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  • 9 février 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 8 février 1250 – La bataille de Mansourah dans EPHEMERIDE MILITAIRE armee-des-croises-150x150

     

    La bataille de Mansourah

    D’après « Revue contemporaine » – 1852

     

    La marche de Damiette à Mansourah, ville forte où le Soudan concentrait ses troupes, et qui couvrait le Caire, fut longue et pénible. Elle dura un mois, parce que les Croisés, qui ne s’entendaient point à jeter des ponts, étaient sans cesse obligés de s’arrêter pour combler les bras du Nil ou les canaux qu’ils avaient à traverser.

    L’armée croisée n’eut, dans cette marche, qu’à engager des escarmouches et à déjouer quelques tentatives de trahison. Elle apprit en route la mort du sultan d’Égypte, Nedjm-Eddin. Son fils, Malek-Moudan-Touran-Schah, alors gouverneur d’Edesse, étant absent, la veuve du sultan, femme de tête et de courage, cacha pour un temps la mort de son mari, et confia les pouvoirs de la régence à Fakr-Eddin, chef de l’armée. « C’était, dit Joinville, le plus vaillant et le plus preux de toute la paiennie ». Armé chevalier par Frédéric II, il portait les armes de l’empereur sur sa bannière.

    A cette nouvelle, le roi porta son camp en avant. Le 20 décembre, les Croisés étaient en face de Mansourah, entre l’une des quatre branches du Nil et le principal cours du fleuve. Les forces musulmanes campaient de l’autre côté.

    Le jour de la bataille approchait. La guerre sainte avait été prêchée parmi les populations musulmanes. Aussi, de tous côtés, les croyants étaient venus et venaient d’instant en instant se ranger sous l’étendard du Prophète. Les écrivains arabes comparent les multitudes humaines réunies sur les deux rives au genre humain convoqué pour le Jugement dernier.

    Les flottes chrétienne et musulmane avaient suivi les deux armées, et souvent elles se livraient des combats acharnés dans les bras du Nil.

    L’armée chrétienne se trouvait arrêtée par un obstacle insurmontable à cette époque, un fleuve large à peu près comme la Seine à Paris, mais plus rapide et plus profond, à traverser en présence d’une armée ennemie. Le roi et les chefs, après de longues délibérations, ne virent qu’un moyen de surmonter cet obstacle : c’était de construire une chaussée à travers le cours du fleuve ; entreprise difficile, car il fallait exécuter ce grand ouvrage en défendant les travailleurs sans cesse attaqués, et en mettant le camp, par des fossés et des palissades, à l’abri des insultes de la cavalerie légère des Musulmans, maîtresse de la campagne.

    Il y eut là une suite de surprises, de combats, d’escarmouches qui fatiguèrent excessivement les croisés et coûtèrent la vie à un assez grand nombre d’entre eux. Plusieurs fois, les machines de bois couvertes de cuirs, à l’aide desquelles ils protégeaient leurs travailleurs, furent incendiées par le feu grégeois, feu terrible que l’eau ne pouvait éteindre, et qui excitait les plus vives appréhensions chez les Croisés. En outre, les Musulmans, qui connaissaient mieux que les Chrétiens le niveau des eaux des divers bras du Nil, parvinrent à inonder la chaussée, à l’aide de tranchées, et détruisirent eu un jour trois semaines de travaux.

    Il y avait cinquante jours que les Croisés étaient dans cette situation difficile. Les vivres commençaient à manquer. Le feu grégeois, lancé par des machines, causait de graves dommages et inspirait une frayeur que Joinville ne songe pas à dissimuler : « Il faisoit tel bruit à venir, dit-il dans ses Mémoires qu’il sembloit que ce fût la foudre qui chût du ciel ; et il me semblait d’un grand dragon volant dans l’air, et il jetoit si grande clarté qu’il faisoit aussi clair comme le jour. Trois fois, pendant cette nuitée, ils nous lancèrent ledit feu grégeois avec un pierrier, et quatre fois avec l’arbalète à tour. Et toutes les fois que notre bon roi Saint Louis voyoit qu’ils nous jetoient ainsi ce feu, il se jetoit à terre et tendoit ses mains, la face levée au ciel, et crioit à haute voix à Notre Seigneur, disoit en pleurant à grandes larmes : Biau sire Dieu Jésus-Christ, garde-moi et toute ma gent ! ».

