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  • 25 février 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le 25 février 1915 – Le fortin de Beauséjour dans EPHEMERIDE MILITAIRE carte-de-la-ferme-de-beausejour-150x150le-ravin-et-la-ferme-de-beausejour-150x150 dans GUERRE 1914 - 1918les-ruines-de-la-ferme-de-beausejour-150x150

     

    Le fortin de Beauséjour
    (25-27 février 1915)

    D’après « La grande guerre du XXe siècle » – 1916

     

    Au nord de la ferme de Beauséjour, sur une croupe, entre deux ravins, la position allemande que nos troupiers avaient baptisée le Fortin était constituée par un ensemble de tranchées échelonnées en profondeur.

    Au saillant, était organisé un véritable petit fort. En arrière, deux lignes de tranchées s’étageant sur les pentes de la butte, permettaient des feux étagés. De longs boyaux faisaient communiquer le fortin en arrière avec un inextricable fouillis de tranchées servant de places de rassemblement aux troupes chargées de nous contre-attaquer.

    Une première attaque fut tentée sur le fortin par un bataillon d’infanterie coloniale le 25 février.

    Après une préparation d’artillerie très intense, les compagnies d’assaut pénétrèrent dans la première ligne de tranchées du saillant. L’ennemi essaya de les refouler en les inondant de bombes et de grenades. Six contre-attaques dont trois violentes furent lancées sur nos lignes. Mais les Allemands durent reculer avec de lourdes pertes. Vers minuit, ils attaquèrent en formations très denses. Notre feu anéantit en quelques instants la valeur d’un bataillon.

    A l’aube, nous nous maintenions toujours dans les tranchées conquises et nous nous apprêtions à poursuivre nos progrès lorsque l’ennemi lança sur les deux tranchées du saillant une attaque d’une extrême violence.

    Les Allemands s’avancèrent en hurlant et en jetant des grenades. Les marsouins reçurent bravement l’avalanche.

    Le lieutenant Raynal monte sur le parapet, exhortant les hommes à l’imiter et à charger. Il est bientôt blessé à l’œil et au ventre, il continue à diriger la défense jusqu’au moment où il tombe épuisé.

    Le sous-lieutenant Cazeau réussit à monter sur le parapet après avoir établi un barrage dans le boyau où il met quelques hommes énergiques. Il charge avec une section, mais il a fait à peine quelques pas qu’il est traversé de part en part et tombe. Alors il se fait mettre face à l’ennemi et pendant que la mitraille fait rage, il maintient ses hommes autour de lui chantant à haute voix : Mourir pour la patrie, C’est le sort le plus beau.

    Mais le barrage établi dans le boyau va céder, les survivants battent en retraite, le lieutenant Cazeau ne parle plus, les hommes le croient mort. Le soldat Simon traîne alors son corps par les pieds pendant 200 mètres, à travers les balles et la mitraille du canon-revolver et ramène son officier dans nos lignes.

    Dans le boyau, les Allemands arrivent nombreux à la baïonnette, trouvant devant eux le soldat Jouy et lui criant de se rendre. Il est seul, tous ses camarades sont tombés autour de lui, tués ou blessés d’éclats de grenades. Il répond en ajustant les Allemands, les tient en respect par son feu, en tue six. Blessé au bras d’un coup de baïonnette dans un corps à corps avec un septième adversaire, il le tue, reçoit un coup de sabre d’un officier ennemi qu’il blesse grièvement et se replie ensuite sur le boyau du fortin.

    Le capitaine Poirier veut se reporter en avant, mais un éclat de bombe l’atteint au visage et il tombe la face contre terre. Se relevant par un sursaut d’énergie, il saisit un fusil, se défend à coups de crosse et de baïonnette, tuant plusieurs ennemis. Mais un deuxième projectile vient l’atteindre : il tombe de nouveau. Les Allemands s’avancent en masse de tous côtés, empêchant les hommes – une poignée – de reprendre leur capitaine.

    Les mitrailleuses qui se trouvaient dans le fortin ont été broyées par les obus, sauf une pièce que le sergent Cazeilles, blessé grièvement au bras droit, emporte sur son dos.

    Le lieutenant Lelong, commandant une des sections de mitrailleuses, déjà blessé, voyant la position perdue, sort son revolver, dit aux hommes qui l’entourent : « Je vais vous faire voir comment meurt un officier français ! », se précipite sur les Allemands, en abat plusieurs et tombe percé de coups.

    Les derniers survivants battent en retraite.

    Malgré l’extrême fatigue occasionnée par la marche pénible dans les chemins défoncés et par l’attente pendant dix heures consécutives sous les obus, enlisés dans la boue des boyaux et des tranchées, quatre compagnies s’étaient héroïquement battues pendant quinze heures, soutenant victorieusement six contre-attaques violentes, les dernières à l’effectif d’au moins deux bataillons.

    Le 27 février, deux bataillons d’infanterie coloniale reprirent l’attaque. Après une violente préparation d’artillerie, l’un des bataillons enleva d’un seul élan des tranchées du saillant. Les défenseurs furent tués à coups de baïonnette et l’organisation de la position fut immédiatement entreprise.

    L’autre bataillon, traversant la tranchée de première ligne, s’installa dans la deuxième tranchée et parvint dans un élément de la troisième ligne. Il subit de lourdes pertes. L’amoncellement des cadavres allemands dans les tranchées montre combien âpre fut la lutte.

