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  • 10 février 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le plus fantastique musée du monde dans GUERRE 1939 - 1945 la-madone-de-michel-ange-150x150 le-retable-de-gand-150x150 dans PAGES D'HISTOIRE

     

    D’après « Historia » n° 226 – Septembre 1965

     

    Bien avant la guerre, Hitler avait décidé de faire de Linz, ville où il avait passé une partie de son enfance, la capitale artistique de la nouvelle Europe nationale-socialiste. Pour réaliser ce but, il pilla d’abord systématiquement les grandes collections des israélites amateurs d’art, dépouillés ainsi de leurs trésors, puis il enleva des pays conquis un nombre incalculable de chefs-d’œuvre.

    Pour leur éviter les destructions des bombardements, il les entasse dans des refuges peu accessibles. Mais la défaite arrive… Les auteurs de « Butin de guerre » (Presse de la Cité) nous racontent comment ces milliers de tableaux, de scultures, de meubles, furent sauvés par les Alliés.

     

    Au début de 1944, Hitler avait amassé une telle quantité d’œuvres d’art que les abris du Führerbau de Munich se trouvaient pleins et qu’il fallait diriger les nouvelles acquisitions sur d’autres dépôts. Les plus importants furent le château de Thürntal près de Kremmünster, le monastère de Hohenfurth à la frontière tchècoslovaque, et le château de Neuschwanstein près de Füssen.

    Au Führerbau, les tableaux restaient dans des caisses, entassées sur des bâtis en bois, et, dès l’été de 1941, il devint évident qu’il fallait trouver d’autres locaux. Le château de Thürntal fut choisi le premier, et, pendant plus de deux ans, reçut un flot ininterrompu de trésors artistiques venant de Munich.

    Furent ainsi envoyés par des camions sous escorte militaire, 1732 tableaux, plus des tapisseries et autres objets d’art. Le monastère de Hohenfurth avait servi à loger les tatues de pierre et les ouvrages de ferronnerie, mais le 6 mars 1944, l’architecte nazi Reger, qui dirigeait le bureau central du Führerbau, se vit contraint d’y envoyer 42 tableaux.

    Le château de Neuschwanstein contitua l’entrepôt principal de l’Einsatzstab Rosenberg. Toutes les pièces, sauf les appartements d’apparat, de cet extraordinaire édifice gothique, construit pour le roi fou Louis II de Bavière, s’emplirent de trésors d’art de tout genre, stockés sur des échaffaudages en bois.

    Deux grands coffres contenaient les fabuleuses orfèvreries des Rothschid et le château abritait aussi plus de mille pièces d’argenterie de la collection David-Well. Parmi les milliers de tableaux, le plus remarquable était sans doute  Les Trois Grâces, de Rubens, pris à Maurice de Rothschild.

    En avril 1941, trente camions pleins y arrivèrent et vingt-trois en octobre suivant. Ce furent les deux plus grands envois.

    En 1944, les états tenus au château annonçaient l’énorme total de 21903 collections privées, presque toutes juives. La plus grande partie en fut photographiée ; il y eut plus de 8000 clichés, presque tous montrés à Hitler.

    La dissolution de l’Einsatzstab sur l’ordre de Bormann tarit le flux et Neuschwanstein demeura comme une caverne d’Aladin dont le contenu devait être distribué après la guerre entre les dirigeants nazis, Hitler conservant le premier choix.

    Au printemps de 1944, les bombardements aériens devinrent continus, la R.A.F. opérant pendant la nuit et les forteresses volantes américaines durant la journée. Hitler comprit vite que ses dépôts n’étaient plus à l’abri de leurs atteintes et ordonna d’enfouir les trésors dans des mines profondes, situées dans des régions sans intérêt militaire.

    L’évacuation ne se limita pas aux seules œuvres d’art. Cent tonnes d’or, constituant les réserves bancaires, plus un certain nombre de trésors nationaux, ayant appartenu à l’empereur Frédéric, furent transportés dans la mine de sel de Merkers, à 150 kilomètres de Weimar et enfouis à 700 mètres sous terre.

    Ce fut le premier dépôt important découvert par les armées alliées quand elles envahirent l’Allemagne, et le fait survint tout à fait par hasard.

    Deux policiers militaires américains en patrouille trouvèrent deux Allemandes qui cherchaient une sage-femme. Ils les aidèrent avec courtoisie, et, pour témoigner leur reconnaissance, elles déclrèrent que, croyaient-elles, « quelque chose » était caché dans la mine de Merkers. Un groupe y descendit et découvrit l’or ; ce fut le premier indice que Hitler et les autres dirigeants nazis avaient pu utiliser les mines de sel, cachettes idéales à cause de leur humidité, pour dissimuler les produits de leur pillage en Europe.

    A Munich, Hans Reger avait reçu l’ordre de faire transporter l’énorme collection de Linz dans la mine de sel d’Alt Aussee, choisie par Hitler comme ultime refuge pour elle.

