, s’élance, à la tête de ses hommes, au secours de cette compagnie. A peine a-t-il fait quelques pas, qu’une balle le blesse au front et l’étend à terre. La compagnie hésite devant ce malheur, mais, revenu d’un premier étourdissement, le capitaine se relève d’un bond et, comme un lion furieux, se jette sur l’ennemi, entraînant ses voltigeurs à travers une grêle de balles.

    Les premiers rangs des Juaristes plient encore devant cette charge, mais ils ne peuvent fuir, car la masse d’hommes qui encombre la place et les rues adjacentes est si compacte, que les rangs culbutés sont invinciblement arrêtés par la foule qui se presse derrière eux.

    La résistance obligée des premiers rangs, qui se renouvellent ainsi sans cesse, brise la charge et force le capitaine Gauchin à songer à la retraite. Sa compagnie a fait d’ailleurs des pertes cruelles : le sous-lieutenant Van den Busch a été tué, et le lieutenant Carlot a eu les deux cuisses traversées d’un coup de feu tiré à bout portant.

    Au moment où cette compagnie se retire, c’est le capitaine adjudant-major Chazal qui, quoique blessé de deux coups de feu au flanc, charge encore l’ennemi à la tête de quelques braves pour assurer sa rentrée dans le réduit. Un troisième coup de feu atteint l’héroïque officier. Cette fois, une balle lui a fracassé la mâchoire inférieure et a traversé le cou. Il se fait bander la tête et continue à combattre de sa personne et à encourager ses hommes au combat, jusqu’à ce que, épuisé par la perte du sang, il tombe devant la porte dont il défendait l’accès et est emporté au fond de l’église pour y être pansé.

    Plusieurs charges sont encore livrées par nos compatriotes. Ils en font une chaque fois qu’ils se trouvent trop pressés par les assaillants. Le feu du réduit habilement dirigé et les baïonnettes des voltigeurs font éprouver aux dissidents des pertes considérables. Malheureusement, celles de nos compatriotes sont également fort sensibles, surtout en officiers.

    Aux morts que nous venons de citer, il faut ajouter le lieutenant Palmaert et le sous-lieutenant Petit, de la 6e compagnie, qui sont tués avec trois voltigeurs, en cherchant à percer la foule des dissidents pour rejoindre leurs compagnons d’armes dans le réduit.

    Le capitaine De Schrynmaekers, qui les accompagne, échappe seul à la mort en s’élançant dans une maison dont il connaissait la disposition intérieure et les issues. Bien que grièvement blessé à la main gauche, et séparé de ses camarades, il se défend seul contre des centaines d’ennemis. Nous relaterons plus loin ce fait d’armes isolé, afin de ne point interrompre par une digression trop longue le récit de l’action principale.

    On se bat depuis deux heures. Les munitions diminuent, et le major Tydgadt a reçu un éclat d’obus à l’épaule. Les dissidents renouvellent leurs sommations, mais nos compatriotes y répondent par un redoublement d’audace et d’énergie. Le major, malgré la gravité de sa blessure, est resté à son poste et continue à diriger la défense.

    Ne pouvant vaincre cette résistance obstinée, les dissidents mettent le feu aux arbres et aux cadres qui entourent l’église. Bientôt celle-ci se couvre de flammes et sa toiture, faite en planches de sapin, s’écroule sur les défenseurs, et transforme l’intérieur du réduit en un immense brasier.

    Le major Tydgadt, bien que forcé de quitter son réduit principal, persiste à ne pas vouloir se rendre et se retire dans un dernier refuge attenant à l’église et couvert en partie par l’épaulement construit les jours précédents.

    De ce dernier abri, et malgré l’affaiblissement de sa troupe, le major, tentant un dernier effort, fait lui-même une sortie, dans l’espoir d’enlever les pièces d’artillerie qui continuent à faire feu des angles de la place.

    Conduite avec une remarquable audace et une vigueur peu commune, cette charge renverse tout ce qu’elle rencontre sur son passage et rejette à peu près l’ennemi hors de la place, faisant un grand vide devant les bâtiments en flammes. Malheureusement, le feu partant des terrasses des maisons, devenu de plus en plus intense, causait de grands ravages dans la petite troupe, et, pour comble de malheur, le major reçoit une seconde blessure qui lui fracture le coude. Ces circonstances obligent nos compatriotes à se retirer sur le réduit.