    C’est là le trait distinctif du moyen-âge, et c’est le charme des esprits et des caractères de ce temps. Ils sont naturels et naïfs : ils ne cherchent point à dissimuler leurs impressions et à poser devant la postérité, en affectant un mépris surhumain pour le péril et la mort. Le péril les émeut parce qu’ils sont hommes. La mort leur semble une laide et terrible chose ; mais leur confiance en Dieu est plus grande que leur crainte, et le sentiment du devoir est plus fort que leur horreur pour la mort.

    Un incident imprévu tira les chrétiens de cette fâcheuse position. Un Bedouin vint offrir d’indiquer, moyennant cinq cents besans d’or, un gué par lequel l’armée pourrait traverser le fleuve.

    Le 8 février 1250, au point du jour, une partie de l’armée, conduite par le roi et ses trois frères, fit deux lieues sur les bords du Nil, et traversa heureusement le fleuve à l’endroit indiqué. Le duc de Bourgogne demeura, avec le reste de l’armée, à la garde du camp.

    Il est assez difficile de saisir d’après les récits contemporains, un peu confus comme ceux de gens qui, engagés dans les détails de l’action, n’en ont pas embrassé l’ensemble, la physionomie de cette journée à la fois glorieuse et douloureuse pour les armes françaises, qu’on appelle dans l’histoire la bataille de Mansourah.

    L’armée du roi, toute composée de cavalerie, était divisée en quatre corps. L’avant-garde était conduite par les Templiers, les plus expérimentés dans ces sortes de guerres et les moins exposés, par conséquent, à se laisser entraîner à une ardeur qui pouvait amener un désastre.

    Le comte d’Artois, brave jusqu’à la témérité et d’une humeur fougueuse, conduisait le second corps de bataille ; le duc d’Anjou le troisième ; le quatrième et le plus considérable marchait sous les ordres du roi.

    Ces quatre corps durent naturellement traverser le fleuve dans l’ordre que nous venons d’indiquer. Trois cents cavaliers sarrazins gardaient le gué ; mais quand ils virent le nombre des ennemis auxquels ils avaient affaire, ils tournèrent bride en fuyant vers Mansourah.

    Dès que le comte d’Artois eut traversé le gué, il se lança à leur poursuite en entraînant sa cavalerie, avec sa fougue ordinaire, et en prenant ainsi la tête de l’avant-garde que le Roi avait confiée aux Templiers. Dans les idées chevaleresques du temps, c’était un affront pour ceux-ci. Ils poussèrent des cris pour reprocher au comte cette violation des lois de la guerre et l’obliger à reprendre son poste. Mais voyant que rien ne pouvait le retenir, et ne voulant pas avoir la honte de l’abandonner, le grand-maître ordonna à son corps de bataille de prendre la même route.

    Les deux premiers corps, formant un effectif d’à peu près seize cents hommes d’armes, se séparèrent donc du reste de l’armée, en galopant à bride abattue sur les traces des Bédouins, vinrent tomber comme la foudre sur le camp de Fakr-Eddin, le mirent en désordre, tuèrent l’émir qui, surpris et à moitié nu, essaya en vain d’arrêter ce torrent, et, toujours courant, ils traversèrent Mansourah de toute la vitesse de leurs chevaux en chassant les fuyards devant eux. Mais cette charge furieuse devait avoir un terme. L’haleine manquait aux chevaux, il fallut s’arrêter.

    Pendant ce temps, les Sarrazins, qui avaient cru avoir affaire à l’armée du roi tout entière, avaient eu le temps de s’apercevoir qu’ils étaient en présence d’une assez faible troupe de cavalerie. Ils se reformèrent derrière le comte d’Artois, sous les ordres d’un des leurs, accepté pour général sur le champ de bataille. Et quand les Croisés, revenant de la longue charge qu’ils avaient exécutée, traversèrent de nouveau Mansourah, ils furent assaillis d’un côté par les habitants de la ville qui les accablaient de projectiles, et de l’autre par les troupes sarrazines qui, avec leur immense supériorité numérique, les entouraient de toute part.

