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     Le 3 avril 1367 – La bataille de Najara dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-najara-150x150

     

    La bataille de Najara

    D’après « Histoire des Français » – Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi

    Ce fut le 10 janvier 1367 que le prince de Galles partit de Bordeaux pour rétablir don Pedro sur le trône de Castille. II y avait seulement quatre jours que sa femme avait donné naissance à son fils Richard, qui fut depuis roi d’Angleterre.

    Il séjourna quelques jours à Dax, où son frère Jean, duc de Lancaster, lui amena d’Angleterre quatre cents hommes d’armes et quatre cents archers.

    Pendant ce temps, Charles-le-Mauvais s’était avancé jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port, et le prince Edouard, qui savait qu’il avait traité avec ses ennemis aussi bien qu’avec lui, hésitait à s’aventurer dans les gorges de la Navarre. Enfin, ayant eu avec lui une conférence à Pierrefurade, il renouvela le traité de Bayonne, par lequel Charles lui avait promis un libre passage et des vivres pour son argent.

    A peine le duc d’Anjou en fut-il averti, que regardant comme une hostilité envers la France, une marque de confiance accordée au prince anglais, il fit saisir sur le roi de Navarre, la seigneurie de Montpellier. Le sénéchal de Beaucaire s’en empara le 27 mars.

    L’armée du prince de Galles traversa les défilés de la Navarre, de Saint-Jean-Pied-de-Port à Pampelune, dans les journées des 15, 16 et 17 février. Elle était forte de vingt-sept mille hommes, et marchait en trois divisions.

    Le duc de Lancaster, Jean Chandos, et les deux maréchaux d’Aquitaine commandaient la première ; le prince de Galles et le roi don Pedro la seconde ; don Jayme III, mari de la reine de Naples, et qui se faisait appeler roi de Majorque, commandait la troisième.

    Ce dernier se flattait qu’une guerre en Espagne lui donnerait quelque chance de recouvrer l’héritage dont son père avait été dépouillé. Il avait avec lui le comte d’Armagnac, le sire d’Albret et les seigneurs gascons.

    Le roi de Navarre avait passé la montagne à côté du prince de Galles pour garantir sa sûreté. Mais de l’autre côté des Pyrénées, et déjà parvenu sur les frontières de Castille, il tomba dans une embuscade que lui avait dressée Olivier de Mauny, cousin de Du Guesclin, et il fut enfermé au château de Borja.

    Du Guesclin, avec des compagnies françaises et bretonnes, était entré en Espagne par l’Aragon, en même temps que le prince de Galles y entrait par la Navarre, et il est assez probable que Charles-le-Mauvais était convenu avec lui qu’il l’arrêterait prisonnier, afin d’éviter de se compromettre davantage entre la France et l’Angleterre.

    Don Henri, qui était bien instruit de tous les mouvements de ses adversaires, avait rassemblé toutes les forces de la Castille à San-Domingo, dans le Rioxa, et l’on comptait qu’il pouvait avoir alors sous ses ordres, plus de soixante mille hommes. Les deux armées, assez rapprochées l’une de l’autre, manœuvrèrent quelque temps sur les bords de l’Ebre, sans en venir à un engagement.

    Pendant ce temps, le prince de Galles écrivit, le 1er avril, à don Henri, pour lui annoncer qu’il venait, selon qu’il y était obligé par ses traités, rétablir le roi de Castille sur son trône, mais pour lui offrir en même temps sa médiation et sa garantie, s’il voulait, par un arrangement équitable, éviter l’effusion du sang chrétien.

    Henri, répondit qu’après l’effroyable tyrannie exercée par don Pedro, c’était sans doute un jugement de Dieu qui l’avait frappé de terreur à Burgos, et lui avait fait abandonner le royaume ; que désormais Henri se sentait lié envers les prélats, la noblesse et les villes qui l’avaient reconnu pour roi, et qu’il ne pouvait les abandonner et sacrifier leurs justes droits, dût-il pour les défendre, faire couler du sang chrétien.

