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    Le 28 février 1791 – La journée des Poignards dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-journee-des-poignards-150x150poignard-150x150 dans EPHEMERIDE MILITAIRE

    La journée des Poignards

    D’après « Mémoires pour servir à la vie du général La Fayette, et à l’histoire de l’assemblée constituante » – Jean-Joseph Regnault-Warin – 1824

     

    Le 28 février 1791 est fameux dans les fastes de notre révolution, sous le nom de Journée des Poignards. Elle fut signalée, disent les Esquisses de la Révolution, par deux événements combinés, dont l’un promettait le succès de l’autre.

     

    On faisait des réparations au donjon de Vincennes, pour qu’il servît de prison légale, ou de succursale à celles de Paris devenues insuffisantes.

    Dès le matin de ce jour, un mouvement populaire se manifesta dans plusieurs quartiers, surtout dans celui de l’Hôtel-de-Ville. En même temps, environ douze cents hommes du faubourg Saint-Antoine ou d’ailleurs, se réunissent sous les ordres de Santerre, commandant de ce faubourg, se portent vers le château de Vincennes, et s’occupent à démolir, d’abord un parapet, ensuite quelques autres parties de son donjon.

    La Fayette, instruit de ce mouvement, rassemble un détachement de la garde nationale, et vers les trois heures après midi, marche à Vincennes. Il demande et obtient du maire de ce lieu, l’ordre d’arrêter la démolition. Il entre dans les cours, parvient au donjon, et ordonne aux démolisseurs de se retirer. Il y eut quelque résistance, quelques coups donnés et reçus, et environ une soixantaine de prisonniers que La Fayette conduisit à Paris.

    Arrivé à la barrière du Trône, il la trouva fermée et gardée par une multitude de gens du faubourg : il lui fallut forcer ce poste.

    Des hommes apostés avaient, dans le bois de Vincennes, tiré plusieurs coups de fusil sur son aide-de-camp, le prenant pour le général. Ce dernier, en passant dans la rue du Faubourg Saint-Antoine, fut exposé à de pareilles attaques. Un homme de mauvaise mine le suivait depuis quelque temps, et tentait de passer une barre entre les jambes de son cheval, dans le dessein évident de faire abattre la monture et de tuer facilement le cavalier. Mais un grenadier prévint l’attentat en portant un coup de baïonnette à l’assassin.

     

    Cet assassinat de M. de La Fayette entrait comme partie essentielle, dans le plan du drame dont on va voir le second acte. C’est la remarque judicieuse d un écrivain (M. Dulaure, dans ses Esquisses) qui a bien vu les faits isolés, et qui mieux encore fait palper leur enchaînement.

     

    Pendant que ce général s’occupait de cette expédition hors de Paris, cette ville et le château des Tuileries étaient le théâtre d’événements qui, quoique d’un autre genre, n’étaient rien moins qu’étrangers à ceux de Vincennes.

    Dès le matin (ici nous particularisons notre récit sur le témoignage de l’auteur dernier cité, et sur celui d’un écrivain qui, différent beaucoup de principes et d’opinions avec lui, s’y accorde néanmoins sur cet événement) (Mémoires du marquis de Ferrières), un chevalier de Saint-Louis, nommé de Court de Fombelle, avait paru dans les appartements des Tuileries, portant sous son habit un stylet suspendu à un cordon de soie.

    Arrêté et fouillé, des pistolets furent trouvés dans ses poches. Enfin, conduit à la section des Feuillans, questionné par M. Bailly, qui ne put tirer de son interrogatoire aucunes lumières/sur les intentions de ce chevalier, il fut relâché.

    Vers les neuf ou dix heures du soir, environ quatre cents à cinq cents individus, nobles ou ennemis de la révolution, venus de la province ou habitants de Paris, et la plupart membres du club monarchique, s’introduisirent dans les appartements des Tuileries, à la faveur de cartes d’entrée que le duc de Villequier leur avait délivrées.

    La garde parisienne, étonnée de les voir, ne le fut pas moins de leur entendre raconter que « M. de La Fayette venait d’être tué à Vincennes, ou se trouvait en danger de l’être, et qu’il fallait marcher promptement à son secours ».

    Le major-général Gouvion arrive aux Tuileries, dément ces bruits alarmants, désabuse ceux qui pouvaient y croire, et la garde parisienne, qu’on avait l’intention expresse d’éloigner, reste à son poste. Le major-général entre chez le roi : il avertit Sa Majesté que sa personne n’est pas en sûreté, et qu’une troupe de gens armés, probablement sans son aveu, et même contre son gré, remplissent les appartements.

    Ces nobles, afin de justifier cette réunion extraordinaire au château, répétaient « que Paris était en insurrection ; que le peuple, s’égorgeant au faubourg Saint-Antoine, on devait craindre qu’il ne se portât aux Tuileries ; et que les jours du roi étant menacés, ils s’étaient réunis, ils avaient dû se réunir pour le défendre ».

