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  • 10 avril 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 10 avril 1814 - La bataille de Toulouse dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-toulouse-150x150

     

    La bataille de Toulouse

    D’après « Mémoires pour servir à l’histoire de la campagne de 1814 » – Frédéric Koch – 1819

     

    Après les combats livrés sur l’Adour, le duc de Dalmatie, forcé de se retirer devant un ennemi supérieur en nombre, vint camper le 24 mars devant Toulouse.

    Son armée réduite, après tant de combats et de fatigues, à 30000 hommes de pied et moins de 3000 chevaux, devant lutter dans cette position contre une masse de 60000 combattants, il sentit qu’il ne pouvait rétablir un certain équilibre entre des forces aussi disproportionnées, qu’en usant de toutes les ressources que lui offrait l’art de la fortification, et il s’empressa de la faire retrancher.

    Avant de parler de ces travaux, il est à propos de donner une idée de la situation topographique de Toulouse.

    Cette ville, l’une des plus remarquables de France par son antiquité, sa grandeur et sa population, est située sur la rive droite de la Garonne, au-dessus de l’embouchure du canal de Languedoc. Son enceinte d’épaisses murailles flanquées de tours, est couverte à l’Est et au Nord par le canal, à l’Ouest par la Garonne ; en sorte qu’elle n’est accessible qu’au midi entre le canal et la rivière.

    L’on communique par un beau pont de pierre avec le faubourg Saint-Cyprien, bâti dans l’anse que détermine la sinuosité de la rive gauche : ce faubourg, enveloppé d’une bonne muraille en brique, peut être considéré comme une bonne tête de pont.

    A 4 kilomètres environ de Toulouse, on rencontre la rivière d’Ers qui coule du Sud au Nord, et va mêler ses eaux à la Garonne près de Grenade. A l’ouest de Saint-Cyprien, le Touch qui coule assez longtemps parallèlement à la Garonne, dans laquelle il se jette à St.-Michel, un peu au-dessous de Toulouse.

    Sur la rive droite de la Garonne, 4 grandes routes partent de Toulouse et conduisent à Paris, à Montauban, à Alby et à Nîmes.

    Sur la rive gauche, deux routes principales partent du faubourg Saint-Cyprien. La première se divise un peu avant d’arriver à Saint-Martin ; la branche de droite se bifurque de nouveau à Leirac, pour conduire parallèlement à la Garonne, à Grenade, et par Mondouville à Montégut. Sa branche gauche est la chaussée de Bayonne par Auch. La seconde route remonte la Garonne jusqu’à Saint-Gaudens.

    Un coup d’oeil sur la carte suffit pour juger des avantages de la position de Toulouse, et si l’on consulte le plan, on verra avec quel art le duc de Dalmatie sut profiter de tous les accidents du terrain, pour la rendre formidable. Chaque division travailla aux retranchements qu’elle devait défendre : généraux, officiers et soldats, tous paraissaient animés du même zèle. Enfin, au bout de quelques jours, les Toulousains dont on n’avait pas réclamé les secours, virent avec surprise et admiration s’élever les ouvrages qui formaient autour de leur ville un système complet de défense.

    Le faubourg de Saint-Cyprien fut entouré d’une première ligne d’ouvrages. L’on retrancha les ponts du canal qu’on voulait conserver. On mina ceux de l’Ers qui pouvaient être utiles à l’ennemi. On saisit la crête des hauteurs de la Pujade, du Calvinet et de Montaudran entre l’Ers et le canal, au moyen de redoutes que liaient des retranchements. Cette dernière hauteur, à droite de la ligne, déjà couverte par l’Ers qui se rapproche de son pied, fut défendue par une inondation. L’on arma d’artillerie de gros calibre ou de campagne, les parties de l’enceinte qui avaient des vues sur le canal. On retrancha le faubourg Saint-Etienne ; enfin, l’on ne négligea rien de ce que l’art pouvait ajouter à la force naturelle de cette position.

    Ainsi posté, le duc de Dalmatie croyait avoir le temps de réparer la chaussure, l’habillement et l’équipement délabrés des troupes, de faire entrer en ligne 6 à 8000 conscrits dont l’organisation n’était pas encore achevée, peut-être même d’opérer sa jonction avec le duc d’Albufera qu’il avait engagé à repasser les Pyrénées, dès les premiers jours de son arrivée à Toulouse.