    L’incendie commence à gagner leur dernier refuge ; l’obusier n’a plus de munitions ; les hommes presque plus de cartouches.

    L’ennemi s’apercevant du ralentissement du feu et de l’état critique des défenseurs, se lance en masse compacte sur les traces de la colonne en retraite et arrive presqu’en même temps qu’elle à l’entrée du réduit.

    En ce moment suprême que lui révèlent les clameurs des Indiens, le capitaine Chazal s’arrache presque nu des mains du médecin, saisit un fusil, entraîne quelques voltigeurs, court vers la porte, refoule tous ceux qui lui font obstacle et culbute les premiers rangs de l’ennemi. Mais la masse des dissidents grossit sans cesse, les rangs repoussés se renouvellent, et le vaillant soldat qui a sacrifié son dernier souille de vie à l’accomplissement de son devoir, tombe le front percé d’un coup de baïonnette !

    Ce n’est qu’en passant sur le corps de ce brave que les Juaristes franchissent l’entrée du refuge. Tydgadt veut encore se défendre, mais il n’y a plus que quelques cartouches : elles sont brûlées dans l’intérieur du réduit par les sous-officiers et quelques voltigeurs formés en groupe, par les officiers survivants, en avant des blessés.

    Alors seulement, et en l’absence bien constatée de tout moyen de continuer la lutte, le commandant consent à capituler…

    Le combat avait duré près de cinq heures. Six officiers, en y comprenant le lieutenant Nava, du régiment de cavalerie de l’Impératrice, étaient tués, ainsi qu’une trentaine de sous-officiers et soldats ; le major, deux capitaines, un lieutenant et un assez grand nombre de voltigeurs étaient grièvement blessés.

    Les pourparlers commencèrent donc, mais une dernière preuve de dévouement devait encore être donnée par nos compatriotes avant que la reddition ne fût accomplie.

    Un assez grand nombre d’hommes brisèrent leurs carabines plutôt que de les remettre à l’ennemi, et une vingtaine de voltigeurs, montés sur la terrasse d’une dépendance de l’église et qui avaient continué à faire feu quoiqu’ils fussent enveloppés par les flammes, refusèrent de se rendre malgré les prières des dissidents et disparurent successivement dans le brasier ouvert sous leurs pieds.

    La victoire était aux dissidents, mais elle avait plutôt le caractère d’une défaite, tant leurs pertes étaient grandes. Ils comptaient 125 morts et 70 hommes grièvement blessés, dont 45 jugés intransportables. Quant aux hommes moins sérieusement atteints, le chiffre en était considérable.

    Ces pertes avaient excité à un si haut degré la colère des soldats de Regules, que ce fut avec beaucoup de peine que ce chef parvint à empêcher le massacre général des prisonniers.

    Le brave docteur Lejeune, qui avait montré pendant le combat le dévouement le plus absolu, fut une des victimes isolées de la fureur des Juaristes. Laissé libre à la condition de donner des soins aux blessés des deux partis, il pansait un voltigeur, lorsqu’un dissident, méconnaissant les ordres de son général et les plus simples notions d’honneur et d’humanité, vint lâchement lui brûler la cervelle. On prétend, et nous avons tout lieu de le croire en présence de l’ensemble de sa conduite, que Regules fit faire prompte justice de cet acte de sauvage barbarie, mais aucune des lettres particulières que nous avons eues sous les yeux n’affirme la punition du meurtier.

    Ces lettres sont unanimes pour rendre hommage à l’humanité et même à la générosité chevaleresque que Regules montra après le combat, bien que, selon plusieurs de nos camarades du régiment Impératrice-Charlotte, ses instructions portassent de ne point accorder de quartier.

    Les Belges grièvement blessés furent placés dans des maisons et confiés aux soins d’un médecin de la ville, le señor Francesco Hurtado, auquel s’adjoignit bientôt, avec un dévouement désintéressé, un vieux praticien non diplômé, mais ayant, en fait de blessures, une expérience bien capable de compenser ce qui pouvait lui manquer de science officiellement constatée.