    Entre Münich et Alt Aussee, l’itinéraire suit des routes de montagne, difficiles et tortueuses. Reger, conscient de la très lourde responsabilité que lui imposait la sauvegarde de l’héritage artistique occidental, tint à acompagner personnellement chaque convoi pour s’assurer qu’il arrivait à bon port.

    Ce dut être un véritable cauchemar pour lui. Aucun accident ne se produisit, mais quel soupir de soulagement il dut pousser après chaque arrivée ! Sans doute comprit-il que ces mesures de panique ne faisaient que reculer l’inévitable.

    De mai à octobre 1944, Reger fit partir du Führerbau, 1788 œuvres d’art, dont 1687 tableaux.

    L’année 1945 vit approcher rapidement la défaite. A l’Est, les armées allemandes reculaient devant les Russes. A l’Ouest, l’offensive des Ardennes, n’avait procuré qu’un répit fugitif. En janvier, Hitler, dont la folie ne cessait de croître, désira faire l’inventaire de toutes les œuvres d’art en sa possession.

    Le 26, il fit donner, par Bormann, des instructions à Himmler :

    « Par ordre du Führer, toutes les œuvres d’art, particulièrement les peintures, les objets présentant un intérêt artistique et les armes d’importance historique, confisquées dans la Grande Allemagne et dans les pays occupés, seront signalées aux conseillers en ces domaines qui, en considérant les cas individuels, enverront un rapport par mon intermédiaire pour que le Führer puisse décider de l’usage à faire de ces articles.
    Toutes les unités de S.S. devront respecter strictement cette règle ».

    Ainsi donc, au moment où son rêve de dominer l’Europe s’écroulait, Hitler voulait choisir les grandes œuvres qui entreraient dans les musées de Linz, désormais irréalisables, pour glorifier sa mémoire qui sombrait dans la défaire, geste comparable à celui de Néron jouant de la lyre pendant l’incendie de Rome !

    Reger devait donc dresser un invenaire détaillé de toutes les œuvres d’art demeurées dans les caves du Führerbau, après en avoir envoyé pendant des mois à Alt Aussee. il commença cette énorme tâche le 1er février, alors que d’autres peintures et sculptures continuaient à arriver pour Linz. Pour pouvoir la mener à bien, il décida de renoncer à tout nouvel envoi.

    D’ailleurs, il savait bien que le chaos régnait à Alt Aussee, le Dr Reimer, son adjoint, n’ayant pas été capable de se tenir à jour avec tout ce qui lui parvenait. Le célèbre esprit d’organisation des Allemands les abandonnait à l’heure de la défaite.

    Le sort de Munich se trouva scellé au début d’avril, les Américains ne rencontrant plus qu’une résistance sporadique en Allemagne du Sud. Le 13, par un acte désespéré, Reger fit encore partir 137 tableaux pour Alt Aussee ; ce devait être le seul envoi de 1945. Cette fois, accablé de besogne, il ne les accompagna pas.

    Tous les articles de la collection de Linz ne furent pas logés à Alt Aussee, quoique ce fût, de loin, le dépôt final le plus important. L’espace étant devenu rare, même à Alt Aussee, seuls les articles les plus précieux furent stockés dans la mine, les autres allant au château de Thürntal, au monastère de Hohenfurth, au château de Weesenstein.

    L’ordre d’enfouir les trésors artistiques ne se limita pas aux seuls articles de Linz. Les musées allemands le reçurent également. A la mine de sel de Heilbronn furent ainsi logés : 830 tableaux, 147 sculptures, 295 antiquités, 4610 caisses de livres, provenant des musées de Karlsruhe, Mannheim et Stuttgart qui avaient tous fortement souffert des bombardements.

    Dans les mines de Kochendorf trouvèrent place 534 tableaux, 52 sculptures, 1092 antiquités, 6300 caisses de livres, venus des musées de Stuttgart, Cologne et Heidelberg. Dans celle de Laufen, près de Bad Ischl, les autorités viennoises logèrent les trésors de la ville impériale : de nombreuses tapisseries et 1408 tableaux comprenant des œuvres de Rembrandt, Le Titien, Brueghel et Dürer.

    Les bombardements détruisirent malheureusement beaucoup de chefs-d’œuvre. Sans l’utilisation des mines de sel, le total des pertes eût été considérablement plus élevé. Si Hitler avait été aussi indifférent au sort des œuvres d’art qu’à celui du peuple allemand, l’histoire eût été bien différente, mais il s’accrocha à ses rêves de Linz jusqu’à la dernière extrémité et se préoccupa de leur sécurité.

    Des problèmes difficiles et délicats se posèrent aux chefs militaires alliés quand leurs armées avancèrent vers Berlin. Ils venaient en libérateurs de l’Europe, mais devaient s’assurer la bonne volonté et la collaboration des pays occupés pour la dure période qui suivrait la fin des hostilités.

