• 16 février 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 14 février 1668 - La prise de Dole dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-prise-de-dole-150x150

     

    La prise de Dole

    D’après « Recherches historique sur la ville de Dôle »- Pierre-Nicolas-Casimir de Persan – 1812

     

    Philippe IV étant mort en 1665, eut pour successeur son fils Charles II, qui fut le dernier prince de la maison d’Autriche qui ait régné en Espagne. Louis XIV, époux de Marie-Thérèse, sœur aînée de Charles, réclama une partie des Pays-Bas et le comté de Bourgogne comme devant appartenir à la reine, regardant comme nulle la renonciation que l’on avait exigée d’elle lors du traité des Pyrénées, où son mariage avait été conclu.

    Le conseil d’Espagne n’ayant pas eu égard à ces réclamations, Louis se disposa à faire valoir ses droits par les armes.

    Le marquis de Castel-Rodrigo, gouverneur des Pays-Bas et du comté de Bourgogne, était mécontent du parlement, qui, surtout depuis le dernier siège de Dole, s’était arrogé toute l’autorité en Franche-Comté, et paraissait aussi méconnaître la sienne.

    Voyant cette dernière province menacée, sans défense et éloignée de tout secours, le marquis fit nommer par l’Espagne un conseil particulier, à qui on donna le pouvoir de faire tout ce qu’il jugerait convenable pour la conservation du comté, et d’engager même pour cela les domaines que le roi d’Espagne y possédait. Le parlement qui, en pareille occasion, avait toujours été chargé des affaires que la cour d’Espagne attribuait à ce nouveau tribunal, s’éleva contre son institution comme lui étant injurieuse. Il fut secondé dans son opposition par les Comtois, qui étaient accoutumés à son autorité, et qui craignaient que l’établissement du nouveau conseil ne causât quelque division intestine nuisible à l’intérêt public.

    Le marquis d’Yenne lui-même, gouverneur de la province, et nommé président de ce conseil, ne se prêta point aux vues du marquis de Castel-Rodrigo ; ainsi cet établissement ne fut point durable, et ne produisit aucun effet.

    Louis XIV, qui, dans cet intervalle s’était rendu maître d’une grande partie de la Flandres, où il était entré en 1667, ne trouvant pas, malgré ces conquêtes, l’Espagne disposée à accepter les conditions qu’il lui offrait, voulut l’obliger à y souscrire en s’emparant du comté de Bourgogne, qui, se reposant sur la foi d’un traité de neutralité conclu en 1644, pour un temps indéfini, avait négligé de fortifier ou de réparer ses places, et de se mettre par là en état de défense. Ce prince, bien instruit de l’état de la province, ainsi que des griefs du parlement, craignant cependant les secours qu’on pouvait envoyer d’Allemagne ou d’Italie, couvrit son dessein du plus grand secret, et il se décida à l’exécuter pendant l’hiver, ordinairement rigoureux en Franche-Comté , où les neiges abondantes interceptent  presqu’entièrement la communication avec la Suisse.

    Louis envoya le prince de Condé dans son gouvernement du duché de Bourgogne sous plusieurs prétextes, le chargeant de s’informer, le plus secrètement possible , des forces du comté, de l’état de ses places, et d’en rendre un compte exact au commencement de janvier 1668, afin de ne pas exposer la gloire du roi, qui se proposait de faire cette conquête en personne.

    Le prince de Condé apprit que les milices du comté n’étaient point assemblées, qu’il n’y avait que de faibles garnisons dans les places fortes, et que leurs fortifications étaient en assez mauvais état ; que l’on avait fait revêtir trois demi-lunes à Dole, mais que cette maçonnerie était déjà éboulée en grande partie ; et que la sécurité qui régnait dans cette province était entretenue par la négociation ouverte avec Molier, résident du roi en Suisse, pour fixer un terme certain à la neutralité.

    L’envoyé français, qui avait ses instructions particulières à cet égard, différant de conclure sous divers prétextes, le parlement s’adressa au prince de Condé, qui ayant ordre d’écouter les propositions de cette cour, et de « l’endormir s’il était possible, dit Pelisson, par une longue négociation », y réussit, parce que cette compagnie se confia un peu trop en lui. De sorte que tout était prêt pour attaquer la Franche-Comté, avant que ses habitants, ainsi que les Suisses, l’eussent prévu, et eussent pris aucune précaution.

