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    L’attaque et la défense de Kotonou

    D’après « Les hauts faits de l’armée coloniale » – F. Bertout de Solières – 1812

     

    En 1890, à la suite de la violation du traité qui le liait avec nous, Behanzin, roi du Dahomey, avait envahi les états de notre protégé le roi Toffa, s’emparant de plusieurs agents des factoreries et les envoyant en captivité.

    Le commandant Terrillon chargé de conduire l’expédition nécessaire pour mettre le roi à la raison, après avoir repoussé plusieurs attaques aux environs de Kotonou, s’était retranché fortement dans cette ville située sur le bord de la mer.

    Les ennemis se trouvaient massés aux environs, recevant des renforts continuellement et resserrant le blocus.

    Le 3 mars au soir, Terrillon, prévenu par des espions qu’une attaque était imminente, prit ses dispositions de combat.

    Les avant-postes reçurent l’ordre d’exercer une surveillance toute particulière. Les sentinelles avaient été supprimées en raison de la nature du terrain couvert de broussailles dans lesquelles les ennemis pouvaient ramper et enlever les hommes isolés. Tous les hommes veillèrent par bordées : de sept heures du soir à dix heures, un tiers de l’effectif, de dix heures à une heure du matin, un autre tiers, de une heure à quatre heures, l’autre tiers. A quatre heures, tout le monde debout était à son poste.

    Un orage épouvantable marqua la nuit du 3 au 4 mars, éclairs, coups de tonnerre, vent terrible, rien n’y manqua ; ce fut une véritable tempête.

    Les Dahoméens profitèrent du bruit de l’orage et des ténèbres de la nuit pour se rapprocher des lignes sans être aperçus.

    Vers quatre heures, il y eut une accalmie. La lune apparaissait et disparaissait derrière les nuages épais, puis disparut tout à coup complètement.

    Les hommes faisaient bonne garde derrière les simples haies entourant la factorerie.

    A quatre heures quarante-cinq, le lieutenant d’infanterie de marine Compérat, qui était de garde avec une section de la compagnie gabonaise et une pièce de quatre dans un fort en construction sur la lagune qui fait communiquer le lac Nokoué à la mer et chargé de surveiller une forêt aux arbres touffus, entendit un bruit étrange, bizarre, qui paraissait se rapprocher. Vainement, il essaie de voir, l’obscurité ne le lui permet pas.

    C’étaient cependant les ennemis qui rampaient dans les herbes. Il prévient aussitôt ses hommes à voix basse et les fait abriter derrière une barricade composée de troncs d’arbres empilés.

    Tout à coup, à dix pas des remparts, des masses de Dahoméens se dressent en poussant des clameurs et excités par les grelots des féticheurs. En avant, marchent les amazones, leur colonelle en tête.

    Un feu de salve exécuté aussitôt avec calme arrête le premier élan et le canon de quatre envoie une volée de mitraille. Une minute d’inattention et c’en était fait de cette vaillante troupe.

    Le bastion est vivement entouré, deux Français sont tués, sept gravement atteints en un clin d’œil. Le pointeur est tué par une amazone.

    Le commandant Terrillon qui se trouvait alors en route pour visiter précisément les avant-postes fait donner l’ordre au croiseur Sané se trouvant en rade de tirer ses gros boulets, et ses balles de canons revolvers fouillent les bois en avant de nos lignes.

    Il y avait dans cette première colonne d’attaque, un régiment d’amazones et neuf cents guerriers, mais une seconde colonne de mille à douze cents hommes débouche vers la droite de nos positions et s’élance aussi sur nos hommes.

    Au centre, pas un ennemi. Le capitaine Oudard qui s’y était porté y resta pendant tout le combat, l’arme au pied, lié par des ordres formels pour empêcher que les Dahoméens ne vinssent couper notre ligne et nous prendre entre leurs feux.

    L’attaque fut terrible. L’escalade est tentée, la bravoure des Dahoméens est extraordinaire ; on tue les ennemis sur les palanques.

    Le lieutenant Compérat, blessé de trois balles dont une lui a brisé l’omoplate, est sublime de courage et d’énergie. Il excite ses hommes, les encourage et se fait soutenir par un homme. Il dit à un sergent qui, blessé de deux balles, lui demandait d’aller se faire panser : « Restez à votre place, moi aussi je suis blessé et je ne dis rien ».

    Trois hommes sont tués, huit blessés, le petit poste va succomber quand arrive enfin la 4e compagnie de tirailleurs sénégalais qui se précipite baïonnette au canon sous les ordres du capitaine Pansier et du lieutenant Lagaspie.

    A gauche, les affaires étaient bien compromises : le sergent Albert commandant l’avant-poste, au lieu de se défendre à outrance, cherche à se replier sur les réserves. Heureusement, à ce moment, la 2e compagnie de tirailleurs sénégalais sous les ordres du capitaine Lemoine arrive en ligne et à dix pas, par un feu nourri, refoule les masses dahoméennes qui s’étaient ruées sur cette poignée de braves.

    Une mêlée furieuse s’engage, quelques Dahoméens se couchent pour laisser passer la charge puis se relèvent et fusillent dans le dos nos tirailleurs. Une section fait alors demi-tour et par un feu violent, les met hors de combat.

    Le jour étant venu, le capitaine Oudard peut alors prendre de nouvelles dispositions, diviser sa troupe et prendre les ennemis entre deux feux ; l’ennemi fuit de toutes parts.

    Vers six heures, un retour des Dahoméens est repoussé vigoureusement. Quelques minutes plus tard, les ennemis se reforment et essayent de se rapprocher de nos lignes, mais les pièces du croiseur et les pièces établies au centre par le capitaine Septans les dispersent aussitôt. Ce n’est pourtant que vers neuf heures et demie que les Dahoméens disparaissent complètement et que les Français peuvent se reposer.

    L’ennemi laissait sur le terrain cent vingt-sept morts dont sept amazones et, aux environs du poste, encore une centaine de cadavres. D’après les espions, il y eut dans cette affaire, deux cent cinquante morts et quatre cents blessés.

    Malheureusement, nous avions, de notre côté, huit tués, dont le maréchal des logis Moreau et l’artificier Gallois. Vingt hommes avaient reçu des blessures assez graves.

    Le commandant des troupes félicita énergiquement les défenseurs. « Il faut avoir assisté à ce combat soutenu au milieu des ténèbres contre des ennemis nombreux et vigoureux, dit Terrillon dans son ordre du jour, pour apprécier l’énergie déployée par ce petit noyau d’hommes dont le moral fut à la hauteur de la situation critique qu’il a traversée ».

    Naussica, l’amazone préférée du roi Glé-glé, qui avait dansé devant la mission française quelque temps auparavant, était parmi les morts.

    Le fort terminé à cette place s’appela « fort Compérat » pour honorer l’officier qui, par son courage et son sang-froid, sut sauver nos hommes d’un massacre certain et épargner à notre drapeau un grave échec.

     

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