    Six soldats belges valides furent en outre laissés libres pour faire le service d’infirmiers, et tous les habitants de Tacámbaro furent invités par le général à traiter nos compatriotes avec humanité.

    Ces dispositions prises, Regules fit diriger, dans la nuit du 11 avril, vers la petite ville de Huetamo, les prisonniers belges sous la conduite du colonel dissident Valdez, les officiers en armes et à cheval, les soldats désarmés, mais en uniforme complet.

    Les officiers emmenés avec cette colonne sont : le capitaine Gauchin, les lieutenants Wallon et Deheck, les sous-lieutenants de Biber, Adam et Fourdin et l’officier payeur Jacobs. Le major Tydgadt, le capitaine De Schrynmaekers et le lieutenant Carlot ainsi que neuf sous-officiers et soldats atteints de blessures graves furent laissés à Tacámbaro.

    Si l’on ajoute à ces neuf hommes, les six infirmiers dont il a été question ci-dessus, cinq hommes qui ont rejoint le 16, ayant échappé aux Juaristes, et les morts du détachement, on peut évaluer à environ 200 le nombre de Belges qui sont arrivés à Huetamo. Nous n’avons malheureusement reçu, jusqu’aujourd’hui, aucun renseignement positif à cet égard.

    Ayant été informé, dans la journée du 12 avril, que des forces sorties de Morelia marchaient vers lui, et présumant que ces forces devaient se composer des Français de la colonne de Potier et des Belges de la colonne Van der Smissen, Regules quitta Tacámbaro dans la soirée du même jour, après avoir visité les blessés et renouvelé les recommandations qu’il avait faites à leur égard aux habitants.

    Ce départ fut, pour nos camarades blessés, le signal d’épreuves fort pénibles. Car, ainsi que nous le verrons ci-après, ce n’est que quatre jours plus tard que des troupes amies entrèrent à Tacámbaro.

    A trois reprises différentes, des Juaristes exaltés se présentèrent dans la maison où l’on avait recueilli le major Tydgadt, le capitaine De Schrynmaekers et le lieutenant Carlot, voulant, disaient-ils, achever ces officiers à cause des pertes qu’ils avaient fait subir aux défenseurs de leur cause, et il fallut les sollicitations les plus pressantes des médecins et des habitants de la maison pour les dissuader de leur projet.

    Les troupes que l’on avait aperçues se dirigeant vers Tacámbaro le 12 avril, n’étaient point, ainsi que Regules l’avait supposé, les colonnes réunies du colonel de Potier et du lieutenant-colonel Van der Smissen.

    C’étaient quatre compagnies de grenadiers du régiment Impératrice-Charlotte, parties de Morelia le 12, vers deux heures du matin, avec quelques cavaliers mexicains et une pièce d’artillerie, dans le but d’aller dégager la colonne Tydgadt ou de la reprendre à l’ennemi.

    Le 11 avril, vers onze heures du soir, quelques-uns des cavaliers du détachement de Tacámbaro étaient arrivés à Morelia, apportant la nouvelle de l’attaque du poste par les dissidents et faisant pressentir un désastre sans pouvoir, toutefois, fournir aucun renseignement certain. Ces cavaliers étaient probablement les vedettes qui avaient été chargées de veiller aux alentours de Tacámbaro.

    En recevant, vers minuit, ces fâcheux rapports, le lieutenant-colonel Van der Smissen fit aussitôt prendre les armes à sa troupe, et, moins de deux heures après, il était en marche avec la colonne. Le colonel de Potier lui avait promis de partir avec les Français le 12 au matin pour l’appuyer, ou tout au moins dès qu’il aurait reçu des nouvelles certaines.

    De Morelia à Tacámbaro, la traite est longue et difficile (22 ou 23 lieues). Néanmoins, le 12, à onze heures du soir, la colonne belge n’était plus qu’à environ quatre lieues de Tacámbaro, ayant fait, sans s’arrêter un instant, une étape de près de 18 lieues en vingt et une heures.

    Dès la pointe du jour, le lieutenant-colonel Van der Smissen avait appris par des coureurs le résultat de l’affaire de Tacámbaro et l’avait fait connaître au colonel de Potier, l’informant en même temps que l’ennemi paraissant vouloir se maintenir dans cette ville, il continuait sa marche.