    Les mesures employées par le prince de Condé avaient eu tout le succès possible. L’artillerie fut envoyée dans plusieurs villes de Bourgogne sous différentes raisons plus ou moins spécieuses. Les munitions étaient arrivées emballées comme des marchandises. Les troupes s’y étaient rendues comme faisant route pour la Lorraine et la Catalogne.

    Par ces moyens, M. le prince ayant rassemblé dix-neuf mille hommes des meilleures troupes du royaume, et une bonne artillerie, entra dans le comté de Bourgogne le 4 février. Et après s’être emparé de Rochefort, près Dole, de Pesmes et de Marnay, il se présenta le 6 devant Besançon, dont les portes lui furent ouvertes le lendemain. Salins avait aussi été investi le 6 par le duc de Luxembourg, qui en prit possession le 7, quoique le baron de Chevroz, qui commandait dans les forts, eût pu tenir quelques jours.

    Quelque secret que l’on eût apporté aux préparatifs de cette expédition, on avait eu quelques soupçons, qu’avaient fortifiés les difficultés toujours nouvelles que le prince de Condé apportait dans la négociation pour la neutralité.

    Le parlement était enfin sorti de sa confiance léthargique, et avait mandé les milices et l’arrière-ban pour le 10 février. Il dut être bien surpris lorsqu’on introduisit à Dole, le 5 de ce mois, un trompette envoyé par M. le Prince, et chargé de ses lettres, par lesquelles il annonçait à cette compagnie, que le roi ayant appris qu’elle n’avait aucun pouvoir du roi d’Espagne pour traiter de la neutralité, et qu’elle n’offrait que dans trois mois la ratification du gouverneur des Pays-Bas ; que les Espagnols projetaient de faire entrer une armée en Bourgogne par la Franche-Comté ; que voyant que l’on cherchait à gagner du temps, et ne voulant pas se laisser prévenir, il lui avait commandé d’entrer dans leur pays, où S. M. serait bientôt en personne pour faire valoir les droits qu’il y avait du chef de la reine.

    Louis XIV ne tarda pas à paraître. Parti de Saint-Germain le 2 février, faisant son voyage à cheval, assez peu accompagné et par des chemins peu fréquentés, il était arrivé à Dijon en cinq jours et demi. Informé de la prompte reddition de Besançon et de Salins, il apprit aussi que Dole et Gray étaient mal fournis d’hommes et de munitions, ce qui le détermina à les assiéger, afin de se rendre par là, maître de la province.

    Après avoir ordonné au duc de Roquelaure d’investir Dole du côté de Montroland, et aux troupes qui étaient à Rochefort de passer la rivière, pour la cerner du côté opposé, le roi arriva lui-même devant cette ville le 10 février. Il commanda aussitôt au duc de Roannès de faire établir les troupes dans les quartiers qu’il avait désignés, et fit le tour de la place pour la reconnaître.

    Pendant qu’il observait les endroits propres à ouvrir la tranchée, suivi d’un petit nombre de personnes, un boulet passant fort près de S. M., porta de la terre sur le duc de Montausier, qui marchait derrière elle.

    Le souvenir du siège de 1656, où près de trente mille français s’étaient vus forcés de se retirer honteusement après trois mois de séjour devant cette place, avait persuadé au parlement qu’elle ne serait point attaquée pendant l’hiver. Aussi ce qui dépendait de ses soins et de sa prévoyance n’était point prêt, ou ne l’était qu’en partie. Il y avait peu de munitions, trois cents hommes de milice seulement, et environ douze cents bourgeois en état de porter les armes.

    Au premier bruit de l’entrée des Français, le marquis d’Yenne se rendit à Dole, moins pour y laisser de bons ordres, que pour reprocher au parlement sa confiance imprudente et sa négligence. Ne faisant que passer ensuite dans quelques autres villes, il se retira au château de Joux, apparemment pour attendre le secours des Suisses, l’unique ressource qui restât.

    Le marquis de Meximieux n’écoutant que son zèle, se hâta d’entrer à Dole ; et quoique l’on refusât comme illusoires les secours qu’il se flattait de procurer, il resta dans la place comme simple particulier, pour y servir de sa personne. Le marquis de Saint-Martin, de la maison de la Baume-Montrevel, gouverneur de Dole, était aussi dans les meilleures dispositions ; et oubliant qu’il était né français, il servit fidèlement la nation à laquelle il s’était attaché.

    Cet état de choses ne pouvait que favoriser les desseins du roi, qui, après avoir reconnu la place avec soin, prit son quartier à Foucherans. Il communique au prince de Condé, arrivé le même soir, ses observations sur Dole et sur la meilleure manière de l’attaquer. Il voulut cependant que le prince l’examinât lui-même le lendemain. Ce délai donnait le temps d’arriver à l’infanterie, qui était restée derrière, et qui oublia aisément ses fatigues, en se voyant dans des villages que leurs habitants avaient abandonnés à la hâte, en y laissant toutes leurs provisions.