    Dès la tombée de la nuit, les contre-attaques allemandes se succèdent. Quatre retours offensifs sont repoussés avec l’aide de l’artillerie. Les abords des tranchées sont jonchés de cadavres ennemis.

    Devant ce champ de morts, les assaillants hésitent. A la lueur des fusées qu’ils lancent, on voit leurs officiers et leurs gradés frapper les hommes et les menacer du revolver.

    Une compagnie d’infanterie de ligne est envoyée en renfort pour soutenir les bataillons engagés et reçoit l’ordre de contre-attaquer pour contenir l’ennemi. Voyant les fantassins partir, les marsouins, qui travaillent à retourner et à démolir les boyaux, s’élancent avec eux. Certains ne prennent même pas le temps de saisir leurs armes. La pioche à la main, ils chargent les Allemands et en assomment un bon nombre. L’ennemi se replie.

    La fusillade, qui avait duré toute la nuit, faiblit au matin. A ce moment, escomptant l’écrasement des défenseurs après une nuit de combat, l’ennemi lance deux compagnies sur les tranchées.

    Cette contre-attaque, prise sous le feu combiné de l’infanterie et de l’artillerie, est arrêtée en un instant.

    Les Allemands renoncent alors à reprendre le fortin de vive force. Ils couvrent nos soldats de bombes et de grenades et entreprennent un bombardement systématique de la position.

    Le feu de l’artillerie allemande atteint une intensité effroyable. Les projectiles de gros calibre 105, 150, 210, pleuvent sur les tranchées et boyaux, faisant de nombreuses victimes, mais chacun demeure à son poste. Les hommes déclarent à leurs officiers : « Nous mourrons tous avec vous ici ». Cette attitude suffit à elle seule à empêcher les Allemands de sortir de leurs boyaux, où ils attendent groupés, la baïonnette haute, que nous évacuions la position.

    A la nuit, le bombardement cesse. L’ennemi n’ose plus contre-attaquer. Le fortin est à nous.

    Dans la nuit, l’infanterie coloniale fut relevée par les troupes de ligne qui occupaient les tranchées d’où était partie notre attaque.

    Depuis le début de l’action, d’émouvantes manifestations de solidarité s’étaient produites entre les marsouins et les fantassins chargés de les soutenir. Lorsque l’infanterie coloniale partit à l’assaut, il avait fallu toute l’autorité des officiers des régiments de ligne pour empêcher leurs hommes, chargés de l’occupation des tranchées, de s’élancer avec leurs camarades. Un jeune soldat, profitant de la nuit, prit les vêtements d’un « colonial » blessé et combattit tout le jour. En revenant grièvement blessé, il déclara qu’ayant eu quatre frères tués, il était content de les avoir vengés.

     

    [Communiqué officiel français du 11 mars 1915]

     

  • 6 commentaires à “Le 25 février 1915 – Le fortin de Beauséjour”

    • vauzelle on 26 octobre 2013

      Bonjour
      J »ai apprécié la lecture de ce récit car la date du 11 mars correspond a la carte postale que mon grand père a envoyé a ma grand-mère en lui disant très certainement pour ne pas l’inquiéter :
      « que tout allait bien »
      Il trouva la mort début avril 1915 à la ferme beau-séjour,sur le document que les archives militaires m’ont envoyé du 53° régiment ,mais je n’ai pas d’autres infos.
      Tout ce que je peux lire parle toujours des régiments coloniaux
      Cordialement
      Roger Vauzelle

    • Amelonde on 1 juin 2014

      Vous pouvez rechercher sur internet (site Mémoire des Hommes) les journaux de marche des régiments, en général assez détaillés sur les opérations par date.
      Bonne chance

    • hemmer on 7 novembre 2015

      Un grand oncle, le sergent Henri Waultier de la 19e cie est mort de ses blessures à la ferme de Beauséjour le 28 02 1915. Je recherche le lieu de sa sépulture…D’avance merci à qui pourra me renseigner. J’ai bien retrouvé dans Gallica l’Histoire du 284e RI et son nom figure bien parmi les sous-officiers morts au champ d’honneur.

      • hania on 13 novembre 2018

        Bonjour , j’ai également fait des recherches pour retrouver la sépulture de mon arrière grand père, sergent dans le 127 ème infanterie, mort le 2 mars 1915 à la ferme de Beauséjour. Votre post date de quelques années, je partage mes recherches au cas où: de nombreux soldats reposent dans les ossuaires du cimetière de Pont de Marson. http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/le-pont-du-marson . Cordialement, Hania

    • LAMY on 22 janvier 2018

      Bonjour, J’ai beaucoup apprécié également. En faisant un peu de tri dans les archives familiales, j’ai découvert un document de la mairie de Lyon à mes arrières grand parents, indiquant la « disparition » de leur fils, le 24 février 1915 à Beauséjour. (22ème bataillon infanterie coloniale)
      En fait il fut retrouvé blessé (baïonnette éclats d’obus…) et vécu 83 ans

    • Vauzelle on 11 novembre 2018

      Merci à ceux qui ont répondu à mon message j’avance doucement dans mes recherches car il semble que les combats au fortin ou ferme beausejour se soient « termines » le 25 février 1915 alors que mon grand père est décédé le 11 avril 1915 .
      Bien à vous
      Roger vauzelle

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