    Après les humiliations subies sous la botte allemande, ceux-ci avaient besoin de se réaffirmer et leur orgueil national était à vif. Le vol brutal de leurs trésors artistiques par les nazis faisait particulièrement saigner cet orgueil. Le général Eisenhower et ses subordonnés comprenaient bien la nécessité de les leur restituer au plus vite, sans marquer la moindre hésitation. Mais où se trouvaient les grandes œuvres d’art ? Des rumeurs couraient, on ne savait rien de précis. Le problème était de les découvrir avec toute la rapidité humainement possible.

    La mine d’Alt Aussee était très difficile d’accès pour des camions, mais constituait une cachette idéale. Elle se trouvait à l’écart, dans une région à population clairsemée. La température restait constamment comprise entre 4°C et 8°C, et le taux d’humidité aux environs de 60%, conditions capitales pour assurer une bonne conservation notamment des toiles de vieux maîtres. L’humidité régnait surtout dans les galeris, pas dans les chambres elles-mêmes. Seules les armures durent être protégées par une couche de graisse contre l’oxydation.

    Ce furent les autorités viennoises qui avaient découvert les qualités exceptionnelles de la mine comme lieu de stockage et elles l’utilisèrent dès 1942. Des panneaux démontés de la « Millionen Zimmer » et du Cabinet chinois du château de Schönbrunn furent parmi les premiers objets à y prendre place.

    Quand les bombardements alliés s’intensifièrent, Hitler comprit à son tour les possibilités que présentait la mine. D’autre part, celle-ci se trouvait tout près de Berchtesgaden et il lui serait agréable de savoir son butin si proche de lui.

    En 1943, il donna l’ordre d’aménager Alt Aussee pour devenir le dépôt principal des articles de Linz dès que les circonstances l’exigeraient, ce qui devint le cas en 1944.

    La mine consistait en une série de chambres, dont certaines extrêmement spacieuses, reliées par un réseau de galeries. Un petit chemin de fer y était installé, ce dont les nazis furent ravis, car la circulation dans les galeries à plafond surbaissé ne laissait pas d’être très fatigante.

    La transformation fut très bien organisée. On construisit des rangées d’étagères dans les chambres en les divisant en sections pour retrouver facilement les œuvres d’art. Chacune de celles-ci recevait un numéro à son entrée dans la mine et sa description était notée dans un certain nombre de gros registres.

    Au début, tout alla bien sous la direction du Dr Reimer, mais le personnel était beaucoup trop peu nombreux pour la besogne qu’il allait avoir à remplir. Dans la panique des derniers mois, le flot arrivant du Führerbau et des autres dépôts finit par déborder l’organisation.

    Les œuvres d’art ne reçurent plus de numéro à leur arrivée, on les empila au hasard dans les chambres qui devinrent d’énormes bric-à-brac, dont personne ne connaissait plus les détails du contenu. La demi-obscurité empêchait, de plus, d’apprécier la fabuleuse valeur de ce trésor en désordre.

    A mesure que les camions déversèrent leur chargement, la masse atteignit des proportions fantastiques et la plus grande partie était réservée pour Linz.

    Sur environ 10000 tableaux que finit par abriter la mine, 6755 appartenaient à Hitler qui devait y choisir la collection du Führermuseum. Sur ces 6755, 5350 étaient des œuvres de maîtres dont la valeur totale, au cours d’aujourd’hui, dépasserait le budget de bien des nations actuelles.

    En plus des tableaux, il y avait 230 dessins et aquarelles, 1039 estampes, 95 tapisseries, 68 pièces de sculptures, 32 caisses de monnaies et une bibliothèque numismatique, 128 armes ou armures, 79 paniers et 43 caisses remplis d’objets d’art, 237 caisses de livres, et les archives théâtrales Gordon Craig, saisies en France.

    Tous ces articles étaient spécifiquement réservés pour Linz, mais Hitler en avait fait abriter bien d’autres à Alt Aussee. Les chambres souterraines contenaient : 209 tableaux et 6 tapis destinés à son château de Posen ; 534 tapis, 9 tapisseries, 16 statues, 11 tapis, 7 cartons d’estampes et 16 caisses d’objets d’art qui devaient former sa collection personnelle à Berchtesgaden ; 119 caisses bourrées de livres de sa bibliothèque privée de Berlin, ainsi qu’un grand nombre de rapports, de documents et de papiers personnels.

    Alt Aussee abritait aussi quelques-uns des plus grands chefs-d’œuvre du monde, objet de la vénération nationale dans leurs pays d’origine. Etant donné leur importance, Hitler avait laissé dans l’équivoque la question de leur propriété. Il les avait pris pour les mettre à l’abri des bombardements, mais les aurait-il restitués, s’il avait gagné la guerre, c’est pour le moins problématique.

    Ils comprenaient le célèbre retable de Gand, l’Adoration de l’Agneau mystique peint par Hubert et Jan van Eyck en 1432, qui constitue indiscutablement la plus grande œuvre d’art de la Belgique. Il restait pratiquement indemne, bien qu’il eût été manipulé sans ménagements et transporté dans un camion sous une simple bâche.