    Le jour paraissait à peine, lorsque le prince de Condé montant à cheval, suivi d’une partie des officiers généraux, visita les dehors de Dole de si près, que le duc de Roannès eut son cheval blessé d’un coup de mousquet. Le roi sortit aussi dans l’après-midi, et ordonna que l’on rassemblât dans les quartiers toutes les choses nécessaires pour l’attaque. Le soir, dans un nouveau conseil, il fut décidé que l’on hazarderait le logement sur la contrescarpe, sans ouvrir la tranchée dans les formes ordinaires, dont la lenteur ne s’accordait point avec la saison, ni avec les projets du roi, et l’on convint que la principale attaque serait dirigée contre la courtine qui était entre le bastion d’Arans et celui de Montroland.

    On devait se porter en même temps sur trois endroits :
    - les gardes françaises, commandées par le duc de Roquelaure, le plus ancien des cinq lieutenants généraux qui se trouvaient au siège, choisirent la gauche, vis-à-vis le bastion de Montroland ;
    - les régiments de St.-Vallier et de la Ferté, ayant à leur tête M. de Gadagne, second lieutenant général, eurent la droite ;
    - et le régiment de Lyonnois, commandé par M. de Chamilly, maréchal de camp, fut désigné pour le centre, vis-à-vis la pointe d’une demi-lune élevée entre les deux bastions.

    Mille travailleurs furent destinés à faire les lignes de communication et la tranchée en arrière des troupes, dans le temps même où elles attaqueraient.

    Les volontaires qui avaient suivi Louis XIV dans cette expédition, attendaient avec impatience le moment d’agir ; mais le roi, instruit de leur ardeur, et ne voulant pas que la fleur de sa noblesse s’exposât témérairement, leur fit défendre d’aller sans son ordre à l’attaque ou à la tranchée. Ce prince se ménageait peu lui-même, car il voulut le lendemain visiter le lieu des attaques, dans un endroit où des gardes du corps et des gendarmes venaient d’être tués par le canon et la mousqueterie. M. de Colbert voulant éloigner le danger, s’avança à la tête des mousquetaires sur une hauteur voisine, et garantit le roi, en attirant sur lui-même l’attention des assiégés.

    La nuit arrivant, on disposa tout pour l’attaque. Le roi se place sur une élévation prochaine, et le prince de Condé est partout où il croit sa présence nécessaire. Cinq coups de mousquet sont tirés de suite vers neuf heures du soir, et aussitôt les troupes commandées s’avancent vers les murs.

    L’attaque des gardes, que les autres corps imitèrent, se fit de cette manière. Trente-huit grenadiers marchaient à la tête, commandés par deux sergents. Ils étaient soutenus par quarante fusiliers, ayant avec eux deux officiers et deux sergents ; puis deux cents travailleurs, portant chacun un outil, une barrique ou une fascine, et ayant derrière eux cinquante fusiliers avec un capitaine, trois officiers et trois sergents. Le reste des gardes suivait, avec ordre d’avancer si l’on opposait une grande résistance. Tous les soldats portaient une fascine, qu’ils devaient jeter en arrivant au lieu du combat.

    Les trois attaques réussirent. A celle de St.Vallier, le feu fut d’abord fort vif, mais il cessa aussi le premier. Après un engagement meurtrier, le logement fut fait, mais à deux toises environ de la palissade, que les assiégés n’avaient pas entièrement abandonnée. A l’attaque des gardes, les grenadiers firent fort bien leur devoir, en sorte qu’en peu de temps, ils se rendirent maîtres du chemin couvert. M. de Castellane avait voulu, dans cette occasion, marcher à leur tête, et avait été suivi par le marquis de Puyguillain.

    Ne doutant pas que les soldats comtois ne reviennent au chemin couvert, il propose à Puyguillain de se jeter dedans avec trente soldats : ils y descendent avec Ranes, Lusignan, Maumont et Villeron, officiers aux gardes. Voyant que les assiégés ne paraissent point, ils examinent le fossé autant que le permet une nuit obscure. Ranes tombe dedans, le trouve peu profond et sec, étant taillé dans le roc ; les autres y descendent en roulant après lui, suivis de quelques soldats. Ils en rencontrent un qui répond « Espagne » au « qui vive ? ». Il est arrêté, et l’on apprend de lui qu’il va être suivi de cent autres. La retraite paraissant peu sûre dans cet instant, ils avancent, rencontrent quelques assiégés qu’ils forcent à rétrograder ; alors ils reviennent sur leurs pas, et remontent au chemin couvert.