    En effet, lord Wellington embarrassé par un équipage considérable de pontons et l’innombrable quantité de bêtes de somme employées au transport de ses subsistances, n’avançait qu’avec lenteur. L’enlèvement de quelques voitures par les corps francs organisés sur ses derrières, lui faisant craindre pour ses communications, il n’arriva à la vue de Toulouse que le 27 mars, trois jours après l’armée française.

    Persuadé qu’une attaque de front sur Saint-Cyprien ne pouvait être tentée sans grands risques, puisque les Français restaient toujours maîtres de faire sauter le pont en se retirant, son intention fut d’abord de passer la Garonne en avant de Toulouse au confluent de l’Auriege. Il ordonna de jeter un pont entre Pinsaguel et Portet, à un myriamètre de la ville, dans l’espoir qu’en se plaçant ainsi sur la ligne de communication du Maréchal avec l’armée d’Aragon, il l’empêcherait de se réunir à elle, et le déciderait peut-être à abandonner Toulouse.

    Mais, malgré l’énorme quantité de pontons que l’armée confédérée traînait à sa suite, il ne s’en trouva pas assez pour embrasser la largeur de la rivière en cet endroit, et il fallut remonter à 2 kilomètres plus haut, vis-à-vis de Roques, pour rencontrer un point plus favorable.

    Le pont établi le 31 mars, le général Hill se dirigea sur Cinte-Gabelle, s’empara de cette ville et du pont de l’Auriege. Il crut un instant avoir obtenu par-là un grand avantage. Cependant le manque absolu de communications praticables aux armées, de cette ville à Toulouse, l’obligea à revenir sur ses pas.

    Ces tâtonnements, d’autant moins excusables que lord Wellington ne manquait ni de cavalerie pour reconnaître les points les plus favorables de passage au-dessous de Toulouse, ni de troupes pour effectuer cette opération de vive force, laissèrent d’ailleurs aux Français le temps de mettre la dernière main à leurs retranchements.

    Le duc de Dalmatie ne conçut aucune inquiétude de ces mouvements, et se contenta de les faire observer par quelques partis, en même temps qu’il prescrivit au général Lafitte, commandant dans l’Arriège une petite brigade de gardes nationaux et autres troupes, de pousser de fortes reconnaissances vers St.-Gaudens et Martori sur les communications des Alliés.

    De son côté, le duc d’Albufera, prévenu de cet incident, se hâta d’ordonner que 60 conscrits du dépôt du 29e régiment de chasseurs à cheval se portassent de Carcassonne sur Castelnaudari, annonçant partout l’arrivée de l’armée d’Aragon.

    Cette ruse produisit son effet ; l’on crut, et lord Wellington partagea l’erreur, qu’elle se trouvait à trois ou quatre marches de Toulouse, tandis qu’elle occupait encore la plaine du Lampourdan.

    Enfin, après beaucoup d’hésitation, lord Wellington, présumant que son adversaire n’avait fait de sérieux préparatifs de défense que sur la rive gauche de la Garonne, renonça au projet de passage en amont de Toulouse, et sentit la nécessité de l’exécuter en aval. On reconnut alors un point favorable à la construction d’un pont au-dessus du confluent de l’Ers près de Grenade, à 2 myriamètres de Toulouse, où la grande route qui longe la Garonne, était propice à l’établissement des batteries de gros calibre ; et le 4 avril à la chute du jour, les pontons furent lancés.

    Malgré la rapidité du courant, on parvint à les fixer, et au bout de quatre heures, le pont s’acheva sans opposition.

    Le duc de Dalmatie qui avait d’abord manifesté hautement l’intention d’attaquer l’ennemi au passage de la Garonne, fit suivre son mouvement, le long de la rive droite, par le général Soult, dont la cavalerie, cantonnée à Saint-Caprais et à Castelnau, semblait ne pouvoir être mieux placée pour contrarier cette première opération.

    Cependant il n’en fut rien, et le maréchal Béresford eut le temps de faire filer, sans la moindre difficulté, les 3 divisions qui composaient son corps d’armée. Mais à peine ces troupes venaient-elles d’atteindre l’autre rive, que la Garonne grossit considérablement. Le courant par sa violence dérangea les pontons, et arrêta le corps de don Manuel Freyre qui se disposait à les suivre. Dans la matinée du 5, la crue devint si forte, que le pont fut définitivement rompu, et que le maréchal Béresford resta seul pendant deux jours, c’est-à-dire, jusqu’au 8 avril, sur la rive droite.