    S’y trouvait aussi le retable de Louvain, par Dirk Bouts et la Madone en marbre de Notre-Dame de Bruges, chef-d’œuvre de Michel-Ange, une de ses premières pièces maîtresses, car il la sculpta à 26 ans, en 1501. En septembre 1944, les nazis l’enlevèrent de l’église où elle était restée depuis le XVIe siècle, sous prétexte que les barbares alliés approchaient de la ville.

    La diversité des œuvres d’art n’était pas moins étonnante que leur quantité. Il y avait un ancien sarcophage grec, chef-d’œuvre de sculpture, pillé à Salonique ; des peintures de Rembrandt et d’autres grands maîtres hollandais, des toiles ayant fait partie des collections de Rothschild, Gutmann, Mannheimer, fameuses dans toute l’Europe.

    A côté de sculptures, marbres, meubles, tapisseries, porcelaines, estampes, il y avait le célèbre Portrait de l’artiste dans son atelier, de Vermeer, qui avait appartenu au comte Czernin ; la collection du musée de Naples, comprenant des œuvres de Titien, de Raphaël, de Brueghel, de Lippi, de Palma Vecchio et du Lorrain qui avait été envoyée à Monte Cassino et pillée lors de son transfert au Vatican ; des tableaux volés à de nombreuses collections privées, avec des toiles de Rubens, du Titien, de Reynolds, de Franz Hals, et de bien d’autres, trop nombreux pour être cités.

    Les musées de Linz devaient être remplis en puisant dans cette énorme accumulation de trésors, mais il eût fallu, pour cela, qu’ils sortissent du stade de la planche à dessin et, quand la mine d’Alt Aussee commença à s’emplir, ce rêve hitlérien s’était transformé comme beaucoup d’autres, en fumée.

    Les autorités militaires alliées avaient pleine conscience de l’importance que revêtait la restitution des œuvres d’art pillées. C’était très lourde responsabilité et la réprobation eût été grande si elles n’avaient pas réussi à retrouver, par exemple, le retable de Gand, orgueil de la Belgique. Or, il restait possible de voir certains nazis perpétrer quelque acte de vandalisme suprême, comme un défi au monde qui venait de les écraser.

    Des renseignements furent obtenus pendant l’avance des armées mais pas en ordre suffisant pour permettre de se former une idée bien nette des endroits où se trouvait le gros du butin allemand. Un des pièces du puzzle se nommait Alt Aussee.

    Pour y parvenir, le quartier général des forces alliées constitua une section particulière, baptisée M.F.A. & A. (Monuments, Beaux-Arts et Archives), avec des officiers ayant servi dans des musées en temps de paix, ou possédant de grandes connaissances dans le domaine des arts. Ils s’agirent à la manière des détectives, suivant chaque piste qui pouvait conduire à une cache.

    Il fallait faire très vite, non seulement pour empêcher une destruction par les nazis, mais aussi pour prévenir une saisie par les Russes qui avançaient rapidement.

    Les hommes de la M.F.A. & A. se fixèrent le retable de Gand comme premier objectif. Une importance suprême s’attachait à sa découverte. Les nazis ne l’avaient emporté qu’en septembre précédent, la trace demeurait donc suffisamment chaude. Il était si connu et apprécié que quelqu’un devait savoir où il se trouvait, et, plus que probablement, beaucoup d’œuvres d’art seraient dénichées en même temps.

    Les enquêtes donnèrent des résultats déconcertants. Une dizaine d’endroits différents furent indiqués : ce n’étaient que des on-dit, sans la moindre parcelle de preuve.

    Ce fut un marchand de tableaux de Luxembourg qui fournit la première indication sérieuse ; il avait entendu dire, déclara-t-il au capitaine Robert Posey, de la M.F.A. & A., qu’une mine de sel servait de dépôt, mais il ne pouvait en préciser l’emplacement.

    Cela ne conduisait pas très loin mais, peu après, le capitaine Posey interrogea à Trèves, un jeune étudiant en art qui avait passé la plus grande partie de la guerre en France.

    Il était d’âge si tendre et d’apparence si peu imposante, qu’on refusa de la croire quand il prétendit avoir été dans la confidence de Goering et d’autres dirigeants nazis au sujet de leurs collections. Mais il affirma péremptoirement que le retable de Gand se trouvait dans une mine de sel, située près du village autrichien d’Alt Aussee.

    Le chef-d’œuvre des Van Eyck devait bien être quelque part s’il n’avait pas été détruit, et toutes les autres pistes avaient échoué. S’il s’agissait d’Alt Aussee, tout dépendait de la rapidité avec laquelle avancerait la 3e armée américaine pour parvenir dans cette région montagneuse. On consulta hâtivement des cartes, on calcula et recalcula les distances auxquelles Russes et Américains se trouvaient d’Alt Aussee. La marge n’était pas considérable, mais les Soviétiques ne devaient pas se hâter s’ils ignoraient l’existence des trésors, car le secteur ne présentait aucun intérêt stratégique.