    Mais le colonel commandant supérieur qui avait appris, de son côté, qu’une forte colonne de dissidents s’avançait sur la gauche de la colonne belge et de manière à la couper de Morelia, s’était décidé à rappeler cette colonne dans la crainte de l’exposer, à son tour, à un désastre, et c’est au moment où nos compatriotes n’avaient plus que quelques lieues à faire pour atteindre l’ennemi qu’ils reçurent cet ordre formel de rétrograder.

    Afin de n’avoir point à soutenir un combat de nuit avec des hommes fatigués, ce ne fut que le lendemain matin que le lieutenant-colonel Van der Smissen exécuta l’ordre de retraite qu’il avait reçu, après avoir, pendant la nuit, changé plusieurs fois l’emplacement du bivouac, sans faire éteindre les feux abandonnés, pour tromper l’ennemi sur la force numérique de sa colonne.

    Le 14 avril, il bivouaquait à Undameo, sur la route de Morelia à Patzcuaro, et le 15, il repartait de ce point pour Tacámbaro, ayant été rejoint par le colonel de Potier et la colonne française.

    Toutefois, la colonne belge avait été réduite à cent hommes de la compagnie Devaux, trois compagnies ayant été renvoyées à Morelia pour garder cette place.

    Le 16, enfin, la nouvelle colonne mobile destinée à poursuivre Regules entrait à Tacámbaro. Elle était composée d’un bataillon du 81e de ligne, de cent grenadiers belges, d’un escadron de hussards français et d’une section d’artillerie.

    Ce fut alors seulement que l’on eut des renseignements exacts sur la conduite valeureuse tenue le 11 par les compagnies de voltigeurs et sur les autres faits de cette mémorable journée.

    On trouva les blessés en bon état, sauf le major Tydgadt, atteint, outre ses blessures, d’une complication à la poitrine, et un voltigeur qui avait le genou traversé par une balle. Le major mourut dans la soirée, malgré les soins empressés que lui prodigua le médecin de régiment Vercamer, du corps belge.

    Après s’être renseigné, autant que possible, sur la route suivie par Regules, le colonel de Potier se mit à sa poursuite dans la direction du nord.

    Avant de suivre la colonne mobile dans sa marche, terminons le récit du glorieux fait d’armes de Tacámbaro, par la relation que nous avons promise de la belle défense personnelle faite par le capitaine De Schrynmaekers.

    En entrant dans la maison où nous l’avons vu s’élancer, après la tentative infructueuse qu’il avait faite avec le lieutenant Palmaert, le sous-lieutenant Petit et quelques voltigeurs, pour percer la masse de dissidents qui le séparaient du réduit, le capitaine De Schrynmaekers était monté directement à une petite chambre où l’on arrivait par un escalier assez étroit, ne pouvant donner passage qu’à un seul homme de front.

    Les persiennes étant fermées, la chambre était obscure, ce qui ne permettait point de voir du dehors les personnes qu’elle contenait. En y arrivant, le capitaine, que poursuivaient les Chinacos, se mit derrière la porte, son revolver à la main et attendit l’ennemi. Dans cette position, il repousse victorieusement huit ou neuf assauts successifs que lui livrent les dissidents. Chaque fois que, en arrivant à l’entrée de la chambre, les Juaristes ont fait feu, De Schrynmaekers quitte son coin et vient, à bout portant, décharger son revolver sur l’ennemi. Chaque assaut infructueux est suivi d’une retraite qui permet à notre camarade de recharger ses armes.

    Après avoir perdu successivement ainsi une quinzaine d’hommes (9 morts et 6 blessés), les Chinacos, qui croient la chambre occupée par un certain nombre de Belges décidés à ne tirer qu’à bout portant, mettent le feu à la maison, désespérant d’avoir autrement raison de leurs invisibles ennemis.