    Cet incident donnait tout le temps au duc de Dalmatie de venir l’accabler, et n’eut pourtant aucune suite fâcheuse pour les Alliés. Soit qu’il eût été informé trop tard de leur passage par son frère, soit qu’il eût lui-même changé d’avis et conçu le dessein de les attirer devant une position retranchée à loisir, il ne bougea point de Toulouse, et laissa sa cavalerie disputer le terrain entre la Garonne et le Giron.

    Le 8, la baisse des eaux ayant permis aux Alliés de rétablir leur pont, le corps du général Freyre vint renforcer le maréchal Béresford, dont la cavalerie rejeta celle du général Soult au-delà de Fenouilhet et à Saint-Jean de Kyrie eleison, et l’obligea dans la journée du 9 à se retirer sur Toulouse par les deux rives de l’Ers.

    La brigade du général Vial, que serrait de près le colonel Vivian, n’eut pas le temps de faire sauter le pont de Croix-Daurade, et le laissa tomber au pouvoir de l’ennemi, après un engagement assez chaud, où il semblait facile au duc de Dalmatie de faire soutenir cette brigade.

    Lord Wellington informé des progrès de son lieutenant, eut d’abord l’intention d’attaquer le 9 avril, et craignant que l’éloignement du pont de Grenade ne nuisît à l’ensemble et à la rapidité de ses mouvements, il crut pouvoir le remonter en une nuit, d’un myriamètre, à Bauzelle au-dessus du confluent de l’Aussonnelle. Mais cette opération n’ayant pu s’exécuter en 12 heures, comme il comptait, bien qu’elle n’eût été nullement contrariée par les Français, il remit son projet au 10, et profita de ce retard pour renforcer son lieutenant de la division légère du général Alten.

    Dans cette série d’opérations, lord Wellington parut à tous les militaires avoir été plus heureux que prudent, et donner beaucoup trop au hasard. Car si le duc de Dalmatie eût voulu opérer avec son activité ordinaire et faire le moindre mouvement, il est probable qu’il eût empêché le passage de la Garonne. En effet, sa position était beaucoup plus favorable que celle du duc de Vendôme dans la campagne de 1705, lorsque le prince Eugène lui déroba deux marches, et alla jeter un pont sur le Haut-Adda, dans l’espoir de secourir le duc de Savoie en Piémont. Car il n’avait, pour ainsi dire, qu’à se prolonger vers la droite pour se trouver au point de passage avec toutes ses forces. D’ailleurs, la crue de la Garonne, qui dura deux jours pleins, coupa toute communication entre ses deux rives.

    Mais tout ayant réussi au gré de ses désirs, lord Wellington arrêta le plan d’attaque ci-après. Sur la rive gauche de la Garonne, sir Rowland-Hill, avec les divisions Stewart, Murray, Morillo et une brigade de cavalerie anglaise, fut chargé d’observer le faubourg St.-Cyprien, et d’attirer l’attention des Français par de fortes démonstrations.

    Sur la rive droite, la division Picton, la division légère Alten, et une brigade de cavalerie allemande, furent destinées à une fausse attaque sur le canal depuis le pont de Matabiau jusqu’à son embouchure, et à défendre la route de Paris, au cas où les Français voulussent battre en retraite de ce côté.

    La tâche du général Freyre avec la 4e armée espagnole, l’artillerie portugaise et la brigade de cavalerie de lord Possomby, consistait à attaquer les retranchements de la Pujade, tandis que le maréchal Béresford, avec les divisions Cole et Clinton, soutenues des brigades de cavalerie légère de lord Sommerset et du général Ahrenschild, sous les ordres de sir Stappleton-Cotton, attaquerait ceux du Calvinet.

    Outre ces troupes, lord Wellington avait probablement une forte réserve sur la rive droite de la Garonne, quoique d’ailleurs son rapport n’en fasse aucune mention.

    De son côté, le duc de Dalmatie fit les dispositions suivantes pour recevoir le choc : le comte Reille avec la division Maransin devait garder le faubourg de Saint-Cyprien. La division Daricau dépendant du comte d’Erlon, défendait sur la rive droite de la Garonne, le canal depuis son embouchure jusqu’à la route d’Alby. Le général Clausel avait la brigade Lamorandière, de la division Villatte, en avant-garde, et celle du général St.-Pol en réserve dans les retranchements de la Pujade. A droite de celle-ci, le général Soult avec la brigade de cavalerie du général Vial, s’étendait jusqu’aux redoutes du Calvinet, confiées à la division Harispe.