    Le capitaine Posey et ses collègues de la M.F.A. & A. bâtirent tous leurs espoirs sur cette supposition.

    D’autres, cependant, manifestaient aussi de l’intérêt à Alt Aussee. Le gauleiter Eigruber commandait dans cette région et, au début d’avril, il reçut une lettre aux termes ambigus de Martin Bormann qui lui transmettait des instructions solennelles du Führer et lui fixait deux missions capitales qu’il devait exécuter à la lettre : d’abord empêcher, à n’importe quel prix, que les trésors de la mine de sel ne tombassent aux mains des Alliés ; ensuite faire en sorte qu’ils ne souffrissent pas le plus léger dommage.

    Ces conditions se contredisaient. La Wehrmacht ayant perdu sa cohésion, Eigruber ne pouvait que faire sauter la mine ou laisser les Alliés s’en emparer. N’étant pas un magicien, il ne pouvait faire se volatiliser des milliers d’œuvres d’art. Il lut et relut la lettre pour essayer de comprendre ce que désirait vraiment le Führer, occupation à laquelle se livrèrent bien des dirigeants nazis en cette ultime période de la guerre. Voulait-il qu’on fit sauter ces trésors, seul moyen d’empêcher leur saisie par l’ennemi ?

    Comme les autres nazis de sa trempe, c’était avant tout un homme d’action. Il décida d’agir, mais avec prudence pour pouvoir battre en arrière, s’il venait à soupçonner qu’il se trompait.

    Le 10 avril, un certain Glinz, inspecteur du haut Danube, arriva à Alt Aussee avec un camion qui transportait trois grandes caisses. Elles portaient l’inscription : Marmor – Nicht stürzen (Marbres – à manipuler avec précaution). En fait, chacune contenait une bombe de 50 kilos.

    Les 13 et 30 avril, Glinz amena d’autres caisses, huit au total. Il devait les déposer en des points stratégiques dans les galeries, après avoir montré les ordres du gauleiter. « L’explosion, estimait-il, détruirait ou endommagerait très gravement les diverses chambres, et mettrait hors de service les pompes qui contrôlaient les infiltrations d’eau ».

    Les œuvres d’art non détruites seraient noyées et radicalement ruinées. « Pour parvenir aux chambres, pensait-il, il faudrait creuser pendant plusieurs semaines ».

    Glinz, se conformant aux instructions d’Eigruber, laissa les bombes à l’entrée de la mine, prêtes à être transportées rapidement aux emplacements prévus. Ignorant toujours ce que le Führer voulait au juste, le gauleiter entendait ne provoquer l’irréparable qu’à la toute dernière seconde.

    D’autres visiteurs se présentèrent à Alt Aussee dans l’après-midi du 30 avril : le Dr Ruprecht, chargé de la collection d’armures, le Dr Schedelmann, antiquaire de l’Elisabethstrasse, à Vienne, et leur chauffeur, Karl Kluge.

    Ruprecht, au demeurant morphinomane, montra des papiers signés par von Hummel, secrétaire particulier de Bormann. Puis, déclarant agir sur les ordres de ce dernier, réclama la boîte de pièces d’or récemment arrivée de Hohenfurth.

    On mit assez longtemps à sortir cette boîte de la mine tandis que Ruprecht piaffait d’impatience. Elle parut finalement ; longue de quatre pieds, pesant près d’un quintal, elle contenait 2200 pièces d’or, une véritable fortune !

    Ruprecht signa un reçu, la boîte fut chargée sur le camion, et les trois hommes repartirent avec elle.

    Au village voisin de Bad Aussee, ils la transférèrent dans une conduite intérieure rapide et se lancèrent à toute vitesse vers Berchtesgaden où ils parvinrent dans la soirée. Von Hummel vint les accueillir et Ruprecht lui remit la boîte. Le lendemain, Kluge reconduisit ses deux compagnons chez eux.

    On n’a jamais su ce qu’il advint de ces pièces d’or. Peut-être furent-elles immergées dans le Toplitzsee, lac des Alpes styriennes où, dit-on, gisent de nombreux trésors nazis, mais, est-il besoin de le signaler, elles constituaient une ressource idéale pour un homme qui aurait décidé de disparaître de l’Allemagne et de réapparaître en quelque autre endroit du monde sous une autre identité, après avoir dû acheter bien des complaisances. La disparition de Martin Bormann est demeurée un mystère. Echappa-t-il au sort de son maître pour s’évanouir totalement ?