    L’attaque de Lyonnois passa l’espérance, l’ordre même du prince de Condé : M. de Chamilly, qui la commandait, avait avec lui le chevalier de Chamilly, son frère, et le marquis de Villeroy, mestre de camp de ce régiment. L’ordre ne portait que de se loger sur l’angle de la contrescarpe, vis-à-vis la pointe de la demi-lune. Les Français donnent avec tant de vigueur, qu’ils se rendent maîtres de la contrescarpe et du chemin Couvert. S’apercevant alors qu’un endroit de la demi-lune est éboulé, M. de Villeroy se décide à y monter, suivi de cinq à six officiers d’une partie de son monde. Les assiégés, surpris, sont forcés de se retirer avec perte de quelques soldats et d’un drapeau, et Lyonnois se loge dans la demi-lune.

    Les logements achevés, le prince en rendit compte au roi, qui lui fit l’obligeant reproche de s’être trop exposé. Les Français perdirent environ six cents hommes dans cette action, qui dura huit heures, et qui, dans l’obscurité de la nuit, présentait une image affreuse. Ils n’eurent que peu d’officiers tués, mais beaucoup de blessés. La perte des assiégés fut d’environ cent cinquante hommes.

    Le lendemain coûta encore la vie à plusieurs Français. Les travailleurs n’avaient pu pendant la nuit avancer leurs ouvrages autant qu’on l’avait espéré. En sorte qu’on ne pouvait arriver aux logements qu’à découvert, et par conséquent avec beaucoup de danger. Les soldats qui les occupaient, manquaient cependant d’une partie de ce qui leur était nécessaire pour s’y fortifier.

    Le prince de Condé allant en plein jour visiter le logement des gardes, avec le duc d’Enguien, son fils, au milieu d’une grêle de balles, eut le comte de Ste-Mesme blessé derrière lui ; et presque au même instant, le jeune marquis de Fourilles, officier aux gardes, fut tué dans le logement même.

    Le roi, instruit de ce qui se passait, donna les ordres nécessaires pour achever les lignes de communication, mettre le canon en batterie, et continuer les attaques la nuit suivante. Elles devaient être dirigées par le duc de Roannès, MM. de Pradelle et d’Espense.

    Les habitants de Dole, de leur côté, disposés à se bien défendre, se préparaient à la mort en approchant des sacrements. Les églises étaient remplies de citoyens de tout âge et de tout sexe. La plupart montraient beaucoup de résolution et de courage. Quelques-uns paraissaient accablés de crainte et de tristesse. On attendait de part et d’autre l’instant où on allait en venir aux mains, lorsque les assiégés firent demander une suspension d’armes.

    Il est nécessaire d’instruire le lecteur de ce qui les avait amenés à faire cette démarche si imprévue.

    Dès le premier jour du siège, le roi avait envoyé aux habitants un trompette, chargé de demander l’entrée de leur ville pour une personne de qualité. Ce trompette ayant été introduit les yeux bandés, on lui fit beaucoup de questions sur la personne dont il parlait. Il affecta de ne pas la connaître. Mais les Dolois pensant que ce pouvait être le comte de Chamilly, dont ils avaient à se plaindre au sujet de la neutralité, renvoyèrent le trompette sans lui rien accorder.

    On le vit reparaître le lendemain, sous le prétexte d’un sauf-conduit que la marquise de Varambon, qui était dans Dole, demandait pour se retirer. Il était aussi chargé d’une lettre pour le parlement. Cette lettre, qui avait été ouverte à dessein, fut cependant remise au trompette comme n’ayant pas été lue par ceux à qui elle était adressée ; et l’on ne permit pas à madame de Varambon de faire usage du sauf-conduit.

    Cette manière d’agir annonçait de la part des habitants beaucoup d’éloignement pour une capitulation. Mais l’on pouvait penser que les évènements de la dernière nuit auraient apporté quelque changement à leurs premières dispositions.

    Parmi les seigneurs qui avaient accompagné Louis XIV, se trouvait le comte de Grammont, qui, à la bonne mine joignait un esprit aisé et agréable, et à un caractère franc et ingénu, beaucoup d’adresse et de finesse. Il était bien accueilli du roi, qui l’écoutoit volontiers. S’entretenant avec S. M. du succès des logements et du temps où la place pouvoit se rendre, il offrit au roi de travailler à cette reddition, et ce prince accepta ses offres avec plaisir.