    Vers l’extrême droite, la brigade Leseur, de la division Darmagnac, détachée du corps du comte d’Erlon, gardait les hauteurs de Montaudran, ayant devant elle en potence sur le chemin des Bordes, la cavalerie du général Berton qui, après avoir repassé l’Ers au pont de St.-Martin, observait la plaine entre le pied des hauteurs et cette rivière. Enfin, la division Taupin, détachée du corps du comte Reille, formait réserve au château de Guéry, sur la route de Puy-Laurens. La réserve de conscrits sous le général Travot, gardait les ouvrages du pont des Demoiselles. La Garde nationale de Toulouse fit le service dans l’intérieur de la ville et à ses portes.

    L’on voit par les dispositions respectives, que le duc de Dalmatie avait réuni la majeure partie de ses forces sur sa droite, et que son adversaire attaquant sur tous les points, n’avait concentré sur aucun, des masses assez considérables pour faire un effort décisif.

    Le 10 avril, vers 6 heures du matin, le signal du combat fut donné.

    Sur la rive gauche de la Garonne, le général Hill avec ses trois divisions, s’avança avec circonspection contre l’enceinte extérieure de Saint-Cyprien, défendue seulement par quelques batteries.

    Sur la rive droite, le général Picton se forma près de l’embouchure du canal, attaqua les Français vers 7 heures, et les repoussa jusqu’à la tête du pont Jumeau, à la jonction du nouveau canal avec l’ancien, où tous ses efforts furent contenus par deux bataillons de la brigade Berlier.

    Cependant le général Freyre, après avoir longé la rive gauche de l’Ers, jusqu’à la hauteur de Croix-Daurade, se forma sur deux lignes, établit son artillerie sur une hauteur en avant et à gauche de celle de la Pujade, en même temps que le maréchal Béresford qui venait de passer l’Ers au pont de Croix-Daurade avec les divisions Cole, Picton et Cotton, remontait cette rivière sur trois colonnes, pour gagner la droite des Français.

    Dès que le général Freyre le vit à hauteur de Saint-Martin, il s’avança en bon ordre contre la brigade Lamorandière, et la repoussa sous les retranchements qu’il comptait enlever de vive force. La brigade Saint-Pol accueillit les Espagnols avec un feu terrible de mitraille et de mousqueterie qui leur fit essuyer une perte considérable, sans néanmoins les arrêter.

    Au contraire, la première ligne espérant trouver un abri contre ce feu meurtrier dans un chemin creux au pied des ouvrages, s’y porta à la course, mais n’y arriva qu’entièrement rompue. La réserve, qui voulut prévenir les suites de sa faute, ne put arriver assez tôt à son soutien. Le comte Harispe lance une brigade sur les Espagnols du Calvinet, tandis que le général Darmagnac en fait autant par le revers de la position, sur le flanc droit des assaillants, et que le général Darricau saisissant l’à-propos, jette de la porte Matabiau, un bataillon sur la route d’Alby.

    Ces efforts simultanés culbutent l’attaque et la ramènent à plus d’un kilomètre ; et les Français se seraient emparés du pont de Croix-Daurade, si le général Alten n’eût arrêté la poursuite en arrivant sur le flanc gauche avec une de ses brigades et de la cavalerie allemande.

    Les Espagnols perdirent plus de mille hommes à cette attaque mal dirigée, où les généraux Mendizabal et Espeleta furent mis hors de combat.

    Malgré l’échec essuyé vers sa gauche, lord Wellington ne fit aucun changement à son plan d’attaque, et tous les chefs de colonne reçurent l’ordre de redoubler d’efforts.

    Sir Rowland Hill avec ses trois divisions finit après beaucoup de tâtonnements par chasser de la première enceinte du faubourg de St.-Cyprien, les postes d’avertissement que le comte Reille y avait laissés en se retirant dans la seconde.

    Sur la droite de la Garonne, le général Picton attaqua de nouveau le pont Jumeau, et fut repoussé avec des pertes énormes. Les Anglais voulant brusquer l’attaque et se jeter dans les retranchements, la hauteur de leur profil rendit l’escalade impraticable, et le général Berlier les fit écraser à coups de pierres dans le fossé, où le général-major Brisbane fut grièvement blessé.

