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     Le 6 mars 1629 – La bataille du Pas-de-Suze dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-du-pas-de-suze-150x150

     

    La bataille du Pas-de-Suze

    D’après « Batailles françaises » – Colonel Hardy de Périni – 1895

     

    En février 1629, lorsque Louis XIII se décida à intervenir en Italie, 10000 Espagnols ou Italiens assiégeaient Casal, la place forte que le duc de Mantoue possédait sur le Pô, entre le Piémont et le Milanais. Le mestre de camp Jean de Guron, venu de la Valteline pour s’y enfermer avec quelques compagnies françaises, la défendait à grand’peine.

    Gonzalès de Cordova avait renforcé ses lignes d’investissement par des forts et des redoutes, qui empêchaient les assiégés de se ravitailler. Ceux-ci étaient réduits à douze onces de pain noir par jour. Les miliciens du Montferrat demandaient à capituler.

    Louis XIII voulut conduire en personne le « secours de Casal » et renouveler l’exploit du connétable Lesdiguières, en passant les Alpes en plein hiver. C’était, comme l’a dit le Vassor, le héros de toutes les saisons.

    Richelieu, qui se révélait stratégiste après s’être montré bon tacticien devant La Rochelle, avait activement préparé la campagne en renforçant les corps permanents et en levant 6 nouveaux régiments dans le Dauphiné, la Provence et le Lyonnais.

    Trois armées devaient envahir à la fois le Piémont et combiner leurs opérations dans la vallée du Pô. Au centre, l’armée du Roi, concentrée à Embrun, marcherait sur Turin par le Pas de Suze. A droite, l’armée de Provence, conduite par le duc de Guise et le maréchal d’Estrées, déboucherait, par le comté de Nice et le col de Tende, dans la haute vallée du Tanaro. A gauche, l’armée de Lyon descendrait, par le Bugey, dans la vallée d’Aoste ; son chef n’avait pas encore été désigné.

    23000 hommes d’infanterie et 3000 chevaux étaient rassemblés autour de Briançon. L’infanterie comprenait les Gardes françaises et suisses, Navarre, Piémont, Sault, Estissac, Vaubecourt, La Grange et Ribérac. A la cavalerie d’élite de la Maison du Roi s’ajoutaient 12 compagnies de chevau-légers et les carabins d’Arnauld de Corbeville. Mais ni artillerie, ni munitions, ni mulets de transport.

    L’armée n’avait pas quinze jours de vivres, « bien qu’avant de partir de Paris, on eût donné 200.000 livres d’avance aux intendants des vivres pour entretenir en permanence, outre la ration journalière, un mois de vivres en magasin. Rien n’était prêt non plus pour le ravitaillement de Casal » (Mémoires de Richelieu).

    Le Roi, arrivé à Grenoble le 18 février, avec le Cardinal et les grands seigneurs de son entourage, les ducs de Longueville, de la Trémoille, d’Halluin et de la Valette, les marquis de Mortemart et de Brézé, les comtes de Soissons, de Moret et d’Harcourt, désigna comme lieutenants-généraux, les maréchaux Créqui, Schomberg et Bassompierre ; comme maréchaux de camp, le marquis de Toiras, le commandeur de Valençay et M. d’Auriac.

    Richelieu précéda Louis XIII à Embrun, pour arrêter le plan d’opérations et l’ordre de marche. A l’avant-garde, conduite par Créqui et Bassompierre, avec mission de s’emparer des passages du Piémont, 47 compagnies d’infanterie, 10 des Gardes, sous le mestre de camp Canaples, fils du maréchal de Créqui, 10 de Suisses, sous le colonel Salis, 12 de Piémont, conduites par le lieutenant-colonel marquis de Tavannes, 15 compagnies de montagnards dauphinois du comte de Sault (Chasseurs des Alpes, dressés à la guerre de montagne par Lesdiguières et son gendre Créqui), 800 chevau-légers ou gentilshommes volontaires, les carabins d’Arnauld et les mousquetaires du Roi.

    La bataille suivait, sous le commandement de Schomberg.

    Le 28, l’avant-garde passait les Alpes à Mont-Genèvre et Cezanne et cantonnait à Oulx, sur la Doria Riparia. Elle trouvait le lendemain, au fort d’Exilles, 13 vieux canons éventés, pour battre les retranchements de M. de Savoie. Elle couchait à Chaumont, le 1er mars.

    Chaumont est un bourg ouvert, à un quart de lieue de la frontière de Piémont. On ne peut la franchir, de ce côté, que par le Pas-de-Suze, défilé de 600 toises qui n’a pas plus de 18 pas de largeur en certains endroits et qui est obstrué par des roches qu’aucune machine ne pourrait déplacer ; deux hommes ont grand’peine à y passer de front.

    A l’entrée, le bourg et le gros rocher de Gelasse surmonté d’un fort, qui n’est accessible que par une rampe étroite et bordée de précipices. Des deux côtés du défilé, se dressent des montagnes imposantes : à droite, le Crêt de Montmoron, avec le hameau et le fort de Jallon ; à gauche, le Crêt de Montabon.