    On regardait la prise de Dole comme certaine. Mais elle pouvait être retardée par une température fâcheuse, par la difficulté d’ouvrir les mines dans le roc. D’ailleurs, on avouait que les assiégés, en fermant seulement leurs portes, pouvaient tenir encore dix à douze jours. Ces obstacles pouvaient nuire à d’autres projets, et faisaient désirer d’en venir à une composition.

    Dans le nombre des prisonniers, était un capitaine du nom de Toulongeon, qui s’était fort distingué dans la dernière affaire : le comte de Grammont l’avait vu, et lui ayant trouvé de l’esprit et de la discrétion, il demanda et obtint du roi de l’envoyer à Dole préparer les voies à la négociation.

    Lui-même se présente aux portes quelques heures après. On le refuse plusieurs fois ; enfin il est introduit par un tambour. On lui envoie dans le logis où il se retire trois conseillers au parlement, puis quelques officiers. Il leur représente alors les droits du roi de France, ses dispositions en leur faveur, les risques qu’ils courent en le bravant inutilement, puisqu’ils peuvent voir ce qu’une seule nuit leur a coûté ; et qu’ils ont assez fait pour l’Espagne, qui prend si peu de soin de les conserver.

    Voyant que ces observations ne les décident point, il leur exagère le plaisir qu’ils font à la ville de Besançon, qui espère que leur résistance excitant la colère du roi, engagera S. M. à les priver de leurs privilèges, et peut-être à leur ôter le parlement , la chambre des comptes et l’université, pour les lui donner. Ces derniers motifs furent déterminants, et ils consentirent aussitôt à demander une suspension d’armes.

    Le comte de Grammont s’en retourne joyeux, emmenant avec lui, pour otage, le greffier en chef du parlement. L’on donna ordre aussitôt aux logements et à la tranchée de cesser leur feu. Ce commandement n’ayant pas été fait aussi promptement par les assiégés, le duc de Roannès et le marquis de Puyguillain, qui s’étaient avancés à découvert, coururent quelque danger.

    La capitulation fut signée le lendemain au matin, portant principalement le maintien de la religion catholique dans toute sa pureté, la confirmation des privilèges de la ville et des différents corps séculiers et réguliers ; que le parlement, la chambre des comptes, l’université, le bailliage, le collège des pensionnaires, etc., ne pourraient jamais en être enlevés, ni les états tenus ailleurs ; que les membres du parlement pourraient une fois disposer de leurs offices à volonté ; que le roi se chargerait des dettes de l’Espagne dans la province, etc., etc.

    Le marquis de St.-Martin ne voulut prendre aucune part à cette convention, ayant aussi refusé, avec civilité, de voir le comte de Grammont pendant son séjour dans la ville. Le marquis de Meximieux, honteux des fautes d’autrui, après avoir crié, prédit, remontré depuis le commencement du siège jusqu’à la fin, et toujours sans être écouté, désira et obtint de n’être pas même nommé dans les articles où l’on demandait pour la noblesse la permission de se retirer.

    Le roi choisit M. de Gadagne pour commander à Dole, et y entra lui-même à cheval sur les quatre heures du soir, au son des cloches seulement, suivi du prince de Condé, du duc d’Enguien et d’un grand nombre de seigneurs. Il descendit à l’église Notre-Dame, où, après avoir rendu grâces à Dieu et assisté au Te Deum, il se rendit à la Sainte -Chapelle, où était le parlement dans ses habits de cérémonie, qui le harangua et lui prêta serment de fidélité.

    On ne pouvait voir, disent les historiens français, en entrant dans cette ville, ses hauts et forts bastions tout entiers, sans admirer la fortune du roi. La tristesse, la consternation même paraissait générale parmi les habitants, qui comparaient sans doute leur état actuel à leur gloire passée. A peine entendait-on quelques cris de vive le roi ! dans un long espace. Encore étaient-ils faibles et languissants, et plutôt commandés que volontaires.

    Les Français trouvèrent dans Dole quarante pièces de canon, et le parlement remit au roi cent mille écus qui avaient été destinés pour obtenir la neutralité ou pour les Suisses. Le comte de Grammont, qui avait si fort contribué à la reddition, fut chargé d’en porter la nouvelle à la reine.

    Le roi retourna coucher à Foucherans, et le lendemain, 15 février, il marcha vers Gray, où commandait le marquis de Lullin.

     

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