    Le général Alten, mettant plus de circonspection dans l’attaque qu’il dirigea avec une brigade sur le pont d’Arnaud-Bernard, fut arrêté par le 31e léger devant le couvent des Minimes, et ne put réussir même à le débusquer de cet avant-poste. Enfin Don Manuel Freyre eut beaucoup de peine à rallier ses troupes et à les porter sous la protection de la cavalerie de lord Possomby et une des brigades du général Alten devant le plateau de la Pujade pour y continuer la canonnade.

    Ainsi, vers midi, l’action engagée sur la plus grande partie de la ligne, ne laissait que peu d’espérance aux Alliés pour le succès de la journée.

    Cependant le duc de Dalmatie jugeant que les hauteurs de Montaudran allaient devenir le point important du champ de bataille, donna l’ordre de retirer du faubourg de St.-Cyprien la brigade Rouget de la division Maransin, pour la porter vers ce point. Malheureusement il était un peu tard, et comme on ne lui assigna pas de direction précise, elle ne put arriver à temps.

    L’échec éprouvé par les Espagnols et le manque d’artillerie avaient suspendu la marche du maréchal Béresford. Mais voyant que ses pièces n’arrivaient pas, au lieu d’attaquer les retranchements du Calvinet, comme il en avait eu primitivement l’ordre, il calcula qu’il lui serait peut-être plus facile de les tourner, en continuant de se diriger vers Montaudran.

    Ce mouvement était très dangereux, parce que laissant un grand vide au milieu de la ligne de bataille, il offrait au duc de Dalmatie l’occasion de couper le corps du maréchal Béresford en faisant descendre une ou deux divisions entre le plateau et l’Ers. Outre ce grave inconvénient, le terrain présentait de grandes difficultés, attendu qu’il fallait cheminer entre la rivière et le pied des hauteurs à travers des prairies coupées d’une infinité de canaux d’irrigation ; encore se rétrécissaient-elles, à mesure qu’on approchait de l’inondation. L’infanterie même n’avançait qu’avec peine, obligée souvent de défiler homme par homme, sous le feu des tirailleurs français.

    Lord Wellington n’apprit pas cette manœuvre sans inquiétude. Il sentait que le gain ou la perte de la bataille pouvait en être la conséquence immédiate.

    De son côté, le maréchal Béresford une fois engagé, était obligé de continuer sa marche pour ne pas s’exposer aux dangers inévitables de la retraite ; et, dans l’espoir de trouver un point d’attaque d’un accès plus facile, il ne s’arrêta que lorsqu’il ne lui fut plus possible de passer outre. Il forma alors la division Cole en arrière de la droite française, sur un terrain étroit au pied de la colline de Montaudran sur laquelle était élevée la dernière redoute. Le général Clinton rangea la sienne avec non moins de peine, face à la seconde. En même temps, l’artillerie du corps d’armée étant arrivée, elle fut dirigée contre les redoutes du Calvinet, sous la protection de la cavalerie de sir Stappleton Cotton.

    Toutes ces dispositions se firent sous les yeux du duc de Dalmatie qui, loin d’y mettre obstacle, se félicitait que l’ennemi lui épargnât moitié de la peine qu’il devait se donner pour décider sa défaite. Cependant, lorsqu’il le vit près de prendre l’initiative de l’attaque, il crut devoir le prévenir, et prescrivit à la division Taupin de marcher à la rencontre du général Cole, soutenu par la brigade Leseur, tandis que le 21e de Chasseurs guidé par le lieutenant-général Clausel, chercherait à lui couper ses communications en se portant en avant, et que le général Berton chargerait le flanc gauche.

    Ainsi, dans le choc que se préparaient réciproquement ces masses, la plus solide devait repousser l’autre, malgré l’avantage du terrain.

    Le général Cole, soutenu en arrière à droite par la division Clinton, se dirige sur la redoute non achevée que défendait le général Dauture avec le 9e d’infanterie légère. Son attaque est conduite avec ordre et méthode : la première ligne déployée, la seconde en carrés prêts à repousser les charges dont elle est menacée par la cavalerie du général Berton.

    L’attaque des Français au contraire, différée trop longtemps, s’exécute avec plus de précipitation que d’ensemble ; la brigade Leseur, conformément à ses instructions, se forme en potence sur le flanc droit de l’ennemi. D’un autre côté, la cavalerie se dispose à charger le flanc gauche ; mais la colonne du général Taupin, destinée à frapper les plus grands coups, pressée d’arriver, s’allonge en hâtant sa marche, et le général Rey engage tellement sa brigade hors d’haleine, qu’il paralyse le feu de la redoute dont il devait être protégé.