    Les Croisés combattirent avec un courage désespéré, mais la partie était trop inégale, et presque tous périrent les armes à la main avec le comte d’Artois. De ces seize cents hommes d’armes sortis le matin du camp, à peine s’il en rentra quelques-uns, et encore étaient-ils tellement couverts de blessures que la plupart succombèrent peu de jours après.

    Le grand maître des Templiers revint, les armes brisées, un œil sanglant pendant en dehors de son orbite, à demi mort, pour raconter la cause de ce désastre, avant de périr en combattant dans la bataille du lendemain.

    La témérité du comte d’Artois avait amené la destruction d’une partie de l’armée et compromis le sort de la journée. Les deux autres corps d’armée s’avançaient en s’échelonnant, et déjà de tristes rumeurs arrivaient jusqu’au Roi, qui pressait la marche sur Mansourah pour délivrer son frère, s’il en était encore temps.

    « Ô mon cher frère, disait-il, combien je crains que votre orgueil ne vous ait engagé en quelque malheur ! ». Mais bientôt le troisième corps d’armée fut assailli par l’armée sarrazine qui, encouragée par le désastre des deux premiers, l’attaquait avec furie. Il commençait à être dans un danger imminent, quand le roi parut.

    Joinville, qui lui décerne avec raison tout l’honneur de cette journée, a exprimé dans son style inimitable, et où respire encore l’ardeur guerrière dont il était lui-même animé, l’effet que produisit l’arrivée de Louis IX sur le champ de bataille :

    « Nous n’eûmes guère attendu là, dit-il, quand vismes arriver le Roi, accompagné de grand nombre de gendarmerie, faisant si grand bruit qu’il sembloit que le ciel et la terre se dussent assembler, tant il y avoit de trompettes, clairons et cors qui sonnoient. Il s’arrêta sur un haut chemin et fit arrêter toute sa gent aussi, et commença de les exhorter et prier de bien faire. Son heaume étoit tout doré et, en sa main, tenoit une épée d’Allemagne toute nue, et vous promets que je ne vis jamais si bel homme comme il étoit, car il apparoissoit au-dessus de tous les autres depuis les épaules, et seroit chose difficile à croire comme tous les gendarmes prenoient grand courage de batailler, voyant le Roy en tel estat.

    Le Roy s’avançoit toujours, et quand il fut près des Turcs, la bataille recommença si durement que c’étoit une chose bien étrange à regarder. Et devez savoir qu’à ce coup-là, l’on vit faire plus de beaux faits d’armes, que l’on ne fit oncques en tout le voyage d’outre-mer, car nul ne tiroit dard, ni trait, mais se combattoit main à main, tout meslé l’un parmi l’autre, à grand coup d’épée et de masses. Et, soyez certains que, dans cette journée, le Roy fit des plus grands faits d’armes que j’ai jamais vu faire en toutes les batailles où je fus ; et, disoit-on, après la bataille que, si ce n’eût été sa personne, nous eussions été tous perdus et morts à cette journée ».

    Le soir approchait. Par le conseil de Jean de Vallery, vieux chevalier expert dans les guerres, le Roi, tout en combattant, inclina vers le Nil afin de ne pas laisser couper ses communications avec le camp que gardait le duc de Bourgogne, de l’autre côté du fleuve, et de rafraichir les chevaux qui succombaient à la chaleur et à la soif.

    Il avait perdu toute espérance de sauver le comte d’Artois, et les Sarrazins rudement repoussés commençaient à se lasser et se retiraient peu à peu. La bataille finissait par la lassitude des combattants. Au moment où le Roi, resté maître du camp qu’occupait le matin Fakr Eddin, vis-à-vis du sien se rendait à sa tente, frère Henri, prieur de Ronnay, qui avait traversé le fleuve, se présenta à lui et, baisant sa main gantée de fer, lui demanda s’il savait des nouvelles de son frère. Le Roi lui répondit qu’il savait qu’il était en paradis.

    Alors, pensant le reconforter, le prieur lui dit : « Oncques si grand honneur n’advint à aucun roi de France, car avec un grand courage, vous avez passé avec vos gens une grande rivière, vous avez chassé vos ennemis, pris leurs camps et les engins qui ont fait tant de mal à votre armée, et vous coucherez ce soir sous leurs tentes ». Le Roi lui répondit : « Dieu soit loué de ce qu’il m’envoie ».