    Le passage était fermé, du côté de Chaumont, par un grand retranchement en forme de demi-lune et, en arrière, par des barricades, flanquées, à mi-pente, par des redoutes, distantes l’une de l’autre de 200 pas.

    Le défilé débouchait au faubourg de Suze, dominé par un couvent de Cordeliers. 3000 Piémontais ou Milanais gardaient les ouvrages. Le duc de Savoie, son fils Victor-Amédée, le lieutenant général comte de Verrua et le marquis de Ville, commandant la cavalerie, se préparaient à soutenir l’attaque, bien étonnés que le Roi la dirigeât en pareille saison.

    Le 5 mars, à onze heures du soir, Louis XIII quitta Oulx avec « la Noblesse » et deux compagnies de ses Gardes, pour faire 4 lieues, à pied, dans la neige. En arrivant à Chaumont, trois heures avant le jour, il trouva Richelieu dressant l’ordre de combat avec les maréchaux.

    « Les Gardes françaises et suisses, ainsi que Navarre attaqueraient de front les barricades et les redoutes. Le régiment de Sault, dont les officiers étaient du pays pour la plupart, devait partir à 3 heures du matin et suivre à droite, au-dessous du crêt de Montmoron, avec de bons guides, un sentier extravagant qui conduisait derrière les retranchements. L’avance ainsi gagnée permettrait d’assaillir l’ennemi de tous côtés en même temps.

    500 hommes d’Estissac, moitié piques, moitié mousquets, longeraient les hauteurs de gauche, sous le crêt de Montabon.

    Dans le défilé, les enfants perdus, en trois pelotons, se jetteraient sur les barricades par le milieu et par les flancs. Au centre, 80 Gardes-françaises et 50 mousquetaires du Roi ; à droite, 60 Gardes ; à gauche, 50 soldats de Navarre. Ces trois pelotons seraient suivis par trois troupes de 100 hommes, fournies par les mêmes régiments.

    Comme soutien, 300 gentilshommes volontaires, de qualité pour la plupart, et 500 soldats de Navarre. Henri d’Orléans, duc de Longueville, les commandait.

    L’artillerie venait ensuite : une coulevrine et deux moyennes, tirées au crochet et poussées par 50 pionniers. En arrière, un gros de 800 Gardes françaises et de 500 Suisses, sous le commandeur de Valençay.

    Les 4000 hommes qui restaient, rangés en bataille devant Chaumont, étaient destinés, soit à rafraichir les attaques selon qu’il en serait besoin, soit à s’acheminer plus outre lorsque le passage serait ouvert » (Mémoires de Richelieu).

    Avant de donner le signal de l’attaque, Louis XIII veut adresser au duc de Savoie une dernière sommation. Il envoie Guitaut-Comminges, capitaine aux Gardes-françaises, avec les maréchaux des logis, le lieutenant de Pontis et un trompette, demander passage, pour préparer à Suze le quartier du Roi. A 100 pas de la barricade, le groupe s’arrête et le trompette sonne.

    Un officier piémontais et 12 soldats sortent du retranchement, puis le comte de Verrua, escorté de 200 mousquetaires.

    Après qu’il nous eut salués fort civilement, raconte Pontis, M. de Comminges lui dit : – Monsieur, le Roi mon maître m’a commandé d’aller aujourd’hui à Suze pour lui préparer son logis, parce qu’il veut, demain, y aller loger.

    Le comte de Verrua lui répondit avec beaucoup de civilité : - Monsieur, Son Altesse tiendrait à grand honneur de loger Sa Majesté. Mais, puisqu’Elle vient si bien accompagnée, vous, trouverez bon, s’il vous plait, que j’en avertisse auparavant Son Altesse.
    - Quoi donc, Monsieur, lui repartit Comminges, est-ce que vous ne voulez pas nous laisser passer ?
    - Monsieur, répliqua Verrua, vous trouverez bon, comme je vous ai dit, que j’en donne avis auparavant à Son Altesse.

    Comminges répondit : - Je m’en vais donc, Monsieur, en faire mon rapport au Roi.
    - Vous pouvez faire ce qu’il vous plaira, répartit le comte.

    Nous primes alors congé et allâmes retrouver Sa Majesté.

    Louis XIII attendait son émissaire, à cent pas des enfants perdus, devant le gros des Gardes-françaises. Il trouva que le comte de Verrua avait répondu en homme d’esprit et en capitaine.

    - Sire, lui dit Bassompierre, l’assemblée est prête, les violons sont entrés et les masques à la porte. Quand il plaira à Votre Majesté, nous danserons le ballet.

    Louis XIII s’approcha du maréchal et lui dit, en colère : - Savez-vous bien que nous n’avons que 600 livres de plomb dans le parc de l’artillerie ?
    - Il est bien temps de penser à cela ! Faut-il, pour un masque qui n’est pas prêt, ne pas danser le ballet ? Laissez-nous faire. Sire, et tout ira bien !