    Karl Sieber était un petit homme, d’apparence presque insignifiante. Calme, timide, il préférait passer partout inaperçu, mais il ne manquait pas de caractère. Il ne se prosternait devant personne, ne s’en laissait pas imposer, et possédait beaucoup de courage. Il avait la dignité naturelle de ceux qui aiment leur métier et désirent être laissés en paix pendant qu’ils le font. Si les trésors enfouis à Alt Ausse ne sautèrent pas, dans un acte de vandalisme insensé qui eût appauvri l’humanité, ce fut à cet homme effacé, plus qu’à tout autre qu’on le dut.

    De son métier, il était restaurateur d’œuvres d’art. Avant la guerre, il travaillait à Berlin, vendant à l’occasion un tableau pour arrondir son revenu.

    C’était un ouvrier très habile, d’une honnêteté scrupuleuse qui le faisait respecter par certains et considérer comme un benêt par d’autres. Son travail l’absorbait au point de lui cacher les transformations catastrophiques qui s’effectuaient sous son nez.

    Il ne s’intéressa guère à Hitler et à son mouvement, parce qu’il n’en avait pas le temps. Au début des années trente, un antiquaire juif, pour lequel il opérait, lui conseilla d’entrer au parti, n’ayant pas la prescience des malheurs qui allaient fondre sur sa race. Sieber accepta avec indifférence.

    Il ne manqua pas de besogne à partir du moment où les œuvres d’art de l’Europe affluèrent à Berlin, fort souvent abîmées en cours de voyage. En 1943, sa vie changea brusquement : il fut envoyé à Alt Aussee quand les Allemands prirent la mine à leur compte.

    Le retable de Gand y arriva en septembre 1944 ; le grand panneau représentant saint Jean s’était fendu sur toute sa longueur. Sieber y travailla patiemment pendant des mois pour réaliser une « réparation invisible ». Il menait une existence de taupe, sous terre, reconnaissant cependant envers le sort qui l’avait conservé dans son métier.

    A la mine, il portait un uniforme trop large pour lui qui lui donnait un aspect quelque peu ridicule : un pantalon blanc bouffant, un veston également blanc, avec un large col ouvert, deux rangées de boutons noirs sur le devant et d’autres sur les manches, des poignets aux coudes, une martingale, enfin un bonnet noir.

    Le blanc avait été choisi parce qu’il était plus visible dans la demi-obscurité, mais l’ensemble donnait à Sieber l’apparence d’un nain de Walt Disney.

    Les mineurs, qui exploitaient auparavant le sel, étaient également de petite taille. Ils aimaient Sieber à cause de son calme, de sa réserve, alors que les autres Allemands se comportaient en Autriche comme dans un pays occupé. Sieber partageait sa vie entre la mine et une petite maison voisine où logeaient sa femme et sa petite fille.

    A la fin d’avril 1945, les membres locaux de la Résistance autrichienne eurent toute raison de penser que les nazis s’apprêtaient à faire sauter la mine. Les allées et venues de l’inspecteur Glinz n’étaient pas restées inaperçues.

    Les résistants écartèrent l’idée d’un combat normal, les gardiens pouvant les contenir assez longtemps pour accomplir leur œuvre. Il n’existait qu’une alternative, pénétrer dans la mine sans éveiller les soupçons ; mais comment y parvenir ? Ils décidèrent de recourir à une action désespérée : prendre contact avec le petit homme qui ressemblait si peu à ses compatriotes et s’assurer son concours, en priant pour qu’il n’alertât pas ses supérieurs nazis.

    Ils allèrent le voir chez lui et comprirent aussitôt qu’ils n’avaient rien à craindre. Quand ils lui firent part de leurs soupçons, la première réaction de Sieber fut un mouvement d’horreur à la pensée que toute cette beauté, créée à travers les siècles, pourrait être brutalement anéantie.

    Il accepta aussitôt de les aider. Toute autre attitude eût constitué une négation de sa vie entière.

    Ignorant qu’il risquait sa tête, Sieber discuta plusieurs plans avec les résistants et ils en adoptèrent un assez osé mais exécutable : faire sauter eux-mêmes certaines parties de la mine pur empêcher les nazis de parvenir aux chambres de dépôt. Etant donné la rapidité de l’avance des alliés, ils estimèrent qu’un délai d’une semaine suffisait.

    Au bout de deux ans, Sieber connaissait parfaitement le réseau des galeries. Il dressa un plan, indiquant l’emplacement de chaque chambre : la Kaiser Josef où se trouvait la grande Madone en marbre de Michel-Ange parmi d’autres trésors ; le Minéral Kabinett, dont la pièce principale était le retable de Gand ; le Springwerke, contenant plus de deux mille tableaux, entassés entre les montants contre les murs et au centre ; la Kapelle, abritant les armures d’Espagne qui avaient constitué la magnifique collection Konopischt de l’archiduc Ferdinand ; celle où les mineurs avaient élevé un autel à la mémoire du Dr Dolfus, leur héros national ; et la Kammergrafen, la plus grande de toutes et la plus lointaine, avec plusieurs galeries à divers niveaux, emplies jusqu’au plafond de toiles, de sculptures, de tapisseries, de tapis, de livres rares et de meubles.