    Et pendant qu’il parlait, de grandes larmes commencèrent à choir en abondance de ses yeux, de sorte que tous ceux qui étaient présents, voyant pleurer le Roi, se mirent à pleurer avec lui en louant Dieu. Quoi de plus touchant que ce saint Roi qui loue humblement Dieu du succès de ses armes, tout en pleurant au souvenir de son frère mort à Mansourah, et que cette pitié respectueuse et sympathique de tous ces braves chevaliers qui oublient leurs fatigues et leurs blessures pour mêler leurs louanges, leurs prières et leurs larmes à celles du Roi ?

    Bondocdar, le général musulman proclamé sur le champ de bataille, après être allé triompher au Caire de la destruction des deux corps de cavalerie cernés à Mansourah, avait promis d’achever l’armée chrétienne.

    Dans la nuit et les jours suivants, le camp des Croisés fut exposé à des attaques continuelles vivement repoussées. Il y eut là de beaux faits d’armes. Cependant, il était évident que, depuis la journée de Mansourah, l’armée chrétienne, affaiblie par ses pertes, avait perdu l’offensive.

    Le premier mercredi du carême, le légat, à défaut de cendre, répandit le sable du désert sur la tête du roi et des croisés. C’était pour un grand nombre le présage du lit funèbre où ils devaient attendre le jour de la résurrection.

    Le roi, qui entretenait des espions dans le camp des « infidèles », sut qu’il serait attaqué par toutes leurs forces dans la journée du vendredi 11 février, et il prépara tout pour les bien recevoir.

    Dans le récit que donne le sire de Joinville de cette nouvelle bataille, on voit percer dans les dispositions du général sarrazin des connaissances militaires assez avancées. Ainsi, au soleil levant, il parcourt le front de l’armée musulmane, en renforçant ses corps de bataille, de manière à combattre toujours avec des troupes supérieures en nombre. En outre, il fait prendre à trois mille Bédouins une position qui intercepte les communications entre le roi et le duc de Bourgogne qui garde le camp situé sur l’autre rive. La bataille fut longue et acharnée.

    Sur plusieurs points, les chevaliers chrétiens qui, pour la plupart, étaient démontés, furent enfoncés pat les charges des Sarrazins. Mais l’avantage définitif de la journée demeura au roi, qui repoussa encore une fois l’armée sarrazine, se maintint dans toutes ses positions, et avec des troupes fatiguées et épuisées, triompha d’un ennemi supérieur en nombre, à qui de nouvelles recrues arrivaient chaque jour, et qui supportait mieux les influences de ce redoutable climat.

    La foi et l’enthousiasme avaient suppléé à tout dans l’armée chrétienne. Les blessés eux-mêmes avaient combattu, et l’on avait vu le grand-maître des Templiers, Guillaume de Sonnac, un des rares survivants du désastre de Mansourah, se précipiter au plus fort de la mêlée, l’œil sanglant, et y trouver une glorieuse mort.

    Le soir de la bataille, le roi réunit les barons et les chevaliers et leur dit : « Seigneurs et amis, vous pouvez clairement voir les grandes grâces et faveurs que Dieu nous fait tous les jours, en nous donnant la victoire sur nos ennemis. Vous savez que, mardi dernier, nous les avons déconfits et chassés hors de leur logis, où nous sommes à présent. Aujourd’hui vendredi, nous les avons combattus à pied et à cheval moult vigoureusement. En sorte que l’honneur nous en demeure et à eux la perte et la confusion, lesquelles victoires nous avons obtenues par la seule bénignité du Seigneur, en la puissance duquel sont les victoires, et non pas entre les mains des hommes. Puisque tant de biens nous tiennent de lui, je vous en prie affectueusement, rendons-lui grâce, et le prions qu’il nous regarde de son œil de pitié et qu’il nous donne la puissance de le pouvoir bien servir contre les ennemis de la sainte doctrine ».

     

     

  • One Response à “Le 8 février 1250 – La bataille de Mansourah”

    • Hanni Amil on 13 novembre 2015

      c’est tout?

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