    Le général Taupin reste en arrière pour tâcher de faire avancer son artillerie qui avait été dirigée vers le centre du plateau, près du Calvinet, accourt, s’apprête à faire changer de direction à ses troupes, et tombe blessé mortellement.

    Cet événement malheureux occasionna dans la colonne un moment de trouble et de flottement, dont le général Cole profite aussitôt en marchant, baïonnettes croisées, sur le 12e léger qui plie et entraîne le reste de la division. Vainement pour former diversion, la brigade Leseur s’avance contre les colonnes anglaises, elle est écrasée et mise en fuite.

    Quelque fâcheux que fut cet échec, il n’était pas irréparable, si la garnison de la redoute eût tenu ferme. Mais voyant arriver sur elle la division Picton enhardie par le succès du général Cole, elle abandonna son poste. D’un autre côté, les progrès rapides des Anglais sur la croupe de la colline, les ayant mis à l’abri des charges de cavalerie, rien ne s’opposa à leur marche, et le maréchal Béresford réunit ses deux divisions sur le plateau, y amena de l’artillerie, et attaqua en flanc les redoutes de Calvinet.

    Dans cette extrémité, le Maréchal français de concert avec le baron Clausel, changea de front, et prit une nouvelle ligne appuyée aux retranchements du pont des Demoiselles et aux redoutes du Calvinet, sur laquelle vinrent se ranger successivement, et la brigade Rouget qui débouchait du pont de Montaudran, et les troupes des deux divisions mises en désordre.

    Dans cette nouvelle position, l’on combattit avec fureur. Bien que les redoutes du Calvinet eussent perdu une partie de leur force, – parce que leurs flancs avaient été négligés pour achever plutôt le profil de leurs faces qu’on croyait les plus exposées – elles ne laissèrent pas d’être défendues avec opiniâtreté. Une d’elles fut reprise par le 10e de ligne qui fit essuyer de grandes pertes aux Écossais. Les généraux Harispe et Baurot y furent, ainsi qu’un général anglais, grièvement blessés, et ce n’est qu’à 5 heures du soir seulement que le 45e évacua la dernière.

    Les redoutes du Calvinet emportées, sir Béresford marcha sur celles de la Pujade, tandis que les Espagnols les attaquèrent de front. Elles n’opposèrent pas moins de résistance à ces attaques combinées. La brigade Lamorandière y fit des prodiges et perdit son général. Enfin, vers 7 heures, elles furent également emportées.

    Les vainqueurs s’arrêtèrent après ce dernier effort qui semblait avoir épuisé toute leur ardeur, et n’osèrent refouler l’armée française sur le canal, qu’elle repassa seulement dans la nuit.

    Dans cette position, maîtresse du faubourg de St.-Etienne, elle avait non seulement une retraite assurée, mais encore se trouvait en mesure d’accepter un nouveau combat.

    Lord Wellington n’étant redevable de la victoire qu’à la témérité de son lieutenant douta longtemps de sa bonne fortune, et loin de songer à enlever Toulouse le lendemain, ne s’occupa que des moyens de se maintenir sur la chaîne de collines qui le domine, au cas que son adversaire voulût l’y attaquer.

    De son côté, le duc de Dalmatie tout en faisant mine de s’occuper de préparatifs de défense, comme s’il eût résolu de s’ensevelir sous les décombres de Toulouse, marqua pour la nuit suivante la retraite sur Castelnaudary. Les magasins furent évacués, et les troupes, après avoir reçu pour quatre jours de vivres, prirent en bon ordre, dans la nuit du 11 au 12, la route de Montpellier, précédées par les bagages et l’artillerie. Il ne resta dans Toulouse que 1500 blessés ou malades qu’on n’aurait pu transporter sans danger, et quelques pièces de gros calibre, qu’à défaut de moyens de transport, on enfouit pour les retrouver dans des temps plus heureux.

    Avant de quitter cette ville, le duc de Dalmatie témoigna aux habitants sa satisfaction de la conduite qu’ils avaient tenue dans ces moments critiques. Le plus grand nombre le vit partir à regret, car il laissait leur ville à la merci d’un ennemi dont ils ignoraient encore les projets.