    Sachant la Kammergrafen la moins exposée à des inondations ou à des éboulements accidentels, Hitler avait ordonné de la réserver aux articles de Linz. Rien n’y entrait que ce qu’il destinait à ses futurs musées.

    Sieber dressa aussi le plan des galeries où courait un chemin de fer à voie étroite avec un tracteur à essence et des wagons ouverts, en bois, longs de cinq pieds, larges de deux, pouvant transporter deux hommes. En certains points, ces galeries étaient extrêmement resserrées et basses. Sieber marqua la place des portes en fer donnant accès aux chambres.

    Les Autrichiens étudièrent attentivement ces plans. Ils marquèrent les points où de petites charges de dynamite pouvaient efficacement barrer l’accès aux chambres sans endommager celles-ci.

    Un seul homme pouvait entrer dans la mine et y agir sans soulever de suspicion : Sieber lui-même. On lui procura la dynamite, les fusées, les détonateurs et on lui expliqua ce qu’il aurait à faire. Il s’acquitta parfaitement de sa besogne, sans être pris, ni même suspecté de sabotage. Depuis longtemps on le considérait comme incapable de faire du mal même à une mouche.

    Les dommages furent annoncés au gauleiter Eigruber, toujours torturé par l’indécision, tenté de terminer la guerre et ses années de pouvoir par une énorme explosion. Sa rage fut telle qu’il ordonna d’arrêter tous les suspects et de les fusiller sans se préoccuper de savoir s’ils étaient vraiment coupables. Mais cette décision vint trop tard, il ne put assouvir cette ultime vengeance.

    La 3e Armée américaine, alertée sur l’importance capitale de l’objectif, fonçait à toute allure sur Alt Aussee avec des unités distraites de la mission principale qui consistait à battre l’ennemi alors en pleine décomposition. Les soldats traversèrent Bad Ischl à la course, sans même s’arrêter pour faire prisonniers les Allemands de plus en plus nombreux qui se présentaient les bras en l’air.

    Un dernier obstacle subsistait au village d’Alt Aussee : les SS. Mais l’oisiveté avait amolli ceux-ci. En apercevant les Américains, ils estimèrent plus sage de lever également les bras. La mine n’était qu’à un kilomètre et demi. Les premiers hommes qui l’atteignirent appartenaient à la 80e Division d’infanterie. Ils mirent en place un cordon de sécurité et attendirent les représentants de la M.F.A. & A.

    Le capitaine Posey, accompagné comme toujours du soldat Lincoln Kirsten, fu bientôt là. Tous deux, s’éclairant avec des lampes à acétylène s’engagèrent dans la mine, mais furent assez vite arrêtés par des éboulis de roches, œuvre de Sieber.

    Le déblaiement semblait devoir réclamer des semaines, mais les Américains, aidés par des mineurs autrichiens, travaillèrent avec tant d’ardeur qu’ils ouvrirent un passage en 24 heures. Posey et Kirstein s’y glissèrent, parvinrent à ouvrir la porte de fer, et pénétrèrent dans la première chambre. Levant leurs lampes pour mieux voir, ils contemplèrent le spectacle avec stupéfaction.

    Aussi loin que portait leur vue, ils apercevaient des œuvres d’art empilées, en apparence négligées, rien que dans cette chambre il y avait plus que le contenu de plusieurs musées. Et ce n’était qu’un début ! Les autres chambres contenaient des trésors au moins aussi immenses. Les pillages de Hitler dépassaient tout ce que les Alliés avaient pu imaginer !

    Ils avaient alors découvert les registres d’entrée et appris que la mine constituait le principal dépôt des nazis. D’autres membres de la M.F.A. & A. étaient venus et ce fut, pour eux, une incroyable expérience. Mais ce n’était pas le moment de rester bouche bée, il fallait remonter les chefs-d’œuvre à la lumière du jour, les classer, découvrir les propriétaires légitimes, assurer la restitution.

    Le peuple allemand ignorait l’existence des chambres de trésors d’Alt Aussee comme il prétendait ignorer elle des camps de concentration ; ici, du moins, les torts purent être réparés.

    La priorité fut accordée aux tableaux parce qu’ils étaient plus facilement transportables. Les hommes de la M.F.A. & A., vêtus de chauds chandails pour résister au froid, examinèrent des centaines de toiles encadrées ou non, décidant brièvement de leur valeur parce que le temps pressait. Ils choisirent automatiquement toutes celles qui portaient la marque « E.R.R. » – Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg – dans la supposition que, ayant appartenue à une grande collection juive, elles avaient toute une grande valeur. Dans un seul après-midi, ils remontaient ainsi jusqu’à deux cents toiles, pour les envoyer au dépôt de triage, à Munich.

    Ils n’avaient aucune peine à choisir les œuvres des grands maîtres, les Titien, Rembrandt, Van Dyck, Breughel, et, pour les autres, ne se fiaient pas entièrement à leur jugement, car, au grand jour, les tableaux retrouvaient la beauté obscurcie dans les chambres souterraines, comme pour célébrer la fin de leur triste captivité.