    Les deux armées n’étaient plus séparées que par la Najarilla, petite rivière qui passe par Najara, et se jette dans l’Ebre. Les Anglais avaient déjà séjourné quelque temps dans ce pays pauvre et stérile, et ils commençaient à manquer de vivres.

    Du Guesclin et le maréchal d’Audeneham conseillaient au roi Henri de continuer à se tenir sur la défensive, d’arrêter les convois des Anglais, et de les vaincre sans combat par la famine, plutôt que d’affronter la fleur de la chevalerie, conduite par un général aussi habile et aussi heureux que le prince de Galles.

    Mais à cette époque même, deux frères du roi Henri, don Tello et don Sanche, rentrèrent dans son camp après avoir détruit quelques corps détachés de l’armée anglaise, commandés par Thomas de Felton et son frère, dont le dernier fut tué. Ce succès enfla le courage de don Henri, qui répondit à Audeneham : « Maréchal, par l’âme de mon père, je désire tant à voir le prince, et d’éprouver ma puissance à la sienne, que jà ne nous partirons sans bataille ».

    Le matin du 3 avril, Henri ayant partagé son armée en trois corps, passa la Najarilla, et attaqua les Anglais, qui s’avançaient à sa rencontre. Le duc de Lancaster et Jean Chandos, d’une part, Bertrand Du Guesclin et le maréchal d’Audeneham, de l’autre, se heurtèrent les premiers avec la pesante gendarmerie.

    Tandis que ces deux corps d’armée combattaient vaillamment, et qu’on ne voyait encore d’avantages ni de part ni d’autre, le prince de Galles, qui avait auprès de lui don Pedro de Castille, et Martin de la Cara, lieutenant du roi de Navarre, vint assaillir le second corps de l’armée castillane, commandé par les deux frères du roi Henri.

    L’un d’eux, don Tello, qui dans les jours précédents, avait acquis quelque gloire, et qui avait excité son frère à la bataille, se troubla à l’approche des Anglais, et s’enfuit sans combattre. Deux mille chevaux qui étaient sous ses ordres s’enfuirent avec lui, laissant à découvert l’infanterie, qui fut hachée par le captal de Buch et le sire de Clisson. Le dernier avait amené un corps de Bretons sous les drapeaux anglais.

    Cependant le prince de Galles conduisit aussitôt sa division contre celle du roi Henri. Il trouva celui-ci déjà aux prises avec les Gascons, que commandaient le comte d’Armagnac et le sire d’Albret.

    Le combat fut obstiné. Le roi ramena trois fois à la charge ses soldats prêts à se débander ; mais les Castillans étaient loin de combattre avec le même courage que les Français, leurs auxiliaires. Leurs fantassins, tirés de la milice des villes, n’étaient armés que de frondes ; les flèches des archers anglais étaient bien plus redoutables que leurs pierres, et après une courte épreuve de leurs armes, toute la milice castillane commença à fuir.

    Cette multitude, qu’on assurait monter à soixante mille fantassins, et à vingt mille genets ou chevau-légers, était déjà en pleine déroute, que la division de Du Guesclin combattait encore.

    Cependant, tous les corps anglais, sans poursuivre les Castillans, se réunirent contre les Français, et finirent par les rompre ; alors tous ceux qui s’étaient jusqu’alors défendus avec tant de vaillance, furent tués ou faits prisonniers. On compta parmi ces derniers Bertrand Du Guesclin, Arnould d’Audeneham, le bègue de Vilaines, et plus de soixante hommes de marque.

    Le prince de Galles ayant fait compter les morts sur le champ de bataille, on lui rapporta que ses ennemis avaient perdu cinq cent soixante hommes d’armes, et environ sept mille cinq cents fantassins, sans compter ceux qui, dans leur fuite, s’étaient noyés dans l’Ebre.

    C’était la troisième des grandes victoires qu’il remportait ainsi, à dix années l’une de l’autre, à Crécy, à Poitiers et à Najara. Chacune d’elles avait, en quelque sorte, renversé une monarchie.