    Au même moment, ils trouvaient le moyen de pénétrer jusqu’à Louis XVI, et d’adresser à sa majesté ces paroles : « Sire, c’est votre noblesse qui accourt auprès de votre personne sacrée pour la défendre ». Et ce prince leur répondait, dit-on : « Votre zèle est indiscret. Rendez vos armes et retirez-vous. Je suis en sûreté au milieu de la garde nationale ».

    Cependant La Fayette, arrive aux Tuileries avec un nouveau renfort de la garde parisienne. Surpris, dit le marquis de Ferrières, du nombreux rassemblement qui s’y trouve, il reproche aux nobles, en termes peu ménagés, leur coupable entreprise, et exige qu’ils lui remettent leurs armes. Les nobles résistent. Ils n’étaient pas les plus forts, les grenadiers de la garde nationale s’étant emparés de tous les postes et remplissant tous les appartements.

    La Fayette s’adresse au roi, lui parle de l’indignation de la garde nationale, lui montre les inconvénients d’un refus. Le roi, intimidé, confirme l’ordre du général, et invite les nobles à déposer leurs armes sur deux grandes tables placées dans l’antichambre. Ils obéissent.

     

    Il faut finir sur cette affaire inexplicable, ou du moins jusqu’ici peu clairement expliquée.

    Ces armes consistaient, racontent les Mémoires du temps, d’abord en quelques poignards de forme singulière (des curieux en ont conservé les dessins, multipliés quelques jours après par la gravure : un fort anneau servait à les tenir, et il en sortait une lame à deux tranchants, terminée en langue de vipère) ; ensuite en couteaux de chasse, en épées, pistolets, cannes à épée ou à dard. Deux grandes mannes en furent remplies, et les gardes nationales se les distribuèrent comme objets de bonne prise.

    Ce désarmement, déjà si humiliant, fut suivi d’une autre cérémonie plus humiliante encore, l’expulsion. On vit ces cinq à six cents chevaliers, la plupart vêtus, par précaution, en habit noir, ou coiffés en magistrats, sortir des appartements entre deux haies de gardes nationales, recevoir humblement les huées, les insultes même de ces militaires citoyens, qui, pénétrés d’indignation, et persuadés que la double manœuvre des vaincus tendait à enlever le roi, pour le mettre à la tête de la contre-révolution, usèrent peu généreusement de la victoire.

    La garde arrêta et conduisit en prison sept de ces messieurs qui avaient opposé de la résistance. Ils furent relâchés quelques jours, après. On a conservé leurs noms : c’étaient MM. de La Bourdonnaye, Fanget-Champine, Godard-Danville, Berthier de Sauvigny, Fontbelle, Dubois de la Motte, Lillers.

    On assura alors que ces nobles chassés du château, devaient être appuyés par un grand nombre d’autres, qui, dans les environs et dans le jardin des Tuileries, attendaient avec impatience le moment du succès.

     

    L’événement de Vincennes, dit M. Dulaure, et celui des Tuileries, ont entre eux une connexion frappante : le premier devait favoriser le second.

    Le témoignage de M. de Ferrières ne doit pas être suspect. Voici ses paroles : « Les aristocrates, dit-il, connaissaient, dès la veille, le mouvement préparé pour Vincennes. On assure, ajoute-t-il, que leur projet était de profiter de l’éloignement de M. de La Fayette et de la garde nationale, pour enlever le roi et le conduire à Metz. Mais la fausse émeute de Vincennes avait été beaucoup plus tôt terminée que ne le pensaient les aristocrates ».

    Les publicistes des deux opinions n’ont pas manqué de hasarder leurs conjectures sur un événement qui semble n’avoir pas de générateur, comme il n’eut point de filiation, et que ni l’administration, ni les tribunaux n’ont éclairci. Ils ont dit : « Les chefs de cette conspiration agissaient donc de concert avec le patriote Santerre et le faubourg Saint-Antoine, puisque ce commandant avait conduit les démolisseurs à Vincennes ou bien ces chefs aristocrates dirigeaient des agents de troubles, qui, à l’instar de ceux du ministère anglais, et sous le prétexte des intérêts de la liberté, avaient soulevé les habitants et entraîné leur commandant ? ».

    En matière de manœuvre politique, remarque judicieusement l’auteur des Esquisses, il ne faut s’étonner de rien de ce qui étonnerait sur toute autre matière : on peut croire aux associations les plus monstrueuses, les plus incohérentes. J’ajoute que chaque jour en voit former, que l’intérêt de parti seul explique, comme chaque jour en voit expliquer, qu’un intérêt contraire démasque à leur insu, et livre à l’étonnement de l’histoire.

    Dès le jour suivant, La Fayette fit afficher une relation des événements de la veille. MM. de Duras et Villequier, premiers gentilshommes de la chambre, qui avaient favorisé l’introduction des conspirateurs dans le château, furent qualifiés dans cette relation de Chefs de la domesticité. Ces deux ducs donnèrent leur démission et sortirent de France.

     

  • One Response à “Le 28 février 1791 – La journée des Poignards”

    • Guégan on 5 mars 2014

      Tout-à-fait remarquable.

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