    Le signal fut donné à 8 heures.

    Laissons Bassompierre raconter le combat qu’il prétend avoir dirigé.

    « Nous mîmes pied à terre, Créqui et moi, pour mener les enfants perdus. Schomberg, que la goutte empêchait de marcher, nous suivait à cheval, afin de voir la fête. Une balle dans les reins le mit bientôt hors de combat.

    En dépassant le bourg de Gelasse, évacué par l’ennemi, nous fûmes canonnés par le fort et salués de quantité de mousquetades, venant des montagnes et de la première barricade. Nos ailes ayant gagné les éminences latérales, tirèrent au derrière de ce retranchement, pendant que nous y donnions, tête baissée, et le faisions abandonner. Nous poursuivîmes si vivement les Savoyards, qu’ils ne purent garder les deux autres barricades, où nous entrâmes pêle-mêle avec eux.

    Valençay escalada la montagne de gauche à la tête des Suisses et en chassa les gens du Valais. Dans le défilé, le marquis de Ville eut l’épaule fracassée et se fit transporter à Suze.

    Nous poussâmes si vivement notre pointe avec les Gardes-françaises que, sans la résistance que firent près d’une chapelle, le capitaine Cerbelloni et quelques soldats espagnols, le Duc et son fils auraient été pris, tant Treville, lieutenant des Mousquetaires du Roi, les serrait de près.

    - Laissez-moi passer, dit Charles-Emmanuel aux Français qui le servaient, vos gens sont en colère !

    Un estafier fut tué à son étrier. Mais le Duc échappa à Treville, qui dut se contenter de blesser Cerbelloni et de le faire prisonnier.

    Nous marchâmes, sans nous arrêter, jusqu’au faîte du passage, d’où nous vîmes Suze. La citadelle nous tira force canonnades. Mais nous étions si animés au combat et si joyeux de la victoire, que nous ne nous en occupions pas. Quelques enfants perdus entrèrent dans la ville avec les fuyards et y furent faits prisonniers. Créqui et La Valette logèrent les Gardes dans les maisons qui bordent la descente à main gauche, tandis qu’avec l’aide de Toiras et deTavannes, j’établissais Navarre dans les maisons de droite. Valençay, quoique blessé au genou, descendit, avec les Suisses du colonel Salis, de l’autre côté de Suze, pour empêcher que rien n’en sortit ».

    Les montagnards du comte de Sault avaient trouvé le sentier « extravagant » mal gardé par le régiment piémontais de Marc-Antoine Belon.

    « Ce qu’il y eut de plus remarquable, raconte Pontis, fut que les ennemis, nous attendant de pied ferme à ce détroit qu’il nous eut été impossible de forcer, furent bien surpris de voir le comte de Sault, qui avait fait nettoyer la neige avec des pelles et grimpé sur ces hautes montagnes, fondre tout d’un coup sur eux et les investir par derrière. Ils lachèrent pied aussitôt et quittèrent toutes leurs fortifications ; de sorte qu’ils ne donnèrent pas le loisir à nos troupes de leur faire sentir la pesanteur du bras du roi de France, à qui ils avaient osé refuser le passage. Il y eut néanmoins beaucoup des nôtres tués ensuite par le canon de Suze, qui fouettait et nettoyait d’une étrange sorte tout le chemin ».

    Créqui et Bassompierre établirent leur logis dans le faubourg de Suze, au couvent des Cordeliers, où le Roi leur envoya ses félicitations.

    Il convient d’ajouter à ces éloges, les critiques de Richelieu, qui marchait bravement sous les canonnades, à côté de Louis XIII, en avant du soutien.

    « L’attaque dura fort peu à cause de la furie française et parce que les ennemis, se voyant pris de tous côtés, lachèrent pied après leur première décharge. Tous firent bien en cette occasion. Cependant tout l’ordre désirable (et qui avait été résolu) n’y put être gardé, soit par la difficulté des lieux, qui étaient âpres, étroits et séparés, de cent en cent pas, par de petites murailles de pierres sèches qui rompaient les bataillons, soit parce que le naturel des Français, plus courageux que sage, porta chacun à marcher à l’envi, ce qui pouvait apporter beaucoup de préjudice au service du Roi. Les maréchaux Créqui, Bassompierre, Schomberg et les maréchaux de camp, étaient tous ensemble, mêlés aux volontaires, contre la raison qui voulait qu’ils fussent séparés pour donner les ordres en divers endroits.

    Nous perdîmes fort peu de gens ; cinq ou six officiers furent blessés ; il n’y eut pas plus de trente morts. Suze, mauvaise place, ne pouvait se défendre, on aima mieux l’avoir par composition, vingt-quatre heures après, sans désordre, que de l’emporter d’emblée. Sa Majesté l’avait fort recommandé, pour ne décrié ses armes en Italie, où l’on estimait les Français aussi braves que peu réglés.

    Le château de Suze se rendit le lendemain mais il n’en fut pas de même de sa citadelle ni du fort de Gelasse ».

     

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