    Les soldats et les mineurs fournirent la main-d’œuvre. Les seconds travaillaient avec zèle, heureux du départ des nazis. Peu à peu, l’ordre reparut dans le chaos. A la surface, un service de noria avec Munich avait été organisé ; l’entrée de la mine, assez large, permettait de charger deux camions à la fois.

    Chaque tableau était soigneusement repéré ; des états étaient dressés en double, un partant avec le convoi, l’autre restant à la mine. Pour accélérer la besogne, les camions roulaient douze heures par jour et deux équipes travaillaient en bas. Chaque camion emportait environ cent cinquante toile plus quelques sculptures ou objets d’art.

    Un convoi comptait six camions et il y en avait trois par jour. Les chauffeurs noirs, as du volant, manifestaient cependant peu d’intérêt pour leur précieuse cargaison, qu’ils conduisaient à toute allure, le long des précipices de cette région montagneuse.

    Comme Hans Reger naguère, les officiers de la M.F.A. & A. poussèrent un soupir de soulagement en apprenant l’arrivée des convois à Munich, délivrés de la peur que quelque chef-d’œuvre séculaire eût été définitivement ruiné dans quelque accident.

    Une jeep escortait chaque convoi au départ de la mine. A Bad Aussee, deux automobiles blindées de la 11e D.B. la remplaçaient, se plaçant l’une en tête, l’autre en queue. Les camions n’étaient chargés qu’aux trois quarts, pour que, si l’un deux tombait en panne, les cinq autres pussent prendre son chargement et éviter ainsi tout retard. S’il s’en produisait cependant, les automobiles blindées, munies de la radio, demandaient aussitôt de l’aide, car des groupes de SS qui refusaient d’accepter leur défaite rôdaient toujours dans la montagne.

    Au sortir de l’étroite grande rue de Bad Aussee, les camions roulaient vers Munich. Les gens qui les regardaient passer ne soupçonnaient pas quelles richesses passaient devant eux, sous les bâches noires.

    A Munich, on examinait chaque toile, on cherchait, dans les archives le nom de l’ancien propriétaire à qui elle était promptement réexpédier. Les alliés désiraient se décharger le plus tôt possible de l’énorme responsabilité que leur imposait la garde de tous ces chefs-d’œuvre, mais les tableaux étaient si nombreux que plusieurs semaines s’écoulèrent avant qu’ils pussent recommencer la procédure pour les sculptures, les caisses de livres, les meubles anciens.

    Les chambres souterraines se vidèrent graduellement, mais à mesure que les recoins devenaient accessibles, de nouvelles découvertes se produisaient. La plus importante fut celle de deux caisses en carton d’aspect banal, cachées derrière des bronzes Renaissance dans une galerie de la Kammergrafen. Elles ne portaient aucune inscription et se révélèrent étonnamment légères quand on les souleva.

    On crut, tout d’abord qu’il s’agissait de porcelaines délicates et on les ouvrit avec précaution. Elles ne renfermaient que de petites boîtes. Quand on ôta le couvercle de la première, on aperçut un pendentif en or, constellé de rubis, d’émeraudes et de perles, d’une beauté à couper le souffle.

    Il y avait quarante de ces boîtes comprenant des colliers, des pendentifs, des broches, des bagues d’un art exquis. C’étaient les fameux bijoux Rothschild, une rançon de roi ! Il fut décidé de ne pas charger ces trésors sur un camion ; une jeep de l’apparence la plus banale les transporta à Munich.

    Le retable de Gand et la Madone de Michel-Ange posèrent des problèmes particuliers aux hommes de la M.F.A. & A.

    A cause des susceptibilités nationales en jeu, aucun risque ne pouvait être accepté. Aussi prit-on des précautions exceptionnelles. Les camions chargés de les transporter furent soigneusement révisés pour écarter toute possibilité de panne. Pour une fois, les chauffeurs noirs parurent impressionnés par les recommandations qu’on leur fit.

    La Madone fut remontée la première, enveloppée au point de n’avoir plus aucune forme. Douze mineurs autrichiens la firent passer du petit train sur le camion. Elle fut solidement coincée entre deux caisses contenant les monnaies qu’Hitler destinait à ses musées à Linz, et bloquée, contre un glissement, par une autre renfermant le sarcophage grec.

    Sur l’autre camion, on chargea pareillement dix autres caisses où étaient emballés les éléments du retable de Gand. Les deux camions partirent le lendemain pour Munich, roulant avec prudence. Tous les gens de la mine poussèrent un soupir de soulagement.

    Enfin furent remontés la dernière caisse de livres, la dernière statue, l’ultime objet d’art. Cela avait duré plusieurs semaines, mais les trésors confisqués par Hitler étaient sortis de terre pour s’offrir de nouveau aux yeux admiratifs des hommes.

     

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