    Plusieurs des grands seigneurs de Castille, faits prisonniers dans la bataille, furent tués par ordre de don Pedro. Il demanda les autres au prince de Galles, et entre autres, le bâtard don Sanche, son frère, pour les faire périr également. Mais Edouard lui répondit : « Sire roi, je vous prie que vous pardonniez vos mautalens à toutes vos gens qui vous ont été rebelles ; si ferez bien et courtoisie, et si en demeurerez plus en paix en vostre royaume ».

    Le cruel don Pedro ne put refuser au prince qui venait de le mettre sur le trône, la grâce qu’il lui demandait, mais il ne suspendit que pour bien peu de temps ses vengeances, et aussitôt qu’il se fut séparé d’Edouard, les supplices recommencèrent.

    Le surlendemain de la bataille, don Pedro fut reçu à Burgos, et reconnu de nouveau comme roi. Plus tard, les habitants d’Astorga, de Léon, de Tolède, de Cordoue, de Compostelle et de Séville, à mesure qu’ils recevaient la nouvelle de la bataille de Najara, lui envoyèrent des députations, et vinrent lui faire obéissance.

    Le prince de Galles le voyant de nouveau maître de ses Etats, lui rappela qu’il s’était engagé à payer les frais de son expédition, et lui fit sentir que plus il se presserait de le faire, plus il trouverait d’économie à licencier une armée qui chaque jour coûtait des sommes considérables.

    Don Pedro répondit que tout son désir était de rassembler l’argent nécessaire pour le faire, mais qu’il fallait pour cela qu’il se rendît en Andalousie, où il avait laissé ses trésors. Après trois semaines passées à Burgos, il partit donc pour Séville, promettant d’être de retour pour les fêtes de la Pentecôte, et donnant rendez-vous au prince Edouard à Valladolid.

    Le prince de Galles transporta en effet son quartier-général à Valladolid, et il distribua ses soldats autour de cette ville. Bientôt les chaleurs commencèrent, les vents brûlants, le manque d’eau, se firent sentir, et les Anglais, qui se jetaient avec avidité sur les fruits et les vins du pays, furent presque tous atteints de la dysenterie.

    Les Gascons souffraient moins d’un climat qui différait peu d’avec le leur. Mais ils se répandaient dans la Vieille-Castille pour piller. Ils éloignaient ainsi de leur camp ceux qui auraient pu y apporter des vivres ; ils soulevaient les paysans, partout aux aguets pour se venger d’eux, et ils augmentaient d’autant la détresse de l’armée.

    Les fêtes de Pentecôte arrivèrent, sans que don Pedro revînt avec l’argent promis, ou fit parvenir aucun message. Le prince de Galles lui envoya des députés à Séville, pour le prier d’exécuter ses promesses. Don Pedro répondit que le pays était tellement ruiné, qu’il ne pouvait point recueillir d’argent, et qu’il n’espérait pas en trouver tant que les soldats du prince pilleraient la Castille ; mais que s’il voulait les reconduire en Aquitaine, le roi promettait de lui faire porter jusqu’à Bordeaux l’argent qu’il lui devait.

    Quatre mois s’écoulèrent pendant lesquels l’armée fut tourmentée par les maladies. Parmi les Anglais, la mortalité fut si grande, que Knyghton assure qu’il n’en échappa pas la cinquième partie. Don Jayme de Majorque était si malade, qu’on gardait peu d’espoir de le sauver. Le prince de Galles était lui-même souffrant et abattu, et comme dès cette époque, sa santé alla toujours en dépérissant, on crut qu’il avait été empoisonné.

    Pour se procurer de l’argent, il avait successivement mis à rançon tous ses prisonniers, à la réserve de Du Guesclin, qu’il regardait comme trop redoutable pour le rendre à ses ennemis. Cependant Du Guesclin ayant montré combien il était glorieux de cette exception, le prince, après son retour en Aquitaine, le mit aussi à rançon pour cent mille francs.

    Comme Edouard hésitait encore à quitter la Castille, sentant bien qu’une fois éloigné il ne pourrait plus rien obtenir de don Pedro, il reçut des lettres de la princesse sa femme, qui le pressait de venir défendre la principauté contre les attaques de don Henri.

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