    La bataille de Toulouse fut pour l’armée française ce qu’une dernière et vive étincelle est à un feu près de s’éteindre ; jamais la valeur des troupes ne se montra avec plus d’éclat. Une victoire complète devait être le fruit de ses efforts, et si elle lui échappa, ce fut comme pour donner une nouvelle preuve, que sur le champ de bataille, la moindre hésitation peut entraîner la ruine des plus heureuses conceptions.

    Les pertes, quoiqu’en disent certains rapports, s’élevèrent du côté des Français à 3231 hommes, dont 321 tués, 2369 blessés et 541 prisonniers et du côté des Alliés, à 4458 hommes hors de combat, dont 2124 Anglais, 1727 Espagnols, et 607 Portugais.

    Cette bataille, les manœuvres qui l’ont précédée et suivie, fournissent matière à plusieurs observations. Les militaires des deux partis ont cherché à se rendre compte des raisons qui empêchèrent le duc de Dalmatie de profiter de la crue de la Garonne pour livrer bataille au maréchal Béresford du 6 au 9 mars, lorsqu’isolé sur la rive droite du fleuve, il ne pouvait être soutenu par lord Wellington. Ils n’ont pas cru la conduite du Maréchal français justifiée d’une manière satisfaisante par le projet qu’on lui a supposé de ne rien donner au hasard, et d’attirer par une feinte timidité son adversaire dans un terrain défavorable, où tout avait été préparé pour sa défaite.

    On s’est aussi demandé pourquoi décidé à accepter une bataille défensive sur la rive droite de la Garonne, il ne fit pas mieux garder le pont de Croix-Daurade, qui ouvrait aux Alliés un débouché si favorable pour venir attaquer de front les retranchements de la Pujade et du Calvinet.

    Ces observations portent encore sur d’autres points : on s’étonne que le duc de Dalmatie, résolu à prendre son champ de bataille sur la chaîne de collines qui s’étend de la Pujade à Montaudran, et voyant se décider le mouvement des Alliés à sa droite, n’ait pas commencé la journée en battant le corps de sir Hill devant St.-Cyprien, et porté ensuite la masse de ses forces contre le maréchal Béresford sur les hauteurs de Montaudran ; manœuvre aussi simple que décisive, et dont il paraît n’avoir pas senti tous les avantages.

    On désirerait également connaître les motifs qui portèrent le Maréchal français à ne pas mettre en action plus d’artillerie sur le plateau, et à différer si longtemps d’engager la division Taupin, et les raisons qui l’empêchèrent, lorsqu’elle fut rompue, de se servir de la cavalerie du général Soult et de la 2z brigade de la division Villatte qu’il avait sous la main, pour arrêter les progrès des généraux Cole et Picton.

    Enfin, quelques officiers qui ont étudié la position de Toulouse, sont d’avis que le duc de Dalmatie l’abandonna trop tôt. Ils assurent qu’il lui eût été facile de prendre le lendemain sa revanche, en laissant deux ou trois divisions sur les bords du canal, et débouchant avec les autres et sa cavalerie par le faubourg St.-Cyprien sur le corps du lieutenant-général Hill, qu’on eût écrasé avant que lord Wellington eût eu le temps de lui porter secours.

    La solution de ces diverses questions exigerait des renseignements qui nous ont manqué, et que nous obtiendrons peut-être avec le temps. Mais nous croyons devoir dès ce moment les soumettre à la méditation de nos lecteurs.

    Le 12 avril au matin, lord Wellington fit son entrée à Toulouse, où les royalistes, après lui avoir rendu, à son grand étonnement, les honneurs du triomphe, opérèrent, sous ses auspices et malgré lui, une révolution en faveur de la famille des Bourbons.

    Le vainqueur, écrasé de fatigue et sentant le besoin d’accorder quelque repos à ses troupes, ne poussa que le surlendemain son avant-garde sur Avignonet, où elle fut arrêtée par quelques coups de canon que lui tira le général Berton.

     

  • One Response à “Le 10 avril 1814 – La bataille de Toulouse”

    • Carson Trevor on 9 janvier 2016

      Mon 3 fois arriere grand-pere etait present a cette bataille comme artilleur de la troupe E, la troupe du Colonel Gardiner de la Royal Horse Artillery de l’armee anglaise. Pour moi, c’est tres interessant de trouver votre compte rendu equilibree, mais du cote francais, de la bataille.

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