    La porte de la chambre brûle, et les vêtements mêmes du brave capitaine prennent feu. Heureusement, l’escalier est intact encore. De Schrynmaekers, qui ne peut plus tenir dans la position critique où il se trouve, s’y élance après s’être débarrassé de ses habits atteints par l’incendie, et descend au rez-de-chaussée d’où il chasse encore quelques dissidents attardés dans la maison en flammes. Il lui faut des vêtements. N’en voyant point dans la pièce où il est entré et qui est à peu près la seule que l’incendie n’ait pas encore atteinte, il retourne vers la chambre qu’il vient de quitter, charge sur ses épaules le cadavre d’un Chinacos, le descend, le déshabille, et revêt lui-même son costume mexicain. Sous ce travestissement, il se décide à se hasarder dans la rue en sautant par une fenêtre de derrière de la maison, et il passe d’abord, sans être remarqué, parmi des groupes de Chinacos.

    Le bruit du canon et celui de la fusillade avaient cessé. Sans pouvoir se rendre compte du résultat du combat, le capitaine espère parvenir à rejoindre enfin ses compagnons d’armes, quand tout à coup, un soldat de sa compagnie qui semble être atteint de folie, s’élance vers lui, le visage empreint d’une pâleur mortelle, et l’interpelle par son nom. Aussitôt, un groupe menaçant les entoure et un officier dissident désigne De Schrynmaekers à ses soldats. Notre camarade arme le fusil dont il était porteur, couche l’officier enjoue et tire. Si le coup était parti, c’en était fait, sans aucun doute, du vaillant capitaine, car les Chinacos l’eussent certainement massacré par vengeance.

    Mais, par un hasard providentiel, le coup rate, et aussitôt vingt bras vigoureux s’abattent sur notre camarade et sur le voltigeur qui l’avait fait reconnaître et entraînent les deux hommes auprès des autres Belges qui venaient de se rendre prisonniers. Là, De Schrynmaekers qui avait perdu beaucoup de sang, non seulement par la blessure grave qu’il avait reçue à la main, mais par une autre blessure reçue à la rotule gauche, tomba en défaillance. Lors qu’il revint à lui, il se trouva dans une maison de la ville avec le major Tydgadt, le lieutenant Carlot et quelques autres blessés.

    En résumé, la défense opiniâtre de cet officier avait coûté à l’ennemi 15 hommes, sans compter ceux qui avaient été mis hors de combat lors de la charge qu’il avait faite primitivement avec ses compagnons pour rejoindre le réduit, et cette défense avait distrait plus de deux cents Juaristes de l’attaque principale.

    En présence des faits que nous venons de rapporter relativement au combat de Tacámbaro, personne ne trouvera exagérés les éloges accordés à nos compatriotes dans le rapport officiel sur ce combat émané du cabinet militaire de Sa Majesté l’Empereur Maximilien.

    Il est incontestable que ce combat glorieux assure, comme le dit ce rapport, aux volontaires belges, une réputation de bravoure et de dévouement que l’avenir ne fera qu’augmenter.

    A ce juste éloge de la conduite des Belges, nous sommes heureux de pouvoir ajouter l’appréciation non moins flatteuse d’un homme qui se connaît en bravoure : Son Excellence le maréchal Randon, Ministre de la guerre de France.

    En écrivant à notre Ministre de la guerre, le lieutenant-général Chazal, au sujet de la mort de son fils, l’honorable maréchal dit, entre autres : Le rapport du maréchal Bazaine sous les yeux, je suis heureux de rendre aux vaillants soldats belges, l’hommage qui les associe aux plus braves de notre armée.

    Au Mexique, la vaillance déployée par nos jeunes soldats a donné lieu à des manifestations fort touchantes. C’est ainsi qu’à Patzcuaro, ville où les gens honnêtes et tranquilles dominent, la population criait : Vivent nos défenseurs, vivent les héros de Tacámbaro !  au passage d’une troupe belge.

    Dans la même ville, les dames ont organisé des prières publiques dans les églises pour demander à Dieu d’abréger la captivité des Belges faits prisonniers, et elles ont ajouté à la prière du soir qui se dit en commun dans les familles, cette invocation : Dios! toma en sa gracia los pobros prisoneros Belgas. (Dieu ! prenez en grâce les pauvres prisonniers belges).

    Nous tenons ces détails d’un de nos jeunes officiers, qui ajoute que ces pratiques religieuses, qui se perdent dans notre pays, ont un caractère de générosité et de grandeur tel, qu’en y assistant nos jeunes philosophes ne pourraient, pas plus que cela lui est arrivé à lui, se défendre d’une émotion profonde et d’un sincère recueillement.

     

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